Archives mensuelles : octobre 2016

Ecosse: un pas de plus vers un nouveau référendum d’indépendance

« Le Vif », 20 octobre 2016

Le gouvernement régional écossais publie jeudi un projet de loi controversé sur un nouveau référendum d’indépendance, au moment où le Royaume-Uni fait face à un avenir incertain avec le Brexit.

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La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a prévenu que le texte irait de l’avant si toutes les autres options pour que l’Ecosse demeure au sein de l’Union européenne échouent.

Nous allons proposer de nouveaux pouvoirs afin d’aider l’Ecosse à se maintenir dans le marché unique, même si le Royaume-Uni en sort, a expliqué Mme Sturgeon samedi lors du congrès du parti national écossais SNP.

Mais si le gouvernement conservateur rejette ces efforts, s’il insiste pour que l’Ecosse prenne un chemin qui porte atteinte à notre économie, nous coûte des emplois, abaisse nos niveaux de vie, et nuit à notre réputation de pays ouvert, accueillant et diversifié, alors l’Ecosse devra avoir la possibilité de choisir un avenir meilleur et je ferais en sorte qu’elle en ait l’opportunité », a-t-elle ajouté.

Si 52% des Britanniques ont voté pour sortir de l’Union européenne lors du référendum du 23 juin, 62% des Ecossais se sont, eux, prononcés en faveur d’un maintien du Royaume-Uni au sein du bloc des 28.

Nicola Sturgeon doit rencontrer la Première ministre britannique Theresa May lundi prochain et détailler, dans les jours suivants, son plan pour garantir la place de l’Ecosse dans l’UE.

La menace d’un nouveau référendum d’indépendance, après celui perdu avec les honneurs en 2014 (55% contre 45%), a été critiqué à la fois par le gouvernement britannique et les autres principaux partis écossais.

Nicola Sturgeon a abandonné son rôle de Première ministre de tous les Ecossais afin de poursuivre son propre agenda séparatiste », a estimé la cheffe du parti conservateur écossais, Ruth Davidson.

Le leader du parti travailliste écossais, Dave Anderson, a lui évoqué une manoeuvre irresponsable.

Macron: «Les questions wallonnes sur le Ceta sont pertinentes, mais…»

« Le Soir », CDP et CTQ, 19 octobre 2016

Margrethe Vestager, Carlos Moedas et Emmanuel Macron ont débattu sur l’Europe lors de la quatrième édition des « Journées de Bruxelles » organisées par Le Soir, De Standaard et l’Obs.

2016-10-23_165156Le débat très attendu entre Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, l’ancien ministre français Emmanuel Macron et le commissaire européen à la science Carlos Moedas s’est déroulé dans une salle comble au Bozar ce mercredi en fin d’après-midi autour du thème « Comment donner un avenir à l’Europe ? ».

Dès le début, Béatrice Delvaux, modératrice du débat et éditorialiste en chef du Soir, se réfère aux critiques du président Obama sur l’Europe qui, dans une interview qu’il nous a accordée, taclait l’Europe sur son austérité, alors que les Etats-Unis se portaient bien mieux.

Une déclaration que ne partagent pas complètement nos intervenants.

Le commissaire Carlos Moedas explique la crise européenne par la multiplicité des Etats. Nous avons passé la plus grande crise depuis la deuxième guerre mondiale. Pourquoi les USA l’ont-ils résolue en 8 mois ? Parce qu’en Europe, nous discutons toujours de ce qui est national ou supranational. Cela nous a pris plus de temps.

Pour Margrethe Vestager, l’Europe fait preuve de flexibilité.  Nous ne devons pas perdre de temps sur le débat austérité ou pas, mais penser à comment chaque économie européenne peut entraîner l’autre vers le haut. Nous devons reconstruire une économie bâtie sur autre chose que les financements bancaires.

