Archives mensuelles : mai 2016

Enseignement : Marie-Martine Schyns critiquée de toute part

La ministre de l’Éducation, Marie-Martine Schyns (CDH), a essuyé mardi les critiques de l’opposition MR, Ecolo et DéFI mais aussi de son partenaire de majorité PS pour l’envoi récent d’une circulaire aux écoles de l’enseignement officiel concernant les ateliers « Philo-Théo », destinés à stimuler le questionnement philosophique des élèves de 4e, 5e et 6e primaires.

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Selon le Centre d’action laïque (CAL) qui avait dénoncé l’affaire il y a quinze jours, cette circulaire ministérielle, d’apparence neutre de prime abord, renvoyait en réalité les enseignants intéressés vers des animateurs et des ouvrages en lien directs à la religion catholique.

Alors qu’une des deux heures de morale et religions sera remplacée en septembre prochain par une heure de cours de philosophie et citoyenneté, le CAL considérait la circulaire ministérielle comme une tentative d’ « évangélisation détournée » des classes de primaire de l’enseignement officiel.

Mardi en commission Éducation du Parlement de la Fédération, l’opposition MR, Ecolo et DéFI n’a pas raté l’occasion de dénoncer l’action de la ministre. Et ces critiques furent même partagées par son partenaire de majorité.

Il est maladroit de donner à un projet l’apparence de neutralité alors qu’il ne l’est manifestement pas, a ainsi dénoncé la députée PS Christie Morreale. Dans sa réponse, Mme Schyns a souligné le caractère purement informatif de cette circulaire qui n’avait dès lors aucun caractère contraignant pour les écoles. Il s’agissait de relayer l’offre, a-t-elle ajouté, précisant qu’aucune convention ou partenariat n’avait été élaboré entre la Fédération et les personnes référencées dans la circulaire.

Selon Mme Schyns, il n’y a eu aucune volonté dans son chef de cacher ou d’omettre volontairement dans la circulaire certains éléments d’information. Elle a précisé que quarante écoles avaient introduit une demande d’animation après l’envoi de cette circulaire.

Ces Wallons sans yeux et sans oreilles

2016-05-29_212202On trouvera ici la version française de l’article de Jules Gheude «Ces Wallons sans yeux et sans oreilles», publié sur le site de «Doorbraak» (http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/over-walen-die-oren-noch-ogen-hebben)

J’ai, pour les Wallons, une admiration…modérée ! me confia un jour François Perin. Ces Wallons, il aura consacré la majeure partie de sa vie à tenter de leur ouvrir les yeux. A leur faire comprendre que la nation flamande avait éclos et qu’elle finirait par avoir raison de la Belgique, cette construction bâtarde et médiocre, imposée par l’opportunité diplomatique (surtout anglaise) d’une époque révolue.

Mariés de force, Flamands et Wallons allaient connaître 135 ans de chamailles constantes et de suspicion réciproque. On décida alors, après bien des palabres, de tester l’expérience fédéraliste, offrant aux premiers l’autonomie culturelle, aux seconds la régionalisation économique.

Mais à peine le fédéralisme était-il mis sur les rails que le démocrate-chrétien Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand, lançait l’idée du confédéralisme. Et de préciser, le 13 janvier 1993 : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Six ans plus tard, le Parlement flamand adoptait les fameuses résolutions confédéralistes accordant la primauté aux Etats flamand et wallon, avec cogestion de Bruxelles. A l’époque, la N-VA n’existait pas encore.

Alors que les francophones ont tendance à diaboliser la formation de Bart De Wever, il est donc clair que celle-ci n’est pas la seule à incarner le courant nationaliste. Comme l’a fort justement expliqué l’ex-ministre CVP Stefaan De Clerck : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. Message clair également que celui délivré par Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, au journal québécois « Le Devoir », le 22 septembre 2007 : Nous voulons un véritable confédéralisme où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent.

Et les libéraux flamands ne sont pas en reste, comme en attestent ces propos tenus par Karel De Gucht, alors président du VLD, le 6 novembre 2002 : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.

Quatorze ans se sont écoulés et une étude du VNZ ( Vlaams & Neutraal Ziekenfonds – Fonds de Maladie flamand et neutre) nous révèle que les différences communautaires ne cessent de croître dans le domaine de la sécurité sociale.

On apprend ainsi que les dépenses en soins de santé s’élèvent, pour 2015, à 2.108,87 euros par ayant droit en Flandre, contre 2.244,94 euros en Wallonie. En 2010, la différence était de 50 euros. Elle a donc plus que doublé en cinq ans.

