« Bye bye Belgium » : et si la fiction de la RTBF rejoignait bientôt la réalité?

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Bye bye Belgium : et si la fiction de la RTBF rejoignait bientôt la réalité? – © Tous droits réservés

La N-VA souhaite que la présente législature se clôture par une déclaration de révision de la Constitution la plus ouverte possible, de façon à ce que toutes les options relatives à une nouvelle réforme de l’Etat puissent être prises en considération au lendemain des élections législatives de 2019.

Geert Bourgeois, le ministre-président flamand qui fonda la N-VA, a précisé récemment que la seule solution résidait, pour lui, dans « un confédéralisme avec une capitale partagée et le maximum d’autonomie et de responsabilité pour la Flandre et la Wallonie ».

Comment Wouter Beke, le président du CD&V, pourrait-il marquer son désaccord, lui qui déclarait, le 22 septembre 2007, au journal québécois « Le Devoir » : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. D’autant que, largement distancé par la N-VA dans les sondages, le CD&V n’a aucun intérêt à faire preuve de tiédeur dans la défense des intérêts flamands. Il convient d’ailleurs de rappeler ici le vote majoritaire émis par le Parlement flamand, en 1999, en faveur de ces fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste.

Que doit-on attendre du côté francophone ? La sécurité sociale représente le fonds de commerce du PS et Paul Magnette, le ministre-président wallon, a fait savoir qu’il ne fallait pas compter sur lui pour scinder cette compétence. Mais il est vrai aussi que le doigt a été mis dans l’engrenage avec la régionalisation des allocations familiales. Sur ce point, le gouvernement flamand a déjà pris attitude : dès 2019, une somme de 160 euros sera octroyée pour chaque nouvel enfant. Que décidera le gouvernement wallon à cet égard? Position embarrassée au CDH, où l’on a toujours défendu le point de vue un enfant égale un enfant…

Une scission de la sécurité sociale impliquerait aussi que Bruxellois francophones et flamands se déterminent clairement et il ne fait aucun doute que la Flandre entend séduire ici par des formules financières plus attractives. L’ancien ministre-président flamand CVP Gaston Geens  n’avait-il pas lâché, avec un parfait cynisme : Nous achèterons Bruxelles ?

Lors d’une conférence que j’ai donnée à Koksijde, le 23 septembre dernier, l’un des participants m’a posé la question suivante : « La Flandre s’irrite d’entendre parler de Wallonie-Bruxelles. Elle ne veut pas lâcher Bruxelles. Comment la Wallonie voit-elle cela ?« 

Dans son dernier livre « De Ordelijke Opdeling van België  – Quid Nunc ? » (1) (« La division ordonnée de la Belgique – Quid nunc ? »), Gerolf Annemans du Vlaams Belang écrit : « Notre conclusion doit donc être la suivante : une Flandre souveraine, étatique et indépendante, en ce compris Bruxelles, est indispensable, souhaitable et réalisable, mais il faut que cela intervienne à relativement court terme. » Pour Gerolf Annemans, la Flandre doit et peut redresser la situation bruxelloise, afin d’en faire sa fenêtre sur le monde.

Si la Flandre a fait de Bruxelles sa capitale, elle ne peut occulter le fait que Bruxelles est également devenue une région à part entière. Une région ancrée en Flandre, certes, mais qui dispose de ses propres frontières.

Ce fait est capital lorsqu’on sait que le critère des frontières administratives internes, par définition non fixées dans des traités internationaux, a été appliqué par l’Union européenne (rapport de la Commission Badinter en 1992) lors du démantèlement de l’ex-Yougoslavie.

Cette jurisprudence impliquerait donc, en cas de scission de la Belgique, la prise en considération des frontières géographiques de la Flandre, de la Wallonie et… de Bruxelles !

Feu Xavier Mabille, le président du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politiques) dont la sagesse était unanimement reconnue, avait fort bien résumé la situation : « La Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes et les institutions qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie ou de celui de Bruxelles. (2)

Une enquête  réalisée par Rudi Janssens de la VUB en 2013 révélait que seuls 4% des Bruxellois se tourneraient vers la Flandre – et 4,6% vers la Wallonie –  en cas de disparition de la Belgique. On voit donc le risque très grand que prendrait la Flandre en voulant tenter un coup de force sur Bruxelles.

Mais nous n’en sommes pas encore là. L’autre question essentielle qui se pose est de savoir comment le MR réagira, le moment venu, à la proposition de son allié gouvernemental N-VA d’ouvrir le vaste chantier du confédéralisme. Certains observateurs notent un dégel des relations entre Charles Michel et Paul Magnette…

Les élections de 2019 et les rapports de force qui en découleront seront, de toute évidence, d’une importance majeure. Dans son interview québécoise précitée, Wouter Beke s’était montré très clair : « Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.«  Si la mouvance séparatiste parvenait à rassembler la majorité absolue au Parlement flamand, celui-ci, fort de sa légitimité démocratique, pourrait très aisément proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Et les francophones se retrouveraient  bel et bien mis devant le fait accompli.

Le « Bye bye Belgium » de la RTBF fêtera son dixième anniversaire le 13 décembre prochain. Et si la fiction rejoignait bientôt la réalité ?

(1) Uitgeverij Egmont.

(2) Préface au livre de Jules Gheude « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Editions Mols, 2007.

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.