Les Wallons et le Ceta

Le débat tourne ensuite autour du veto wallon contre le Ceta, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Si Emmanuel Macron reconnaît que les revendications de Paul Magnette sont pertinentes, il n’est pas forcément d’accord avec le blocage des Wallons. Revigorer la démocratie, c’est une bonne chose. Mais ce qui se passe dans le dossier Ceta, c’est autre chose. Des avancées ont été faites. Si ce traité ne voit pas le jour, la relation avec le Canada sera moins bonne. L’avancée proposée par les Wallons est pertinente. Mais ce n’est pas pertinent par rapport à nos textes. Car nous avons décidé une politique commerciale communautaire.  Selon lui, il ne fallait pas faire valider le traité par les parlements nationaux, car cela décrédibilise l’Europe, étant donné qu’ils ont tous des revendications différentes. Commerce, concurrence : l’Europe est plus forte à 27 sur ces matières-là, conclut-il.

Un point de vue que partage M. Vestager : Nous espérons que les Wallons diront oui. Le Ceta est exactement ce dont nous avons besoin pour les PME européennes. Ce sont elles qui ont besoin d’ouverture, pas les multinationales. […] Nous ne considérons pas que commercer entre pays européens est néfaste. Pourquoi cela le serait-il avec le Canada ?

Le troisième intervenant, Carlos Moedas, soutiendra-t-il la Wallonie ? Pas tout à fait… Ce qui me préoccupe en Europe, c’est qu’aujourd’hui, on voit le commerce avec méfiance. Certains politiciens ont créé cette idée que faire plus de commerce est négatif parce qu’on ne protège pas les gens. Or, le commerce crée de l’emploi. Dans tous ces accords, on protège toujours nos valeurs.

 

Les réfugiés

Une fois le chapitre du Ceta terminé, le dossier de la migration a été mis sur la table. Lorsqu’on lui demande s’il y a une faillite de la construction européenne quand on voit la dispersion sur le dossier de la migration, Macron répond : J’ai apprécié la prise de position de Merkel et l’engagement de Juncker. Il faut distinguer les réfugiés pour lesquels nous avons un devoir moral et politique de les accueillir – ça ne devrait même pas être un débat – des migrants économiques. Il est inadmissible que des gouvernements aient négocié des flexibilités morales. Ce n’est pas l’UE. Frontex, qui n’est pas un programme suffisamment ambitieux. Il faut investir sur les garde-côtes, les garde-frontières, car qui entre à Lampedusa ou ailleurs concerne chaque pays européen.

Paul Magnette: «Oui, je continuerai à dire «non» au Ceta!»

« Le Soir, 19 octobre 2016

2016-10-23_164937Oui, je continuerai à dire non au Ceta. La réponse de Paul Magnette ne pouvait pas être plus claire ce mercredi matin sur les ondes de La Première. Le ministre-président wallon a réaffirmé son intention de ne pas donner son accord au traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada d’ici vendredi  même si ça aura des conséquences politiques.

Selon Paul Magnette, il y a un an déjà, nous avons indiqué à Cecilia Malmström (la commissaire européenne au commerce, ndlr) que la Wallonie avait encore des problèmes avec l’accord. Et jusqu’au 4 octobre, ils n’ont rien fait. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’ils ont commencé à accepter nos modifications.

Le ministre-président wallon pointe plusieurs problèmes considérables : D’abord, un tel mécanisme d’arbitrage international n’est pas acceptable. On nous a dit que dans certains cas, on pourra continuer à réguler nous-même, mais qu’il faudra payer des multinationales. C’est évidemment un élément essentiel à notre refus mais l’agriculture pose également problème.

Un accord est-il cependant inconcevable ? Non. Mais selon Paul Magnette, la seule voie possible est de  rouvrir les négociations d’un traité qui est en train de se découdre de lui-même. Il faut prendre quelques semaines de plus pour analyser un traité qui va avoir énormément d’influence sur la vie de millions de citoyens, et ce pendant de très nombreuses années.

