Archives mensuelles : juin 2016

Sacs plastiques, glyphosate: le parlement wallon a tranché

« La Libre Belgique », Belga, 22 juin 2016

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Le parlement de Wallonie a approuvé mercredi un imposant décret environnemental dont la mesure-phare est l’interdiction de l’utilisation des sacs plastiques à usage unique, qui place la Région à l’avant-poste de ce débat à l’échelle européenne.

Cette interdiction sera mise en œuvre de manière progressive. Dans un premier temps, à compter du 1er décembre 2016, elle visera les seuls sacs de caisse. Par la suite, à compter du 1er mars 2017, tous les autres sacs seront interdits.

Des dérogations pourront être accordées pour des motifs d’hygiène ou de manutention s’il n’existe pas d’alternative. Les consultations sont lancées dans ce cadre, a indiqué le ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio.

Le projet de décret permet aussi de limiter davantage la production de déchets papiers émanant de publications gratuites, et l’élargit au plastique entourant ces publications. Cette disposition vise le dépôt dans les boîtes aux lettres de publicités et de publications non sollicitées, y compris celles emballées sous film plastique. Les secteurs concernés se sont engagés à collaborer avec la Région dans le sens d’un renforcement du mécanisme de l’autocollant STOP PUB.

Les publicités déposées sur les véhicules (notamment les cartes plastifiées, que des automobilistes jettent souvent sur la voirie) sont aussi visées.

Un autre volet du décret renforce considérablement les mécanismes d’obligations de reprise imposées aux producteurs.

Autre élément d’importance, le décret instaure en Région wallonne une gestion publique – via la SPGE – de l’assainissement autonome, comprenez les stations d’épuration individuelles que nombre d’habitants des zones rurales doivent installer. Actuellement, seules 10 à 15% de ces installations offrent la garantie d’être correctement entretenues, selon le ministre.

Ce dernier a affirmé que la gestion publique – décriée par le MR pour son coût, au lieu de responsabiliser le citoyen – ne pèserait pas sur le coût de l’eau et fournirait au citoyen un service auquel il a droit via le coût-vérité à l’assainissement (CVA).

Une disposition est en outre insérée pour combler le vide juridique constaté à l’occasion de la faillite d’une entreprise à Herstal, où 50 fûts de cyanure de sodium avaient été retrouvés par des enfants au sein d’une entreprise abandonnée.

Des modifications sont aussi apportées pour répondre à divers problèmes liés au rejet dans les égouts de substances et matières inappropriées, dont des produits d’hygiène corporelle qui se retrouvent régulièrement dans les égouts et forment des bouchons, engendrant des frais de curage à hauteur de trois millions d’euro par an, selon le ministre.

Suppression de l’usage du glyphosate

Le parlement wallon a approuvé mercredi une proposition de résolution PS, CDH et Ecolo demandant que le gouvernement régional définisse une stratégie claire et rapide amenant à la suppression de l’utilisation de ce pesticide en Wallonie. Une concertation Fédéral-Régions est programmée jeudi, avant un nouveau vote à l’Europe vendredi. Le ministre wallon de l’Environnement Carlo Di Antonio avait déjà à plusieurs reprises évoqué les mesures qu’il envisage pour décourager l’usage du glyphosate, toujours très utilisé dans l’agriculture, mais aussi par les particuliers (trottoirs, potagers).

La résolution réclame une interdiction immédiate d’utilisation pour les particuliers et les pouvoirs publics, ainsi qu’un accompagnement pour un abandon progressif par les agriculteurs.

A ce propos, Christie Morreale (PS) a dit attendre avec intérêt l’avis du Conseil d’État sur une ordonnance de la Région bruxelloise visant à interdire l’utilisation de cette substance, dont le caractère cancérigène divise la science. François Desquesnes (CDH) s’est quant à lui montré soucieux d’accompagner les agriculteurs dans le changement.

Le MR s’est abstenu. Il s’est dit favorable à une réduction progressive des pesticides, mais pas à une mesure drastique et immédiate, a relevé Patrick Lecerf.

Au niveau européen, la Belgique, via le ministre fédéral de l’Agriculture Willy Borsus (MR), se montre toujours favorable au renouvellement de l’autorisation du glyphosate. Une réunion de concertation avec les Régions est programmée ce jeudi, mais le ministre Di Antonio s’est montré peu optimiste sur un revirement fédéral.

Pourtant, le camp des pays qui voteront contre, ce vendredi, dans un comité d’appel entre les représentants des États membres et la Commission européenne, ne cesse de s’accroître, la France l’ayant rejoint dernièrement.

L’autorisation de cette substance active contenue dans les pesticides les plus utilisés en Europe (comme le RoundUp de Monsanto mais aussi des produits concurrents de Bayer, Syngenta, BASF ou Dow Agrosciences) arrive à expiration à la fin du mois de juin.

La question de son renouvellement fait l’objet depuis plusieurs mois de débats infructueux entre les représentants des États membres et la Commission européenne. Mais même en l’absence d’accord, la Commission pourrait prolonger l’autorisation pour 12 ou 18 mois.

