Au nord et au sud, deux visions de la santé

Bosco d’Otreppe, « La Libre Belgique », 23 juin 2016

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La communautarisation de l’enseignement a favorisé deux approches différentes de la médecine.

La Belgique reste la Belgique, et la médecine n’y échappe pas. La plupart des débats qui concernent les soins de santé témoignent d’incompréhensions ou de discordes communautaires. La délivrance des numéros Inami qui pénaliserait davantage les francophones en est un exemple flagrant. Tout comme la décision, ce mardi, de la ministre de la Santé Maggie de Block (Open VLD) de ne pas reconnaître la formation en psychomotricité organisée dans la seule partie sud du pays.

L’exemple des « bourgeois »

Ces incompréhensions et ces polémiques ne sont pas innocentes, pointe le docteur Jacques de Toeuf, président de l’Absym, l’Association belge des syndicats médicaux. Elle témoigne de deux approches et de deux visions différentes de la médecine qui se sont accentuées depuis la communautarisation de l’enseignement en 1989. Il suffit de voir, explique le docteur, comment les formations se sont différenciées. On a même créé des métiers différents au nord et au sud. S’il y a en effet des psychomotriciens dans la partie francophone et non en Flandre, on trouve au nord des orthopédagogues, et pas au sud.

Ce qui est notable également, ce sont les habitudes, poursuit le médecin. Les néerlandophones ont ainsi recours en priorité aux généralistes, et les francophones aux spécialistes. On peut l’expliquer de différentes manières. Le fait qu’il n’y ait plus de partis nationaux et que chacun pousse dans sa communauté une vision particulière de la société joue. Mais, personnellement, je pense que si l’on a toujours formé plus de spécialistes en Wallonie, c’est parce que les syndicats et les partis, dans les bassins sidérurgiques, voulaient offrir aux travailleurs le même type de prise en charge que ce que l’on disait exister pour les bourgeois.

Et puis, il y aurait en Flandre une influence plus anglo-saxonne ou germanique qui pousse notamment au respect des règles. Jacques de Toeuf l’admet. Le professeur Joachim Cohen (VUB) ne disait pas autre chose quand il expliquait que face au choix de l’euthanasie, les médecins flamands respectaient plus régulièrement les règles légales.

Au-delà de ces divergences, il ne faut pas voir dans les décisions de la ministre De Block une volonté de brimer les francophones. Les divergences entre nord et sud qui existaient déjà du temps de la ministre Onkelinx relèvent d’incompréhensions, chacun raisonnant en fonction de ce qui se dit au sein de sa communauté, conclut Jacques de Toeuf, qui pronostique un rapide débat sur la future régionalisation de la Santé.