Archives mensuelles : juillet 2016

«Paul, arrête de faire comme si !»

Carte blanche de Jules Gheude, essayiste politique (1), dans « Le Soir » du 27 juillet 2016

http://www.lesoir.be/1277322/article/debats/cartes-blanches/2016-07-27/carte-blanche-paul-arrete-faire-comme-si

Pendant que la Wallonie essaye de se convaincre que tout va mieux, la Flandre fourbit ses armes pour le combat de 2019 en faveur du confédéralisme. L’objectif est clair, résume Jules Gheude : réduire la Belgique à l’état de coquille vide de façon à rendre, à terme, son existence superflue.

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Geert, arrête de te plaindre des transferts ! vient de lancer le ministre-président wallon, Paul Magnette, à son homologue flamand, Geert Bourgeois.

Et d’expliquer que, sur 100 euros injectés en Wallonie, la Flandre en récupère 40 via les produits flamands achetés au Sud. On est en fait confronté à une balance commerciale négative avec la Flandre : On achète chaque année 5 milliards de plus à la Flandre par rapport à ce qu’elle nous achète.

Pour Paul Magnette, le redressement économique de la Wallonie est une réalité et l’écart avec la Flandre se réduit. La population wallonne a donc tout lieu de sourire.

Paul Magnette se félicite ainsi de la bonne tenue des exportations wallonnes. Sans doute celles-ci ont-elles connu une baisse de 0,2 %. Mais la situation reste convenable lorsqu’on constate que les exportations flamandes, elles, ont chuté de 2,5 %.

Curieuse façon de relativiser les choses : la Flandre totalise, en effet, 82,4 % des exportations belges !

Certes, le chômage wallon est en léger recul (13,8 %), mais il représente toujours le double du chômage flamand.

Et pour ce qui est de l’équilibre budgétaire, force est de constater que le gouvernement wallon ne parvient pas à le réaliser.

On sait aussi que la Flandre reste extrêmement sensible à l’évolution de la sécurité sociale. A cet égard, le rapport établi par le VNZ (Vlaams & Neutraal Ziekenfonds – Fonds de maladie flamand et neutre) n’est pas de nature à la rassurer.

On y apprend, en effet, que depuis 2010, la différence entre la Flandre et la Wallonie a plus que doublé pour ce qui concerne les dépenses. Elle représente aujourd’hui 136 euros par ayant droit. Pour ce qui est des contributions à la sécu, l’ayant droit flamand a payé, en 2014, 19.265 euros, soit 4.204 euros de plus que son voisin wallon.

Selon le VNZ, ces écarts s’expliquent par une différence de culture. En Flandre, par exemple, on compte moins de jours d’hospitalisation et le rôle du médecin traitant en tant que gestionnaire du dossier médical global est nettement mieux ancré.

En Wallonie, on constate également que deux fois plus de personnes bénéficient de l’indemnité d’assurance majorée. Et le VNZ de se demander s’il ne faut pas voir ici une responsabilité politique collective.

Une chose, en tout cas, est sûre : cette étude amène de l’eau au moulin de ceux qui plaident en Flandre pour la communautarisation complète de l’assurance maladie-invalidité, de façon à ce que chaque entité fédérée soit entièrement responsable des choix de gestion qu’elle opère.

Pour le PS, dont la sécurité sociale constitue le fonds de commerce, pas question évidemment de mettre le doigt dans un tel engrenage.

En 2004 déjà, Jean-Claude Van Cauwenberghe annonçait que la Wallonie allait mieux. Mais la vérité, c’est qu’elle n’a toujours pas décollé, pour reprendre la formule de Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée.

Sur base des chiffres de 2012, Jules Gazon, professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, dresse le constat suivant : une Wallonie livrée à elle-même connaîtrait un déficit de plus de 11 milliards d’euros, soit plus de 12 % de son PIB et quelque 25 % de ses dépenses publiques. Un scénario comparable à celui qu’a vécu la Grèce en 2009 ! Et Jules Gazon de conclure : L’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel.

