Un référendum aux implications imprévisibles

Une analyse de Jules Gheude

2016-07-02_214733

Il fallait reprendre le contrôle des affaires, en revenir à une Europe des nations souveraines. Les partisans du Brexit crient victoire. Mais en est-ce vraiment une ?

L’Europe des nations souveraines, on sait ce qu’elle a engendré en termes d’horreur sanglante. Y mettre fin via une solidarité de fait des divers peuples, tel était le projet ambitieux de ceux que l’o an baptisés « les pères de l’unification européenne ».

Voir le général de Gaulle et le chancelier allemand Adenauer se donner l’accolade après les deux incendies qui avaient embrasé l’Europe et le monde, ne pouvait qu’être applaudi. Tout comme la signature apposée, le 27 mars 1957, par les représentants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg au bas des traités de Rome visant l’expansion économique et, à terme, l’union politique.

Partir de ce noyau dur était une bonne chose. Mais la poursuite de l’élargissement ne se fit pas dans les meilleures conditions. Sans doute eût-il fallu faire preuve de davantage de prudence en tenant compte de de la réalité concentrique et en dotant les partenaires périphériques  de statuts particuliers, le temps de leur permettre de répondre aux règles de l’uniformité. De même, on comprend mieux, à la lumière des événements actuels, le refus, à deux reprises, de la France d’intégrer le Royaume –uni dans le processus. On ne peut avoir à la fois un pied dedans et un pied dehors !

Il eût fallu aussi accorder la prééminence à la Commission, dont les membres, non élus, n’incarnent pas les Etats dont ils issus, mais l’idéal européen. Que de réunions stériles le Conseil des ministres n’a-t-il pas engendrées en s’arc-boutant sur la défense des intérêts des Etats jaloux

Il y eut aussi d’autres erreurs, sur lesquelles nous ne reviendront pas, mais qui ont incontestablement entraîné le désenchantement de l’opinion publique : trop de technocratie, pas assez de communication, le fait que l’aspect social ait été trop insuffisamment pris en compte, l’absence d’une défense commune,…

Mais en dépit de tout cela, force est de constater que la paix a pu être garantie durant plus d’un demi-siècle. Et cela n’est-il pas finalement l’essentiel ?

A l’exception de la Belgique, créée artificiellement d’un trait de plume diplomatique en 1830, on pouvait croire à la pérennité des grandes Nations européennes. Or, il apparaît aujourd’hui que celle-ci n’est nullement garantie. Le cas de l’Ecosse et de la Catalogne en est la preuve vivante.

En proposant le référendum sur l’Union européenne, le Premier ministre britannique, David Cameron,  s’est tiré une balle dans le pied. Non seulement, la campagne de sensibilisation s’est faite sur base de mensonges et de contre-vérités, mais la décision de sortir de l’Union Européenne a désuni, d’une façon irrémédiable, le Royaume de sa Gracieuse Majesté.

Nul ne sait quand le Parlement britannique engagera la mise en application de cet article 50, qui autorise tout Etat-membre, selon ses règles constitutionnelles, à quitter l’Union européenne. Mais une chose est sûre : l’Ecosse europhile est bien déterminée à poursuivre son combat pour l’indépendance.

En Belgique, la N-VA observe tout cela d’un œil particulièrement attentif.

Tant Romano ¨Prodi en 2004 que Manuel Barroso en 2012  et Herman Van Rompuy en 2013 ont précisé  qu’un Etat qui se déchire ne fait plus partie de l’Union européenne. Cela signifie que les négociations pour l’adhésion doivent repartir de zéro. On connaît aussi la position de l’ancien chef du gouvernement écossais, Alex Sturgeon : Scotland is part of the territory of the European Union and the people of Scotland are citizens of the EU. There is no provision for either of these circumstances to change upon independence.

En prenant position sur des affaires internes qui ne concernent que l’Espagne  (Catalogne), le Royaume-uni (Ecosse) ou la Belgique (Flandre), l’Union européenne s’immisce dans ce qui n’est pas de son ressort et risque de compliquer singulièrement les choses.

Si l’on suit le point de vue adopté par Prodi, Barroso et Van Rompuy, une Flandre indépendante s’exclurait de facto de l’Union Européenne (et aussi des institutions internationales selon le principe de la « table rase » prévu par le droit international), mais il en  irait de même pour la « Belgique résiduelle ».

Quant à l’aspiration à l’indépendance des Catalans, des Ecossais et des Flamands, elle ne relève nullement d’un phénomène populiste, mais bien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Les mois qui viennent nous réserveront sans doute bien des surprises. Les observateurs politiques auront du pain sur la planche.

L’Européen convaincu que je suis, croise les doigts. Comme l’a écrit Jean Monnet, dans ses « Mémoires » : Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes.

Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.