Christie Morreale et Matthieu Daele (Ecolo) ont reconnu que le débat sur le glyphosate n’était pas la panacée, l’enjeu essentiel portant sur la suppression des pesticides néonicotinoïdes, dits « tueurs d’abeilles ».

Magnette en appelle à une Ste Emilie bis

Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 21 juin 2016

2016-06-22_073424Je me suis dit : « je rêve. Ce n’est pas le ministre-président wallon qui a dit : «Donnez-moi la culture et l’enseignement et nous aurons un vrai projet mobilisateur pour la Wallonie», envoie le député wallon MR Pierre-Yves Jeholet à Paul Magnette.

Il y a quelques jours, le ministre-président wallon lâchait en effet cette petite phrase lors d’une rencontre avec la presse : Sans l’enseignement, sans la culture, la Région est eunuque. Les réactions n’ont pas manqué, y compris au PS.

Dans l’opposition MR, Pierre-Yves Jeholet trouve en tout cas le propos choquant. Non pas qu’il soit oipposé à une régionalisation. Au contraire, il mène le même débat dans sa maison.

Mais et l’emploi, alors ? Et le logement ? Ce n’est pas suffisamment mobilisateur pour le gouvernement wallon ?

Ministre-président, pas notaire

Paul Magnette n’est pas mécontent. Sa sortie sur une nécessaire réforme intrafrancophone  a atteint son objectif : animer le débat. Il le savait bien, dit-il, que les médias assureraient une confortable caisse de résonance à sa petite phrase.

Bon, il le reconnaît, l’expression eunuque était un peu forte. Mais aucun regret. Sans cela, mes propos n’auraient pas été cités, note-t-il.

Pas de vrai projet mobilisateur sans régionalisation de l’enseignement et de la culture ? Oui. Mais non. Là, on aura mal traduit le Magnette dans le texte.  La Wallonie ne manque ni d’ambition, ni de projets, ni de compétences importantes. Le contrat d’insertion pour les jeunes, la révision des aides au logement, la création de l’assurance-autonomie…  Bien entendu que ce gouvernement est ambitieux et a un projet.  Mais ça ne veut pas dire que quand je gouverne, je ne réfléchis pas.  Or réfléchir, c’est aussi animer des débats.

Et lui, il veut débattre. Je ne suis pas là pour appliquer la Déclaration de politique régionale comme un notaire.

La logique du saucisson

En 2013, il a co-négocié l’accord de la Sainte-Emilie. Celui qui organise la solidarité entre francophones après la 7e réforme de l’Etat, autour des allocations familiales, de la santé, etc. Un bon accord intrafrancophone qui nous montre que c’est possible. J’en appelle à une Sainte-Emilie bis. Et ça n’a rien à voir avec ce que réclame la N-VA., ajoute Paul Magnette, à l’adresse de Stéphane Hazée (Ecolo).

En effet, pour le député wallon, il y a comme une impression de déjà entendu dans le propos de Paul Magnette : « Plus de compétences pour une politique plus cohérente ». Ca ne vous rappelle rien ? Cette posture du « toujours plus de compétences », du côté d’Anvers… ? Ca n’a pas de fin. C’est la logique du saucisson, dit-il, évoquant le leitmotiv communautaire de Baret De Wever.

Bref. Dans ces conditions, prévient Ecolo, une régionalisation culture/enseignement reviendrait à pousser les francophones de Bruxelles vers la Flandre. C’est une faute majeure, pointe Stéphane Hazée.

Une autre commission spéciale !

Paul Magnette répète à son tour : tout ça, ce n’est pas avant 2019. Mais on peut commencer à y réfléchir pendant cette législature. Il a même entendu le partenaire CDH dire à peu près la même chose par la voix de son collègue Maxime Prévot. Le citoyen ne veut pas de débat de tuyauterie aujourd’hui. Mais demain, peut-être, ce serait pertinent de régionaliser certaines matières…

Et ce serait encore mieux si ça partait du Parlement wallon, relance Magnette : une commission spéciale, puisque toute décision dans cette matière requière une majorité des deux tiers.

Pour sa part ; Pierre-Yves Jeholet veut bien tendre la main. Sur le fond, je pense qu’on peut se rejoindre. Mais pas question de mouiller les parlementaires de l’opposition, comme dans la commission sur le Renouveau démocratique, pour être sabordé ensuite par le gouvernement. On ne nous aura pas deux fois. Magnette retient « main tendue ». Tant mieux, c’est ma seule ambition…

L’enseignement supérieur va bénéficier d’un refinancement progressif

« Le Vif », Belga, 15 juin 2016

Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé mercredi un projet de décret assurant un refinancement progressif de l’Enseignement supérieur, une des principales promesses de la majorité PS-CDH pour cette législature.

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Le texte révise certains des mécanismes de financement et augmente progressivement l’enveloppe dévolue aux établissements supérieurs pour un montant global de 107,5 millions d’euros entre 2016 et 2019.

Dès cette année, les établissements supérieurs, soumis depuis 20 ans au régime de l’ « enveloppe fermée », recevront un premier ballon d’oxygène de 10 millions d’euros, répartis à 75% pour les universités et 25% pour les Hautes écoles, une clé qui avait suscité quelques crispations entre universités et Hautes écoles.

