Archives mensuelles : juin 2016

Plus la Wallonie sera à gauche, mieux ce sera pour la N-VA

Analyse de Bart Maddens, politologue à la KULeuven, publiée le 26 juin sur le site de « Doorbraak ». Traduction de Jules Gheude

http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/hoe-linkser-walloni%C3%AB-hoe-beter-voor-de-n-va

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En fait, cela arrangerait bien la N-VA si le MR devait continuer à reculer ou même chavirer.

Le gibier a été touché. Selon les sondages, le MR est en chute libre. Charles Michel n’est qu’en septième position en Wallonie dans le classement de popularité. On  ne peut guère encore parler de bonus de premier dépôt. Michel dégage peu de charisme. L’homme s’exprime par clichés, comme on a encore pu le constater récemment dans une analyse de ses interventions parlementaires, parue dans « Le Soir » du 11 juin.

La défénestration des ministres Jamar et Gallant a confirmé l’image d’un parti qui patauge. Pour renverser cette perception, on met toutes voiles dehors : le talentueux Georges-Louis Bouchez a été transféré de Mons à Bruxelles pour démarrer une offensive de communication.

La longue interview matinale de Michel sur Bel/RTL, mercredi dernier, fut son premier fait d’armes. Résultat : une controverse sur le nouveau terme « radicalisme syndical »qui été lance par Michel  de manière un peu trop voyante.

A la N-VA, on semble enclin à mettre le MR quelque peu à couvert. Bart De Wever a déjà loué à plusieurs reprises Charles Michel pour son courage politique. La N-VA ne s’est pas montrée trop triomphaliste au sujet de la division communautaire des syndicats. Elle a laissé aux médias le soin d’en tirer la conclusion qui s’impose : la Belgique est plus que jamais deux pays. Mais dans sa récente interview à « Knack », le 15 juin, De Wever a tout de même fait remarquer que la FGTB était la preuve vivante que la N-VA avait raison et que ses analyses étaient pertinentes.

Le pays aux deux pays

Si, comme la N-VA, on part du principe que la Belgique se compose en fait de deux pays différents, alors le « courage » de Charles Michel apparaît sous un jour tout à fait différent. Au temps du gouvernement DiRupo, j’ai comparé la position de la Flandre à celle de pays comme la Hongrie ou la Tchécoslovaquie, juste après la Seconde Guerre mondiale. Après des élections démocratiques, on vit arriver des gouvernements communistes au pouvoir. Ces gouvernements n’avaient pas de majorité dans leur propre pays, ils puisaient leur pouvoir dans la voix d’une puissance externe, à savoir l’Union soviétique. Exactement comme les partis traditionnels sous Di Rupo ne pouvaient gouverner en Flandre que grâce au soutien d’un autre pays, en l’occurrence la Belgique francophone. C’est ce que l’on appelle une hégémonie.

C’était, il faut bien l’avouer, une comparaison un peu exagérée. Car les trois partis traditionnels détenaient finalement 45% des voix en Flandre. Les partis communistes, eux, n’atteignaient pas les 20% dans les pays du bloc de l’Est.

La comparaison concerne davantage le MR, qui est quasiment aussi minoritaire. Le parti a mis sur pied un gouvernement qui n’a pas, loin s’en faut, de majorité dans son propre pays et qui ne peut gouverner que grâce à l’appui d’un autre pays. Ce n’est pas vraiment courageux. Plutôt inconvenant. Du moins si l’on trouve que la Belgique se compose de deux pays. Et c’est aussi, manifestement, ce que pensent de plus en plus de Wallons. Car ils vomissent le MR parce qu’il gouverne sans majorité en Wallonie, avec l’appui de la Flandre. En d’autres termes, ils pensent confédéral.

Dynamique confédérale

Plus la Wallonie votera à gauche en 2019, plus cette dynamique confédérale sera renforcée. Vu sous cet angle, cela arrangerait plutôt la N-VA si le MR devait continuer à chavirer.  La N-VA pourrait aisément en tirer argument. Le discours anti-MR du PS est en effet bon pour l’usage flamand interne.

Selon le PS, le gouvernement fédéral mène une politique qui défavorise systématiquement la Wallonie. Normal que les Wallons râlent davantage. La Wallonie est préjudiciée par le fédéral, objectivement, a déclaré Christophe Collignon (PS), lundi dernier, dans « Le Soir ».  Que cela soit vrai ou faux, c’est un excellent argument pour la N-VA pour contrer la critique flamingante sur la participation gouvernementale.

Mais quand ce parti utilise cet argument, il met inévitablement le MR dans une position embarrassante. (…) De façon quelque peu cynique, on pourrait dire que la N-VA gagne deux fois : la crédibilité du parti se relève en Flandre, tandis que le centre-droit sort endommagé en Wallonie et tout cela renforce finalement la dynamique confédérale. Tel est le paradoxe bizarre de la constellation politique actuelle : la N-VA a tout intérêt à ce que son allié MR  s’enfonce.

Vraiment ? Plus le score du MR sera faible en 2019, moins l’actuelle coalition aura de chance d’être reconduite. Mais cette chance  ne semble de toute façon pas très grande. A moins que le gouvernement ne se ressaisisse dans les prochaines années, on ne sera peut-être guère enthousiaste pour poursuivre avec la formule actuelle. Même si la N-VA était prête à reconduire le statu quo communautaire pour cinq nouvelles années.

Intermezzo

La Belgique fédérale ne semble pas réussir le test du stress que Michel I est en réalité. La Belgique ne supporte manifestement aucun gouvernement fédéral  normal, qui n’a pas une majorité dans chaque entité fédérée. Mais si telle est la conclusion que l’élite politique tirera de l’aventure Michel, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour la Flandre. Car il faudra alors qu’un prochain gouvernement ait de nouveau la majorité dans les deux groupes linguistiques. Et les cinq ans de domination flamande au gouvernement fédéral n’auront alors été qu’un intermezzo frivole (comme Herman Van Rompuy avait qualifié jadis la coalition violette).

Nous avons beau être de plus en plus une confédération dans les esprits et dans les faits, mais nous ne sommes guère avancés si nous restons avec des institutions pseudo-fédérales et inefficaces.

En attendant, la manière dont la N-VA pense pouvoir réaliser l’indispensable réforme confédérale  reste le secret le mieux gardé de la rue de la Loi.

Philippe Henry inquiet pour le code territorial wallon

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 30 juin 2016

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Nous nous trouvons face à un important gâchis, lance d’entrée de jeu le député Ecolo wallon Philippe Henry, lorsqu’il aborde la question du CoDT (code wallon de développement territorial) qui doit remplacer le Cwatupe. Ce texte voté en fin de législature précédente, lorsque Philippe Henry était encore ministre, a depuis lors été suspendu par le successeur de l’écologiste, Carlo Di Antonio (CDH) pour modification.

Revenu il y a quelques semaines en commission, le texte a finalement été envoyé, manu militari, par la majorité, vers la séance plénière. Non sans provoquer un mouvement d’humeur sérieux de la part de l’opposition. Le MR a même quitté la séance après avoir refusé de participer aux débats, dénonçant un déni de démocratie et reprochant à la majorité PS-CDH de passer en force. Un sentiment partagé par Ecolo.

Le texte a été reporté et doit normalement être voté avant les vacances politiques (le 22 juillet prochain). Dans un geste d’apaisement à l’égard d’Ecolo qui est resté en séance, la majorité a accepté d’envoyer vers le Conseil d’Etat une dizaine d’amendements que les verts jugent délicats sur le plan juridique.

Malgré ça, le père du CoDT, première mouture, continue à dénoncer les problèmes importants entourant le nouveau texte. On se retrouve avec très peu de documents reprenant les débats parlementaires puisqu’ils n’ont pas eu lieu. C’est un problème car le texte est éminemment juridique, l’intention des députés doit pouvoir être comprise par ceux qui utiliseront ce code. La majorité a validé des textes qui sont contradictoires. La sécurité juridique du texte n’est pas garantie. Ils ont voulu faire plaisir à toutes sortes de personnes qui critiquaient le texte. Ils ont abandonné la vision originelle.