La Belgique ne peut signer le CETA sans l’accord de la Région wallonne

« Le Vif », Belga, 17 octobre 2016

La Belgique ne peut « juridiquement et constitutionnellement » signer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA) sans l’accord de la Région wallonne, a indiqué lundi à la Chambre le premier ministre Charles Michel.

2016-10-23_164435Celui-ci était interrogé dans le cadre du débat sur la politique générale du gouvernement par la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx, alors que son homologue Open Vld Patrick Dewael avait appelé à passer outre l’éventuelle opposition de la Région wallonne de manière à éviter le blocage de cet accord entre l’UE et le Canada.

  1. Michel a évoqué lundi une situation très grave alors qu’une entité est en train de bloquer l’accord qui a été négocié. Je reçois beaucoup de marques d’inquiétude de personnalités de pays européens et du Canada, de toutes les familles politiques a encore indiqué le Premier ministre, précisant que le gouvernement wallon est presque le seul à ne pas avoir manifesté son soutien. Mme Onkelinx a répliqué que l’opposition était bien plus large, émanant des classes moyennes, des milieux agricoles et des associations.

La Wallonie, seule contre tous pour bloquer l’accord de libre-échange UE-Canada

« La Libre Belgique », AFP, 14 octobre 2016

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Malgré les pressions internationales, la région francophone de Wallonie a mis vendredi son veto à la signature par la Belgique du controversé traité de libre-échange entre l’UE et le Canada (Ceta), réclamant des garanties supplémentaires avant la mise en oeuvre de l’accord.

Le Parlement de la Wallonie, l’une des sept assemblées législatives de Belgique dont l’aval est indispensable à la ratification du traité négocié pendant sept ans par l’UE, a adopté à une large majorité une résolution demandant à son ministre-président, le socialiste Paul Magnette, de ne pas autoriser la Belgique à signer l’accord avec le Canada.

Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas le Ceta le 18 octobre, date d’une réunion des ministres de l’UE à Luxembourg où le traité devait en principe être adopté par les 28 Etats membres, a martelé M. Magnette.

Je ne prends pas ceci comme un enterrement, mais comme une demande de rouvrir des négociations, en souhaitant qu’elle puisse être entendue par les dirigeants européens, a toutefois nuancé l’élu socialiste, qui a multiplié les contacts ces derniers jours, notamment avec le président français François Hollande et le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Oui à l’approfondissement des échanges commerciaux avec le Canada (…), mais non au texte qu’on nous propose sous cette forme, a lancé la député socialiste Olga Zrihen lors du débat, par moments houleux, devant le Parlement régional à Namur (sud).

« Cuba de l’Europe » 

Nous sommes une part du pouvoir européen, a insisté Mme Zrihen au nom de la majorité de centre-gauche qui dirige la Wallonie, une région de quelque quatre millions d’habitants, dont l’industrie souffre depuis des années des effets de la mondialisation, comme l’a encore prouvé l’annonce récente de la fermeture de la grande usine de Charleroi (sud) du fabricant américain d’engins de chantier Caterpillar.

Vous n’avez pas le sens de l’Etat, vous prenez en otage la Belgique et l’Europe, l’a tancée sa collègue libérale Virginie Defrang-Firket, estimant que la région, après ce vote, allait devenir le Cuba de l’Europe.

Jeudi, la Nouvelle alliance flamande (N-VA, nationaliste), plus grand parti de Flandre, a accusé la République soviétique de Wallonie de mettre en péril les intérêts commerciaux de la Flandre.

Et le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, a pointé le risque d’isolement de la Belgique. Cela m’embête pour l’avenir de l’Europe, pourquoi ajouter une crise en plus?, s’est-il interrogé.

Rendez-vous à l’Elysée 

Paul Magnette a répliqué en disant préférer un « isolement diplomatique » à une coupure avec la société civile wallonne, dont des pans entier (syndicats, ONG, agriculteurs…) s’opposent au traité négocié par la Commission au nom des 500 millions d’Européens et par Ottawa pour les 35 millions de Canadiens, de crainte qu’il affaiblisse les services publics ou sonne l’arrêt de mort de l’agriculture wallonne déjà en crise.

