Archives mensuelles : octobre 2016

De Wever à propos du CETA: «Du mauvais théâtre, d’excellents acteurs»

« Le Vif », source « Knack », 28 octobre 2016

Pour Bart De Wever, l’accord belge sur le CETA est une mascarade. « Politiquement, c’est une pièce de théâtre, avec du mauvais théâtre et d’excellents acteurs », a déclaré le président de la N-VA à la chaîne VTM.

2016-10-30_181636

Le bourgmestre d’Anvers estime que les hésitations à signer l’accord tournent autour de questions wallonnes internes, à savoir le rapport du PS à l’extrême gauche, qui ont mis le monde entier en péril. Il ne s’agissait pas du contenu. Rien n’a été changé au traité. J’espère qu’à présent, on pourra passer à l’ordre du jour. On a l’habitude que le PS se moque de nous, mais paralyser toute l’Europe, c’est nettement abusif, conclut Bart De Wever.

Bouche bée

Interrogé par la VRT, le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) ne comprend pas que le PS ait attendu si longtemps pour faire part de ses objections au CETA. On a négocié de 2009 à 2014. L’accord a été finalisé sous le gouvernement Di Rupo. Il y eu trente cycles de négociations. Je suis pour le débat démocratique, mais il intervient beaucoup trop tard. Je suis bouche bée quand on dit qu’on a remporté une grande victoire alors qu’on est parvenu à des résultats qui figuraient déjà dans le traité, conclut-il. (TE/CB)

Paul Magnette : un incroyable gâchis !

2016-10-30_184402

© Tous droits réservés

Jules Gheude – 26 octobre 2016

Au terme d’une longue réflexion, dont la qualité ne fut certes pas moindre que celle des dirigeants wallons, l’ensemble des Etats-membres de l’Union européenne avait saisi l’importance du CETA.

Pour eux, il ne faisait aucun doute que cet accord économique et commercial avec le Canada constituait une opportunité majeure de relancer la croissance et, partant, de créer des emplois.

L’entêtement des autorités wallonnes est suicidaire à double titre. D’abord, parce que la Wallonie se retrouve totalement isolée au sein de l’UE. Ensuite, parce qu’il va accroître la tension avec la Flandre.

Celle-ci, en effet, réalise 83,1% des exportations belges Avec 288,8 milliards d’euros, elle se classe parmi les six plus grands exportateurs au sein de l’UE. Ce bon score, elle le doit notamment à un réseau de PME dynamiques et innovantes qui, grâce aux mesures prévues par le CETA, auraient pu accroître leurs performances.

L’obstination de Paul Magnette est d’autant plus incompréhensible qu’il disait regretter, il y a peu, la tiédeur des exportations wallonnes (14,6% des exportations belges). La responsable de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation) avait d’ailleurs souligné l’intérêt commercial que représentait le CETA pour la Wallonie.

Paul Magnette a sans doute réussi à faire parler de la Wallonie dans le monde entier, mais il a surtout causé un incroyable gâchis.

L’homme nous a habitués, il est vrai, à des sorties pour le moins curieuses.

Il y a quelques années, alors que la poussée nationaliste se manifestait en Flandre, il lâchait: Nous pensions que tout cela n’était que du folklore ! Voilà qui traduisait une méconnaissance totale de l’histoire du Mouvement flamand, lequel, d’étape en étape, n’avait cessé de s’affirmer.

Dès 1962, François Perin, dans  » La Belgique au défi « , avait, lui, constaté que la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat et il avait évoqué une formule de confédération centrifuge.

C’est précisément en faveur de cette formule que le Parlement flamand s’est prononcé en 1999. Et le souhait de la N-VA est d’en obtenir la concrétisation dès 2019. Mais Paul Magnette a déjà fait savoir qu’il ne mettrait pas le doigt dans l’engrenage. Pas question, pour lui, de toucher à la Sécurité sociale, fonds de commerce du PS.