Une entrée en vigueur incertaine

Le député ajoute qu’on ne sait pas quand le texte va entrer en vigueur. Au départ cela devait se faire début 2015. Ils ont déjà dépassé le délai annoncé et je ne crois pas que la date du 1er janvier 2017 sera tenue. Que vont faire les promoteurs de projets immobiliers importants ? Doivent-ils attendre le nouveau texte ?

Enfin, le CDH a conservé le permis parlementaire. Il concerne certains grands projets pour lesquels le permis est accordé par le Parlement. Une nouvelle directive européenne l’interdit sous cette forme. La majorité n’a pas intégré cette donnée. Nous attendons l’avis du Conseil d’Etat, conclut notre interlocuteur. La suite, fin du mois de juillet.

François Perin et l’Europe

Alors que l’Union européenne vient de connaître un terrible choc avec le Brexit, il n’est pas sans intérêt de relire les considérations émises par François Perin en 1979, sous le titre « L’Europe en question – Les vérités dangereuses ».

Une fois de plus, le constat de François Perin s’avère être d’une étonnante lucidité.

                                           L’EUROPE EN QUESTION

2016-06-28_200216Sa vie durant, François Perin fut un Européen convaincu. Ainsi, lors de la création du PRLw, fin 1976, il exigera la caution de Jean Rey.

Le 10 juin 1979, il accepte de prendre part à la première élection du Parlement européen au suffrage universel, en occupant modestement la dernière suppléance.

Pour l’occasion, il rédige un texte d’une vingtaine de pages intitulé « L’Europe en question – Les vérités dangereuses » et qui sera publié par les soins du Club C.R.E.E.R. (Club pour les Réformes, l’Europe et les Régions).

Les partenaires

(…) Ainsi donc, les six pays de l’Europe « occidentale », partenaires du premier traité, sont des Etats moyens ou petits, affaiblis par la guerre, vaincus tour à tour, les uns en 1940, les autres en 1945, libérés essentiellement par la puissance américaine, de la domination nationale-socialiste allemande d’abord, du risque de la domination par l’empire soviétique ensuite.

La Communauté européenne trouve donc son origine dans cette triple caractéristique : écrasée par la guerre, libérée et protégée.

L’Europe dont on parle, naît dans l’inconfort moral et l’orgueil blessé.

Elle naîtra aussi d’une stratégie politique aiguisée par des objectifs économiques : les traités portent sur le charbon et l’acier, puis sur un marché commun, en raison de l’intérêt objectif de ces matières sans doute ; mais peut-être surtout parce que ces matières ne heurtent pas directement la susceptibilité de la souveraineté nationale des Etats partenaires. Plus l’objet d’un traité est d’ordre matériel, plus il ménage l’orgueil politique de ceux qui incarnent les nations et peut-être aussi, cet orgueil collectif nourri par les populations de chaque Etat membre.

Au fond, l’Europe naît en louvoyant avec elle-même. L’Europe naît timidement avec une humilité presque suspecte, simplement parce qu’elle n’a jamais existé, non seulement comme un tout homogène mais bien comme un ensemble coordonné. (Il y a bien eu Charlemagne mais la coutume franque a si vite détruit son empire !)

Pendant mille ans d’histoire, les Etats de l’Europe ont été faits au fil de l’épée par des rivalités sans fin. (…)

Avec un peu de recul, il est assez étonnant de constater que c’est dans cet état de compétition permanente et effroyable que l’Europe – de l’Atlantique à l’Oural cette fois – a réussi à dominer le monde entier en cinq siècles. (…)

Devant ce redoutable acquis de générations en générations, d’autant plus noble qu’il est moralement épuré par l’oubli, l’indifférence à l’égard du passé ou simplement par la déformation de l’Histoire par l’éducation civique scolaire, l’idée d’une Europe unie fait son entrée tardive dans la seconde moitié du XXe siècle, avec mille précautions, sur la pointe des pieds.

Il est curieux d’entendre reprocher à la communauté d’être une technocratie silencieuse ; si elle avait voulu d’emblée être chose, les opinions publiques nationales n’en auraient pas voulu ! On sait ce qu’il en est advenu quand elle a tenté d’être une communauté de défense militaire.

François Perin aborde alors la question de la Grande-Bretagne. Une réflexion, qui, avec le recul, trouve toute sa pertinence.

La Grande-Bretagne n’a jamais voulu créer l’Europe malgré le retentissant discours de Winston Churchill à Zurich, le 9 septembre 1946. Elle lui a été franchement hostile : elle a essayé de la détruire par l’extérieur en créant une zone de libre échange qui n’a pas atteint son objectif négatif.

Puis, elle s’est ravisée, piétinant longtemps devant la porte tenue close par le veto du général de Gaulle. Les anti-gaullistes doivent se demander aujourd’hui si le général n’avait pas quelques bonnes raisons de dire non. La voilà maintenant membre à part entière, fort embarrassée et souvent irritée par cette qualité qui contrarie sur bien des points son intérêt comme son sentiment. Voilà des européens plus mal à l’aise que tous les autres : que faire quand on ne peut plus ni détruire, ni sortir, ni rester ? (…) N’eut-il pas mieux valu prévoir un statut spécial plutôt de que tenter une intégration qui ne contente personne ? (…) Ne valait-il pas mieux une Europe à six, bien unie, même par la méthode confédérale, qu’une communauté élargie à un partenaire difficile, hostile à tout progrès dans l’intégration, par quelque méthode que ce soit, surtout fédérale !

Peut-on réparer l’erreur commise ? se demande alors François Perin.

Les événements vont peut-être nous y forcer. Trois pays du Sud-européen viennent, en quelques années, de se débarrasser de leur dictature. Ils frappent tous les trois à la porte de la Communauté européenne. Sur le plan moral et politique, la Communauté ne peut que les accueillir avec joie. L’Europe occidentale, dans sa diversité, a au moins le dénominateur commun de la liberté. La dictature fasciste pesait lourd sur la conscience européenne. Mais la liberté n’est pas la seule clause du Traité de Rome.

Accueillir un peuple frère, libéré de l’oppression politique, et simultanément le ruiner par une libre concurrence industrielle et commerciale qu’il ne peut supporter est une étrange manière d’être solidaire de son nouveau régime politique. On risque de tourner le dos au but poursuivi et de provoquer de nouveaux drames. Il faudra donc agir cas par cas, avec de grandes précautions : mesures transitoires, clauses de sauvegarde, protocoles spéciaux.

Qu’on le veuille ou non, les nouveaux membres changent à leur tour la nature de la Communauté primitive et y apportent peut-être quelques perturbations supplémentaires, dans la politique agricole notamment.

Le rébus se complique, on n’échappera pas, qu’on l’avoue ou non, aux statuts spéciaux. Pourquoi ne pas reconnaître franchement ce qui est ?(…)

La souveraineté de l’Europe

(…) La doctrine classique de l’Europe depuis la Révolution française situe la souveraineté dans le Parlement qui lui-même tire sa légitimité du suffrage libre. On voit tout de suite où les partisans de l’Europe supra-nationale, enchaînés par une pensée traditionnelle, mettent tous leurs espoirs. Ne commettent-ils pas une erreur d’optique ?

Qui peut soutenir sérieusement que le centre de gravité de la décision politique se trouve au Parlement dans nos Etats contemporains ?

A de rares exceptions près, les jeux sont faits avant les votes. Le vote parlementaire est un acte formel qui confère à la loi son authenticité juridique. Mais, politiquement, ce vote est un acte d’entérinement ; ce n’est pas au sein des assemblées que se forge réellement la décision politique. Dans tous les pays libres d’Europe, c’est le Conseil des Ministres qui est le moteur de l’Etat, son centre de gravité, sa matrice, son pouvoir de commandement. Le Parlement n’incarne plus la souveraineté de l’Etat ; son seul vrai rôle est de représenter les opinions, d’en débattre librement et contradictoirement, de surveiller et de critiquer au besoin le pouvoir gouvernemental. (…)

Comment en serait-il autrement pour le Parlement européen ? Les journalistes ne s’y trompent pas. Ils donnent un écho dérisoire aux débats de Strasbourg mais ils sont à l’affût des marathons nocturnes du Conseil des Ministres ou du Conseil Européen, c’est-à-dire là où ils savent que des décisions importantes vont réellement être prises.