Laissant toutefois la porte entrouverte à un accord de dernière minute, M. Magnette n’a pas réclamé une réouverture des négociations sur l’ensemble du traité.

Mais il a insisté pour que la récente « déclaration interprétative » qui l’accompagne, destinée à rassurer les sceptiques, soit dotée du « même poids juridique » que le Ceta lui-même.

« Mardi, on aura un conseil (des ministres de l’UE) et d’ici là, il y a un processus qui est en cours », a prudemment réagi après le vote un porte-parole de la Commission européenne, preuve que les lignes pourraient encore bouger.

Mais la patience du Canada a ses limites. « Si dans une semaine ou deux, l’Europe est incapable de signer une entente commerciale progressiste avec un pays comme le Canada, avec qui l’Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir? », a prévenu jeudi son Premier ministre, Justin Trudeau.

Le moment est venu « pour l’Europe de décider à quoi sert l’Union européenne », a estimé le Canadien, attendu à Bruxelles le 27 octobre pour la signature finale du Ceta.

Paul Magnette pourra à nouveau en discuter avec François Hollande, qui l’attend à l’Elysée vendredi en fin d’après-midi.

« Bye bye Belgium » : et si la fiction de la RTBF rejoignait bientôt la réalité?

2016-10-15_171104https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_bye-bye-belgium-et-si-la-fiction-de-la-rtbf-rejoignait-bientot-la-realite?id=9421437

 

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Bye bye Belgium : et si la fiction de la RTBF rejoignait bientôt la réalité? – © Tous droits réservés

La N-VA souhaite que la présente législature se clôture par une déclaration de révision de la Constitution la plus ouverte possible, de façon à ce que toutes les options relatives à une nouvelle réforme de l’Etat puissent être prises en considération au lendemain des élections législatives de 2019.

Geert Bourgeois, le ministre-président flamand qui fonda la N-VA, a précisé récemment que la seule solution résidait, pour lui, dans « un confédéralisme avec une capitale partagée et le maximum d’autonomie et de responsabilité pour la Flandre et la Wallonie ».

Comment Wouter Beke, le président du CD&V, pourrait-il marquer son désaccord, lui qui déclarait, le 22 septembre 2007, au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. D’autant que, largement distancé par la N-VA dans les sondages, le CD&V n’a aucun intérêt à faire preuve de tiédeur dans la défense des intérêts flamands. Il convient d’ailleurs de rappeler ici le vote majoritaire émis par le Parlement flamand, en 1999, en faveur de ces fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste.

Que doit-on attendre du côté francophone ? La sécurité sociale représente le fonds de commerce du PS et Paul Magnette, le ministre-président wallon, a fait savoir qu’il ne fallait pas compter sur lui pour scinder cette compétence. Mais il est vrai aussi que le doigt a été mis dans l’engrenage avec la régionalisation des allocations familiales. Sur ce point, le gouvernement flamand a déjà pris attitude : dès 2019, une somme de 160 euros sera octroyée pour chaque nouvel enfant. Que décidera le gouvernement wallon à cet égard? Position embarrassée au CDH, où l’on a toujours défendu le point de vue un enfant égale un enfant…

Une scission de la sécurité sociale impliquerait aussi que Bruxellois francophones et flamands se déterminent clairement et il ne fait aucun doute que la Flandre entend séduire ici par des formules financières plus attractives. L’ancien ministre-président flamand CVP Gaston Geens  n’avait-il pas lâché, avec un parfait cynisme : Nous achèterons Bruxelles ?