Mais les responsables wallons semblent n’avoir ni yeux ni oreilles. Ils préfèrent appliquer la méthode Coué, en lançant un appel au réflexe wallon, au patriotisme wallon. Lorsqu’il était ministre-président wallon, Rudy Demotte avait même évoqué l’idée d’un nationalisme wallon positif. Aujourd’hui, aux commandes de la Communauté française, il s’oppose à tout démantèlement de celle-ci au profit de la Région wallonne…

Privée des compétences en matière de culture et d’enseignement, la Wallonie est comme un eunuque, souligne Paul Magnette.

A-t-il oublié que c’est son parti, le PS, qui s’est farouchement opposé, il y a plus de 35 ans, à la fusion des institutions communautaires et régionales, que la Flandre, elle, avait choisi de réaliser. Craignant une dilution de leurs pouvoirs et la perte de leur mainmise sur la Région, les responsables socialistes avaient préféré maintenir les deux échelons séparés.

On peut d’ores et déjà imaginer les messages politiques qui seront délivrés à l’occasion des prochaines Fêtes de Wallonie. Mais, une fois les lampions éteints, l’affirmation de l’identité wallonne se résumera à l’apathie de la population, et singulièrement de la jeunesse, face aux défis majeurs qui attendent la Région. Point de sursaut, ni de mobilisation.

Pendant ce temps, la Nation flamande fourbit ses armes pour le combat de 2019 en faveur du confédéralisme. L’objectif est clair : réduire la Belgique à l’état de coquille vide de façon à rendre, à terme, son existence superflue.

En marquant sa réticence à l’égard des traités de libre-échange de l’Union européenne avec le Canada et les Etats-Unis, Paul Magnette a dévoilé les anomalies du système actuel. Le Parlement wallon pourrait, en effet, bloquer seul la signature de ces Traités, que la Flandre considère, elle, essentiels à son développement économique.

Et Geert Bourgeois de répondre à son homologue wallon : Paul, arrête de faire comme si ! Libre à toi de faire de la résistance, mais ne t’avise surtout pas d’affaiblir la prospérité de la Flandre ! 

Le démantèlement de la Belgique apparaît de plus en plus comme un processus irréversible. Rien n’est immuable. En 1999, lors de la création du Parlement écossais, la reine Elisabeth II avait déclaré : Je reconnais l’Ecosse en tant que nation, pas en tant qu’Etat. Wait and see…

(1) Dernier ouvrage paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015

Régionaliser ? «Cela ne marcherait pas !»

« Le Soir », Pierre Bouillon, 27 juillet 2016

2016-07-27_211948Pour le constitutionnaliste Hugues Dumont, démanteler la Communauté française, c’est possible sur papier, difficile dans les faits.

Le débat sur le démantèlement de la Communauté française est notre petit jokari francophone. Il va, il vient, il va, il vient… Et là, après quelques années de sommeil, il a repris vigueur, il y a quelques mois, (notamment) sous l’impulsion des PS Christophe Collignon ou Jean-Claude Marcourt et des MR Jean-Luc Crucke ou Pierre-Yves Jeholet.

Le scénario (généralement) proposé par les « régionalistes » suggère d’effacer la Communauté et de confier ses prérogatives (Enseignement, Culture, Audiovisuel, etc.) aux Régions wallonne et bruxelloise.

Politiquement, l’affaire est loin de réunir un consensus. Elle trouble aussi des experts de notre mécanique fédérale. C’est le cas d’Hugues Dumont, professeur de Droit constitutionnel aux Facultés Saint-Louis (Bruxelles). Son propos : Trop de Wallons réfléchissent à la régionalisation en faisant abstraction de Bruxelles, en réfléchissant de façon simpliste.

Deux scénarios

En Wallonie, l’affaire est assez simple – il n’existe qu’un Parlement et un seul gouvernement. A Bruxelles, Région bilingue, l’institution régionale en abrite en fait… quatre. A qui confier les compétences abandonnées par la Communauté ?