L’Europe réelle est là ; mais c’est là précisément qu’elle montre aussi ses faiblesses, ses échecs ; c’est là qu’elle crée dans une opinion désabusée et sceptique, découragement, indifférence, impatience, colère. (…)

Par contre, la Commission du Traité de Rome, moins connue du public, a joué un rôle beaucoup plus positif, malheureusement souvent contré ou affaibli par les réactions du Conseil des Ministres. Celui-ci représente les Etats et leurs intérêts.

Les Ministres n’arrêteront donc jamais de marchander ou, faute d’accords, de paralyser l’Europe, de l’affaiblir, et même de la discréditer dans l’opinion. Les membres de la Commission sont sans doute nommés sur proposition des Gouvernements des Etats membres mais ils ne les représentent pas. Une fois nommés, ils sont indépendants ; ils décident au nom de l’Europe ; ils administrent la Communauté.  Ils tentent de la sauver de la chamaille du Conseil des Ministres. Ils sont modestes pour un motif certain : ils ne sont pas tributaires de popularité électorale. Ils sont étrangers à la polémique politicienne et à la partialité partisane. (…)

Image d’une confédération par le mode leur nomination, ils sont déjà plus que cela par le mode de leurs délibérations, indépendants des Etats, des partis, des idéologies. Si seulement ils pouvaient gouverner !

On ne les débarrassera pas du Conseil des Ministres, c’est-à-dire des querelles des Etats jaloux. Ce Conseil détient le pouvoir législatif. Il peut malheureusement l’exercer d’une façon négative. Il n’est pas admissible que le Conseil puisse rejeter une proposition de la Commission sans se montrer capable d’en adopter une autre. Chaque fois que le Conseil se sépare sur un échec, c’est l’Europe qui échoue. La Commission est alors impuissante.

Le Conseil ne devrait disposer que d’un veto positif : lorsqu’il se montre incapable de substituer une décision à celle proposée par la Commission, le projet de la Commission devrait être censé adopté !

Voilà une révolution tranquille contre laquelle il serait difficile de mobiliser les opinions publiques les plus chauvines. Le pouvoir des Etats n’est-il pas sauvegardé à condition qu’il ne soit pas stérile ? Le pouvoir réel serait donc ainsi partagé entre la Commission et le Conseil. Le pouvoir des Etats serait pénalisé par leur désaccord.

La Communauté pourrait se résumer comme suit : « les Etats gouvernent l’Europe quand ils se mettent d’accord, la Commission gouverne l’Europe quand les Etats se disputent et ne décident plus rien ».

Quant au Parlement, fort de sa légitimité nouvelle, tirée de l’élection au suffrage universel, il pourrait s’organiser pour jouer son vrai rôle : participer à la délibération des décisions législatives par la procédure de concertation ou de consultation obligatoire, contrôler les autorités européennes, débattre des grands problèmes et en informer l’opinion publique. (…)

Un débat public et contradictoire en Commission parlementaire face à un représentant de la Commission ou du Conseil, diffusé largement par les mass media, voilà qui sortirait le Parlement de son incognito. (…)

Toujours prêt à « désenrayer la démocratie », François Perin ne nourrit toutefois aucune illusion :

On peut hélas redouter que les élections européennes et l’exercice d’un mandat désormais tributaire du corps électoral, soient détournées de leurs fins au profit de règlements de comptes entre rivaux plus ou moins illustres de la politique intérieure des Etats membres !

Sur le terrain, l’usage du suffrage universel perd trop vite sa noblesse de principe.

L’Europe concentrique

François Perin en arrive alors au problème de l’élargissement de la Communauté européenne.

(…) La Communauté à neuf et peut-être demain à douze, même ainsi corrigée par l’augmentation substantielle des pouvoirs de la Commission publiquement contrôlée par les Commissions parlementaires, peut-elle bien fonctionner ?

Pour répondre à cette question, il faut voir l’Europe telle qu’elle est dans sa diversité.  

Son élargissement, politiquement nécessaire, et son approfondissement, c’est-à-dire l’accélération de son intégration, ne sont-ils pas contradictoires ? Ne faut-il pas avoir la franchise de constater que si les deux objectifs doivent être atteints, ils ne peuvent l’être d’une façon homogène et parallèle ?

Autrement dit, ne faut-il pas distinguer au sein de l’Europe des douze, un noyau dont l’intégration est plus grande et l’homogénéité relative plus réelle. ?

L’accord récent sur le système monétaire européen n’en est-il pas la preuve ? La Grande-Bretagne refuse d’en faire partie et l’Italie y jouit d’un régime spécial. (…)

Cela signifie clairement que la Commission devrait pouvoir siéger à six ou à sept ainsi que le Conseil des Ministres, quand il le faut, pour assurer l’approfondissement de la Communauté pour ceux dont l’intégration est souhaitée et réalisable. Pourquoi forcer la main aux autres ?

Pourquoi aussi se laisser paralyser par les autres ? Au nom d’une homogénéité théorique qui est, aux yeux de tous, une fiction au niveau des neuf ou des douze ?

La vérité est que L’EUROPE EST CONCENTRIQUE : le noyau continental dont l’intégration est concevable dans un avenir convenable et une périphérie plus hétérogène dont il serait vain et dangereux de nier la spécificité (Grande-Bretagne, Portugal, Espagne, Italie, Grèce, etc.). Chaque partenaire de la périphérie mérite un statut propre.

Il faut donc des institutions européennes qui tiennent compte de cette réalité concentrique si l’on veut que ces institutions fonctionnent. Cela signifie que la composition de la Commission, du Conseil des Ministres et des Commissions parlementaires de contrôle doit varier selon les matières à l’ordre du jour. L’Europe de la périphérie ne peut rendre impuissant le noyau fort continental. (…)

La refonte des institutions européennes doit s’inspirer de ces réalités. Si la théorie du parlementarisme classique, fortement étayée pare une bonne dose d’inconscience ou d’hypocrisie politique, s’obstinait à exiger une uniformité impossible, elle conduirait à la faiblesse et à l’impuissance de l’Europe.

 

L’Europe des Régions

Dans la plupart des Etats où la question régionale se pose en termes de polémique parfois violente (Belgique, Grande-Bretagne, Espagne, et à un moindre degré la France), les traditionnalistes (les unitaires, comme on dit en Belgique) invoquent régulièrement l’argument de l’Europe contre les tentatives d’autonomie des régions.

Comment prétendre construire l’Europe et simultanément vouloir diviser ce qui est, par définition, considéré comme trop petit. Pour être banal, l’argument s’obstine néanmoins.

Il faut donc répéter à satiété que les régions ne revendiquent pas réellement les mêmes pouvoirs qu’il serait souhaitable de faire exercer par l’Europe (…). Les régions ne nient pas la nécessité d’une union économique globale, ce qui n’est pas incompatible avec une animation économique régionale ; elles ne sont pas hostiles à une charte sociale et même fiscale européenne. En général, il n’y a pas de concurrence entre les attributions souhaitées pour l’Europe et les attributions souhaitées pour les régions. Il n’y a de controverse qu’avec les attributions de l’Etat.

Les ultra-nationalistes d’Etat n’aiment ni le mouvement européen ni le mouvement régionaliste : ils redoutent la double cure d’amaigrissement que subirait l’Etat. Au fond, les partisans les plus passionnés de l’Etat n’ont pas confiance dans sa capacité d’exister. Ils ont la hantise de la disparition à terme de l’Etat. Ces ultras sont caractérisés par le fait que, tacitement, ils doutent de la Nation à laquelle ils vouent un culte fervent. Tout se passe, dans leur esprit, comme s’ils étaient convaincus que l’union européenne et les régions risquaient, à la longue, de démontrer que la Nation n’existe pas. Faible idée de la Nation que celle qui ne voit en elle que Ministres, Parlementaires, fonctionnaires, diplomates, militaires et policiers !

Les régions ont raison de passer outre et de parier sur l’union européenne pour respirer plus librement.