Lors d’une conférence que j’ai donnée à Koksijde, le 23 septembre dernier, l’un des participants m’a posé la question suivante : « La Flandre s’irrite d’entendre parler de Wallonie-Bruxelles. Elle ne veut pas lâcher Bruxelles. Comment la Wallonie voit-elle cela ?« 

Dans son dernier livre « De Ordelijke Opdeling van België  – Quid Nunc ? » (1) (« La division ordonnée de la Belgique – Quid nunc ? »), Gerolf Annemans du Vlaams Belang écrit : « Notre conclusion doit donc être la suivante : une Flandre souveraine, étatique et indépendante, en ce compris Bruxelles, est indispensable, souhaitable et réalisable, mais il faut que cela intervienne à relativement court terme. » Pour Gerolf Annemans, la Flandre doit et peut redresser la situation bruxelloise, afin d’en faire sa fenêtre sur le monde.

Si la Flandre a fait de Bruxelles sa capitale, elle ne peut occulter le fait que Bruxelles est également devenue une région à part entière. Une région ancrée en Flandre, certes, mais qui dispose de ses propres frontières.

Ce fait est capital lorsqu’on sait que le critère des frontières administratives internes, par définition non fixées dans des traités internationaux, a été appliqué par l’Union européenne (rapport de la Commission Badinter en 1992) lors du démantèlement de l’ex-Yougoslavie.

Cette jurisprudence impliquerait donc, en cas de scission de la Belgique, la prise en considération des frontières géographiques de la Flandre, de la Wallonie et… de Bruxelles !

Feu Xavier Mabille, le président du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques) dont la sagesse était unanimement reconnue, avait fort bien résumé la situation : « La Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ou de celui de Bruxelles. (2)

Une enquête  réalisée par Rudi Janssens de la VUB en 2013 révélait que seuls 4% des Bruxellois se tourneraient vers la Flandre – et 4,6% vers la Wallonie –  en cas de disparition de la Belgique. On voit donc le risque très grand que prendrait la Flandre en voulant tenter un coup de force sur Bruxelles.

Mais nous n’en sommes pas encore là. L’autre question essentielle qui se pose est de savoir comment le MR réagira, le moment venu, à la proposition de son allié gouvernemental N-VA d’ouvrir le vaste chantier du confédéralisme. Certains observateurs notent un dégel des relations entre Charles Michel et Paul Magnette…

Les élections de 2019 et les rapports de force qui en découleront seront, de toute évidence, d’une importance majeure. Dans son interview québécoise précitée, Wouter Beke s’était montré très clair : « Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.«  Si la mouvance séparatiste parvenait à rassembler la majorité absolue au Parlement flamand, celui-ci, fort de sa légitimité démocratique, pourrait très aisément proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Et les francophones se retrouveraient  bel et bien mis devant le fait accompli.

Le « Bye bye Belgium » de la RTBF fêtera son dixième anniversaire le 13 décembre prochain. Et si la fiction rejoignait bientôt la réalité ?

(1) Uitgeverij Egmont.

(2) Préface au livre de Jules Gheude « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Editions Mols, 2007.

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.

Bogaert (CD&V) : « La trêve communautaire est mauvaise pour la Flandre et la Wallonie »

Voir l’article de Pierre Havaux dans « Le Vif », 4 octobre 2016

2016-10-15_171505Bart De Wever et la N-VA sont en froid avec le Mouvement flamand. Hendrik Bogaert, député CD&V de la majorité gouvernementale, s’engouffre dans la brèche : la trêve communautaire lui pèse, vivement 2019 pour repartir au combat avec le CD&V. J’espère qu’on optera pour un gros paquet de nouvelles compétences à transférer…

 

Jules Gheude à propos des Fêtes de Wallonie et de la Communauté française de Belgique

A l’occasion des Fêtes de Wallonie et de la Communauté française, « Doorbraak » a souhaité recueillir les impressions de Jules Gheude : http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/bij-de-nationale-feestdagen-van-onze-buren

On trouvera, ci-dessous, la traduction française de cette interview.