Il n’existe que deux scénarios possibles. Mais s’ils sont possibles sur papier, ils sont impraticables dans les faits, estime Hugues Dumont.

Pour autant, doit-on rester les bras ballants ? Pour le constitutionnaliste, le politique pourrait mettre de l’ordre dans les « matières personnalisables » (compétences liées à la personne : santé, enfance, aide à la jeunesse, aide aux détenus…) aujourd’hui dispersées entre les institutions (Communauté, Cocof, Cocom…). Une simplification est souhaitable. Mais pour ce qui est d’une régionalisation pure et dure, là, Hugues Dumont est catégorique : Cela ne marcherait pas !

SCENARIO 1  – TRANSFERT A LA REGION BRUXELLOISE

La région bruxelloise abrite en son sein quatre institutions. Si l’on démantèle la Communauté, ses compétences, à Bruxelles, peuvent être cédées à la Région bruxelloise proprement dite, dotée d’un parlement et d’un gouvernement bilingue, associant francophones et néerlandophones. Qu’en pense Hugues Dumont ?

Si on transfère les compétences de la Communauté à la Région bruxelloise, vous devez avoir l’accord des Flamands. Or – on ne le rappelle pas assez : la régionalisation au sens strict – une Belgique à quatre Régions, donc -, si elle suppose la suppression de la Communauté française, suppose aussi la suppression de la Communauté flamande. Or, ce projet n’est pas du tout porté par les Flamands ! Un projet intrafrancophone est en train de monter en puissance mais il ne peut aboutir. On ne convaincra pas la Flandre de supprimer la Communauté flamande et de transférer les compétences communautaires flamandes à la Région flamande d’une part, à la Région bruxelloise d’      autre part. Ce scénario, les Flamands n’en veulent pas ! C’est historique : La Flandre ne veut pas laisser tomber Bruxelles et l’instrument de cette solidarité entre les Flamands de Flandre et les Flamands de Bruxelles, c’est la Communauté flamande. Donc, le scénario strict de la régionalisation ne tient pas la route.

D’autre part, la solidarité entre Wallons et Bruxelles, dont on nous parle avec la bouche en cœur, ne pourra pas être maintenue. Si Bruxelles devait entretenir des liens privilégiés avec la Wallonie, des liens du même type seraient aussitôt exigés avec les Flamands de Flandre ! Enfin : est-ce que la régionalisation, à Bruxelles, préserverait l’existence d’un enseignement francophone et d’un enseignement flamand ? Ou tendrait-on vers une école bilingue ? Et comment ? En Anglais ? Vous imaginez les élèves d’origine étrangère qui ont déjà assez de mal avec la langue française ? Et est-ce que la régionalisation supposerait aussi la suppression de la RTBF ? Non, ce projet de régionalisation n’est pas souhaitable. Et la minorité flamande aurait tout à craindre d’une francisation de la capitale.

SCENARIO 2 – TRANSFERT A LA COCOF

Autre option : céder les compétences de la Communauté à la Commission communautaire française (Cocof), où ministres etr députés francophones se retrouvent entre eux pour gérer des matières qui n’intéressent que les francophones de la capitale. Qu’en pense Hugues Dumont ?

Là, c’est un projet qui ne dépend que des francophones. Mais il n’est intrafrancophone qu’en apparence. Pourquoi ? Qui finance la Cocof ? La Région bruxelloise. La Cocof n’a aucune autonomie financière. Elle dépend des moyens que lui donne la Région bruxelloise. Or, les moyens que la Région bruxelloise donne à la Cocof, elle doit aussi les donner à la VGC, le correspond flamand de la Cocof, selon une clé 80-20, en vertu de la Loi de financement.

Transférer la Culture et l’Enseignement à la Cocof, c’est conduire celle-ci à mendier des sous à la Région bruxelloise, qui serait obligée de surfinancer la VGC qui n’en a pas besoin ! Si on veut modifier la Loi de financement, il faut une majorité dans chaque groupe linguistique au parlement fédéral. Deux : où serait la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles pour la Culture et l’Enseignement ? J’entends déjà la réponse : on va conclure des accords de coopréation. C’est toujours la même chose : on morcelle des compétences, on se dit oula, on a rompu une harmonie, on va conclure des accords de coopération pour la reconstituer !