Il faudrait profiter des élections européennes du 10 juin pour relancer l’idée d’une association des régions d’Europe. La coutume précède le droit : si des délégués des Assemblées régionales de tous les pays d’Europe se réunissaient en congrès annuel, ils pourraient exercer une influence considérable sur les gouvernements et les opinions publiques.

Ce Congrès devrait se donner comme premier objectif deux revendications essentielles : 1° avoir le droit de passer entre elles des conventions interrégionales par-dessus les frontières des Etats ; 2° dans la cadre de la politique régionale de la Communauté, entrer en relation directe avec les autorités européennes et exiger que le Fonds régional soit utilisé par la Commission, conformément à des critères européens, sans passer par l’intermédiaire des Etats. Il a été prouvé, notamment en Belgique, que les Etats ne respectaient pas les critères objectifs de la Communauté européenne et usaient des Fonds européens régionaux d’une façon qui est entachée de partialité politique.

Un combat solidaire de l’association des régions d’Europe pourrait porter ses fruits et révéler aux opinions publiques intéressées la mauvaise foi des Etats. (…)

Voilà un congrès régional qui aurait peut-être plus de retentissement que les débats parlementaires habituels !

L’Europe et le partage du monde 

C’est un truisme de rappeler que les eux principaux vainqueurs de la dernière guerre mondiale ont voulu se partager l’hégémonie sur le reste du monde. Leu tentative, malgré quelques retentissants échecs, n’est pas terminée. C’est à qui déstabilisera la zone d’influence de l’autre. Les frontières « de Yalta » sont floues et mouvantes.

Non seulement l’Europe n’exerce plus aucune domination mais les Etats partenaires de la Communauté se disputent sur l’opportunité d’accepter avec conviction l’hégémonie des Etats-Unis ou, au contraire, de rechigner à son égard : vieille querelle sur l’Europe indépendante ou l’Europe américaine. (…)

Sans unité préalable de l’Europe, il n’y a pas de réponse valable pour clore cette polémique. Tant qu’il y aura dans une alliance une grande puissance prépondérante et quinze alliés, moyens et petits, qu’aucun lien organique n’unifie, il y aura hégémonie. Par contre, si l’alliance est fondée sur deux puissances de dimension et de force plus ou moins égales, le phénomène d’hégémonie s’évanouit par la force des choses.

Si les Européens jouent un rôle secondaire dans le sillage des Etats-Unis, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes : ils sont les artisans de leur propre subordination. L’unité européenne changeant « la pesanteur » des corps, les orbites seraient inévitablement modifiées.

Les passionnés « de l’indépendance nationale » feraient bien de prendre quelques leçons d’astronomie. (…)

 

La défense de l’Europe

(…) Sans unité politique, la partie sera toujours inégale surles marchés de fourniture de matériel militaire.

Sans intégration européenne de l’industrie de ce matériel, les industries nationales ne parviendront presque jamais à concurrencer sérieusement l’industrie américaine.

Celle-ci emportera toujours la part du lion dans les marchés et il nous faudra constamment négocier préalablement les retombées économiques au profit des entreprises localisées dans nos régions. En Belgique, la preuve a été apportée tant par l’achat des avions en 1976 que pour l’achat des tanks en 1979, etc.

L’Europe paie très cher sa désunion par un retard technologique inquiétant par rapport aux U.S.A. (…)

Il n’y a danger de guerre que lorsqu’un agresseur croit pouvoir l’emporter sans risquer la destruction totale de sa propre population. La guerre atomique n’aura donc pas lieu parce que la destruction réciproque n’est pas un risque mais bien une certitude.

La menace atomique étant pratiquement éliminées, la guerre par des moyens dits conventionnels est donc possible.

L’Europe doit faire la démonstration à l’agresseur potentiel que le risque qu’il prendrait est trop grand. Si, comme l’a démontré techniquement le Général Close, les divisions soviétiques peuvent être sur le Rhin en 48 heures, sans déclencher l’holocauste final de l’humanité, la tentation existera et la guerre nous menacera.

La discussion sur la dépendance de l’Europe, tributaire d’une décision du Président des Etats-Unis de pousser sur le bouton atomique, est une discussion dans l’irréel. (…)

Ce n’est pas par la susceptibilité des politiciens que l’Europe conservera sa liberté et retrouvera son indépendance mais bien par la volonté des peuples de se défendre et par l’imagination des professionnels de l’art militaire de mettre des moyens efficaces dans leurs mains. (…)

Il ne s’agit pas de faire de la propagande antisoviétique. Nos populations sont totalement sceptiques devant toute propagande. Elles en ont trop vu et entendu en un siècle ! La vérité sur l’U.R.S.S. suffit. Faut-il encore de ne pas juger inopportun ou anti-diplomatique de la dire et de la diffuser.

Un peuple anesthésié ne se défend pas : il laissera tomber de ses mains le meilleur matériel du monde.

Si nos propres responsables politiques, pourtant tout férus de liberté, se chargent eux-mêmes de l’anesthésie par démagogie, pour ne pas heurter le sentiment de sécurité qu’ils savent pourtant faux, si leur devise politique (électorale) est de flatter l’ignorance et la paresse d’esprit, de faire de la facilité leur principe de conduite, alors on ne voit pas où se trouve la sauvegarde de la liberté européenne. On ne voit même plus pourquoi l’Europe mériterait d’être libre !

Le véritable danger n’est-il pas finalement en nous ?

Si l’Europe n’est plus que platitude vulgaire dans un climat d’égoïsmes individuels juxtaposés, par quel miracle aurait-elle une chance de survivre libre ? 

Depuis que ces lignes ont été écrites, l’U.R.S.S. s’est démantelée et l’Union européenne s’est considérablement agrandie. Mais la crise ukrainienne de 2014 montre que le risque de déstabilisation est toujours bien présent.

La Communauté européenne, quant à elle, continue à se révéler impuissante à adopter une politique coordonnée et efficace en matière de défense ou d’intervention militaire…

L’Europe arabo-africaine 

Tel est le dernier thème abordé par François Perin.

(…) Nous ne voulons ni ne pouvons plus ni dominer ni nuire. Nous ne voulons pas non plus nous battre entre nous : nous bénéficions donc, par le fait même, d’une extraordinaire confiance potentielle que nous n’avions jamais inspirée dans le passé et que nous ne méritions sans doute pas.

Or, nos voisins les plus proches que nous avions mis jadis sous protectorat ou sous régime colonial, c’est-à-dire les peuples arabes et d’Afrique noire, sont dans une position difficile.

La colonisation a eu pour effet d’engendrer des Etats qui n’existaient pas, qui sont complètement artificiels sur le plan humain et dont les frontières résultent du découpage arbitraire des colonisateurs.

Ceux-ci ont largement désagrégé la civilisation tribale pour y substituer leurs structures administratives. Le colonisateur parti, restent les territoires et les structures administratives aussitôt occupées par de mauvais imitateurs autochtones des fonctionnaires coloniaux.

Le mimétisme de l’Europe a créé des armées d’Etats protégés en Droit international par le dogme de la souveraineté nationale, autre invention de l’Europe. L’Etat étant artificiel, il ne tient que par la force des armes. Essayez d’appliquer la définition de la Nation d’Ernest Renan à l’Afrique noire : vous ne trouverez pas de nations mais bien des chefs militaires tyrannisant des populations misérables dans les anciennes circonscriptions coloniale. (…)

Les Etats et leur corollaire inévitable, les armées locales, séquelles du mimétisme post-colonial, sont les pires fléaux de l’Afrique décolonisée.

Comment libérer l’Afrique une seconde fois? Il faudrait une vaste collaboration eurafricaine, pour rétablir les peuples nombreux dans leur authenticité, sur leurs véritables territoires, avec leur solidarité traditionnelle et presque instinctivement communautaire, les aider techniquement à assurer leur propre survie, surtout alimentaire, et fédérer au sommet, en quelques vastes zones, ces multiples territoires naturels.