Pour 2017, ce refinancement sera porté à 17,5 millions, puis 39 millions en 2018, et 41 millions pour 2019 et les années suivantes.

Ce refinancement de 107,5 millions d’euros répond -partiellement- à une demande pressante formulée depuis des années déjà par l’enseignement supérieur francophone qui n’a guère vu ses moyens évoluer depuis 1997 alors que le nombre d’étudiants a presque doublé dans l’intervalle…

Devant les députés, le ministre Marcourt, à l’origine du texte, a reconnu mercredi que cette augmentation de moyens ne permettrait pas de rencontrer tous les besoins des établissements supérieurs.

La Fédération est soumise à une contrainte de retour à l’équilibre budgétaire, et elle n’a pas de pouvoirs fiscaux, a-t-il rappelé.

Le projet de décret a été approuvé mercredi par la majorité PS-CDH. L’opposition MR, Ecolo, Défi et PTB s’est abstenue.

Au nom du MR, la députée Magali Dock a dénoncé un travail inabouti, les montants mobilisés étant insuffisants, selon elle.

Elle a aussi déploré l’absence de financement alternatif pour l’enseignement supérieur et le fait qu’aucun moyen complémentaire n’ait été spécifiquement prévu pour la recherche scientifique.

Pour Ecolo, Philippe Henry a lui évoqué une occasion manquée.

L’augmentation (du budget) ne compense pas l’arriéré de définancement. On va en fait continuer la politique de définancement, mais un peu moins fort qu’avant.

«Chaque jour, les grévistes wallons apportent la preuve que la N-VA a raison»

Pour « Knack », Walter Pauli et Ewald Pironet ont interviewé longuement Bart De Wever, le président de la N-VA.

Voici les principaux extraits de cet entretien, traduits par Jules Gheude.

2016-06-20_204100Bart De Wever ouvre une lettre écrite à la main. Elle émane d’un Belge francophone qui le supplie de créer une section N-VA en Wallonie.

De Wever : Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de lettre et de mails que je reçois dans ce sens. Chaque jour, des Wallons viennent se plaindre chez moi qu’ils en ont marre du socialisme, des grèves et de l’immobilisme que leur région subit.

Knack : A quand la création d’une section N-VA en Wallonie ?

De Wever : Il ne faut jamais s’immiscer dans une autre démocratie.

Knack : Le gouvernement Michel s’attire de plus en plus de critiques parce qu’il n’a pas de majorité en Wallonie.

De Wever : J’ai lu récemment dans « Knack » que Louis Tobback (SP.A) a découvert cela deux ans après la formation du gouvernement et qu’il se demande dès lors si je peux encore dormir. Alors que c’est le gouvernement Di Rupo qui a ouvert cette porte. En 2011, j’ai dénoncé cela en disant qu’un gouvernement belge sans majorité flamande n’était pas une construction démocratique, mais je n’avais alors pour ainsi dire pas le droit de parole. Le gouvernement fédéral avait bien une majorité belge, me disait-on, et la Belgique est quand même une démocratie, une et indivisible. En 2014, je n’ai fait que rentrer par cette porte ouverte. Et voilà maintenant que l’on s’écrie : « Ce gouvernement n’a pas de légitimité car, dans la démocratie francophone, il n’a le soutien que d’une minorité. » Sorry, ce n’est pas mon problème.

La forte opposition du côté francophone commence à devenir cependant le premier problème du gouvernement Michel.

Je vous le dis : les six millions de Flamands sont ma communauté de destin. C’est à eux que je dois rendre des comptes. Une majorité de ces Flamands a fait un choix clair lors des élections. Un choix pour des réformes économiques et des assainissements, pour une politique plus forte en matière de sécurité. La N-VA donne à ces gens ce qu’ils ont demandé. Avec Jan Jambon à l’Intérieur, nous avons enfin un ministre  qui veille à notre sécurité. Le contraste avec son prédécesseur, Joëlle Milquet (CDH), est assez copernicien. Et au niveau socio-économique, nous menons les réformes dont nous savons tous qu’elles étaient indispensables. J’ai donc accompli mon devoir démocratique. Que la plupart des Belges francophones aient à nouveau voté, il y a deux ans, pour des partis ayant une analyse de gauche, ce n’est pas mon problème.

Un grand problème pour un gouvernement fédéral est aussi l’affaire du plus grand parti de ce gouvernement, donc de la N-VA.

Que voulez-vous que je fasse ? Lors des élections de 2019, les partis de la majorité, dans les deux démocraties, devront rendre compte de la politique menée. J’espère sincèrement que la tendance en Wallonie se renforcera alors au centre-droit. Car si la gauche devait progresser, on se retrouverait vraiment dans le scénario d’une « failed nation », car il serait  alors impossible de continuer de la sorte. Si l’on dit en Wallonie que l’on n’accepte plus la démocratie belge et que l’on n’accepte pas que la Belgique soit dirigée par une majorité démocratique, il faut alors en accepter les conséquences. Alors, la Wallonie doit dire : nous voulons un petit pays de gauche, une sorte de petite Grèce au Nord. Parfait, mais que ce soit alors de préférence avec leur propre argent.