Il est vrai que le PS –  comme les autres partis francophones – s’est toujours présenté en demandeur de rien, pour finalement céder. Ce fut le cas en 2001, avec les accords du Lambermont, du Lombard et de la Saint-Polycarpe. En contrepartie d’un maigre refinancement de la Communauté française, furent ainsi concédés des choses que l’on se refusait à envisager auparavant : la surreprésentation forfaitaire pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; la présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux ; la régionalisation de la loi communale afin de pouvoir mettre au pas les francophones de la périphérie.

Il n’était pas question, non plus, pour le PS, de scinder BHV sans extension de la Région bruxelloise. On sait ce qu’il en est advenu. Et les allocations familiales furent également scindées…

En 1958, André Renard, le célèbre syndicaliste socialiste liégeois qui fonda plus tard le Mouvement Populaire Wallon, reconnaissait que la France restait, pour les Wallons, le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture. Mais pour Paul Magnette, être rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne (21 octobre 2010).  D’où le surnom d’Allemagnette qui lui sera donné…

En attendant, et malgré les divers plans de redressement adoptés, Paul Magnette n’est toujours pas parvenu à faire décoller la Wallonie, pour reprendre les propos de Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée. La Région reste confrontée à un taux de chômage de 13,8% et l’équilibre budgétaire est sans cesse postposé…

Pauvre, pauvre Wallonie ! Qui vaut nettement mieux que cela ! A quand un mouvement « Wallonie en marche! », pour faire comprendre aux dirigeants wallons qu’il y a d’autres routes à emprunter pour faire revenir la prospérité ?

Une dernière chose. Paul Magnette a déjà fait savoir qu’il n’entendait pas s’associer à la négociation que la N-VA entend ouvrir sur le projet confédéraliste. Pas question, pour lui, de scinder la Sécurité sociale, qui constitue, comme on le sait, le fonds de commerce du PS.

Rappelons au passage que l’idée du confédéralisme a été lancée, dès le début des années 90, par le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand, et que le Parlement flamand s’y est rallié en 1999.

Elio Di Rupo se félicitait d’avoir sauvé la Belgique avec la 6ème réforme de l’Etat. Mais la stratégie actuelle du PS ne peut qu’encourager la Flandre à larguer définitivement les amarres. Il suffit pour cela que la mouvance nationaliste flamande obtienne la majorité absolue au Parlement flamand et proclame unilatéralement l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de l’accord des Wallons pour cela ! Une Wallonie livrée à elle-même se retrouverait alors dans une situation budgétaire intenable – le professeur Jules Gazon évoque un scénario à la grecque -, avec une baisse sensible de ses prestations sociales.

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015

http://www.rtbf.be/info/dossier/ceta-la-wallonie-defie-l-europe-et-le-canada/detail_paul-magnette-et-le-ceta-un-incroyable-gachis?id=9440783

Les deux Belgique et le libre-échangisme

Bernard Guetta, 26 octobre 2016 – France Inter

2016-10-30_182553C’est Le Soir, le grand quotidien belge francophone, qui tirait hier la sonnette d’alarme.

« La crise du CETA est aussi une crise belgo-belge » écrivait-il en expliquant que l’impossibilité dans laquelle le royaume se trouve de signer l’accord commercial entre le Canada et l’Union européenne tant que la Wallonie y mettra son veto ne lui donnait pas une image de grande cohérence.

C’était élégamment dit, avec une volonté manifeste de ne pas jeter d’huile sur le feu, mais le fait est que ce traité met aux prises Flamands et Wallons, les frères ennemis de Belgique, puisque plus de 70% des premiers l’approuvent alors que la même proportion des seconds n’en veut pas, tel quel en tout cas.

Une fois de plus, mais sur l’arène internationale cette fois-ci, néerlandophones et francophones ont des positions radicalement différentes et l’on retrouve là, on ne peut plus clairement, les racines de leurs éternelles divergences.