Si on fait le bilan de cette technique, on voit que les accords de coopération sont difficiles à conclure, quand on les conclut, qu’ils sont difficiles à modifier, qu’on ne les exécute pas, qu’on les modifie unilatéralement, etc. Je dis : on ne remplace pas facilement une institution par des accords de coopération.

Ce scénario n° 2 entraînerait donc autant de ruptures que le n° 1, avec des programmes scolaires différents, des universités provincialisées, une recherche provincialisée, une RTBF provincialisée. J’avoue donc que je suis inquiet. S’ajoute une question de contrtôle démocratique : où va se faire le contrôle politique ? D’un côté, le Parlement wallon et, de l’autre, le parlement de la Cocof : deux parlements, donc ? Cela ne peut pas marcher !

Paul Magnette à Geert Bourgeois: «arrête de te plaindre des transferts»

« La Libre Belgique », Belga, 20 juillet 2016

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La Flandre doit arrêter de se plaindre des transferts selon le ministre-président wallon Paul Magnette (PS). Il affirme que 100 euros injectés en Wallonie génèrent 36 euros de retombées supplémentaires en Wallonie et 40 euros en Flandre. Cet argent injecté engendre donc plus de valeurs secondaires en Flandre qu’en Wallonie, affirme-t-il dans un entretien accordé à L’Avenir publié mercredi.

Les transferts Nord-Sud se traduisent par un transfert Sud-Nord en termes d’achats à la Flandre, affirme M. Magnette évoquant un déficit commercial net wallon de plus de 5 milliards par rapport à la Flandre. On achète chaque année 5 milliards de plus à la Flandre par rapport à ce qu’elle nous achète.

C’est pour ça que je dis à Geert Bourgeois: arrête de te plaindre des transferts, déclare M. Magnette. S’adressant aux entrepreneurs flamands, il lance: On ne va pas arrêter d’acheter vos produits mais venez les produire chez nous. On veut plus de Marc Coucke.

L’étape suivante selon lui après le Plan Marshall: faire en sorte que les retombées positives du Plan Marshall viennent surtout chez nous. Ce plan a permis d’arrêter de creuser l’écart avec la Flandre, maintenant il faut réattirer des richesses chez nous, conclut l’élu.

5% de séparatistes flamands. Une blague?

Nous reproduisons ici l’opinion de Jules Gheude (1), parue dans « La Libre Belgique » de ce mardi 19 juillet

2016-07-21_162744Ceux qui auront lu l’interview de Dave Sinardet dans « La Libre » (11/7) auront donc appris qu’en Flandre, les dernières études  situent les séparatistes autour des 5%. Et le politologue de la VUB d’en conclure : C’est pour cela que les nationalistes flamands sont les seuls à ne pas réclamer de référendum. (…) Le nationalisme flamand en tant que tel n’est pas très puissant.

De son côté, le député flamand écolo Kristof Calvo estime qu’être flamingant, bientôt ce sera ringard.

Voilà qui tranche singulièrement avec les propos tenus par Philippe Moureaux, le 4 janvier 2008, dans « Le Vif / L’Express » : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ?

Un homme, pourtant, avait bien anticipé les choses. Dès 1962, dans son essai « La Belgique au défi », François Perin constatait que la Flandre était devenueit un Etat dans l’Etat et il évoquait une formule de confédération centrifuge. Le 26 mars 1980, le bouillant professeur claquait la porte du Sénat en déclarant : Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus  et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Et dans son interview-testament au « Soir », le 6 août 2011, il précisait : Le nationalisme flamand est bien ancré. Il est porté tantôt avec virulence, et haine, par certains, tantôt avec un louvoiement prudent par d’autres, mais il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Voyons les choses d’un peu plus près.