Dit de façon cynique, la forte fronde du syndicat socialiste francophone FGTB est un cadeau pour la N-VA. Plus l’on fait grève et plus les drapeaux sont rouges, plus cela conforte votre position selon laquelle la Wallonie diffère fondamentalement de la Flandre.

Dire que les grèves sont un « cadeau », c’est même trop cynique pour moi. Mais il est vrai que la FGTB est la preuve vivante  que la N-VA a raison et que nos analyses sont pertinentes. Et il est aussi évident que le président du PS, Elio Di Rupo, en est conscient. D’où  son intervention « poussive » contre le Premier Charles Michel (MR). Je le dis à regret, mais avec cette intervention Elio Di Rupo a montré qu’il est « dépassé ». (…)

Tout aussi surprenant fut l’appel conjoint de Laurette Onkelinx (PS) et de Meyrame Kitir (SP.A) aux syndicats pour ne pas faire grève en ordre dispersé, « car cela met le pays en danger ».

Le PS a lâché en Wallonie des forces qu’il n’a plus sous contrôle. Et oui, quand on ouvre la boîte de Pandore, Raoul Hedebouw (PTB) en sort et vous avez un problème. Il sera bien difficile de l’y faire rentrer. La grève des surveillants de prison est tellement en dehors de toute raison  que même le plus sauvage des PS, des types primaires comme le patron de la FGTB Marc Goblet, avec leur troisième cellule de cerveau active, ont compris que cette action sauvage n’était pas une bonne chose pour eux. (…) Chaque jour, les grévistes wallons apportent la preuve que la N-VA a raison. (…)

Le fait est que le dernier sondage n’était pas bon pour la N-VA.

La plus grande crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale et la manifestation soudaine du terrorisme musulman ne sont pas un cadeau pour un parti de gouvernement. Et naturellement, certains électeurs du Vlaams Belang ; qui avaient commencé à voter pour nous à partir de 2009, restent toujours ouverts au discours de Dewinter & Co. Pourtant, nous les « socialisons ». (…) Mais ce processus prend du temps : nous devons imprégner ces électeurs de notre discours et de nos analyses, et cela prendra des années. (…)

Le gouvernement Di Rupo était idéologiquement un peu plus hétérogène que le gouvernement Michel, mais il était plus soudé politiquement que ce « kibbelkabinet » (gouvernement où l’on se dispute en permanence).

Le gouvernement Michel veut ramener à zéro un déficit structurel de 12 milliards. Cela signifie  que nous sommes confrontés à un exercice d’assainissement  extrêmement difficile, avec un tempo serré. (…) Que cela puisse se faire sans tensions internes, c’est assez illusoire. (…)

Le prochain débat budgétaire peut-il se terminer sans une forme de taxe pour les riches ?

Les gens accordent aujourd’hui particulièrement beaucoup de valeur à la notion de « fairness ». (…) Quelque chose doit se passer, mais je ne vois pas encore quoi. Si la solution qui rapporte des milliards existait vraiment, pourquoi les socialistes et les verts ne l’ont-ils jamais imposée ? Pourquoi ont-ils fait justement le contraire ? (…)

Interrogé au sujet du débat sur l’intégration et l’adaptation de la Constitution, Bart De Wever précise :

Heureusement que je dispose des pages de Cicéron : les auteurs antiques me donnent toujours la meilleure vision sur la politique, par exemple la manière dont les politiques veulent avoir de l’influence ou ce qu’ils font pour rester au pouvoir. L’histoire ne se répète jamais parce que le contexte change en permanence, mais les gens ne changent pas. Ils ne pensent pas aujourd’hui différemment que lors du premier siècle avant J.-C. C’est vrai aussi en ce qui concerne l’identité, la citoyenneté ou le rôle de la religion dans la société. Et cela me conforte dans ma conviction que la gauche est en proie à une indigence intellectuelle incroyable. (…)

Est-ce qu’une croix enflamme encore les esprits ? Non, car la christianisme est depuis longtemps sécularisé. Les croyants catholiques n’ont plus de revendication sur la culture politique. Ils ne partent plus du principe  qu’ils ont le droit ou même le devoir, au nom de  leur Dieu, d’imposer un système de normes et de valeurs au reste de la société. (…) C’est la différence avec un courant  de musulmans croyants, qui sont exigeants et revendicatifs pour introduire leurs règles religieuses dans notre culture politique. Beaucoup de ce qu’ils demandent va à l’encontre de la direction collective que l’Europe a empruntée depuis les Lumières. A gauche, on n’a pas suffisamment conscience  du caractère unique que ce modèle a dans le monde d’aujourd’hui. Alors que la gauche devrait être dans le cockpit des Lumières, elle est tout à fait en arrière. (…)

Les quatre freins de la Wallonie

« La Libre Belgique », 14 juin 2016

http://www.lalibre.be/debats/opinions/les-quatre-freins-de-la-wallonie-575ed3bf35705701fd859361

2016-06-20_203256Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique.