Autrefois, la Wallonie était industrielle et riche et la Flandre paysanne et pauvre. Les Wallons étaient l’aristocratie et les Flamands, des gueux mais l’évolution économique a considérablement appauvri la Wallonie en frappant ses industries lourdes tandis que la Flandre a su s’adapter à la mondialisation des échanges et développer les nouveaux secteurs industriels les plus porteurs.

La Flandre, 6,5 millions d’habitants, truste 90% des échanges de la Belgique avec le Canada tandis que la Wallonie, 3,6 millions habitants craint qu’une nouvelle avancée du libre-échange ne la fragilise encore plus. La Belgique ce n’est pas que deux langues, sans compter l’allemand. C’est aussi deux pays, deux mondes que leurs intérêts ou la perception qu’ils en ont opposent toujours plus mais cette crise du CETA est venue souligner une autre réalité.

A force de pousser au développement séparé qu’ils souhaitaient, les nationalistes flamands ont fait du royaume une caricature d’Etat fédéral dans lequel l’exécutif ne peut absolument rien décider sans l’accord de toutes les communautés et régions. Millefeuille administratif et politique, la Belgique est devenue ingouvernable et remarquablement pagailleuse, même lorsque ses engagements internationaux sont en jeu.

Au bout du compte, sans doute la Belgique trouvera-t-elle les moyens de signer cet accord euro-canadien car les socialistes au pouvoir en Wallonie veulent beaucoup plus l’amender que le torpiller mais l’alerte n’est pas chaude que pour les Belges. La Belgique touche là au fond de ses contradictions et devra finir par se réunir ou vraiment se désunir mais cette crise est également grave pour l’Union européenne car l’une de ses grandes forces était de pouvoir négocier au nom de plus de 500 millions d’Européens au pouvoir d’achat élevé.

C’était un énorme avantage pour tous ses pays mais cette force est mise en question par la sécession belge et cela pourrait encore s’aggrave demain si les régions européennes continuaient à s’affirmer au détriment des Etats, en Espagne ou ailleurs.

Ceta: «Réfléchir une dernière fois»

2016-10-30_182157Par Pierre d’Argent, professeur de droit international (UCL) et Marianne Dony, professeur de droit européen (ULB) et aussi citoyens2016-10-30_182211

Deux professeurs de droit tirent la sonnette d’alarme: on n’améliore pas le monde et la démocratie en répandant des rumeurs sur le contenu de textes et en adoptant un discours qui oppose le peuple aux soi-disant élites.

« Le Soir », 26 octobre 2016

Puisqu’ils sont désormais mieux éclairés sur le contenu d’un traité dont ils demandaient par une résolution du 25 avril 2016 qu’il devienne « mixte » – ce qu’il est devenu –, les parlementaires wallons pourraient vouloir tenir compte des quelques éléments suivants en toute dernière minute :

  1. Nous en sommes à la signature du traité, c’est-à-dire à la fin des négociations, pas à son approbation sur le fond ni à son entrée en vigueur définitive. Tous les parlements seront encore appelés à approuver le Ceta. On verra alors si les peuples d’Europe, à travers leurs élus, le soutiennent ou pas.

  1. Certes, parce qu’il est devenu « mixte », ce traité est appelé à entrer en vigueur provisoirement.C’est une pratique constante de l’Union européenne et cela n’a rien de définitif ; ainsi que la Cour constitutionnelle allemande l’a rappelé récemment, chaque Etat pourra mettre fin à cette application provisoire s’il ne le ratifie pas. La Wallonie ne doit pas physiquement signer le traité elle-même : elle pourrait seulement, à ce stade, ne pas refuser que la Belgique le fasse.

  1. Toutes les annexes, déclarations et notes de bas de page au Ceta en font partie intégrante(art. 30.1) et ont donc la même force juridique en droit international que le traité lui-même. Une déclaration interprétative n’a pas la valeur d’un prospectus de vacances, contrairement à ce que l’on a très sottement soutenu.

