Jules Gheude à propos des Fêtes de Wallonie et de la Communauté française de Belgique

A l’occasion des Fêtes de Wallonie et de la Communauté française, « Doorbraak » a souhaité recueillir les impressions de Jules Gheude : http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/bij-de-nationale-feestdagen-van-onze-buren

On trouvera, ci-dessous, la traduction française de cette interview.

Jules Gheude entend poursuivre ainsi le dialogue avec la Flandre. Après Hasselt, Veurne, Berchem, Grimbergen Oudenaarde et Beveren, il était, le 23 septembre dernier, à Koksijde, à l’invitation de la section locale du Vlaamse Volksbeweging.

2016-10-03_213255Les Fêtes de Wallonie viennent de se terminer. Comment les avez-vous vécues ?

Franchement, peut-on avoir le cœur à festoyer quand on voit que la Wallonie ne parvient pas à réaliser l’équilibre budgétaire – on parle maintenant d’un déficit de 640 millions d’euros ! –  et qu’elle est toujours confrontée à un taux de chômage de 13,8% ? Nous vivons, avec Caterpillar, un nouveau drame social. Mais il était prévisible. On sait depuis longtemps que les responsables de ces grands groupes multinationaux ne sont pas guidés par des soucis philanthropiques, mais par la loi du seul rendement. Quand ils ont bien profité des mesures d’attractivité, ils n’ont aucun état d’âme à mettre la clé sous le paillasson. C’est pourquoi, les dirigeants wallons doivent miser sur le dynamise et l’innovation des PME locales, les mettre en capacité d’investir et, partant, de créer de l’emploi. La Flandre a bien compris cela. La Wallonie ne manque pas de cerveaux, ni de main-d’œuvre qualifiée. Avec une approche politique volontariste, pourquoi ne pourrait-elle pas devenir une Sillicon Valley ? Il n’y a point de fatalisme !

Ces Fêtes de Wallonie ne sont-elles pas l’occasion d’affirmer l’identité wallonne ?

Chaque année, les dirigeants wallons entonnent le même refrain : il faut affirmer l’identité wallonne, encourager le patriotisme wallonne. Mais une identité, cela ne se décrète pas, cela s’entérine. Voyez le dernier baromètre social de l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospection et de la statistique) : les Wallons se sentent avant tout Belges. A 93%, ils sont opposés à la disparition de la Belgique. C’est là une différence fondamentale avec la Flandre, où le sentiment d’appartenance collective est fortement implanté, au point que l’on parle de Nation flamande.

Le 27 septembre, ce sera la Fête de la Communauté française de Belgique.

Et vous avez bien raison d’utiliser l’appellation reconnue par la Constitution. Cette appellation me convient d’ailleurs parfaitement, dans la mesure où je me sens Français de langue et de culture. Je partage tout à fait ce qu’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau : « Et cependant, dès le XIIIe siècle, c’est le français  qui est adopté partout comme langue littéraire. Voilà le fait capital de l’histoire de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. »

De plus en plus de voix s’élèvent, du côté wallon, pour réclamer la suppression de cette Communauté française. Paul Magnette, le ministre-président wallon, a déclaré que sans la gestion de l’enseignement et de la culture, la Wallonie était comme un eunuque…

Cette opposition entre ultra-régionalistes et communautaristes se manifeste, de façon récurrente, depuis plus de 35 ans. La Wallonie aurait pu faire comme la Flandre : fusionner dès le départ l’institution communautaire et régionale. Les libéraux-réformateurs y étaient favorables, mais ils se sont heurtés au refus du PS qui craignait de voir ainsi son pouvoir se diluer. Les socialistes préféraient conserver la mainmise sur la région.

Quel message souhaiteriez-vous adresser à vos compatriotes ?

Vous vous sentez Belges et vous êtes profondément attachés à la Belgique ? Fort bien. Mais que cela ne vous fasse pas perdre de vue la réalité : celle de l’émergence d’une Nation flamande qui entend bien larguer à terme les amarres en vous laissant, pour reprendre l’expression de François Perin en 1981, « assez bêtement Belge tout seuls ». Mis devant le fait accompli, vous serez bien obligés de vous positionner. Car une Wallonie autonome vous plongera dans une situation budgétaire intenable, qui n’incitera certes pas les Bruxellois à poursuivre la route avec vous. En 1945, le Congrès National Wallon avait laissé parler son cœur en faveur de la France. La raison devrait aujourd’hui prendre le relais.