Pourquoi la Wallonie n’arrive-t-elle pas à décoller ? A cause d’une économie passéiste, de la non-fusion entre Communauté et Région, d’un mal bien à elle au niveau de la gouvernance, et d’une réelle impossibilité de réaliser l’équilibre budgétaire. Il faut réagir !

Pourquoi, alors qu’elle regorge d’atouts majeurs, la Wallonie peine-t-elle à décoller ?

  1. Il y eut d’abord le déclin de l’industrie dite traditionnelle. Il était inévitable, mais au lieu d’investir massivement dans les technologies du futur, les responsables politiques, sous la forte pression syndicale, se sont efforcés de prolonger le passé au nom de la défense des droits acquis. Des sommes colossales ont été ainsi dépensées en pure perte. Analysant la répartition des investissements aidés par l’Etat de 1959 à 1977, Michel Quévit constate : « En Wallonie, les aides de l’Etat sont destinées à affronter les problèmes soulevés par le désinvestissement du privé qui se désintéresse des secteurs traditionnels : rationalisation de l’outil industriel vieilli, avec pour conséquence les fermetures d’entreprises, et, pour effet collatéral, le gonflement du chômage régional. Dans le même temps, en Flandre, les aides servent à des investissements dans des secteurs inducteurs de croissance économique, créateurs d’emplois, d’innovation, de diversification et de développement des activités et cela dans toutes les provinces flamandes à cette époque. »La crise de Cockerill-Sambre, au début des années 80, va amener la Flandre à remettre en cause le principe de la solidarité nationale. C’est le « geen Vlaamse cent meer voor het Waalse staal »(plus un sou flamand pour l’acier wallon). Car le Nord ne peut accepter que des sommes colossales soient investies à fonds perdus. La demande de financement de Cockerill-Sambre vaut bien une crise gouvernementale, parce qu’il s’agit de dizaines de milliards de francs, avec des conséquences graves pour le développement de l’emploi en Flandre, déclare, le 12 février 1983, Eric Van Rompuy, le fougueux président des CVP-Jongeren. Et Luc Van den Brande, CVP lui aussi, de revendiquer la régionalisation des cinq secteurs restés nationaux (sidérurgie, charbonnages, textile, verre creux d’emballage et constructions nationales).
  2. Aujourd’hui, Paul Magnette, le ministre-Président wallon, plaide pour la régionalisation de l’enseignement et de la culture. Sans ces matières, dit-il, la Wallonie est comme un eunuque. Ignore-t-il que c’est son parti, le PS, qui a refusé en 1980 d’adopter le même schéma que la Flandre, à savoir la fusion Communauté-Région ?Les libéraux-réformateurs y étaient favorables, mais le PS, redoutant de voir son pouvoir se diluer, préféra conserver sa mainmise sur la Région. Ce n’est pas le fait de disposer d’outils d’auto-administration qui importe – ceux-ci n’ont d’ailleurs cessé de se développer au fil des diverses réformes de l’Etat -, mais bien la manière d’en user à bon escient.
  3. Et ici, l’objectivité nous amène à reconnaître qu’il y a bel et bien, au niveau de la gouvernance, un mal wallon, qui se traduit aujourd’hui par une situation financière alarmante et une hypertrophie politico-administrative. Pour une raison qui peut s’expliquer par le passé industriel, la mouvance socialiste a fortement marqué la Wallonie de son empreinte. Depuis la mise sur rails de la régionalisation, en 1980, la ministre-Présidence wallonne a ainsi été exercée, de façon quasi interrompue, par le PS (à l’exception d’André Damseaux, en 1982, et de Melchior Wathelet père, de 1983 à 1985). Depuis 2004, le PS s’est refusé à intégrer le MR au gouvernement wallon. Il n’a visiblement pas digéré que Charles Michel, ministre wallon des Affaires intérieures et de la Fonction publique de 2000 à 2004, ait voulu jeter un coup de pied dans la fourmilière des intercommunales, qui permet de combler les « camarades » méritants de lucratifs mandats ! Sans parler de l’affaire de la Carolorégienne, soulevée en septembre 2005 par le conseiller MR de Charleroi, Olivier Chastel.
  4. Aujourd’hui, alors que plusieurs plans de redressement ont été adoptés, force est de constater que la situation n’a guère évolué. Dans son livre « Choisir la Wallonie », paru en 2004, le ministre-Président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe nous disait déjà apercevoir le bout du tunnel. Douze ans plus tard, le gouvernement wallon est toujours dans l’impossibilité de réaliser l’équilibre budgétaire. Et le chômage wallon affiche encore un taux de 13,9 %, soit le double de celui de la Flandre. Les chiffres sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Ils indiquent, par exemple, qu’au niveau de la Sécurité sociale, le fossé ne cesse de s’élargir entre le Nord et le Sud, comme le démontre le dernier rapport du VNZ, le Fonds de Maladie flamand et neutre. Voilà qui doit perturber singulièrement le PS, qui a fait de cette sécurité sociale son fonds de commerce. Pour la Flandre, et cela ne concerne pas que la seule N-VA, il importe que chaque entité fédérée assume désormais l’entière responsabilité financière de ses choix politiques. Tel est le sens de la vision confédéraliste, que le ministre-Président CVP Luc Van den Brande avait développée dès le début des années 90.