L’ordre pourrait être maintenu par la tradition coutumière au sein de chaque communauté : il faudrait débarrasser l’Afrique de ses armées inutiles et meurtrières, dégorger les villes, centres de déracinements explosifs et de corruptions administratives ; il faudrait accepter que les Conseils supérieurs des grandes zones soient composés à la manière africaine, par délégation des groupes naturels et non par des organisations imitées d’Europe. Pourquoi s’obstiner à concevoir l’Afrique comme l’Europe : la Nation, l’armée, l’administration, le suffrage universel et les partis politiques. N’est-il pas prouvé désormais que cela n’y a aucun sens ? (…)

Une science ethnographique africaine s’est développée notamment en Europe, objective et désintéressée ; avec la collaboration de nombreux Africains d’élite d’aujourd’hui (que jalousent d’ailleurs ces parvenus que sont les chefs militaires post-coloniaux) et en s’inspirant de ses travaux, il est possible de rendre à l’Afrique le vrai visage de sa réalité dégagée de ses barbarismes primitifs.

N’est-il pas possible de collaborer à la réparation de dégâts que nous avons causés même en croyant bien faire ?

Autre question qui préoccupe François Perin : l’islam.

(…) Monothéiste intransigeant post-judéo-chrétien, l’islam n’a pas dû, comme le christianisme, absorber une brillante mythologie polythéiste préchrétienne. Religion contemplative par la prière et normative par la jurisprudence coranique, pourquoi aurait-elle été submergée par un christianisme qui avait plus absorbé qu’éliminé le paganisme gréco-romain ou germanique ?

Il ne suffit pas de conquérir pour disposer d’une supériorité spirituelle.

L’Europe scientifique, rationaliste, industrielle, n’a pas mieux compris l’islam que l’Europe chrétienne. L’Europe et l’Amérique capitalistes croient pouvoir établir un lien avec le monde musulman, surtout quand il est producteur de pétrole, par l’argent et l’initiation industrielle (…).

L’Europe est prompte à s’offusquer des travers des autres alors qu’elle a pratiqué ces travers pendant des siècles. Elle est prompte à y opposer ses vertus : le respect des droits de l’homme, notamment par le caractère contradictoire, libre et public de ses procédures judiciaires. Mais pour que ces principes fondamentaux, acquis dans nos régions avec tant de peine dans le passé, fassent tache d’huile aujourd’hui et opèrent une salutaire contagion au sein du monde musulman, il faudrait que la spiritualité de notre civilisation lui paraisse attractive et supérieure. Or, le spectacle de nos mœurs lui inspire un mépris égal au désespoir de Soljenitsyne devant la veulerie de l’Occident.

Pour que notre liberté soit attractive, il faudrait peut-être que nous en fassions un usage plus édifiant.

Après les croisades, les conquêtes coloniales et les protectorats, les royalties des princes du pétrole, le matérialisme marxiste, que pourrions-nous inventer qui séduise les peuples musulmans ? (…)

Peuples d’extravertis, toujours excités dans la course au profit ou dans la grogne revendicative, comment les peuples d’Europe pourraient-ils comprendre un musulman en prière ? Nous ne voyons que les aspects meurtriers ou les folies suicidaires des révoltes arabes ou iraniennes.

Comment en serait-il autrement puisque nous ne percevons plus rien de la vie intérieure, ni chez nous, ni chez les autres.

Le drame palestinien nous laisse dans le même désarroi.

Nous respectons le Sionisme comme étant le refuge légitime d’un peuple persécuté et victime d’un des plus terribles holocaustes que l’Europe ait connus. La haine antisémite n’a pas été le monopole des nazis allemands. Européens, si vous saviez… (…)

De nationalisme de défense, le Sionisme devait fatalement devenir, en se pratiquant, un nationalisme d’envahissement par immigration au détriment d’une population arabe forcée d’être privée de toute identité nationale.

Si on veut rendre un peuple fou furieux jusqu’au meurtre, aveugle et suicidaire, il suffit de lui contester une identité nationale (…).

Les Juifs ne se sont-ils pas suffisamment prouvé à eux-mêmes qu’ils pouvaient être comme les autres peuples, guerriers, ouvriers et agriculteurs ?

La frustration séculaire des ces qualités n’est-elle pas suffisamment compensée ? Si la Palestine est terre déchirée où les nationalités se nient réciproquement, il n’y a pas d’issue à ce drame ni en ce siècle ni dans l’autre ni indéfiniment.

Comment organiser sur cette même terre deux nationalités différentes politiquement structurées ? La question n’est pas insoluble si elles se reconnaissaient l’une l’autre et renonçaient à se détruire par les armes.

L’Europe aurait un intérêt majeur à peser de tout son poids dans ce sens. Une paix séparée achetée en dollars sans reconnaissance de la nationalité palestinienne est une tentative fragile dont nous pourrions tous souffrir. (…)

Pourquoi Jérusalem doit-elle être accaparée par le seul Etat Hébreu ? Jérusalem devrait être ce qu’elle est profondément : à la fois le siège des institutions d’Israël, le siège des institutions de la Nation arabe palestinienne enfin reconnue, et ville sainte des juifs, des musulmans et des chrétiens.

Il n’est pas nécessaire pour ce faire de bâtir des cloisons et des murs. Ce n’est pas l’imagination des juristes de Droit interne comme de Droit international qui ferait défaut. Le plus difficile est la reconnaissance pacifique des uns par les autres.

L’Europe, si elle existait, pourrait largement y contribuer.

Ces réflexions de François Perin datent, rappelons-le, de 1979 ! Elles nous frappent de plein fouet, trente-cinq plus tard, alors que le conflit israélo-palestinien connaît une éruption d’une rare violence.

Pour conclure 

Arrivé au terme de son analyse, François Perin nous livre sa conclusion :

On le voit, les tâches sont immenses. Mais les plus grandes victoires doivent être désormais remportées sur nous-mêmes.

Ces victoires sont inaccessibles dans la désunion des Etats, les discordes idéologiques, les luttes de classes à vide (la revendication est absurde dans des secteurs en difficulté ou en faillite), l’égoïsme généralisé, la vulgarité des mœurs.

Le sens de la grandeur commence par l’esprit.

Le grand ensemble Europe – Moyen Orient – Afrique est riche en moyens (…). Il est aussi riche en hommes et en capacité d’inventions.

Mais cela n’est rien sans une force spirituelle soulevant comme une vague de fond la conscience collective nécessaire aux grands desseins. (…)

La foi soulève les montagnes, dit-on. Le poids qui pèse sur nos consciences désabusées est plus lourd encore. Des profondeurs de notre être devrait jaillir une force irrésistible pour nous en débarrasser. Peut-être suffirait-il d’abord de nous acharner à décaper nos acquis successifs pour dépasser nos valeurs accumulées en trois mille ans de civilisation, sans les renier par une vaine table rase. 

Une civilisation industrielle, dévorée par le gaspillage, nous a jetés hors de nous. Une optique plus introvertie, plus riche en capacités contemplatives, pourrait nous remettre sur une meilleure voie. La crise actuelle va peut-être nous y contraindre. L’essentiel n’est-il pas là ?

Brexit – Un referendum écossais sera un précédent intéressant

« La Libre Belgique », Belga, 26 juin 2016

Le président de la N-VA, Bart De Wever ne doute pas que l’Ecosse organisera un referendum sur son maintien dans la Grande-Bretagne après le choix britannique de sortir de l’Union européenne. Le nationaliste flamand y voit un précédent intéressant.

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Vendredi, la première ministre écossaise a annoncé que les conditions qui avaient présidé au referendum de 2014 -lors duquel les Ecossais avaient choisi de rester dans le Royaume-Uni- étaient fondamentalement modifiées et que la question d’une nouvelle consultation était sur la table, l’Ecosse ayant majoritairement voté en faveur du maintien dans l’UE. Je pense que les Ecossais le feront et qu’ils gagneront, et que le Royaume-Uni n’aura pas seulement dissous l’Union européenne mais se sera aussi dissous lui-même, a expliqué M. De Wever sur le plateau de l’émission « De Zevende Dag » (VRT).

Le président du premier parti de Belgique ne voit pas d’un bon oeil l’organisation d’une consultation sur l’UE en Belgique (que seul propose jusqu’à présent le Vlaams Belang). Il n’est d’ailleurs pas un chaud partisan des referendums. Cela me paraît être une idée stupide. Je suis d’ailleurs contre les referendums. Soumettre des questions compliquées aux gens sous la forme de oui ou non, je ne pense pas que ce soit intelligent. Car on a des gens qui votent pour des tas de raisons, souvent plus avec le coeur qu’avec la tête. Et ensuite, il faut réparer les dégâts.