  1. Les niveaux de protection de nos législations dans toutes les matières sensiblestelles que la santé, la sécurité alimentaire, l’environnement ne sont pas mis en danger par le Ceta. Notre droit de conserver un niveau élevé de protection, de réguler, est assuré et ne changera pas aussi longtemps que nous ne voulons pas le changer. La crainte du bœuf aux hormones, des poulets chlorés et des OGM ne tient pas.

  1. Le Ceta est un traité de commerce et d’investissement. Si les règles protectrices des investissements (qui sont précises et resserrées par rapport aux abus actuels) sont interprétées différemment de part et d’autre de l’Atlantique par les juges nationaux, les multinationales en profiteront et les flux financiers changeront au gré des interprétations divergentes. Seule une juridiction internationale peut assurer qu’il n’y a pas de concurrence dans la protection des investissements. Par ailleurs, les règles du Ceta ne peuvent pas être appliquées par les juges nationaux (art. 30.6), ce qui préserve l’autonomie législative des Etats et de l’Union : devant les juridictions nationales, un exportateur ou un investisseur ne peut pas attaquer en nullité une loi en se prévalant du Ceta. Veut-on changer cela ?

  1. Le Ceta change profondément le système actuel des tribunaux « privés » d’investissement. On a comparé des pommes et des poires. Ce n’est pas sérieux. Le Ceta prévoit un tribunal des investissements à la compétence limitée, ne pouvant connaître que de certains litiges selon des règles bien plus précises qu’aujourd’hui. Il y aura un mécanisme d’appel et tous les juges seront sélectionnés, nommés et payés par les Etats. Ils ne pourront pas, pendant qu’ils sont juges, s’occuper de différends d’investissement. De la même manière qu’il vaut mieux que les juges nationaux aient une certaine expérience du contentieux avant de devenir juges, il est préférable de nommer des juges internationaux expérimentés : expérience et indépendance ne sont pas incompatibles.

  1. Devant le tribunal international des investissements Ceta, les PME wallonnes ayant investi au Canada pourront être défendues par leurs avocats.Si elles gagnent, leurs frais et débours sont mis à charge du Canada. Devant les juridictions canadiennes, elles devraient être représentées par des conseils canadiens et soumises à la procédure canadienne.

  1. Comment demander aux autres Etats du mondequ’ils acceptent un tribunal des investissements parce que l’on se méfie de leurs juridictions nationales si nous n’en avons pas avec un Etat aussi proche que le Canada ? On nous répondra : deux poids deux mesures et nos investisseurs devront se défendre devant des juridictions nationales dont l’indépendance peut vraiment être mise en doute. Le Ceta est un modèle à cet égard et le tribunal des investissements pourra devenir multilatéral au fur et à mesure des traités conclus.

  1. Le « non » wallon renforce tous les eurosceptiques et réjouit certainement les Brexiters: le Royaume-Uni va sortir de l’Union, il obtiendra sans doute un accès pas trop défavorable au marché intérieur et conclura ensuite des traités de libre-échange avec ses si proches alliés que sont le Canada et les Etats-Unis. En conséquence, les investisseurs nord-américains s’installeront au Royaume-Uni plutôt que sur le continent et les biens produits en Angleterre grâce à des capitaux américains et canadiens envahiront le marché de l’Union, à notre détriment. Il en sera d’autant plus ainsi qu’après quelques années difficiles post-Brexit, la livre sterling sera faible et concurrentielle face à l’euro. Le chômage diminuera au Royaume-Uni, il augmentera sur le continent. Bonne chance ensuite pour résister aux torpilles que lanceront Mme Le Pen et consorts. L’Union sera encore plus décrédibilisée dans l’opinion publique. Il n’est pas certain que ce scénario se produira, mais le refus wallon le rend possible. C’est une énorme responsabilité.