L’article 1 des statuts de la N-VA, première force politique du pays, stipule clairement que ce parti opte pour la république de Flandre indépendante, état membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang défend, lui aussi, sans ambiguïté une vision séparatiste. Mais l’on commettrait une grossière erreur en pensant que le courant nationaliste s’arrête là. Chez les libéraux et les démocrates chrétiens flamands, on entend régulièrement des discours qui, en matière de radicalisme, n’ont rien à envier à ceux d’un Geert Bourgeois.

Au début des années 90, alors que la N-VA n’existait pas encore, le ministre-président Luc Van den Brande – un CVP – lançait l’idée confédéraliste : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Le 6 novembre 2002, Karel De Gucht, alors président des libéraux flamands, lâchait sur le plateau de VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et, en attendant, elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre.

Deux ans plus tard, en 2004, Yves Leterme – un démocrate chrétien – portait le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux. Et le 17 août 2006,  il ouvrait le feu de la rentrée politique avec sa fameuse interview au journal français « Libération » : La Belgique est un accident de l’histoire et n’est pas une valeur en soi. App   aremment les francophones ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais. La nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre.

Le message délivré par Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, au journal québécois « Le Devoir », le 22 septembre 2007, était, lui aussi, très clair : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Tout cela montre bien que le courant nationaliste ne passe pas uniquement par la N-VA et le Vlaams Belang. Comme l’a fort justement dit l’ancien ministre Stefaan De Clerck – encore un CD&V – : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Jean Gol aussi avait bien perçu l’étendue du nationalisme flamand, ainsi que le rapporte Paul-Henry Gendebien dans son livre « Splendeur de la liberté » : Il m’avoua –  c’était au début des années 90 – qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) Surtout, il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands, auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Le dernier baromètre « Le Soir – RTL – Ipsos » révèle que la N-VA et le Vlaams Belang représentent respectivement 24,2% et 13,3% de l’opinion flamande. Un total de 37,5%.

Cela voudrait donc dire que la toute grosse majorité des gens qui votent pour ces deux partis séparatistes… rejettent le séparatisme ! Ils s’écarteraient des partis classiques par pure protestation ? Qui peut croire cela ?

Le Parlement flamand tire sa légitimité du suffrage universel. Le jour où le courant nationaliste y disposera de la majorité absolue, l’indépendance de la Flandre pourra être décrétée sans problème. Pas besoin pour cela de référendum.

Le Parlement est l’émanation du peuple et chacun est censé voter en connaissance de cause.

(1) Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.

Le tourisme wallon tarde à se simplifier

 Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 9 juillet 2016

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A l’énoncé du terme « tourisme wallon », beaucoup pourraient avoir tendance à rire. Pourtant ce secteur important pour le sud du pays occupe plus de 30 000 personnes. Sur ce petit territoire coexistent un trop grand nombre de structures que le ministre wallon du Tourisme, le CDH René Collin, entend bien simplifier.

Sa première annonce, en début de législature, était pour ce secteur, puisqu’il confiait son intention de diminuer drastiquement le nombre de maisons du tourisme en Wallonie, sans toucher à l’emploi. On en compte actuellement cinquante. Si on ne divisera pas ce chiffre par deux comme annoncé initialement, un tiers d’entre elles devrait néanmoins disparaître.

Deux ans après cette annonce ministérielle, le redécoupage touristique wallon est toujours en cours et en retard. Et, bien qu’il ait annoncé récemment en commission du Parlement wallon au député Ecolo, Stéphane Hazée, son intention de venir devant le gouvernement avec un projet ficelé, pour le début du mois de juillet, il n’en est rien : Les choses ont pris un peu plus de temps que prévu, mais le cabinet travaille sur ce sujet, explique le porte-parole du ministre Collin.

Manifestement, certaines maisons du tourisme tardent à définir leur périmètre géographique, si l’on en croit une décision récente du gouvernement où la fin août 2016 est renseignée comme date butoir.