Dès vendredi, les jeunes N-VA ont appelé à l’indépendance de la Flandre sur Twitter. Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne. Quand la Flandre quitte-t-elle la Belgique ?, ont-ils demandé en comparant les transferts de la Grande-Bretagne vers l’UE et ceux, selon leurs calculs, de la Flandre vers la Wallonie.

S’ils veulent quitter, qu’ils quittent. Il n’y a pas de problème. Entre Wallons et Bruxellois, on s’en sortira très bien, a répliqué le ministre-président wallon, Paul Magnette (PS) sur le plateau de « C’est pas tous les jours dimanche » (RTL-TVi), avant d’insister sur le caractère illusoire d’un Belxit: 8 Flamands sur 10 disent vouloir rester en Belgique.

Brexit: l’Ecosse pourrait opposer son veto

« Le Figaro », Reuters, 26 juin 2016

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Le Parlement d’Edimbourg envisagera de s’opposer aux lois régissant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, si cela s’avère nécessaire pour préserver les intérêts de l’Ecosse, a déclaré dimanche la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon.

L’Ecosse, qui compte cinq millions d’habitants, s’est prononcée jeudi à 62% pour le maintien dans l’UE lors du référendum organisé dans tout le Royaume-Uni, ce qui la place en porte-à-faux avec le reste du pays, le « Out » l’ayant emporté par 52% sur le « In » sur l’ensemble de la Grande-Bretagne. En vertu des complexes accords qui confèrent certains pouvoirs au sein du Royaume-Uni à l’Ecosse, au Pays de Galles et à l’Irlande du Nord, les textes qui seront votés par le Parlement britannique pour donner force de loi au retrait de l’UE nécessiteront le feu vert des parlements des trois régions susmentionnées.

Priée par la BBC de dire si elle envisageait de demander au Parlement écossais de rejeter la motion par laquelle Londres demandera le feu vert d’Edimbourg au « Brexit », Nicola Sturgeon a répondu sans ambiguïté: Bien sûr. Ne vous trompez pas, je me soucie du reste du Royaume-Uni, je me soucie de l’Angleterre, c’est pourquoi je suis affectée par la décision qui a été prise au plan britannique. Mais mon travail en tant que Première ministre, et le travail du Parlement écossais, c’est de me prononcer sur la base de ce qui sert les intérêts des Ecossais, a continué Nicola Sturgeon.

La Première ministre, dont le parti, le SNP (Parti national écossais) milite pour l’indépendance de l’Ecosse et pour son appartenance à l’UE, a dit à maintes reprises depuis l’annonce du résultat du référendum qu’elle prendrait toutes les mesures qui s’imposeraient pour garantir le respect de la volonté démocratique des Ecossais. Cela signifie qu’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse est fortement probable, a-t-elle dit, en faisant valoir que quitter le Royaume-Uni serait la seule manière pour Edimbourg de rester dans l’UE. Lors du référendum organisé en septembre 2014, les Ecossais avaient rejeté l’indépendance par 55% des voix contre 45% pour.

Suinen : «Les grèves, le plus grand problème de la Wallonie»

Frédéric Chardon et Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 25 juin 2016

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Cela fait deux ans que Philippe Suinen a quitté la tête de l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (Awex). Il est devenu président des Chambres de commerce et d’industrie wallonnes. Ancien chef de cabinet d’Elio Di Rupo (lorsqu’il était vice-Premier ministre), Philippe Suinen aime toujours surprendre son interlocuteur avec malice. Etiqueté socialiste, il lui arrive de tenir le même discours que celui des petits entrepreneurs wallons. Alors que le pays a connu vendredi une nouvelle journée de paralysie syndicale ordonnée par la FGTB, Philippe Suinen dénonce la mentalité gréviste qui plombe la Wallonie.

Depuis plusieurs mois, les syndicats du sud du pays se sont illustrés par des actions parfois très musclées. N’est-ce pas un handicap pour une région qui tente de se relever ?

On est dans une situation asymétrique où, dans plusieurs cas, la Wallonie s’est en effet montrée très peu attractive vis-à-vis des investisseurs. Je parle des mouvements sociaux, des grèves. On a le droit de réagir comme syndicaliste mais, alors, il faut s’interroger sur la portée de ses actes. Cela devient difficile d’expliquer à l’extérieur, auprès d’investisseurs potentiels, que nous avons une tradition de concertation sociale avec cette succession de mauvais exemples. Le contraste entre la Wallonie et la Flandre, sur le plan de la propension à faire grève, m’inquiète très profondément. Celà dit, la grève des camionneurs a eu un effet positif : on s’est rendu compte que l’autorité politique avait les moyens de faire lever les blocages.

Pour un ancien chef de cabinet socialiste, vous semblez être devenu antisyndicaliste…

Je ne suis pas antisyndicaliste, je suis wallon… On a besoin de syndicalisme et de concertation. Mais la Wallonie doit se ressaisir. A côté de cela, la Wallonie a besoin de dépasser le « court-termisme » politique qui tient à la durée de la législature, avec les prochaines élections comme ligne d’arrivée. Je suis pour un unionisme wallon où tous les partis politiques démocratiques et les partenaires sociaux se mettraient d’accord sur une trajectoire qui irait, par exemple, jusqu’en 2030. On éviterait ainsi le risque d’une remise en cause de la politique menée en fonction de la composition de la coalition gouvernementale. Il faut de la continuité dans l’action.

Paul Magnerre n’avait pas parlé d’unionisme mais de patriotisme économique wallon. Une bonne chose selon vous ?

Oui. La Wallonie est une sorte de famille. Ce patriotisme n’est pas contradictoire avec la libéralisation du commerce international.

Certains estiment que les Flamands ont trop de poids dans l’Etat fédéral, qu’ils cadenassent les postes dirigeants des entreprises publiques. La Wallonie est-elle écrasée par le nord du pays ?

C’est caricatural. La Wallonie a toujours été une terre pluriculturelle. Cette multiculturalité fait que, actuellement, des cadres flamands qui ont en marre des embouteillages vers Bruxelles viennent travailler à Liège, par exemple. Il faut être doux dans le trait que l’on dessine au sujet de la Flandre. Mais une indépendance de la Wallonie ne serait pas très efficace sur la scène internationale. Malheureusement… Je nous vois mal nous éloigner de Bruxelles. Mais il est vrai que le gouvernement fédéral est souvent « impuissanté », pour reprendre une expression de Michel Daerden, pour résoudre les conflits sociaux. On a l’impression que la N-VA ne souhaite pas qu’il y ait des solutions afin de pouvoir dénoncer la situation de la Wallonie.

Comment jugez-vous l’action du gouvernement fédéralk, justement ?

Dans le tax shift, il y a d’excellentes choses. La mesure de Willy Borsus, qui exempte les patrons de charges sociales sur le premier travailleur engagé, est l’une des meilleures décisions prises depuis longtemps.

S’il fallait changer une chose en Wallonie pour améliorer son économie, quelle serait-elle ?

Prendre la mesure des conséquences des actions sociales sur l’image de la Région.

Vous ciblez à nouveau les grèves…

Nous sommes dépendants de cette image en matière d’exportations et d’investissements étrangers. Le travailleur, avant d’exprimer son mécontentement, doit d’abord bien situer l’origine de ce mécontentement. C’est parfois très diffus.

Actuellement, c’est le projet de loi Peeters sur la flexibilité du travail qui est visé par la grogne syndicale. Qu’en pensez-vous ?

Il faut que chacun donne du sien. Mais il y a des clarifications à donner. Je comprends que le travailleur n’ait pas envie qu’on lui dise à minuit qu’il doit revenir travailler à deux heures du matin. Mais il faut qu’il comprenne aussi qu’il y a parfois des pics dans les commandes qui nécessitent de travailler plus. Dire simplement que la loi Peeters, c’est le retour à la semaine des 45 heures, c’est un mensonge.

Comment faire pour accueillir plus d’investisseurs étrangers en Wallonie ?