  1. Pendant des années, on s’est plaint que l’Union européenne n’avançait pasparce que les gouvernements britanniques successifs rejetaient systématiquement la faute sur les institutions européennes. On fait désormais exactement la même chose : on dit ainsi que la Commission s’est comportée comme un « délinquant politique ». Peut-on arrêter de nourrir la théorie du complot ?

  1. Le monde est complexe.On ne le change pas tout seul dans son coin et un traité international ne se conclut pas tout seul. Il est toujours le résultat d’un compromis et, s’il faut bien entendu être extrêmement vigilant, il faut le juger dans son ensemble pour ce qu’il est. Ce pays a une longue tradition de compromis et d’ouverture internationale par le droit. Le dommage fait à la réputation de la Wallonie comme terre d’accueil aux investissements étrangers (et pas seulement canadiens) est énorme. Belle publicité gratuite pour la Flandre. On espère voir autant d’énergie mise à reconstruire notre réputation qu’à la détruire.

  1. La démocratie et la complexité ne sont pas antinomiques, même s’il est parfois difficile pour l’opinion publique de ressentir une allégeance pour des institutions perçues comme complexes et lointaines. Une grande partie de l’opinion publique soutient, en Wallonie et au-delà, le gouvernement wallon. Les groupes de pression altermondialistes et anticapitalistes, qui ont poussé à demander la mixité du traité afin de le bloquer, ont extrêmement bien préparé les esprits. Pourtant, on n’améliore pas le monde et la démocratie en répandant des rumeurs sur le contenu de textes et en adoptant un discours qui oppose le peuple aux soi-disant élites. Quand un politicien fait cela, il est applaudi par le peuple, il augmente son propre pouvoir, il règne par la suspicion et non la raison. On a osé dire sur un plateau télé qu’il « ne fallait pas avoir lu le Ceta pour le comprendre »: n’est-on pas tombé bien bas et ne mérite-t-on pas un débat public d’une autre tenue ?

 

« Président », « héros », « vetocratie » : comment les journaux français voient le refus de Paul Magnette sur le Ceta

La Libre Belgique », 25 octobre 2016

2016-10-30_183659

Magnette, ministre-Président de la Wallonie, refuse de donner son feu vert au Ceta, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe. Etant donné que tous les parlements de Belgique doivent accepter de ratifier l’accord, cela veut dire qu’à lui seul (ou presque) il lutte contre les pressions exercées par l’Europe et empêche la Belgique de donner son « oui ». Donald Tusk, le président du conseil européen, n’a en effet pas hésité à poser un ultimatum à la Wallonie: prendre sa décision au plus tard ce lundi.

Si Paul Magnette est vu comme le porte-drapeau de la résistance, précisons tout de même que la Fédération Wallonie-Bruxelles, le gouvernement bruxellois et la COCOF (commission communautaire française) n’ont pas non plus voté en faveur du Ceta. Un « non » belge qui, s’il se poursuit, conduirait l’Union européenne à renoncer purement et simplement à ce traité.

De l’autre côté de la frontière, en France, de nombreuses voix se sont élevées pour soutenir Paul Magnette.

Libération écrivait carrément en Une du journal de ce mardi « Vive la Wallonix! », référence à peine masquée à l’univers d’Astérix et Obélix où seuls quelques irréductibles Gaulois résistent encore et toujours contre l’envahisseur. Nous sommes en 2016 après Jésus-Christ. Toute l’Europe est prête à signer le traité de libre-échange. Toute? Non ! Une région belge refuse la Pax Canada, écrit encore Libé.

Laurent Joffrin, dans son édito, soulignait De tous les peuples de la Gaule, écrivait César, les Belges sont les plus courageux. En va-t-il ainsi de la Wallonie, cette province de Belgique cousine et fière, qui refuse, contre tous les importants d’Europe, de consentir au traité de libre-échange avec le Canada ? Les esprits conformistes diront qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde mené par un petit peuple en difficulté au nom d’intérêts particuliers ou bien sous l’influence d’un Parti socialiste passéiste. Voire…En refusant de signer un texte jusque-là négocié dans la discrétion, en exigeant plus de garanties environnementales, en défendant l’intérêt de son agriculture contre une concurrence mondiale sans pitié, la Wallonie pourrait aussi bien ouvrir une voie nouvelle.