Pour ce qui est des contributions à la sécurité sociale pour 2014, elles sont de 19.264,64 euros par ayant droit en Flandre, contre 15.060,58 en Wallonie.

Et le VNZ de plaider pour davantage de responsabilisation et pour la communautarisation complète de l’assurance maladie-invalidité.

Ce sont les Wallons, nous l’avons rappelé, qui furent demandeurs de la régionalisation économique. Mais alors que celle-ci est effective depuis 1980 et n’a cessé de s’amplifier, force est de constater que la région n’a toujours pas décollé, pour reprendre l’expression de Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée. Une situation dont l’ex-secrétaire d’Etat CD&V Hendrik Bogaert  souligne l’aberration : Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, il y a de cela plus d’un demi-siècle !

Il ne suffit pas de disposer d’outils propres, encore faut-il savoir en user intelligemment.

Depuis 36 ans, la ministre-présidence de la Wallonie a été confiée, de manière quasi permanente, au PS. Difficile, dans ces conditions, de nier l’empreinte décisive de ce parti sur la gestion de la région.  Une gestion caractérisée par l’hypertrophie politico-administrative et un clientélisme effréné.

La Wallonie aurait pu, à l’instar de la Flandre, fusionner les institutions communautaires et régionales. Mais le PS s’y opposa par crainte de voir son influence se diluer.

La Flandre a  développé une culture politique différente, marquée par l’esprit entrepreneurial et un syndicalisme plus responsable.  Une gestion rigoureuse lui a permis, depuis six ans, de réaliser l’équilibre budgétaire. Sa prospérité repose sur un réseau dynamique de PME, grâce auquel elle enregistre 83,1% (288,8 milliards d’euros en 2015) des exportations belges. Elle figure ainsi parmi les six principaux exportateurs de l’Union européenne, après l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume uni et l’Italie.

La Flandre est donc particulièrement consciente de l’enjeu important que peuvent représenter pour elle les traités commerciaux de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada et les Etats-Unis. Et le fait que le ministre-président wallon, Paul Magnette, tente de s’y opposer, la met hors d’elle. Que la Wallonie veuille être une « terre de résistance », fort bien ! Mais qu’elle ne s’avise pas d’affaiblir notre prospérité ! rétorque le ministre-président flamand, Geert Bourgeois.

Le communautaire, on le voit, est toujours bien présent. Quant aux événements récents –  la sage du RER et des tunnels bruxellois, les fissures dans les centrales nucléaires, le contexte des attentats terroristes de Bruxelles, la grève dans les prisons, la grogne des magistrats,… -, ils viennent illustrer un pays en pleine déliquescence.

La Belgique ? Finissons-en ! avait déclaré François Perin dans sa dernière interview au « Soir », le 6 août 2011. Nul doute qu’il aurait apprécié le dernier papier de Jean Quatremer, le correspondant de « Libération » à Bruxelles…

Gouvernement flamand : un «accord historique» sur les allocations familiales, l’enseignement et les provinces

« Knack », 28 mai 2016

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Allocations familiales : 160 euros pour chaque enfant©

A partir de 2019, chaque nouvel enfant recevra la même allocation familiale, d’un montant de 160 euro. Il y aura cependant des indemnités sociales pour les enfants ayant des besoins particuliers ainsi que pour ceux dont les familles ont des revenus très bas, cela étant combiné avec une augmentation pour les familles nombreuses.

Autre nouveauté : l’indemnité de 2 fois 150 euro pour les enfants qui vont à l’école.

Pour l’instant, l’allocation familiale « normale » était, pour les travailleurs, de 90 euro pour le premier enfant, de 167 euro pour le second et d’environ 250 euro pour le troisième. Ces montants sont combinés avec des indemnités d’âge et des corrections sociales.

Cela ne changera pas pour les enfants nés jusqu’en 2018. A partir de 2019, le système complexe avec « plus de 700 mécanismes » sera supprimé. Chaque nouvel enfant recevra alors 160 euro, que les parents soient travailleurs, indépendants, chômeurs ou autres. L’indemnité sociale pour les deux premiers enfants sera de 50 euro et de 80 euro à partir du troisième enfant.

Le ministre du Bien-être, Jo Vandeurzen (CD&V), s’est montré particulièrement satisfait de ce « bel accord ». Il parle d’un « paquet de croissance pour chaque famille » et considère que le nouveau système fera baisser sensiblement le risque de pauvreté.