Dans sa réponse à Stéphane Hazée, René Collin avait également évoqué l’avenir de WBT (Wallonie-Bruxelles Tourisme), la vitrine internationale du tourisme wallon et bruxellois que Bruxelles vient de quitter. Malgré la défection de la Région capitale, elle devrait persister.

Quant au CGT, le Commissariat général au Tourisme, s’il était question, à l’époque de l’affaire OWD (Office wallon des Déchets), de, peut-être, le rapatrier dans le giron de l’administration, nous apprenons qu’il n’en sera finalement rien.

Trois zones

Stéphane Hazée s’interroge aussi sur la volonté de la fédération touristique de la province de Namur. Celle-ci compte rediviser son territoire en trois zones distinctes, alors qu’on attend un découpage émanant du cabinet. On veut simplifier les choses et la fédération provinciale veut ajouter des couches de lasagne. C’est à n’y rien comprendre. D’ailleurs, quand j’ai évoqué cette situation en commission avec le ministre, il semblait surpris.

Depuis lors, René Collin s’est renseigné. Selon son porte-parole, un grand nombre d’administrateurs de la fédération du tourisme de la province de Namur veulent attendre la décision du ministre pour se calquer sur le découpage régional. Il n’y a donc aucune difficulté par rapport à ça.

Prenant acte de la réponse ministérielle, on constatera quand même que sur son site Internet (www.paysdesvallees.be), la fédération affiche toujours le nouveau découpage de son territoire. En Wallonie, rien n’est jamais simple et Stéphane Hazée se demande si les parts de compétences touristiques qui sont toujours du ressort des provinces ne devraient pas être rapatriées totalement vers la Région wallonne. Afin de faire avancer les réformes.

L’armée un peu moins flamande

A.C., « La Libre Belgique », 7 juillet 2016

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Il y a proportionnellement de plus en plus de militaires francophones à l’armée. A la lecture des chiffres donnés par le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), en réponse à une question parlementaire du député Sébastian Pirlot (PS), on constate que la proportion de francophones augmente dans toutes les catégories.

La polémique autour des équilibres linguistiques avait éclaté le 16 octobre 2010 lorsque le colonel Luc Gennart, ancien commandant de la base aérienne de Florennes et actuel échevin MR à Namur, avait dénoncé la flamandisation de l’armée. S’en était suivie une bataille politique de plusieurs années entre partis francophones et flamands qui avait débouché sur l’adoption d’un rapport parlementaire. Celui-ci recommandait de s’efforcer d’atteindre la clé 60 % de militaires néerlandophones pour 40 % de francophones, sauf pour les généraux (le top de l’armée) à propos desquels il s’agissait de tendre vers l’équilibre 50-50.

Au 1er mai 2016, on constate que les chiffres sont globalement plus favorables pour les francophones, sauf en ce qui concerne les officiers généraux (à une, deux et trois étoiles). Même chose pour les colonels et les lieutenants-colonels. Pour ces deux grades (juste en dessous des généraux), il y a respectivement 68 % et 65 % de néerlandophones. Le sommet de l’armée est donc encore « trop » flamand – en tout cas, en regard des règles tacites de répartition linguistique. En outre, le chef de la Défense, le général Van Caelenberge (le seul général quatre étoiles à l’armée), et son numéro 2, le lieutenant-général Compernol (et probable successeur de Gerard Van Caelenberge) sont néerlandophones.

Sébastian Pirlot (PS) va réinterroger le ministre

Cela dit, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives de ces données. D’abord parce que le ministre Vandeput a entrepris une refonte complète de l’état-major, qui va rebattre en partie les cartes. Ensuite, parce qu’il y a eu un comité d’avancement le 13 juin dernier qui a permis la montée en grade de davantage de francophones que de néerlandophones. Pour les postes les plus importants, un marin francophone (Michel Hofman) est devenu vice-amiral (l’équivalent d’un général trois étoiles) et trois autres francophones ont atteint le grade de général-major (deux étoiles). Côté néerlandophone, deux ont obtenu le grade de général-major et un est devenu amiral de division (deux étoiles).