Périco Légasse dans Marianne explique que le vrai scandale n’est pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur ». « Frappés de bon sens, de clairvoyance et d’un courage certain, les Wallons, ces ‘Français d’outre Meuse’, ainsi que nombre d’entre eux se revendiquent, ont, à travers leur ministre-président, le très européen et socialiste Paul Magnette, refusé d’entériner un traité dont ils considèrent, en toute légitimité, qu’il remet en cause leur sécurité, leur société, leur économie et leur souveraineté nationale.

20minutes voit Paul Magnette comme le « nouveau héros anti-Ceta ».« Il est le Belge le plus tendance du moment. En continuant de refuser de donner son feu vert au Ceta, Paul Magnette, le ministre-président de la Wallonie, ne s’est pas seulement fait un nom. Il est devenu un véritable symbole.

Le Figaro publie une opinion écrite par Natacha Polony qui s’intitule « Paul Magnette, président!».« Il faudrait toujours relire René Goscinny. Dans l’album Astérix chez les Belges, les fiers Gaulois sont furieux d’apprendre que Jules César décrit les Belges comme le peuple le plus brave de la Gaule. On adorerait que, piqués au vif, nos politiques aillent se mesurer au courage de leurs voisins. Mais le spectacle un peu falot de la campagne à droite, le naufrage surréaliste d’un président devenu un cas psychanalytique, nous laissent deviner que nous resterons de notre côté de la frontière. Le mauvais, écrit l’ex-chroniqueuse de Laurent Ruquier.

Le Monde quant à lui critique fortement cette « vetocratie » de l’Europe qui l’empêche de ratifier le Ceta, « un traité raisonnable ». Le blocage est venu du ministre-président de Wallonie, le socialiste Paul Magnette, dont le parti est pourtant des plus europhiles. L’UE n’est même plus une ‘fédération d’Etats-nations’, expression inventée par Jacques Delors pour signifier que Bruxelles ne pouvait pas faire abstraction des Etats. Elle est un patchwork de 28 principautés, sous-découpées en régions, dont on découvre les pouvoirs improbables : en organisant le démantèlement de leur Etat central, les Belges ont confié la compétence commerciale aux régions et à M. Magnette un pouvoir exorbitant. L’Union n’avait pas besoin de cet épisode humiliant. Cette vetocratie conduit au délitement de la parole des Européens.

Ceta: ce que les médias étrangers disent de la Wallonie (revue de presse)

« Le Soir », J.Dy, 25 octobre 2016

2016-10-30_183300Depuis une semaine, tous les regards sont posés sur la Wallonie qui dit « non » au Ceta. Si Libération célèbre la Wallonix et le Journal de Montréal tire son chapeau aux Wallons pour avoir résisté, tous les médias étrangers ne sont pas toujours aussi élogieux.

Minuscule et petite

La BBC a d’ailleurs consacré un article à la Wallonie, cette région dont  beaucoup ignoraient l’existence. Parmi les huit choses à retenir citées par le média britannique, on peut citer Magritte, qui est né à Lessines, ou encore Georges Simenon, le créateur du détective Maigret, né à Liège. La BBC ne risque pas de faire de nombreux amis chez les Belges puisque, dans son article, elle remet en question l’origine des frites. Selon une théorie controversée, les frites (French fries en anglais) viendraient de Belgique , est-il écrit.

Mais ce sont les adjectifs petite et minuscule  qui sont le plus souvent utilisés pour décrire la région wallonne, peu connue du reste du monde. CNN parle, elle, du « loup solitaire » de la Belgique. Quant au journal canadien The Globe and Mail, il décrit la Wallonie comme une minuscule enclave où on parle français en Belgique .

