L’armée un peu moins flamande

A.C., « La Libre Belgique », 7 juillet 2016

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Il y a proportionnellement de plus en plus de militaires francophones à l’armée. A la lecture des chiffres donnés par le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), en réponse à une question parlementaire du député Sébastian Pirlot (PS), on constate que la proportion de francophones augmente dans toutes les catégories.

La polémique autour des équilibres linguistiques avait éclaté le 16 octobre 2010 lorsque le colonel Luc Gennart, ancien commandant de la base aérienne de Florennes et actuel échevin MR à Namur, avait dénoncé la flamandisation de l’armée. S’en était suivie une bataille politique de plusieurs années entre partis francophones et flamands qui avait débouché sur l’adoption d’un rapport parlementaire. Celui-ci recommandait de s’efforcer d’atteindre la clé 60 % de militaires néerlandophones pour 40 % de francophones, sauf pour les généraux (le top de l’armée) à propos desquels il s’agissait de tendre vers l’équilibre 50-50.

Au 1er mai 2016, on constate que les chiffres sont globalement plus favorables pour les francophones, sauf en ce qui concerne les officiers généraux (à une, deux et trois étoiles). Même chose pour les colonels et les lieutenants-colonels. Pour ces deux grades (juste en dessous des généraux), il y a respectivement 68 % et 65 % de néerlandophones. Le sommet de l’armée est donc encore « trop » flamand – en tout cas, en regard des règles tacites de répartition linguistique. En outre, le chef de la Défense, le général Van Caelenberge (le seul général quatre étoiles à l’armée), et son numéro 2, le lieutenant-général Compernol (et probable successeur de Gerard Van Caelenberge) sont néerlandophones.

Sébastian Pirlot (PS) va réinterroger le ministre

Cela dit, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives de ces données. D’abord parce que le ministre Vandeput a entrepris une refonte complète de l’état-major, qui va rebattre en partie les cartes. Ensuite, parce qu’il y a eu un comité d’avancement le 13 juin dernier qui a permis la montée en grade de davantage de francophones que de néerlandophones. Pour les postes les plus importants, un marin francophone (Michel Hofman) est devenu vice-amiral (l’équivalent d’un général trois étoiles) et trois autres francophones ont atteint le grade de général-major (deux étoiles). Côté néerlandophone, deux ont obtenu le grade de général-major et un est devenu amiral de division (deux étoiles).

Le député Pirlot a introduit une nouvelle question parlementaire pour refaire le point sur la répartition linguistique des militaires. Mais, a priori, on peut déjà dire qu’on assiste à un rééquilibrage en faveur des francophones au sommet de l’armée (y compris pour les lieutenants). Steven Vandeput est très correct, nous a-t-on dit à plusieurs reprises du côté du MR, partenaire de majorité du ministre nationaliste. D’ailleurs, chez ce dernier, on se sait particulièrement observé sur cette question communautaire ô combien sensible.