« Président », « héros », « vetocratie » : comment les journaux français voient le refus de Paul Magnette sur le Ceta

La Libre Belgique », 25 octobre 2016

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Magnette, ministre-Président de la Wallonie, refuse de donner son feu vert au Ceta, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe. Etant donné que tous les parlements de Belgique doivent accepter de ratifier l’accord, cela veut dire qu’à lui seul (ou presque) il lutte contre les pressions exercées par l’Europe et empêche la Belgique de donner son « oui ». Donald Tusk, le président du conseil européen, n’a en effet pas hésité à poser un ultimatum à la Wallonie: prendre sa décision au plus tard ce lundi.

Si Paul Magnette est vu comme le porte-drapeau de la résistance, précisons tout de même que la Fédération Wallonie-Bruxelles, le gouvernement bruxellois et la COCOF (commission communautaire française) n’ont pas non plus voté en faveur du Ceta. Un « non » belge qui, s’il se poursuit, conduirait l’Union européenne à renoncer purement et simplement à ce traité.

De l’autre côté de la frontière, en France, de nombreuses voix se sont élevées pour soutenir Paul Magnette.

Libération écrivait carrément en Une du journal de ce mardi « Vive la Wallonix! », référence à peine masquée à l’univers d’Astérix et Obélix où seuls quelques irréductibles Gaulois résistent encore et toujours contre l’envahisseur. Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute l’Europe est prête à signer le traité de libre-échange. Toute? Non ! Une région belge refuse la Pax Canada, écrit encore Libé.

Laurent Joffrin, dans son édito, soulignait De tous les peuples de la Gaule, écrivait César, les Belges sont les plus courageux. En va-t-il ainsi de la Wallonie, cette province de Belgique cousine et fière, qui refuse, contre tous les importants d’Europe, de consentir au traité de libre-échange avec le Canada ? Les esprits conformistes diront qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde mené par un petit peuple en difficulté au nom d’intérêts particuliers ou bien sous l’influence d’un Parti socialiste passéiste. Voire…En refusant de signer un texte jusque-là négocié dans la discrétion, en exigeant plus de garanties environnementales, en défendant l’intérêt de son agriculture contre une concurrence mondiale sans pitié, la Wallonie pourrait aussi bien ouvrir une voie nouvelle.

Périco Légasse dans Marianne explique que le vrai scandale n’est pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur ». « Frappés de bon sens, de clairvoyance et d’un courage certain, les Wallons, ces ‘Français d’outre Meuse’, ainsi que nombre d’entre eux se revendiquent, ont, à travers leur ministre-président, le très européen et socialiste Paul Magnette, refusé d’entériner un traité dont ils considèrent, en toute légitimité, qu’il remet en cause leur sécurité, leur société, leur économie et leur souveraineté nationale.

20minutes voit Paul Magnette comme le « nouveau héros anti-Ceta ».« Il est le Belge le plus tendance du moment. En continuant de refuser de donner son feu vert au Ceta, Paul Magnette, le ministre-président de la Wallonie, ne s’est pas seulement fait un nom. Il est devenu un véritable symbole.

Le Figaro publie une opinion écrite par Natacha Polony qui s’intitule « Paul Magnette, président!».« Il faudrait toujours relire René Goscinny. Dans l’album Astérix chez les Belges, les fiers Gaulois sont furieux d’apprendre que Jules César décrit les Belges comme le peuple le plus brave de la Gaule. On adorerait que, piqués au vif, nos politiques aillent se mesurer au courage de leurs voisins. Mais le spectacle un peu falot de la campagne à droite, le naufrage surréaliste d’un président devenu un cas psychanalytique, nous laissent deviner que nous resterons de notre côté de la frontière. Le mauvais, écrit l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier.

Le Monde quant à lui critique fortement cette « vetocratie » de l’Europe qui l’empêche de ratifier le Ceta, « un traité raisonnable ». Le blocage est venu du ministre-président de Wallonie, le socialiste Paul Magnette, dont le parti est pourtant des plus europhiles. L’UE n’est même plus une ‘fédération d’Etats-nations’, expression inventée par Jacques Delors pour signifier que Bruxelles ne pouvait pas faire abstraction des Etats. Elle est un patchwork de 28 principautés, sous-découpées en régions, dont on découvre les pouvoirs improbables : en organisant le démantèlement de leur Etat central, les Belges ont confié la compétence commerciale aux régions et à M. Magnette un pouvoir exorbitant. L’Union n’avait pas besoin de cet épisode humiliant. Cette vetocratie conduit au délitement de la parole des Européens.