Le député Pirlot a introduit une nouvelle question parlementaire pour refaire le point sur la répartition linguistique des militaires. Mais, a priori, on peut déjà dire qu’on assiste à un rééquilibrage en faveur des francophones au sommet de l’armée (y compris pour les lieutenants). Steven Vandeput est très correct, nous a-t-on dit à plusieurs reprises du côté du MR, partenaire de majorité du ministre nationaliste. D’ailleurs, chez ce dernier, on se sait particulièrement observé sur cette question communautaire ô combien sensible.

Réflexion de Jules Gheude, dans «Vers l’Avenir»

5 juillet 2016

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Les partisans du Brexit crient victoire. Mais en est-ce bien une ? Alors qu’ils visaient à récupérer la pleine souveraineté de leur Etat-Nation, ils se retrouvent aujourd’hui avec un Royaume irrémédiablement désuni : l’Ecosse a exprimé son sentiment pro-UE et aspire plus que jamais à l’indépendance.

La campagne référendaire s’est faite sur fond de mensonges (Nigel Farage a reconnu ne pouvoir tenir l’une de ses promesses majeures, celle relative à la sécurité sociale) et de basses manœuvres politiciennes. L’excentrique Boris Johnson le paie chèrement, lui dont la seule motivation était de prendre la place du Premier ministre David Cameron. Une crise politique majeure s’ouvre, aux implications imprévisibles. On ne joue pas impunément avec le feu.

Reste que 70% des moins de 25 ans se sont prononcés en faveur du maintien dans l’Union européenne. Un fait que le milieu politique aurait tort d’ignorer. Car la jeunesse représente l’avenir. Et elle souhaite que celui-ci se forge dans la paix que les pères de la construction européenne ont pu garantir depuis près de 60 ans. Que de vies n’ont-elles pas été sacrifiées au nom de la souveraineté des Etats-Nations !

Il y a moins de demandeurs d’emploi en Wallonie

« La Libre Belgique », Belga, 5 juillet 2016

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La Wallonie comptait fin juin 218.472 demandeurs d’emploi inoccupés, ce qui représente une baisse de 6,2% par rapport à juin 2015, indique mardi le Forem dans un communiqué. A la fin juin, la Wallonie comptait 156.877 demandeurs d’emploi demandeurs d’allocations (dont 1.945 en Communauté germanophone) et 21.652 jeunes en stage d’insertion professionnelle, auxquels s’ajoutent 26.719 demandeurs d’emploi inscrits obligatoirement et 13.224 demandeurs d’emploi inscrits librement.

Les inscrits obligatoirement (-12,7%) et demandeurs d’allocations (-6,8%) ont enregistré une forte baisse en un an, contrairement aux jeunes en stage d’insertion (+3,8%).

La tendance est au recul quelle que soit la classe de durée d’inoccupation, à l’exception des demandeurs d’emploi inoccupés depuis moins de six mois (+1,6%). Une réduction importante a été constatée parmi les personnes inoccupées depuis un an à moins de deux ans (-13,6%).

Par rapport au mois précédent, la baisse de demandeurs d’emploi inoccupés a été de 0,3%.

En juin, le Forem a géré 13.743 offres d’emploi, ce qui représente une hausse de 18,9% par rapport au mois de juin 2015.

Un référendum aux implications imprévisibles

Une analyse de Jules Gheude

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Il fallait reprendre le contrôle des affaires, en revenir à une Europe des nations souveraines. Les partisans du Brexit crient victoire. Mais en est-ce vraiment une ?

L’Europe des nations souveraines, on sait ce qu’elle a engendré en termes d’horreur sanglante. Y mettre fin via une solidarité de fait des divers peuples, tel était le projet ambitieux de ceux que l’o an baptisés « les pères de l’unification européenne ».

Voir le général de Gaulle et le chancelier allemand Adenauer se donner l’accolade après les deux incendies qui avaient embrasé l’Europe et le monde, ne pouvait qu’être applaudi. Tout comme la signature apposée, le 27 mars 1957, par les représentants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg au bas des traités de Rome visant l’expansion économique et, à terme, l’union politique.