A noter enfin, au niveau scolaire,  une « indemnité de participation » de 20 euro par an pour les enfants jusqu’à 2 ans, de 35 euro à partir de 5 ans, de 50 euro à partir de 12 ans et de 60 euro à partir de 18 ans.

Enseignement : réforme attendue depuis longtemps pour le premier grade

A partir de l’année scolaire 2018-2019, chacun disposera, pour le premier grade de l’enseignement secondaire, de 5 heures totalement libres. Les élèves pourront ainsi appréhender de nouvelles branches ou approfondir certaines connaissances.

Pour ce qui est des deuxième et troisième grades, le gouvernement flamand ramène les domaines d’études de 29 à 8.

Pour le premier grade, tous les élèves bénéficieront désormais d’une même formation de base de 27 heures, a précisé la ministre de l’Enseignement, Hilde Crevits (CD&V). Les cinq heures restantes pourront être utilisées de façon totalement libre. « Le premier grade est un grade charnière. Nous allons offrir des chances pour devenir plus fort, reconnaître et approfondir. »

En deuxième année, ce sera sept heures, mais le choix se limite déjà en grande partie à une option de base. Pour les élèves  du cycle B, l’option de base représente alors douze heures.

Les écoles conserveront une grande autonomie en ce qui concerne ces options de base, a souligné la ministre. « La liberté pédagogique et la liberté d’enseignement ne subiront donc aucune pression. » A partir du second grade, il est alors question du système-matrix.

Les 29 domaines d’étude actuels sont ramenés à 8 directions, allant des sciences à l’économie en passant par l’alimentation et l’horeca.

La distinction entre l’enseignement secondaire général et l’enseignement secondaire technique est maintenue

On met davantage l’accent sur la répartition entre les directions qui offrent une passerelle vers l’enseignement supérieur et celles qui peuvent déboucher sur le marché du travail. Mais il peut arriver que les deux secteurs restent étroitement liés (avec disparition des labels).

Les directions ne sont pas obligées d’organiser leurs écoles en écoles de domaine ou de campus. Mais celles qui le font recevront un bonus financier pour permettre un équipement technique moderne et de qualité, a ajouté la ministre Crevits.

« Nous donnons également aux écoles plus de chances pour remédier dans le premier grade. Ces mesures doivent nous aider à réduire le nombre d’élèves qui redoublent.

Enfin, dans l’enseignement primaire, les écoles auront plus de liberté pour enseigner dans une autre langue, comme le français, l’anglais ou l’allemand. Des cours de langues pourront être offerts dès la troisième année.

Crevits a annoncé que l’allocation sera sensiblement augmentée pour les enfants les plus vulnérables dans l’enseignement primaire et secondaire.

En outre, les jeunes qui suivent une formation professionnelle supérieure recevront également une allocation. « On rectifie ainsi une injustice du passé », déclare la ministre.

Provinces : le nombre de membres des conseils provinciaux réduit de moitié 

 

Pour ce qui est des provinces, le gouvernement flamand s’est mis d’accord pour réduire le nombre de mandats et les budgets. Le nombre de conseillers provinciaux sera réduit de moitié et le nombre de députés sera ramené de six à quatre.

Il y aura 39 conseillers provinciaux à Anvers, 36 en Flandre orientale, 35 en Flandre occidentale et en Brabant flamand et 30 au Limbourg.

Cela cadre avec la philosophie du gouvernement flamand d’organiser une administration plus efficace.

Une solution a également été trouvée pour les grandes différences entre les divers impôts provinciaux.

« Le dégraissage doit offrir de meilleurs services », ont déclaré Geert Bourgeois et la ministre des Affaires intérieures, Liesbeth Homans (N-VA). C’est la raison pour laquelle il a été décidé que les provinces n’auraient plus de compétences personnalisables. Celles-ci seront transférées au niveau flamand.

Pour le 1er janvier 2018, toutes les activités en matière de culture, de jeunesse, de sport ou de bien-être devront être transférées vers la Région flamande ou les communes.

Historique

Le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) parle d’une « percée historique » dans trois dossiers cruciaux. Il remercie les partenaires de la coalition pour les « discussions constructives » des dernières heures.

Chère Wallonie adorée, tu te tires une balle dans le pied

Olivier Mouton, « Le Vif », 26 mai 2016

En multipliant les grèves sauvages ou inaudibles, les syndicalistes francophones donnent raison à la N-VA. C’est absolument incompréhensible !

