5% de séparatistes flamands. Une blague?

Nous reproduisons ici l’opinion de Jules Gheude (1), parue dans « La Libre Belgique » de ce mardi 19 juillet

2016-07-21_162744Ceux qui auront lu l’interview de Dave Sinardet dans « La Libre » (11/7) auront donc appris qu’en Flandre, les dernières études  situent les séparatistes autour des 5%. Et le politologue de la VUB d’en conclure : C’est pour cela que les nationalistes flamands sont les seuls à ne pas réclamer de référendum. (…) Le nationalisme flamand en tant que tel n’est pas très puissant.

De son côté, le député flamand écolo Kristof Calvo estime qu’être flamingant, bientôt ce sera ringard.

Voilà qui tranche singulièrement avec les propos tenus par Philippe Moureaux, le 4 janvier 2008, dans « Le Vif / L’Express » : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ?

Un homme, pourtant, avait bien anticipé les choses. Dès 1962, dans son essai « La Belgique au défi », François Perin constatait que la Flandre était devenueit un Etat dans l’Etat et il évoquait une formule de confédération centrifuge. Le 26 mars 1980, le bouillant professeur claquait la porte du Sénat en déclarant : Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus  et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Et dans son interview-testament au « Soir », le 6 août 2011, il précisait : Le nationalisme flamand est bien ancré. Il est porté tantôt avec virulence, et haine, par certains, tantôt avec un louvoiement prudent par d’autres, mais il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Voyons les choses d’un peu plus près.

L’article 1 des statuts de la N-VA, première force politique du pays, stipule clairement que ce parti opte pour la république de Flandre indépendante, état membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang défend, lui aussi, sans ambiguïté une vision séparatiste. Mais l’on commettrait une grossière erreur en pensant que le courant nationaliste s’arrête là. Chez les libéraux et les démocrates chrétiens flamands, on entend régulièrement des discours qui, en matière de radicalisme, n’ont rien à envier à ceux d’un Geert Bourgeois.

Au début des années 90, alors que la N-VA n’existait pas encore, le ministre-président Luc Van den Brande – un CVP – lançait l’idée confédéraliste : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Le 6 novembre 2002, Karel De Gucht, alors président des libéraux flamands, lâchait sur le plateau de VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et, en attendant, elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre.

Deux ans plus tard, en 2004, Yves Leterme – un démocrate chrétien – portait le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux. Et le 17 août 2006,  il ouvrait le feu de la rentrée politique avec sa fameuse interview au journal français « Libération » : La Belgique est un accident de l’histoire et n’est pas une valeur en soi. App   aremment les francophones ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais. La nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre.

Le message délivré par Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, au journal québécois « Le Devoir », le 22 septembre 2007, était, lui aussi, très clair : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Tout cela montre bien que le courant nationaliste ne passe pas uniquement par la N-VA et le Vlaams Belang. Comme l’a fort justement dit l’ancien ministre Stefaan De Clerck – encore un CD&V – : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Jean Gol aussi avait bien perçu l’étendue du nationalisme flamand, ainsi que le rapporte Paul-Henry Gendebien dans son livre « Splendeur de la liberté » : Il m’avoua –  c’était au début des années 90 – qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) Surtout, il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands, auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Le dernier baromètre « Le Soir – RTL – Ipsos » révèle que la N-VA et le Vlaams Belang représentent respectivement 24,2% et 13,3% de l’opinion flamande. Un total de 37,5%.

Cela voudrait donc dire que la toute grosse majorité des gens qui votent pour ces deux partis séparatistes… rejettent le séparatisme ! Ils s’écarteraient des partis classiques par pure protestation ? Qui peut croire cela ?

Le Parlement flamand tire sa légitimité du suffrage universel. Le jour où le courant nationaliste y disposera de la majorité absolue, l’indépendance de la Flandre pourra être décrétée sans problème. Pas besoin pour cela de référendum.

Le Parlement est l’émanation du peuple et chacun est censé voter en connaissance de cause.

(1) Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.