Les Wallons tuent le Ceta

Le magazine américain Fortune, lui, compare la décision du parlement wallon de dire « non » au Ceta à la politique de Donald Trump, qui s’est montré critique sur plusieurs traités internationaux. « Fortune » n’y va pas de main morte. Pour lui,  deux millions  de Wallons viennent de gaspiller sept années de négociations, et par la même occasion, «d’avoir réduit en cendres  les espoirs des entreprises américaines d’accéder plus facilement au marché européen.

Le Daily Express voit dans le « non au Ceta » des Wallons un mauvais présage pour le Brexit. Il parle de la perspective de voir une minuscule région comme la Wallonie rendre difficile d’obtenir un bon accord pour le Royaume-UniThe Telegraph cite même un ministre qui témoigne anonymement : Cela pourrait prendre une dizaine d’années pour obtenir un accord. Le Royaume-Uni est à la merci des Wallons.

« Pour le rattachement de la France à la Wallonie ! »

Tous les avis ne sont pas pour autant négatifs. Sur Radio Canada, Gérard Fillon dénonce cette tendance des médias à parler de la « petite Wallonie, seule contre tous ». La Wallonie défend aujourd’hui une cause plus grande qu’elle, mais qui la concerne au même titre que le Québec, la Bulgarie ou la France. (…) Si la Wallonie représente 0,6 % de la population couverte par le traité, le Québec est à 1,5 %, ce qui n’en fait pas un bien plus grand acteur dans l’histoire. J’imagine les hauts cris au Québec si la situation était inversée, que nous étions seuls à jouer les Gaulois, se faisant injurier sur la place publique, écrit-il.

Le média français d’investigation Mediapart va plus loin et publie le plaidoyer de l’association Fakir Presse pour « le rattachement de la France à la Wallonie ». En votre honneur, nous qui militons plutôt pour une GPS, Grande Picardie Socialiste, qui irait de Paris jusqu’à Bruxelles, eh bien, nous retournons notre veste. Nous acceptons votre suprématie. Nous réclamons le rattachement de la France à la Wallonie !, milite l’association, qui a d’ailleurs créé une pétition pour l’occasion. Elle récolte déjà 906 signatures.

CETA: plus de 70% des francophones soutiennent Paul Magnette

« Le Vif », Belga, 25 octobre 2015

Plus des deux tiers des francophones interrogés dans le cadre d’un sondage mené par Ivox à la demande de RTL-TVI soutiennent l’action du ministre-président wallon Paul Magnette dans sa volonté d’obtenir des corrections dans le texte du CETA.

2016-10-30_183137

72,6% des francophones interrogés approuvent l’action de Paul Magnette, tandis que 11,7% se sont déclarées opposées.

En Flandre le regard est différent: 46% n’approuvent pas Paul Magnette dont l’action est malgré tout soutenue par près de 30% des personnes interrogées (29,6%).

58,9% des francophones estiment que les débats autour du CETA auront un impact positif sur l’image de la Belgique, 24,7% pensant le contraire. C’est l’inverse côté flamand: 64,7% pensent que l’affaire n’aura pas un impact positif.

Dans le cadre de ce sondage publié mardi soir par RTL-TVI, Ivox a interrogé 1.000 personnes (603 néerlandophones, 397 francophones). La marge d’erreur est de 3,02%.

Paul Magnette: un incroyable gâchis !

Jules Gheude

2016-10-23_165958Au terme d’une longue réflexion, dont la qualité n’est certes pas moindre que celle des dirigeants wallons, l’ensemble des Etats-membres de l’Union européenne avait saisi l’importance du CETA.

Pour eux, il ne faisait aucun doute que cet accord économique et commercial avec le Canada constituait une opportunité majeure de relancer la croissance et, partant, de créer des emplois.

L’entêtement des autorités wallonnes est suicidaire à double titre. D’abord, parce que la Wallonie se retrouve totalement isolée au sein de l’UE. Ensuite, parce qu’il va accroître la tension avec la Flandre.