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La grève sauvage à la SNCB entamée mercredi soir pour protester contre… une diminution des jours de crédit des cheminots était déjà inaudible : ces récupérations s’apparentent quand même à des privilèges d’un autre temps et la prise en otage sans préavis des navetteurs en pleine période d’examens est un acte irresponsable.

Mais ce n’était visiblement qu’un zakouski. Jeudi matin, la CGSP a déposé un préavis pour une grève… au finish dans les services publics à partir du 31 mai : une expression jusqu’au-boutiste approuvée par l’aile francophone, mais rejetée par son homologue flamande – tout un symbole ! Quant au mouvement de grève longue durée dans les prisons surtout vivace du côté francophone, il n’est visiblement pas arrivé à son terme : les propositions du gouvernement, faites hier, ont déjà été rejetées à Saint-Gilles.

La protestation sociale prend des formes incompréhensibles en Wallonie, où les syndicats sont visiblement débordés par une base aux relents révolutionnaires – notamment noyautée par le PTB. Il fallait certes s’attendre à l’expression d’une exaspération croissante face au gouvernement Michel, qui ne change pas de cap et s’entête dans son approche ultra-libérale. Mais en s’exprimant de la sorte au sud du pays, les syndicalistes ne font en réalité que nourrir la politique qu’ils prétendent dénoncer. Et ils donnent des arguments à une N-VA qui n’en demandait pas tant. Une stratégie incompréhensible – pour autant que ce soit une stratégie….

Car on ne démontrerait pas autrement que la Wallonie ne fonctionne pas, qu’elle reste arc-boutée dans un conservatisme de mauvais aloi ou qu’elle ne comprend pas que le monde évolue. On n’illustrerait pas mieux la nécessité d’imposer un service minimum dans tous les services publics, tant ces actions à répétition sont l’expression d’un égoïsme collectif qui ne se soucie guère des conséquences. Et in fine, on ne prouverait pas autrement le besoin d’une régionalisation accrue de la SNCB, des prisons ou des services publics, tant les points de vue sont de plus en plus opposés entre le Nord et le Sud.

Chère Wallonie, tu te tires une balle dans le pied en braquant la suédoise fédérale dans ses convictions – qu’elles soient contestables ou non. Tu mines l’image de la Région et du pays au moment où l’on tente tant bien que mal de la redresser, après des mois calamiteux. Tu sapes tous les efforts accomplis par les forces vives régionales pour montrer que le redressement n’est pas un vain mot. Et tu te mets tout le monde à dos, à commencer par des navetteurs ou des usagers des services publics qui ne comprennent pas pourquoi ils sont traités de la sorte.

Chère Wallonie, comment l’action d’irresponsables coupés des réalités peut-elle provoquer autant de dégâts ? C’est incompréhensible… Et suicidaire !

Code du développement territorial: «C’est le grand bac à sable»

Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 23 mai 2016

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La majorité croit-elle encore au Code du développement territorial (CoDT)? L’opposition MR s’interroge. On devine qu’elle a déjà sa réponse.

C’est de pire en pire. On en a encore discuté un temps fou en conférence des présidents jeudi, puis encore 4 heures en commission avant de commencer les articles: la méthode, le timing… , soupire Pierre-Yves Jeholet. Le chef de groupe de l’opposition MR dit en avoir un peu marre du bac à sable et du rapport de force autour de la réforme du CoDT.

Grand baromètre politique : la suédoise perd sa majorité

« Le Soir » (Pierre Bouillon et David Coppi), 19 mai 2016

2016-05-22_144140Au profit du… PTB de Raoul Hedebouw qui devient le troisième parti de Wallonie, devant le CDH et Ecolo ! En Flandre, c’est le Vlaams Belang qui grimpe.

Wallonie

PS               32      (mai 2014)     25,8

MR             25,8                          20,1

PTB             5,5                           13,5

CDH          14                              12

Ecolo           8,2                           10,1

PP               4,5                              5,5

Flandre

N-VA             32,4    (mai 2014)    24,2

SP.A              14                             15,6

VB                   5,8                          13,9

CD&V           18,6                          13,8

Open VLD     15,5                          13,2

Groen               8,6                          11,1

C’est une conséquence logique du repli en termes d’intentions de vote : la suédoise perd des sièges. Nous l’avions constaté déjà lors de notre sondage de janvier : le gouvernement fédéral n’a plus la majorité à la Chambre.

