Les démocrates chrétiens flamands égaux à eux-mêmes…

Une analyse de Jules Gheude

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Partenaire de la coalition suédoise, le CD&V se préparerait-il à lui donner le coup de grâce ? Certains signes attestent, en tout cas, dans le chef des démocrates chrétiens flamands, d’une tendance à se démarquer de certaines orientations adoptées.

On se souvient de la mini-crise survenue lors de l’élaboration du budget 2017. Le fait de ne pas avoir obtenu l’introduction de la taxe sur les plus-values a manifestement provoqué une vive frustration au sein du parti. D’autant que les derniers sondages ne lui sont guère favorables.

Jeudi dernier, la députée CD&V Griet Smaers s’est fait applaudir par l’opposition, après avoir déclaré à la tribune de la Chambre : Je reste sur ma faim à propos de la collaboration avec la Commission européenne au sujet des 3% de déficit. (…) Je regrette que le tax-shift ne soit pas financé. (…) Les réformes fiscales sont nécessaires mais pour installer la confiance, il incombe de mettre le budget en ordre.

Aujourd’hui, c’est son collègue Eric Van Rompuy qui prend le relais en s’en prenant vivement, sur son site internet, au partenaire N-VA.

L’intéressé constate notamment qu’en matière budgétaire, la promesse de la N-VA de réduire les dépenses publiques ne s’est traduite que par une réduction d’1% du PIB en deux ans, dont la moitié en raison de la baisse des taux. Quant au déficit budgétaire, il reste aussi élevé que sous le gouvernement précédent. Aucun changement donc.

Eric Van Rompuy fustige également le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) pour avoir sous-estimé les recettes fiscales. Alors que le tax-shift reste impayé à hauteur de plusieurs milliards d’euros, c’est avec 9 milliards d’économies à aller rechercher pour atteindre l’équilibre en 2018 que le ministre envisage en 2017 une baisse de l’impôt des sociétés de 2 milliards. Et de conclure : La discipline budgétaire est manifestement le moindre des soucis de la N-VA, par rapport à ses promesses fiscales. Les charges sont reportées à plus tard. Typique des populistes.

Il est clair que le CD&V ne se sent plus à l’aise au sein du gouvernement Michel.

Voilà qui fait songer à ce qui se passa en 1978, lorsque le Premier ministre CVP Léo Tindemans provoqua la chute de son gouvernement, après être parvenu à mettre la Volksunie et le FDF d’accord sur le projet institutionnel dit d’Egmont-Stuyvenberg.

Un sentiment de réticence à l’égard de ce projet, qui prévoyait notamment le droit d’inscription pour les francophones de certaines communes de la périphérie bruxelloise, ne tarda pas à germer en Flandre ; réticence que le « Comité d’Egmont » se chargea de transformer en hargne, épaulé en cela par une presse flamande littéralement déchaînée.

Face à cette évolution, Léo Tindemans se mit à temporiser. Et François Perin de dénoncer le stratagème : Quand il renvoie au Parlement, ce n’est pas à l’opposition qu’il pense. Sinon, il l’aurait déjà reçue pour l’associer aux travaux. (…) En langage clair, cela veut dire ceci à l’adresse de certains parlementaires du CVP, grands torpilleurs de gouvernements et praticiens expérimentés de la déloyauté à l’égard de l’autre communauté : « Vous savez, ces gens du Stuyvenberg n’ont qu’une importance relative ; vous ferez ce que vous voudrez de leur œuvre ; personnellement, je n’y tiens pas tellement ; si vous torpillez l’affaire, je n’en ferai pas une maladie ; après tout, ces francophones bruxellois m’énervent ; je ne les aime pas plus que vous. Et l’Etat unitaire, si nous, Flamands, nous le dominons, ce n’est pas une mauvaise affaire. ».

De fait, la machine CVP se mit en mouvement. Envoyé en éclaireur, le député Jan Verroken déclara : Le pacte est cent fois pire que ne l’imaginent ses plus grands détracteurs.

Vinrent ensuite les groupes parlementaires du parti, estimant ne pouvoir passer outre aux objections d’anticonstitutionnalité soulevées par le Conseil d’Etat.

Enfin, superbe dans le premier rôle, Léo Tindemans  jouera l’indignation devant la nervosité de certains présidents de parti de la majorité qui souhaitaient l’interroger, et s’en ira remettre sa démission au Roi.

En renvoyant, nus devant leurs électorats respectifs, la Volksunie et le FDF qui avaient fini par s’entendre au prix de compromissions importantes, Léo Tindemans révélait ainsi toute sa perfidie.

Si la Volksunie se retrouva sérieusement écornée aux élections législatives, le FDF, lui, renforça sa position, au point de se retrouver à nouveau au gouvernement, avec les socialistes et les sociaux-chrétiens.

Mais très rapidement, Eric Van Rompuy, le fougueux président des CVP-Jongeren, fit comprendre que la situation ne pouvait durer : Chez les militants, il y a une énorme aversion contre le FDF, que l’on veut absolument voir en dehors du gouvernement. Nous devrons donc déployer une tactique pour congédier le FDF.

De fait, quelques mois plus tard, les ministres FDF se voyaient  « accorder leur démission » sans même l’avoir offerte…

On le voit, Eric Van Rompuy est resté fidèle à lui-même. Comme hier, il agit en éclaireur pour le compte de son parti.

Mais tout cela manque de cohérence.

Dans son dernier message, il semble se réjouir du fait que la N-VA ne pourra réaliser en 2019 sa promesse de confédéralisme, même si cela n’empêche pas Bart De Wever d’essayer, à chaque interview, de maintenir la tension avec les Wallons.

Faut-il rappeler à Eric Van Rompuy ce que Wouter Beke, l’actuel président de son parti, avait déclaré au journal québécois « Le Devoir », le 22 septembre 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

On a beau être chrétien, on n’en est pas moins fourbe…