Il faut un réseau de collaborateurs et un produit à offrir. Le réseau, nous l’avons avec les attachés économiques de l’Awex qui savent depuis longtemps qu’ils doivent mettre l’accent là-dessus.

Pourtant, on constate que ça n’évolue pas fortement…

Alors, c’est un problème de produit qui n’est peut-être po-as suffisamment attractif. Le chef d’entreprise n’apprécie pas de ne pas pouvoir rejoindre son entreprise lors des grèves…

Les grèves constituent donc le problème fondamental ?

A mon avis, oui. Et la caricature de cette image de « Wallons grévistes » plane au-dessus de notre tête.

Les syndicats ne seront pas d’accord avec vous…

C’est bien cela le problème !

Doit-on faire comme au Japon ? Les travailleurs qui sont en grève travaillent quand même mais arborent simplement un bandeau noir…

Pas tout de suite, non… (Rires). Le rôle des syndicats et la concertation, nécessaire, ne me posent aucun problème. Il ne faut pas les « dribbler » non plus. Cela dit, il y a eu beaucoup de réactions négatives et de situations dramatiques liées aux grèves et aux actions de toute sorte. J’ai le sentiment que les responsables syndicaux sentent bien qu’il ne faut pas jouer avec le feu.

Le Brexit va avoir un impact sur les exportations de la Flandre. Et pour la Wallonie ?

Il y a dans le commerce flamand beaucoup de commerce de transit. Les containers qui passent par le port d’Anvers, par exemple. Ce n’est pas ce qui l’enrichit le plus. Mais les Britanniques ne sont pas sots, ils vont s’empresser de demander des accords de libre-échange. Le Brexit n’aura pas beaucoup d’impact sur nos exportations. Par contre, il y aura un effet positif : on ne va plus considérer qu’en investissant en Grande-Bretagne, on investit dans l’Union européenne. Londres ne pourra plus dire qu’elle est au cœur de l’Europe. Cela va créer un appel d’air pour une sorte de Singapour au sein de l’Union.

Vous y voyez une chance pour la Wallonie ?

Ce Singapour européen pourrait être la Wallonie, oui, si on se donne les moyens d’attirer les hubs financiers, technologiques et industriels. Politiquement, il y a aussi un avantage au Brexit : sans les Britanniques, les fédéralistes européens vont pouvoir recommencer à rêver. Notamment en ce qui concerne la redistribution des richesses entre les régions. Alors que l’Etat belge, lui, n’a presque plus aucune culture de solidarité entre ses composantes. La Belgique est dans un fédéralisme de confrontation et de proclamations plutôt que de solidarité.

La Wallonie a-t-elle alors intérêt à continuer à vivre dans ce fédéralisme belge qui n’est plus solidaire ? Faut-il faire un « Walexit » ?

C’est la grande question. Mais elle est trop théorique. Je ne sens pas une grande volonté d’indépendance chez les Wallons. La relation avec la Région bruxelloise est ressentie comme positive. La priorité qui doit être celle de la Wallonie, c’est de stopper cette dégringolade en ce qui concerne son image de marque à l’étranger.

Lorsque vous dirigiez l’Awex, vous avez déclaré que vous étiez en faveur des délocalisations citoyennes de la part des PME wallonnes. Vous le pensez toujours ?

Oui, bien sûr. Nous en avons besoin. La meilleure façon de prospecter un grand marché, c’est d’y avoir une part d’activité. Le monde est fait comme ça.

Donc, quand c’est nécessaire, il faut délocaliser la main-d’œuvre peu qualifiée ?

Notamment. Cela permet d’être plus compétitifs. Notre situation de compétitivité n’est pas des meilleurs en matière de coûts de production.

Dix «quartiers nouveaux» seront construits en Wallonie

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 24 juin 2016

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L’affaire avait commencé comme une blague ou un effet d’annonce. Le président du CDH, Benoît Lutgen, pour nourrir une interview donnée au « Soir », avait lancé l’idée de créer, en Wallonie, des villes nouvelles. Une proposition qui devait notamment répondre aux importants défis de croissance démographique au Sud du pays. La bonne blague a donc une chute puisque le gouvernement wallon, par la voix du ministre Di Antonio (CDH), annonçait jeudi matin, la sélection de dix projets de « quartiers nouveaux ». Même si les villes sont devenues des quartiers, l’annonce aura été suivie d’effet.

C’est un jury indépendant qui a sélectionné dix projets sur les trente en concurrence. A la lecture du choix, de nombreux mandataires MR s’étrangleront sans doute mais le gouvernement se défend de tout choix partisan en précisant que le jury était indépendant et composé d’experts.

– Andenne.  On annonce la création de 1 600 logements. Sont également prévus, une maison des associations, une crèche, une garderie, une école ou encore une salle de sport. L’accent sera également mis sur l’agriculture urbaine, des parkings mutualisés, un RAVeL et un chauffage collectif par biomasse.

– Arlon.  Le projet comprend des équipements de service public comme une crèche, un espace de coworking ainsi que de larges espaces verts. A ce stade, le projet pourrait comporter de l’ordre de 700 logements.

3 – Bastogne.  Le centre de Bastogne et le projet seront reliés par une dorsale végétale, à destination des piétons et des cyclistes. Six cent cinquante logements sont prévus.

– Binche.  Le projet développe un programme de 700 logements. Il s’articule sur un important espace vert. Ce parc crée un lien entre la ville et la campagne. Autre élément significatif : l’ambition du projet est de favoriser les circuits courts, avec la mise en place d’une halle alimentaire.

5 – Charleroi.  Le projet, installé au pied d’un terril, prévoit environ 360 logements, auxquels il faut ajouter une maison de repos et de soins.

6 – Leuze-en-Hainaut.  Il prévoit la création d’environ 700 à 800 logements. L’ambition consiste à faire de Leuze un centre agri-urbain exemplaire.

7 – Liège.   Ce projet vise à requalifier une friche urbaine située dans le centre de Liège, en bordure de Meuse. Il prévoit la création d’environ 1 200 logements avec des typologies variées.

– Marche-en-Famenne.   Il est prévu de construire des logements dans le but de rapprocher lieu de résidence et lieu de travail.

9 – Ottignies-Louvain-la-Neuve.   Le projet prévoit plus de 2 000 logements et se veut socialement mixte avec une offre très diversifiée. Il vise également à une production énergétique privilégiant le recours aux énergies renouvelables.

10 – Tubize.   Ce Quartier Nouveau constitue une reconversion d’une importante friche industrielle de près de 90 hectares, située au sud-est et à proximité directe du centre urbain de Tubize. Un développement résidentiel de 2 500 logements est prévu ainsi que 25 hectares d’espaces paysagers et naturels.

Le référendum britannique sur l’Union européenne. Et après ?

2016-06-24_073936Pour « Knack », les députés N-VA Hendroik Vuye et Veerle Wouters analysent les conséquences que peut avoir le référendum britannique sur l’Ecosse (traduction de Jules Gheude) :

En 2004, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a précisé que lorsqu’une partie d’un Etat membre se sépare, elle n’est plus membre de l’Union européenne. Les négociations d’adhésion doivent alors repartir de zéro.

En 2012, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a rappelé la chose dans une lettre adressée à la House of Lords britannique. Ce message visait bien entendu l’Ecosse.

Le 12 décembre 2013, à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, le président de la Commission, Herman Van Rompuy, s’est exprimé dans le même sens, cette fois à l’intention de la Catalogne.

Un tel point de vue est juridiquement contestable, dans la mesure où l’article 49 du Traité européen, auquel se réfèrent Prodi, Barosso et Van Rompuy, vise l’extension externe.

Pourquoi appliquent-ils cette disposition à l’extension interne ? Un autre point de vue est en outre possible. L’ancien chef du gouvernement écossais, Alex Salmond, a toujours dit : Scotland is part of the territory of the EU. There is no provision for either of these circumstances to change upon independancy.

Juridiquement, ce point de vue peut être conforté si l’on n’applique pas l’article 49, mais bien l’article 48, à savoir la procédure de révision des traités.

L’UE opte clairement pour la rigidité en cas d’extension interne. Mais elle le paiera cher en cas de brexit.