Aujourd’hui, la N-VA prépare activement les choses pour 2019. Pour la Wallonie, le seuil critique sera bientôt atteint. Privée des transferts financiers en provenance de la Flandre, elle devrait connaître une situation comparable à celle de la Grèce en 2009. Telle est la vérité que les Wallons, et surtout la jeunesse wallonne, doivent connaître. A eux de réagir et de faire comprendre à leurs élites qu’elles font fausse route !

Belgio, la no-nazione che sfida gli azzurri per ritrovare la sua identita – Belgique, la non-nation qui affronte les «azzurri» pour retrouver son identité

Stasera il match che riavvicina due nazioni dalla storia parallela: così la vede Bruxelles

David Coppi , « La Repubblica », 13 juin 2016

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Lo veduta dello stadio di Lione che ospiterà Italia-Belgio (lapresse)Allez les Diables! Forza Belgio! L’entusiasmo per la squadra nazionale ha mai raggiunto livelli così estremi? E’ espressione della grande attesa suscitata, in questo piccolo Paese di 30.000 chilometri quadrati e 11 milioni di abitanti, dalle gesta di una generazione di talenti di origini miste, dai De Bruyne ai Fellaini, che ha sollevato il Belgio all’altezza delle più grandi selezioni d’Europa e del mondo. Un risultato sostenuto da un’ambizione e da una felicità condivise. Un bel diversivo, coi tempi che corrono. E magari, in fondo – chi lo sa? un momento di festosa follia.

C’è da dire – sia pure tra parentesi che questo slancio entusiastico serve un po’ da sfogo, per quanto possibile, a qualcosa che assomiglia a una multiforme depressione sociale (ma è una parola grossa… meglio non esagerare!). Uno stato d’animo che ha fatto presa su una società traumatizzata dagli attentati del 22 marzo all’aeroporto di Zaventem e nella metro di Bruxelles. Ma torniamo coi piedi per terra. Ebbene sì, è « formidabile », come direbbe Stromae – e a smentirlo non saranno i discendenti dei 200.000 italiani approdati settant’anni fa nelle miniere di carbone belghe per guadagnarsi la vita, finendo a volte per perderla – una vecchia storia oramai. Questo Paese che è stato tra i fondatori dell’Europa è oggi in preda a tensioni sociali aggravate da una crisi dello Stato, che in Belgio come altrove mettono a dura prova una democrazia in via di invecchiamento.

In fatto di tensioni sociali, ricordiamo gli scioperi di oltre un mese degli agenti penitenziari, quelli che da varie settimane paralizzano le ferrovie, le minacce di astensione dal lavoro nel mondo giudiziario, l’appello allo sciopero generale per il 24 marzo – tanto per citarne solo alcuni. E tutto ciò nel massimo disordine sindacale, con alcune organizzazioni che passano all’azione mentre altre non aderiscono. E per di più, c’è il preoccupante dissidio Nord- Sud.

E’ una delle caratteristiche salienti di questo regno (che ha avuto Paola per regina, non lo dimentichiamo) storicamente soggetto alle forze centrifughe tra il Nord delle ricche Fiandre e il Sud della Vallonia, uscita da una grave crisi industriale. Due nazioni che tutto contribuisce a dividere: la lingua, la cultura, l’economia, i diversi paesaggi politici. Ma finora – un po’ perché qui siamo nella terra del « surrealismo  » che torce il collo al destino, e più seriamente perché nel bel mezzo c’è Bruxelles, capitale bilingue, europea e indivisibile, che ospita le due comunità – il Belgio è riuscito a reggere, almeno per ora. Ma non è finita.

A colpi di riforme istituzionali, lo Stato unitario – impraticabile in questo Paese che non è una nazione – si è trasformato in uno « Stato federale » suddiviso in « Regioni » autonome (fiamminga, vallone e la regione di Bruxelles) con competenze importanti (dall’economia all’assetto del territorio), mentre il governo centrale, in cui siedono fiamminghi e francofoni, detiene segnatamente i dicasteri delle finanze, degli esteri e della difesa. Una struttura che è il prodotto delle storiche, legittime spinte federaliste, ma in definitiva risulta assai complessa, con molti esecutivi e molti mandatari. Troppi. Chi deve fare cosa? Un allegro bordello. Un bel casino, come cantano gli italiani. Che però non ha nulla di comico. Soprattutto quando il voto delle Fiandre assegna una maggioranza schiacciante a un partito ultra- nazionalista, la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie, nella lingua di Vondel). E’ un po’ la nostra Lega, in versione più germanica e meno demagogica, che all’articolo 1 del suo programma postula la scissione del Paese. Prima formazione alla Camera, la N-VA fa sentire tutto il suo peso nei rapporti di forze politici generali, tanto che due anni fa è entrata a far parte del governo federale (centrale) del Paese in posizione dominante, in una coalizione di destra a prevalenza fiamminga: tre partiti contro uno solo, liberale, per i francofoni del Sud. Oltre tutto questo partito, il Movimento riformatore del primo ministro Charles Michel, è minoritario in una regione come la Vallonia, che ha radici storiche nella sinistra.