Celle-ci, en effet, réalise 83,1% des exportations belges Avec 288,8 milliards d’euros, elle se classe parmi les six plus grands exportateurs au sein de l’UE. Ce bon score, elle le doit notamment à un réseau de PME dynamiques et innovantes qui, grâce aux mesures prévues par le CETA, auraient pu accroître leurs performances.

L’obstination de Paul Magnette est d’autant plus incompréhensible qu’il disait regretter, il y a peu, la tiédeur. des exportations wallonnes (14,6% des exportations belges). La responsable de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation) avait d’ailleurs souligné l’intérêt commercial que représentait le CETA pour la Wallonie.

Paul Magnette a sans doute réussi à faire parler de la Wallonie dans le monde entier, mais il a surtout causé un incroyable gâchis.

Ceta : « Il ne s’agit pas d’une victoire. C’est un malheureux échec »

« Le Vif », Belga, 22 octobre 2016

Il ne s’agit pas d’une victoire. C’est un malheureux échec, commente samedi dans Le Soir le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) après l’interruption vendredi des négociations sur le projet d’accord commercial global entre l’Union européenne et le Canada (CETA).

2016-10-23_165517J’aurais parlé de victoire si nous avions abouti à un accord équilibré, même après des négociations très sévères et des concessions. Par contre, la démocratie est gagnante, assure M. Magnette. Notre refus n’est pas un caprice, mais l’aboutissement d’une intense réflexion qui honore les processus démocratiques.

Magnette réitère dans Le Soir, ainsi que dans une interview accordée à La Dernière Heure, avoir manqué de temps dans la négociation. Quelques semaines peut-être. Ce n’est pas une question de mois en tout cas, assure-t-il. Entre Européens, les discussions ont été très difficiles. C’est peut-être le paradoxe un peu malheureux de toute cette histoire: avec le Canada, les choses sont plus simples. Nous sommes vraiment très proches des Canadiens. C’est exact: j’ai eu l’impression que nous progressions bien, qu’avec un peu de temps, poursuit le ministre-président.

CETA: deux sénateurs déposent une résolution pour permettre à la Belgique de signer

« La Libre Belgiquer », Belga, 21 octobre 2016

2016-10-23_165816

 

Deux sénateurs libéraux flamands, Rik Daems et Lode Vereeck, ont annoncé vendredi le dépôt d’une résolution invitant le gouvernement fédéral à approuver les accords de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada d’une part (le Ceta) et avec les Etats-Unis d’autre part (le TTIP) en dépit de la fin des négociations sur le premier traité.

Selon les deux sénateurs Open Vld, une approbation de cette résolution par le Sénat autorisait la Belgique à approuver le CETA.

Toutes les entités fédérées belges disposent d’une représentation permanente au Sénat, où elles se concertent. C’est donc l’organe parfait pour donner un feu vert définitif ou non aux traités commerciaux qui concernent les parlements des entités, ont affirmé MM. Daems et Vereeck dans un communiqué, rappelant que le commerce extérieur était une compétence partagée entre le niveau fédéral et les Régions.

Si une majorité se dégage au Sénat en faveur du CETA, « il serait on ne peut plus logique que la Belgique signe cet accord, ont conclu les deux sénateurs.

L’ancien commissaire européen au commerce Karel De Gucht, qui appartient au même parti, a pour sa part déclaré vendredi que la Wallonie n’obtiendra jamais une modification du traité.

Ça me semble tout à fait exclu, et je suis convaincu que le Canada ne rouvrira pas les négociations. C’est une obstination qui n’a rien à voir avec le contenu. La Wallonie, dans sa position actuelle, n’obtiendra jamais gain de cause, a-t-il déclaré lors de l’émission Soir Première de la RTBF-radio.

Je ne comprends pas l’obstination de M. Magnette (le ministre-président wallon Paul Magnette) dans ce dossier, a-t-il ajouté.