C’était le cas il y a quatre mois selon les projections d’Ipsos, c’est flagrant cette fois : avec 64 sièges en tout et pour tout, on est loin de la barre des 75 unités nécessaires pour franchir le cap, alors que 150 parlementaires composent la Chambre des représentants. 64 sièges, c’est… 21 de moins que le nombre de suédois élus le 25 mai 2014, pour une coalition fédérale qui compte donc 85 sièges aujourd’hui.

Ce recul, la faute à qui ? Tout le monde s’y met un peu, certains plus que d’autres. La N-VA abandonne 9 sièges à elle seule, le CD&V en perd 5, le MR aussi, le VLD en oublie 2. Et alors ? Rien. Ceci est un sondage. La fiction ne dépasse pas la réalité : la suédoise poursuit évidemment sur les bases acquises aux élections de mai 2014. Pour autant, les projections effectuées par Ipsos ne laisseront pas les partenaires indifférents. Elles sont de nature à accroître les tensions. Même si, tous en baisse, les mêmes partenaires ont intérêt en principe à rester aux affaires et à éviter de retourner anticipativement devant les électeurs. En route vers 2019 ?

Le service fiscal wallon, enfin efficace!

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 14 mai 2016

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Il aura fallu une seule après-midi aux ministres wallons pour boucler leur ajustement budgétaire 2016. Nous sommes donc loin du psychodrame qui s’était joué, en 2015, pour l’exercice précédent lorsque le fédéral annonçait – avant de se rétracter quelques mois plus tard – que les recettes régionales étaient fortement à la baisse. Le gouvernement wallon devait cette fois trouver 51 millions d’euros pour rester dans la trajectoire initiale qui doit garantir un retour à l’équilibre en 2018. Il a même fait mieux que ça, puisqu’il a dégagé un montant de 72 millions. Vingt et un millions seront ainsi utilisés pour mener des actions complémentaires. Pour y arriver, le gouvernement PS-CDH n’a pas, cette fois, procédé à des diminutions de frais d’avocats, à une vente de bois ou autres artifices budgétaires habituels.

Les moyens dégagés viennent, pour l’exemple, notamment, d’une réévaluation à la hausse des recettes fiscales, pour la plus grande joie du ministre du Budget, Christophe Lacroix (PS), qui considère que c’est le fruit du redressement de la direction générale de la fiscalité entamée sous cette législature. Nous en voyons déjà les effets.Vingt millions d’euros ont ainsi pu être dégagés. Paul Magnette considère que cet ajustement respecte la ligne anti-austérité décidée en 2014 : Nous dégageons des moyens pour répondre aux besoins de la société. Nous ne sommes pas là pour mettre la rue à feu et à sang.

Quant aux 21 millions supplémentaires trouvés par l’équipe Magnette, ils viendront renforcer différentes politiques.

  1. Réforme des surloyers.Dix millions d’euros (dont 4,5 en 2016) seront octroyés aux sociétés de logement afin de rembourser les montants excédentaires de loyers perçus auprès de locataires de logements sociaux.
  2. Matériel roulant éco-efficient.Sans véritablement parler de compensation (ce qui est interdit) en matière de redevance kilométrique pour les communes, le gouvernement mettra trois millions (dont un million en 2016) pour aider celles qui souhaiteraient acquérir du matériel roulant éco-efficient.
  3. Diminution de la facture énergétique.Afin de permettre aux entreprises d’augmenter leur compétitivité rien qu’en réduisant leur facture énergétique, le gouvernement dégagera dix millions d’euros.
  4. Soutien aux agriculteurs.Les agriculteurs et plus particulièrement les producteurs de lait se verront proposer des audits par la Région wallonne afin de les accompagner dans leurs choix stratégiques. Un montant avoisinant les 5 millions d’euros est prévu.
  5. Sécurité des aéroports.Quinze millions seront mobilisés pour renforcer la sécurité dans les deux aéroports wallons de Liège et de Charleroi. Le ministre en charge de cette compétence, René Collin (CDH), évoquait notamment des systèmes de détection d’explosifs.
  6. Lutte contre la pauvreté.Enfin, le gouvernement wallon a décidé de reprendre une action menée auparavant par le fédéral (Housing first) permettant l’accès à un logement décent pour 75 SDF à Liège, Charleroi et Namur.