On n’a guère d’expérience avec un retrait de l’UE. Il y a peu de précédents. L’Algérie, qui faisait initialement partie de la France, a quitté l’UE lors de son indépendance en 1962. Le Groenland a tourné le dos à l’UE en 1985, après avoir reçu l’autonomie au sein du Royaume de Danemark.

Le retrait volontaire de l’Union n’a été prévu qu’en 2007, avec le Traité de Lisbonne. « Tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union » (article 50). Cette procédure n’a encore jamais été appliquée. Si les Britanniques choisissent le brexit, une période de négociation de deux ans débutera.

David Cameron autorise facilement les référendums institutionnels. D’abord au sujet de l’indépendance écossaise, maintenant à propos du brexit. Dans les deux cas, on voit que cela mène rarement  au calme politique. Après le référendum écossais de 2014, où 55% se sont prononcés pour le maintien dans le Royaume uni, on a eu rapidement un appel pour un nouveau référendum. La même chose se produira avec le référendum sur le brexit.

Un « bremain » acquis de justesse n’apportera aucun calme politique. Un appel pour un nouveau référendum se fera rapidement entendre.

Les référendums institutionnels amènent aussi rarement la paix sociale. Les esprits s’échauffent parfois trop. En témoigne le meurtre de la députée travailliste Jo Cox. La même chose s’est passée chez nous en 1950, avec la consultation populaire sur le retour du Roi Léopold III sur le trône. Le Roi dut abdiquer malgré un score favorable de près de 55%. A Grâce-Berleur, il y eut même quatre morts lors d’une manifestation. Les référendums institutionnels ne sont pas sans danger.

Quel sera le sort des Ecossais en cas de brexit ? Les Ecossais europhiles seront entraînés. Contre leur gré, ils disparaîtront de l’UE.

L’ancien chef du gouvernement écossais, Alex Salmond, et l’actuel Premier ministre, Nicolas Sturgeon, tous deux du Scottish National Party (SNP), ont déjà fait savoir qu’un nouveau référendum sur l’indépendance serait inévitable en cas de brexit.

Supposons qu’après un nouveau référendum, l’Ecosse sorte du Royaume uni. Quelle sera alors la relation entre l’Ecosse et l’UE ? L’Ecosse devra-t-elle entamer une nouvelle procédure complète d’adhésion, si l’on suit le point de vue de Prodi, de Barosso et de Van Rompuy ? L’UE s’est enferrée. Pourquoi ? Parce qu’elle a voulu s’occuper de ce pour quoi elle n’est pas compétente, à savoir les aspirations des Ecossais et des Catalans à l’indépendance. C’est une affaire interne  du Royaume uni et de l’Espagne, non un dossier de l’UE.

Les choses pourraient se passer autrement. Par exemple, en réglant le « problème écossais » lors des négociations entre l’UE et le Royaume uni. Mais cela suppose que l’on sorte du point de vue rigide défendu jusqu’ici par Prodi, Barosso et Van Rompuy.

Au nord et au sud, deux visions de la santé

Bosco d’Otreppe, « La Libre Belgique », 23 juin 2016

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La communautarisation de l’enseignement a favorisé deux approches différentes de la médecine.

La Belgique reste la Belgique, et la médecine n’y échappe pas. La plupart des débats qui concernent les soins de santé témoignent d’incompréhensions ou de discordes communautaires. La délivrance des numéros Inami qui pénaliserait davantage les francophones en est un exemple flagrant. Tout comme la décision, ce mardi, de la ministre de la Santé Maggie de Block (Open VLD) de ne pas reconnaître la formation en psychomotricité organisée dans la seule partie sud du pays.

L’exemple des « bourgeois »

Ces incompréhensions et ces polémiques ne sont pas innocentes, pointe le docteur Jacques de Toeuf, président de l’Absym, l’Association belge des syndicats médicaux. Elle témoigne de deux approches et de deux visions différentes de la médecine qui se sont accentuées depuis la communautarisation de l’enseignement en 1989. Il suffit de voir, explique le docteur, comment les formations se sont différenciées. On a même créé des métiers différents au nord et au sud. S’il y a en effet des psychomotriciens dans la partie francophone et non en Flandre, on trouve au nord des orthopédagogues, et pas au sud.

Ce qui est notable également, ce sont les habitudes, poursuit le médecin. Les néerlandophones ont ainsi recours en priorité aux généralistes, et les francophones aux spécialistes. On peut l’expliquer de différentes manières. Le fait qu’il n’y ait plus de partis nationaux et que chacun pousse dans sa communauté une vision particulière de la société joue. Mais, personnellement, je pense que si l’on a toujours formé plus de spécialistes en Wallonie, c’est parce que les syndicats et les partis, dans les bassins sidérurgiques, voulaient offrir aux travailleurs le même type de prise en charge que ce que l’on disait exister pour les bourgeois.

Et puis, il y aurait en Flandre une influence plus anglo-saxonne ou germanique qui pousse notamment au respect des règles. Jacques de Toeuf l’admet. Le professeur Joachim Cohen (VUB) ne disait pas autre chose quand il expliquait que face au choix de l’euthanasie, les médecins flamands respectaient plus régulièrement les règles légales.

Au-delà de ces divergences, il ne faut pas voir dans les décisions de la ministre De Block une volonté de brimer les francophones. Les divergences entre nord et sud qui existaient déjà du temps de la ministre Onkelinx relèvent d’incompréhensions, chacun raisonnant en fonction de ce qui se dit au sein de sa communauté, conclut Jacques de Toeuf, qui pronostique un rapide débat sur la future régionalisation de la Santé.

Étape importante pour l’incubateur chinois à Louvain-la-Neuve

« Trends-Tendance »s, Belga, 22 juin 2016

2016-06-22_203104La visite d’Etat du roi Philippe en Chine a marqué une étape symbolique importante dans la création du premier incubateur chinois d’entreprises en Europe.

Les différents acteurs de ce dossier ont eu l’occasion de se rencontrer lundi à Wuhan avant que ne commencent, au mois de septembre, les travaux de construction du China Belgium Technology Center (CBTC) à Louvain-la-Neuve, dans le parc scientifique de l’Université catholique de Louvain (UCL). L’investissement s’élève à 200 millions d’euros. Le centre s’étendra sur 8,3 ha et emploiera 1.500 personnes, belges et chinoises.

Le projet a été initié en avril 2010 par le Wuhan East-Lake Hi-Tech Innovation Center (WHIBI), expert dans la gestion d’incubateurs en Chine depuis 1987, et le parc scientifique de Louvain-la-Neuve. L’ambition du CBTC est de faire de Louvain-la-Neuve une « intelligence valley » pour les entreprises chinoises et belges. Cinq domaines de recherche seront privilégiés: les bio- et nanotechnologies, l’informatique, les télécommunications et le développement durable.

L’incubateur fonctionnera sur le principe de l’«innovation ouverte», c’est-à-dire la collaboration entre des entreprises de taille moyenne pour développer de nouveaux produits, et l’«incubation croisée», soit la promotion d’accords scientifiques, technologiques et d’affaires entre des entreprises belges et chinoises, ainsi que l’ouverture du marché chinois aux entreprises wallonnes. Les entreprises qui souhaitent se développer en Chine bénéficieront du réseau d’incubateur de WHIBI.

En plus de l’incubateur, un hôtel et 300 logements seront construits.

La délégation emmenée par le Roi a fait sa première étape à Wuhan, capitale de la province de Hubei jumelée avec la Wallonie. La ville est l’une de celles que le gouvernement chinois a choisi de promouvoir pour développer le centre du pays. La Région wallonne est du voyage royal.

C’est l’aboutissement d’une stratégie d’ouverture vers la Chine du centre, s’est réjouie la directrice générale de l’Agence wallonne à l’exportation, Pascale Delcominette.

Le projet s’inscrit dans la philosophie du Plan Marshall qui mise sur l’innovation pour développer les entreprises.

Un incubateur comme celui-ci est un outil stratégique majeur. Nos PME sont trop petites et exportent trop près de chez elles. Nous devons les convaincre que l’Extrême-Orient, ce n’est plus cette région du monde compliquée du temps du général de Gaulle, a expliqué le ministre-président Paul Magnette.