Partir de ce noyau dur était une bonne chose. Mais la poursuite de l’élargissement ne se fit pas dans les meilleures conditions. Sans doute eût-il fallu faire preuve de davantage de prudence en tenant compte de de la réalité concentrique et en dotant les partenaires périphériques  de statuts particuliers, le temps de leur permettre de répondre aux règles de l’uniformité. De même, on comprend mieux, à la lumière des événements actuels, le refus, à deux reprises, de la France d’intégrer le Royaume –uni dans le processus. On ne peut avoir à la fois un pied dedans et un pied dehors !

Il eût fallu aussi accorder la prééminence à la Commission, dont les membres, non élus, n’incarnent pas les Etats dont ils issus, mais l’idéal européen. Que de réunions stériles le Conseil des ministres n’a-t-il pas engendrées en s’arc-boutant sur la défense des intérêts des Etats jaloux

Il y eut aussi d’autres erreurs, sur lesquelles nous ne reviendront pas, mais qui ont incontestablement entraîné le désenchantement de l’opinion publique : trop de technocratie, pas assez de communication, le fait que l’aspect social ait été trop insuffisamment pris en compte, l’absence d’une défense commune,…

Mais en dépit de tout cela, force est de constater que la paix a pu être garantie durant plus d’un demi-siècle. Et cela n’est-il pas finalement l’essentiel ?

A l’exception de la Belgique, créée artificiellement d’un trait de plume diplomatique en 1830, on pouvait croire à la pérennité des grandes Nations européennes. Or, il apparaît aujourd’hui que celle-ci n’est nullement garantie. Le cas de l’Ecosse et de la Catalogne en est la preuve vivante.

En proposant le référendum sur l’Union européenne, le Premier ministre britannique, David Cameron,  s’est tiré une balle dans le pied. Non seulement, la campagne de sensibilisation s’est faite sur base de mensonges et de contre-vérités, mais la décision de sortir de l’Union Européenne a désuni, d’une façon irrémédiable, le Royaume de sa Gracieuse Majesté.

Nul ne sait quand le Parlement britannique engagera la mise en application de cet article 50, qui autorise tout Etat-membre, selon ses règles constitutionnelles, à quitter l’Union européenne. Mais une chose est sûre : l’Ecosse europhile est bien déterminée à poursuivre son combat pour l’indépendance.

En Belgique, la N-VA observe tout cela d’un œil particulièrement attentif.

Tant Romano ¨Prodi en 2004 que Manuel Barroso en 2012  et Herman Van Rompuy en 2013 ont précisé  qu’un Etat qui se déchire ne fait plus partie de l’Union européenne. Cela signifie que les négociations pour l’adhésion doivent repartir de zéro. On connaît aussi la position de l’ancien chef du gouvernement écossais, Alex Sturgeon : Scotland is part of the territory of the European Union and the people of Scotland are citizens of the EU. There is no provision for either of these circumstances to change upon independence.

En prenant position sur des affaires internes qui ne concernent que l’Espagne  (Catalogne), le Royaume-uni (Ecosse) ou la Belgique (Flandre), l’Union européenne s’immisce dans ce qui n’est pas de son ressort et risque de compliquer singulièrement les choses.

Si l’on suit le point de vue adopté par Prodi, Barroso et Van Rompuy, une Flandre indépendante s’exclurait de facto de l’Union Européenne (et aussi des institutions internationales selon le principe de la « table rase » prévu par le droit international), mais il en  irait de même pour la « Belgique résiduelle ».

Quant à l’aspiration à l’indépendance des Catalans, des Ecossais et des Flamands, elle ne relève nullement d’un phénomène populiste, mais bien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Les mois qui viennent nous réserveront sans doute bien des surprises. Les observateurs politiques auront du pain sur la planche.

L’Européen convaincu que je suis, croise les doigts. Comme l’a écrit Jean Monnet, dans ses « Mémoires » : Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes.

Dernier livre paru : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015.