Tagli alle spese pubbliche e Stato « leggero », riforma del mercato del lavoro, aumento dell’età pensionabile, flessibilità…. E’ dovunque tempo di Jobs Act: il nuovo orizzonte tracciato dalle classi dominanti. Per il bene di tutti, ovviamente. Sono le condizioni per il ritorno alla crescita, la via alla modernità. Questo il mantra. Ma la storia non è scritta.
Stremato, mutante, il Belgio è un concentrato di quest’Europa nata in un secolo di ferro sessant’anni fa, e nuovamente immersa – come a suo tempo enunciava un italiano – in un chiaroscuro da cui possono sorgere mostri.

Allez les Diables! Forza Belgio!

Quand le déni continue…

«Carte blanche» de Thierry Ollevier, professeur à l’Université Laval (Québec), dans « Le Soir » du 10 juin 2016

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Un enseignant à l’étranger, de passage régulier en Europe, s’inquiète pour la sécurité dans les transports belges après les attentats du 22 mars.

Mardi 17 novembre 2015. Bruxelles, Gare du Midi. Trois agents de sécurité Securail bavardent dans une boulangerie dans le hall de la gare. Il n’y a aucun policier ou militaire visible non plus. Quelques tables de contrôles des bagages semblent avoir été installées dans le couloir d’accès aux Thalys et TGV mais il n’y a aucun contrôle d’identité et tout est désert. L’accès au Thalys se passe sans encombres ; l’accès au quai est tout à fait libre, tout comme l’accès au wagon. Il n’y a d’ailleurs pas un seul agent de sécurité sur le quai. Personne n’est présent pour contrôler votre billet ; la personne accompagnatrice peut monter à bord sans la moindre vérification. Il n’y a pas le moindre contrôle des bagages qui s’amoncellent sur le quai, avec des valises, des boîtes…

La contrôleuse de la SNCB s’avouera plus tard dans l’incapacité de contrôler un billet électronique émis par la SNCF… car «  elle ne dispose pas de l’équipement adéquat pour le faire  ».

Ce voyage Bruxelles-Paris en Thalys se sera donc passé sans le moindre contrôle. Le ministre belge des Affaires étrangères a dit que quelque chose se préparait, alors pourquoi les mesures de sécurité n’étaient-elles pas en alerte maximale ?

Pourquoi s’inquiéter outre mesure ? Tout va bien. C’était quatre jours après les attaques de Paris, un peu plus d’un an après l’attaque du Thalys.

Vendredi 20 novembre 2015. Paris, Gare du Nord. L’accès au Thalys était limité aux seuls porteurs de billet. Ont lieu successivement une vérification à la porte du wagon, un contrôle des billets une fois à bord, ainsi qu’une vérification d’identité par la police.

Emotions sans lendemain

Dimanche 29 mai 2016. Gare du Midi, Bruxelles. L’accès au hall des départs des Thalys et des TGV est aisé. Trois douaniers rigolent entre eux et les bagages ne sont pas contrôlés. L’accès au train est aussi facile qu’avant. Le contrôleur reconnaît le laxisme et l’absence de sérieux et de moyens pour les mesures de contrôle. Il n’y a ni agent de sécurité ou policier ni contrôle douanier à l’embarquement. Il n’y a pas de passage de gardes de sécurité dans les rames.

C’était deux mois après les attaques de Bruxelles, moins de deux ans après la tentative d’attentat dans le Thalys.

Vendredi 3 juin 2016. Paris, Gare du Nord. Des barrières ferment l’ensemble du quai Thalys et seuls les porteurs de billet y ont accès. En plus de ces mesures, le passage aux rayons X des bagages est désormais obligatoire.

Des événements graves se sont passés à Bruxelles. Et puis, des émotions sans lendemain. De grandes déclarations, des postures. On se rassure et on rassure le monde. On se convainc qu’on est à la hauteur. Ne critiquez surtout pas. Pourquoi s’inquiéter outre mesure ? Tout va bien.

Déni, incompétence et manque de moyens. Un dangereux mélange.

La facture d’électricité va s’alourdir pour 125.000 Wallons

Robert Van Apeldoorn, « Trends-Tendances », 9 juin 2016

A partir de 2018, les propriétaires de panneaux photovoltaïques (environ 125.000 Wallons) devront payer une contribution pour l’utilisation du réseau électrique en Wallonie.

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Jusqu’à présent, ils ne paient que peu ou pas de frais de réseau alors que les utilisateurs qui ne produisent pas d’énergie solaire (environ 1,6 million de personnes) sont facturés plein pot.

Les particuliers qui produisent de l’électricité utilisent le réseau de distribution dans les deux sens : pour l’approvisionner lorsqu’ils n’utilisent pas toute l’énergie solaire produite, pour y puiser du courant lorsque leurs panneaux ne suffisent pas à leur consommation. Si le solde est nul, aucun frais de réseau ne leur est compté.