Collections fédérales : la stratégie de la N-VA dévoilée

Olivier Rogeau, « Me Vif/L’Express », 13 mai 2016

La N-VA veut faire aboutir la grande réforme des institutions scientifiques fédérales début 2017, juste avant la fin des mandats de leurs directeurs. Le patrimoine national menacé ?

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Une nette rupture avec le passé, avait prévenu Elke Sleurs dans sa note de politique générale, présentée fin 2014. La secrétaire d’Etat N-VA à la Politique scientifique persiste et signe. Ses intentions ont été confirmées et précisées, et le gouvernement Michel fait toujours référence à son texte. La première étape de la réforme est le démantèlement total de Belspo à l’horizon 2018. Il se concrétise déjà : l’administration de la Politique scientifique perdra dès cette année la gestion de la participation belge aux programmes de l’Agence spatiale européenne. L’équipe Belspo est, en outre, déstabilisée par les départs en cascade de cadres dirigeants et d’experts. Elle est aussi fragilisée par l’incertitude qui pèse sur la réorientation et la responsabilité de la gestion future des programmes de recherche en Belgique et à l’échelle internationale.

La seconde étape est la restructuration complète des établissements scientifiques fédéraux (ESF). Elle est prévue, d’après nos sources, au début de l’année prochaine. La N-VA tient à profiter de la longue période en cours sans élection – sauf chute du gouvernement et scrutin anticipé – pour mettre en place le nouveau système. Les prochaines élections, communales, auront lieu en octobre 2018, suivies, en 2019, par les fédérales et les européennes. Les campagnes électorales étant peu propices aux grandes réformes, le projet doit aboutir dès 2017, selon l’agenda des nationalistes flamands. L’idée serait de le mettre en route deux ou trois mois avant avril 2017, date du terme des mandats des directeurs généraux des institutions concernées.

Nouveaux directeurs, nouvelles structures

Proches de l’âge de la retraite, Guido Gryseels (Musée de Tervuren) et Patrick Lefèvre (Bibliothèque royale) ne devraient pas rempiler, le mandat de directeur étant de six ans. Pour les DG nommés en 2005, rien n’oblige le pouvoir fédéral à renouveler – pour la seconde fois – leur mandat. Sont directement concernés le francophone Michel Draguet (Beaux-Arts), la Française Camille Pisani (Sciences naturelles) et les Flamands Karel Velle (Archives de l’Etat) et Ronald Van der Linden (Observatoire). Les autres directeurs généraux, arrivés plus récemment (en 2011 et 2015), ont été nommés ad interim et peuvent donc être aisément remplacés eux aussi. Le printemps 2017 sera dès lors le moment clé pour un profond renouvellement des structures des institutions scientifiques fédérales et des hommes qui les ont dirigées.

Discuté à plusieurs reprises en réunions inter-cabinets, le projet d’Elke Sleurs et de son ministre de tutelle, le N-VA Johan Van Overtveldt (Finances), a été recalé à au moins trois reprises depuis décembre dernier. Ce document de quelque 60 pages n’a donc pas encore reçu le feu vert du Conseil des ministres. Certains partis de la majorité considèrent que le texte n’est pas tout à fait mûr. En clair, il suscite des réticences au CD&V et au MR, qui ont renvoyé le document à ses auteurs en réclamant retouches et amendements. Certains, au sein des institutions scientifiques fédérales, estiment que le cabinet Sleurs est composé de « bricoleurs’ », glisse le patron d’un de ces établissements. Certes, le chef de cabinet de la secrétaire d’Etat été remplacé à plusieurs reprises et tout indique que la N-VA tire les ficelles de la réforme. Mais l’équipe Sleurs s’est étoffée ces derniers mois. J’ai la certitude que le projet poursuit son chemin et finira par tterrir, à l’instar du plan stratégique du ministre N-VA de la Défense. »

Ne dites plus « pôles », mais « clusters »

Le plan Sleurs prévoit de créer trois nouvelles entités, autonomes par rapport à l’Etat. La première est une agence spatiale « interfédérale ». Ce nouvel organisme est jugé par beaucoup inutile et coûteux. Il inquiète surtout les industriels du secteur, qui travaillent directement avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Les deux autres entités, nommées « clusters », sont des structures faîtières appelées à regrouper les dix établissements scientifiques et culturels fédéraux.