Jules Gheude entend poursuivre ainsi le dialogue avec la Flandre. Après Hasselt, Veurne, Berchem, Grimbergen Oudenaarde et Beveren, il était, le 23 septembre dernier, à Koksijde, à l’invitation de la section locale du Vlaamse Volksbeweging.

2016-10-03_213255Les Fêtes de Wallonie viennent de se terminer. Comment les avez-vous vécues ?

Franchement, peut-on avoir le cœur à festoyer quand on voit que la Wallonie ne parvient pas à réaliser l’équilibre budgétaire – on parle maintenant d’un déficit de 640 millions d’euros ! –  et qu’elle est toujours confrontée à un taux de chômage de 13,8% ? Nous vivons, avec Caterpillar, un nouveau drame social. Mais il était prévisible. On sait depuis longtemps que les responsables de ces grands groupes multinationaux ne sont pas guidés par des soucis philanthropiques, mais par la loi du seul rendement. Quand ils ont bien profité des mesures d’attractivité, ils n’ont aucun état d’âme à mettre la clé sous le paillasson. C’est pourquoi, les dirigeants wallons doivent miser sur le dynamise et l’innovation des PME locales, les mettre en capacité d’investir et, partant, de créer de l’emploi. La Flandre a bien compris cela. La Wallonie ne manque pas de cerveaux, ni de main-d’œuvre qualifiée. Avec une approche politique volontariste, pourquoi ne pourrait-elle pas devenir une Sillicon Valley ? Il n’y a point de fatalisme !

Ces Fêtes de Wallonie ne sont-elles pas l’occasion d’affirmer l’identité wallonne ?

Chaque année, les dirigeants wallons entonnent le même refrain : il faut affirmer l’identité wallonne, encourager le patriotisme wallonne. Mais une identité, cela ne se décrète pas, cela s’entérine. Voyez le dernier baromètre social de l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospection et de la statistique) : les Wallons se sentent avant tout Belges. A 93%, ils sont opposés à la disparition de la Belgique. C’est là une différence fondamentale avec la Flandre, où le sentiment d’appartenance collective est fortement implanté, au point que l’on parle de Nation flamande.

Le 27 septembre, ce sera la Fête de la Communauté française de Belgique.

Et vous avez bien raison d’utiliser l’appellation reconnue par la Constitution. Cette appellation me convient d’ailleurs parfaitement, dans la mesure où je me sens Français de langue et de culture. Je partage tout à fait ce qu’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau : « Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français  qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. »

De plus en plus de voix s’élèvent, du côté wallon, pour réclamer la suppression de cette Communauté française. Paul Magnette, le ministre-président wallon, a déclaré que sans la gestion de l’enseignement et de la culture, la Wallonie était comme un eunuque…

Cette opposition entre ultra-régionalistes et communautaristes se manifeste, de façon récurrente, depuis plus de 35 ans. La Wallonie aurait pu faire comme la Flandre : fusionner dès le départ l’institution communautaire et régionale. Les libéraux-réformateurs y étaient favorables, mais ils se sont heurtés au refus du PS qui craignait de voir ainsi son pouvoir se diluer. Les socialistes préféraient conserver la mainmise sur la région.

Quel message souhaiteriez-vous adresser à vos compatriotes ?

Vous vous sentez Belges et vous êtes profondément attachés à la Belgique ? Fort bien. Mais que cela ne vous fasse pas perdre de vue la réalité : celle de l’émergence d’une Nation flamande qui entend bien larguer à terme les amarres en vous laissant, pour reprendre l’expression de François Perin en 1981, « assez bêtement Belge tout seuls ». Mis devant le fait accompli, vous serez bien obligés de vous positionner. Car une Wallonie autonome vous plongera dans une situation budgétaire intenable, qui n’incitera certes pas les Bruxellois à poursuivre la route avec vous. En 1945, le Congrès National Wallon avait laissé parler son cœur en faveur de la France. La raison devrait aujourd’hui prendre le relais.