Macron: «Les questions wallonnes sur le Ceta sont pertinentes, mais…»

« Le Soir », CDP et CTQ, 19 octobre 2016

Margrethe Vestager, Carlos Moedas et Emmanuel Macron ont débattu sur l’Europe lors de la quatrième édition des « Journées de Bruxelles » organisées par Le Soir, De Standaard et l’Obs.

2016-10-23_165156Le débat très attendu entre Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, l’ancien ministre français Emmanuel Macron et le commissaire européen à la science Carlos Moedas s’est déroulé dans une salle comble au Bozar ce mercredi en fin d’après-midi autour du thème « Comment donner un avenir à l’Europe ? ».

Dès le début, Béatrice Delvaux, modératrice du débat et éditorialiste en chef du Soir, se réfère aux critiques du président Obama sur l’Europe qui, dans une interview qu’il nous a accordée, taclait l’Europe sur son austérité, alors que les Etats-Unis se portaient bien mieux.

Une déclaration que ne partagent pas complètement nos intervenants.

Le commissaire Carlos Moedas explique la crise européenne par la multiplicité des Etats. Nous avons passé la plus grande crise depuis la deuxième guerre mondiale. Pourquoi les USA l’ont-ils résolue en 8 mois ? Parce qu’en Europe, nous discutons toujours de ce qui est national ou supranational. Cela nous a pris plus de temps.

Pour Margrethe Vestager, l’Europe fait preuve de flexibilité.  Nous ne devons pas perdre de temps sur le débat austérité ou pas, mais penser à comment chaque économie européenne peut entraîner l’autre vers le haut. Nous devons reconstruire une économie bâtie sur autre chose que les financements bancaires.

Les Wallons et le Ceta

Le débat tourne ensuite autour du veto wallon contre le Ceta, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Si Emmanuel Macron reconnaît que les revendications de Paul Magnette sont pertinentes, il n’est pas forcément d’accord avec le blocage des Wallons. Revigorer la démocratie, c’est une bonne chose. Mais ce qui se passe dans le dossier Ceta, c’est autre chose. Des avancées ont été faites. Si ce traité ne voit pas le jour, la relation avec le Canada sera moins bonne. L’avancée proposée par les Wallons est pertinente. Mais ce n’est pas pertinent par rapport à nos textes. Car nous avons décidé une politique commerciale communautaire.  Selon lui, il ne fallait pas faire valider le traité par les parlements nationaux, car cela décrédibilise l’Europe, étant donné qu’ils ont tous des revendications différentes. Commerce, concurrence : l’Europe est plus forte à 27 sur ces matières-là, conclut-il.

Un point de vue que partage M. Vestager : Nous espérons que les Wallons diront oui. Le Ceta est exactement ce dont nous avons besoin pour les PME européennes. Ce sont elles qui ont besoin d’ouverture, pas les multinationales. […] Nous ne considérons pas que commercer entre pays européens est néfaste. Pourquoi cela le serait-il avec le Canada ?

Le troisième intervenant, Carlos Moedas, soutiendra-t-il la Wallonie ? Pas tout à fait… Ce qui me préoccupe en Europe, c’est qu’aujourd’hui, on voit le commerce avec méfiance. Certains politiciens ont créé cette idée que faire plus de commerce est négatif parce qu’on ne protège pas les gens. Or, le commerce crée de l’emploi. Dans tous ces accords, on protège toujours nos valeurs.

 

Les réfugiés

Une fois le chapitre du Ceta terminé, le dossier de la migration a été mis sur la table. Lorsqu’on lui demande s’il y a une faillite de la construction européenne quand on voit la dispersion sur le dossier de la migration, Macron répond : J’ai apprécié la prise de position de Merkel et l’engagement de Juncker. Il faut distinguer les réfugiés pour lesquels nous avons un devoir moral et politique de les accueillir – ça ne devrait même pas être un débat – des migrants économiques. Il est inadmissible que des gouvernements aient négocié des flexibilités morales. Ce n’est pas l’UE. Frontex, qui n’est pas un programme suffisamment ambitieux. Il faut investir sur les garde-côtes, les garde-frontières, car qui entre à Lampedusa ou ailleurs concerne chaque pays européen.