Paul Magnette : un incroyable gâchis !

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Jules Gheude – 26 octobre 2016

Au terme d’une longue réflexion, dont la qualité ne fut certes pas moindre que celle des dirigeants wallons, l’ensemble des Etats-membres de l’Union européenne avait saisi l’importance du CETA.

Pour eux, il ne faisait aucun doute que cet accord économique et commercial avec le Canada constituait une opportunité majeure de relancer la croissance et, partant, de créer des emplois.

L’entêtement des autorités wallonnes est suicidaire à double titre. D’abord, parce que la Wallonie se retrouve totalement isolée au sein de l’UE. Ensuite, parce qu’il va accroître la tension avec la Flandre.

Celle-ci, en effet, réalise 83,1% des exportations belges Avec 288,8 milliards d’euros, elle se classe parmi les six plus grands exportateurs au sein de l’UE. Ce bon score, elle le doit notamment à un réseau de PME dynamiques et innovantes qui, grâce aux mesures prévues par le CETA, auraient pu accroître leurs performances.

L’obstination de Paul Magnette est d’autant plus incompréhensible qu’il disait regretter, il y a peu, la tiédeur des exportations wallonnes (14,6% des exportations belges). La responsable de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation) avait d’ailleurs souligné l’intérêt commercial que représentait le CETA pour la Wallonie.

Paul Magnette a sans doute réussi à faire parler de la Wallonie dans le monde entier, mais il a surtout causé un incroyable gâchis.

L’homme nous a habitués, il est vrai, à des sorties pour le moins curieuses.

Il y a quelques années, alors que la poussée nationaliste se manifestait en Flandre, il lâchait: Nous pensions que tout cela n’était que du folklore ! Voilà qui traduisait une méconnaissance totale de l’histoire du Mouvement flamand, lequel, d’étape en étape, n’avait cessé de s’affirmer.

Dès 1962, François Perin, dans  » La Belgique au défi « , avait, lui, constaté que la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat et il avait évoqué une formule de confédération centrifuge.

C’est précisément en faveur de cette formule que le Parlement flamand s’est prononcé en 1999. Et le souhait de la N-VA est d’en obtenir la concrétisation dès 2019. Mais Paul Magnette a déjà fait savoir qu’il ne mettrait pas le doigt dans l’engrenage. Pas question, pour lui, de toucher à la Sécurité sociale, fonds de commerce du PS.

Il est vrai que le PS –  comme les autres partis francophones – s’est toujours présenté en demandeur de rien, pour finalement céder. Ce fut le cas en 2001, avec les accords du Lambermont, du Lombard et de la Saint-Polycarpe. En contrepartie d’un maigre refinancement de la Communauté française, furent ainsi concédés des choses que l’on se refusait à envisager auparavant : la surreprésentation forfaitaire pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; la présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux ; la régionalisation de la loi communale afin de pouvoir mettre au pas les francophones de la périphérie.

Il n’était pas question, non plus, pour le PS, de scinder BHV sans extension de la Région bruxelloise. On sait ce qu’il en est advenu. Et les allocations familiales furent également scindées…

En 1958, André Renard, le célèbre syndicaliste socialiste liégeois qui fonda plus tard le Mouvement Populaire Wallon, reconnaissait que la France restait, pour les Wallons, le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture. Mais pour Paul Magnette, être rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne (21 octobre 2010).  D’où le surnom d’Allemagnette qui lui sera donné…

En attendant, et malgré les divers plans de redressement adoptés, Paul Magnette n’est toujours pas parvenu à faire décoller la Wallonie, pour reprendre les propos de Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée. La Région reste confrontée à un taux de chômage de 13,8% et l’équilibre budgétaire est sans cesse postposé…

Pauvre, pauvre Wallonie ! Qui vaut nettement mieux que cela ! A quand un mouvement « Wallonie en marche! », pour faire comprendre aux dirigeants wallons qu’il y a d’autres routes à emprunter pour faire revenir la prospérité ?

Une dernière chose. Paul Magnette a déjà fait savoir qu’il n’entendait pas s’associer à la négociation que la N-VA entend ouvrir sur le projet confédéraliste. Pas question, pour lui, de scinder la Sécurité sociale, qui constitue, comme on le sait, le fonds de commerce du PS.

Rappelons au passage que l’idée du confédéralisme a été lancée, dès le début des années 90, par le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand, et que le Parlement flamand s’y est rallié en 1999.

Elio Di Rupo se félicitait d’avoir sauvé la Belgique avec la 6ème réforme de l’Etat. Mais la stratégie actuelle du PS ne peut qu’encourager la Flandre à larguer définitivement les amarres. Il suffit pour cela que la mouvance nationaliste flamande obtienne la majorité absolue au Parlement flamand et proclame unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de l’accord des Wallons pour cela ! Une Wallonie livrée à elle-même se retrouverait alors dans une situation budgétaire intenable – le professeur Jules Gazon évoque un scénario à la grecque -, avec une baisse sensible de ses prestations sociales.

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015

http://www.rtbf.be/info/dossier/ceta-la-wallonie-defie-l-europe-et-le-canada/detail_paul-magnette-et-le-ceta-un-incroyable-gachis?id=9440783