L’une de ces coupoles serait dirigée par un francophone (un MR ?), l’autre par un Flamand (N-VA, Open-VLD, CD&V ?). Ces « clusters » auront le statut de sociétés anonymes de droit public à finalité sociale, sur le modèle de Bozar, haut lieu culturel bruxellois. Ils seront dotés d’un conseil d’administration, qui négociera un contrat de gestion spécifique avec l’Etat. Dans ce CA siégeront, outre le gouvernement fédéral, des représentants des milieux scientifiques, des entreprises et des entités fédérées. Les Régions et Communautés seront donc associées aux organes de gestion d’institutions fédérales. Elke Sleurs a même évoqué la perspective, sous la prochaine législature, d’une cogestion directe de ces établissements par les entités fédérées.

Un « mammouth » pour les ESF à patrimoine

Le cabinet Sleurs souhaite que le premier ‘cluster » réunisse les trois établissements scientifiques du plateau d’Uccle, appelés « ESF météo » : l’Observatoire royal, l’Institut royal météorologique (IRM) et l’Institut d’aéronomie spatiale. Ce regroupement forme un ensemble cohérent, appelé sans doute à se rapprocher, à terme, de la future Agence spatiale interfédérale. Le second cluster rassemblerait, selon le voeu de la secrétaire d’Etat, les autres institutions scientifiques et culturelles, nommées « ESF à patrimoine » : les Musées des Beaux-Arts, les Musées d’Art et Histoire (Cinquantenaire, Musée des instruments de musique…), l’Institut du patrimoine artistique (Irpa), la Bibliothèque royale, les Archives de l’Etat, le Museum des Sciences naturelles et le Musée de l’Afrique centrale à Tervuren. Objectif du regroupement : créer des synergies (tickets communs…) et faire des économies d’échelle par la mise en commun des départements ressources humaines, finances, informatique. Mais bon nombre de responsables de ces institutions jugent inappropriée la constitution de ce véritable « mammouth ».

Rien ne filtre des ultimes tractations entre partis. Sauf que, d’après certaines indiscrétions toutes récentes, on s’orienterait finalement vers deux « clusters » chapeautant chacune cinq institutions. Le Museum des Sciences naturelles et le Musée de Tervuren seraient rattachés aux trois ESF du plateau d’Uccle ; les cinq autres (Beaux-Arts, Cinquantenaire, Irpa, Bibliothèque royale, Archives de l’Etat) formeraient ensemble le second « cluster ». Que la majorité opte pour la formule « 3 + 7 » ou « 5 + 5 », la réforme aura une tout autre dimension que celle imaginée naguère par Philippe Mettens, ex-patron de Belspo évincé par Elke Sleurs, et Michel Draguet, directeur des Musées des Beaux-Arts, lui-même cible de critiques flamandes. Mettens et Draguet plaidaient pour la création de « pôles » : un Pôle Art issu de la fusion des établissements du Mont-des-Arts et du site du Cinquantenaire, avec une direction unique confiée à Draguet ; un Pôle Espace sur le plateau d’Uccle (IRM, Observatoire, Aéronomie spatiale), piloté par Ronald Van der Linden ; un Pôle Nature, un Pôle Documentation.

Cagnotte gelée jusqu’en 2019

Le concept de « pôle », trop associé à l’époque où Philippe Mettens et le PS avaient la main sur les instituts scientifiques fédéraux, laisse donc la place à celui de « cluster ». Sur un budget global de plus de 500 millions d’euros affecté à la Politique scientifique fédérale, environ 125 millions sont affectés aux dix ISF. C’est ce dernier montant qu’auront à gérer les deux clusters. Car la coalition au pouvoir n’entend pas refinancer les musées et autres institutions scientifiques. Elle n’a pas remis en cause les mesures d’austérité drastiques imposées à ces établissements depuis l’époque du gouvernement Di Rupo : budgets de fonctionnement et d’investissement réduit de 20 %, budget de personnel diminué de 4 %. Résultat, déplore un directeur, les départs à la retraite ne sont quasiment plus remplacés, des expositions passent à la trappe, le budget communication a fondu comme neige au soleil et la cagnotte que nous parvenions à constituer au fil des ans, et qui servait à financier des projets de modernisation, est gelée jusqu’en 2019, au nom des économies budgétaires. Cagnotte qui n’est plus alimentée, à force de racler les fonds de tiroirs.