 » Résultat : les utilisateurs qui ne possèdent pas de panneaux solaires paient un surcoût de 5,6 % en frais de réseau », explique Stéphanie Grevesse, porte-parole de la Commission wallonne pour l’énergie (CWaPE). Cette dernière instance avait déjà voulu imposer une contribution aux détenteurs de panneaux solaires en 2015 et 2016 mais, suite à un recours introduit par l’association TPCV (Touche pas à mes certificats verts), la cour d’appel de Liège avait rejeté le dispositif.

La CWaPE et le ministre wallon de l’Energie Paul Furlan n’ont pas renoncé : ils notent que la cour d’appel de Liège a contesté le mécanisme de facturation, pas le principe. D’où la mise en chantier d’un nouvel arrêté, qui devrait être bientôt adopté en troisième lecture au gouvernement wallon. La contribution devrait être proportionnelle à la consommation et flirterait avec les 200 euros pour une consommation de 3500 kWh (dont 37 % en autoconsommation), un profil moyen selon la CWaPE.

Plus de la moitié des mesures du Plan Marshall 4.0 sont en vigueur

« Le Vif », Belga, 9 juin 2016

Un an après le lancement du Plan Marshall 4.0, troisième version de ce programme de redéploiement économique de la Wallonie, 54% des mesures ont été finalisées et sont entrées en vigueur, a affirmé jeudi le ministre-président wallon Paul Magnette, à l’issue de l’examen du premier rapport annuel de mise en oeuvre du plan.

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En outre, 32% des mesures sont en cours de mise en oeuvre ; 13% des mesures n’ont pas encore démarré, pour la plupart parce qu’elles ne concernent que les années 2017 à 2019 comme c’est le cas de la nouvelle programmation de financement alternatif, a ajouté M. Magnette (PS). Le Plan Marshall 4.0 est doté d’un budget de 2,4 milliards d’euros pour la législature, auxquels s’ajoutent 468 millions en financements alternatifs pour des projets d’investissements et 841 millions d’euros pour poursuivre les projets d’investissements du Plan Marshall 2.Vert.

Il y a trop de résolutions (parfois inutiles) en Wallonie

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 9 juin 2015

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Le travail parlementaire, en Wallonie comme ailleurs en Belgique, est souvent difficile. L’assemblée servant bien souvent de chambre d’entérinement pour les projets de décrets déposés par le gouvernement. La majorité soutient et vote le texte avec une loyauté presque jamais prise en défaut (les exceptions sont rares) et l’opposition s’oppose. Parfois, un décret proposé par un député (très souvent de la majorité, rarement de l’opposition) a la chance d’être voté, mais le chemin est difficile et bien souvent le gouvernement, fidèle à sa déclaration de politique régionale (DPR) négociée entre partenaires au lendemain des élections, préfère mener les réformes et dicter l’ensemble des décrets qui sont examinés au Parlement wallon.

Frustrés, sans doute, que le Parlement soit de moins en moins un lieu de débat, de plus en plus de députés ont recours à la proposition de résolution. Le site de la Chambre en donne cette définition : Il existe plusieurs sortes de propositions de résolution. Les plus fréquentes sont celles dans lesquelles un ou plusieurs parlementaires exposent leur point de vue sur certaines questions ou demandent au gouvernement d’orienter sa politique dans la direction par eux souhaitée.

Si sous la législature précédente (2009-2014), on a enregistré le dépôt de 159 propositions de résolutions, sous cette législature, on en compte déjà (après deux ans seulement), près de 137. Plus rapide et moins technique à rédiger, elle n’entraîne pas un long travail législatif et les députés qui s’en saisissent peuvent rendre compte à leurs électeurs du travail fourni. Mais que l’on soit dans l’opposition ou la majorité, une proposition de résolution ne poursuit pas forcément le même but. Nous en avons identifié trois, en plus de celle qui permet à certains députés de soigner leurs statistiques parlementaires, dont les médias sont parfois friands.

  1. Dans l’opposition.Pierre-Yves Jeholet (chef du groupe MR) expliquait récemment que déposer une proposition de résolution permettait d’ouvrir un débat sur un sujet pour lequel l’opposition était habituellement mise devant le fait accompli. Il citait l’exemple de la nouvelle politique en matière d’allocations familiales qui doit être mise en place en Wallonie. Son parti souhaitant ouvrir le débat de manière rapide, pour faire valoir son point de vue.
  2. Dans la majorité.C’est surtout en voyant certains intitulés que l’on s’interroge. Dans la majorité on dépose des propositions sur tout et n’importe quoi. Si certains poursuivent un but louable (don de sang pour les homosexuels, invendus alimentaires, etc.), d’autres laissent sceptiques.
  3. Sur ordre du gouvernement.C’est plus rare, mais cela arrive. Un exemple récent permet d’illustrer le propos. Le Parlement wallon s’est récemment prononcé contre le traité d’échange commercial avec le Canada (CETA). Par cette proposition, le Parlement charge le gouvernement de refuser cet accord. Un acte posé avec une portée symbolique forte et qui ne devrait pas rester sans conséquences.