Surtout, la réforme, sous couvert de rendre les établissements autonomes, conduit à une forme de déresponsabilisation de l’Etat. Les sociétés anonymes créées auront la maîtrise du projet, du personnel et des collections des institutions. Jusqu’ici, le ministre de tutelle était juridiquement responsable de ces entités. Une fois les SA créées, c’est elles qui disposent de la personnalité juridique. Il n’y a plus de recrutement statutaire et le personnel engagé reçoit un nouveau type de contrat, indique un responsable d’un des établissements visés. De même, chaque institution remet en dépôt ses collections à la société anonyme, gestionnaire autonome, à charge pour celle-ci de les gérer en bon père de famille.Quant aux oeuvres acquises ultérieurement en vue de développer l’institution, elles n’entreront pas dans le patrimoine de l’Etat, mais dans celui de la société anonyme. Voilà qui rappelle le statut de la Fondation Roi Baudouin : en cas d’achats, de dons et legs orchestrés par la fondation dans le cadre de sa politique de dépôt, il n’y a pas de transfert en propriété à l’Etat de l’héritage culturel national quelle sauvegarde.

Une régionalisation des collections ?

C’est précisément là où est le danger, épingle l’un des directeur actuels. Si un musée acquiert ou reçoit par donation un Magritte, ce tableau ne fera pas partie du patrimoine national. L’implication des Régions et Communautés dans la gestion des institutions fédérales désargentées pose aussi question. Les entités fédérées leur lanceront-elles des bouées de sauvetage en échange d’une forme d’allégeance ? Les représentants des Régions pourraient exiger que des œuvres des musées fédéraux servent désormais à valoriser le rayonnement régional. Un cas de figure parmi d’autres cités par notre source : Si la société anonyme estime que les Rubens des collections fédérales seront mieux présentés à Anvers qu’à Bruxelles, il n’y aura pas d’obstacle à la mise en dépôt de ces tableaux au Musée des Beaux-Arts d’Anvers. Vingt ou trente ans plus tard, on considérera que ces œuvres y ont toujours été.

Koen Geens: «Il y aura trois nouvelles prisons en Wallonie»

« Le Soir » (B.Dy et Th.Ca.), Belga, 13 mai 2016

2016-05-16_111447La crise dans les prisons wallonnes et bruxelloises est-elle en passe d’être résolue ? Avant une nouvelle réunion entre Koen Geens et les syndicats ce vendredi après-midi pour poursuivre le dialogue, le Conseil des ministres s’est réuni pour évoquer – entre autres – la situation dans les prisons. Le Kern a accepté la mise en place du masterplan III, réalisé par Koen Geens, ministre de la Justice.

L’objectif : lutter contre la surpopulation en créant 1.432 nouvelles places.

Le ministre de la Justice a également annoncé la création de nouvelles prisons à Bourg-Léopold et Vresse-sur-Semois. La maison d’arrêt de Lantin, en très mauvais état sera remplacée par une maison d’arrêt à Verviers, où l’ancien bâtiment sera reconstruit, ainsi que la construction d’une nouvelle en région liégeoise. La prison d’Ypre sera agrandie. La prison de Merkplas sera, elle rénovée.

La Flandre prend-elle le pouvoir en Belgique?

« La Dernière Heure », « Paris Match », 12 mai 2016

2016-05-16_110932En matière de justice, de police, de défense et de renseignement, les Flamands squattent quasiment tous les postes clés !

Je suis un peu effrayé de constater que l’essentiel des fonctions d’autorité de l’Etat sont désormais entre les mains des Flamands dont certains, nationalistes, ont clairement pour agenda la fin de la Belgique.

Cette déclaration du député fédéral Georges Dallemagne (membre, notamment, de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de Bruxelles) ouvre un dossier pour le moins édifiant publié ce jeudi par Paris Match. On y découvre qu’en matière de justice, de police, de défense et de renseignement, les Flamands squattent quasiment tous les postes clés !

Dont 11 postes sur 13 rien que dans le domaine de la sécurité publique. Comme par hasard, cette « flamandisation » des bases de l’Etat s’accentue depuis l’arrivée au pouvoir de la N-VA. Il existe une volonté de plus en plus affirmée de faire passer l’intérêt flamand avant tout, écrit le journaliste Frédéric Loore, auteur de l’enquête, avant même l’intérêt national de sécurité, je finis par le croire, lâche un commissaire de police. Et un officier de liaison de la Police fédérale se rappelle s’être un jour entendu dire de la part d’un ministre du pays dans lequel il officiait: Tiens, on parle encore le français chez vous ?

 « La flamandisation au quotidien », à lire dans Paris Match cette semaine.