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Louis Michel au Soir: «En Wallonie, le PS et le MR doivent travailler ensemble»

David Coppi et Dirk Vanoverbeke, « Le Soir », 30 avril 2016

Parlementaire européen, ex-président du MR, Louis Michel livre un entretien engagé pour le Premier mai 2016, où il défend son libéralisme social, qui reste parfaitement d’actualité, dit-il.

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Pour le Premier mai 2016 – tout comme Paul Magnette (PS) – Louis Michel livre au Soir un entretien engagé où il défend son libéralisme social, qui reste parfaitement d’actualité, dit-il. Au passage, il redoute l’effacement du politique, et plaide en faveur d’un « dialogue » MR-PS en Wallonie…

Louis Michel, un Premier mai « libéral », est-ce bien cohérent ? Les gens ne s’y retrouvent plus en politique. Où sont les repères ?

Ah, ça !, on avait créé la surprise la première fois que nous avions fait ça, c’était à Mont-de-l’Enclus, le bourgmestre Callebaut avait été irrité parce que la CGSP organisait le Premier mai dans sa commune, où il dominait depuis longtemps avec une majorité absolue… Il m’avait dit : Louis, il faut que tu viennes ! Effectivement, on a attiré du monde, un monde fou, les gens de la FGTB étaient là aussi, je suis rentré de là avec mon costume plein de jus d’orange… C’était en 1982, je crois. Je n’étais pas allé là avec l’intention d’organiser une fête du Premier mai chaque année, mais comme il y avait eu de l’ambiance, en rentrant avec Richard Miller, qui était mon attaché de presse à l’époque, j’ai dit : Mais Richard, il n’y a pas de raison que le PS garde comme ça le monopole des travailleurs ! On a rédigé un communiqué de presse. C’était parti, on allait faire le Premier mai tous les ans…

Un peu une provocation…

Non ! Je ne comprenais pas pourquoi il fallait laisser la fête du travail à un parti, qui ne représente pas, loin s’en faut ; tous les travailleurs. Je ne conteste pas la légitimité du PS de faire la fête le Premier mai, mais je ne peux pas accepter que l’on conteste ma légitimité de l’organiser. Au départ d’ailleurs, chez moi, dans mon parti, tout le monde n’avait pas saisi. Ils étaient un peu surpris. Mais c’était important aussi de ne pas laisser l’adversaire seul sur le terrain.

Le Premier mai, c’est quand même Quaregnon, tout ça…

La fête du travail n’appartient à aucun parti, la valeur travail est portée aussi par des gens qui ne sentent pas du tout représentés par le PS. Beaucoup d’indépendants, des enseignants, des agriculteurs, des professions libérales…

Oui, mais eux disent que les luttes, historiquement, furent celles du mouvement socialiste…

Oui, et moi par exemple je ne dis jamais que celui qui a inventé la sécurité sociale c’est Beveridge, un libéral. Je ne dis jamais que tous les débats sur le suffrage universel ont été portés d’abord par de grands libéraux. Je ne dis pas que le POB, l’ancêtre du PS, a été créé par des dissidences libérales. Je ne dis pas tout ça… Bon, moi, je n’ai jamais contesté l’apport du socialisme historiquement dans l’émancipation et la reconnaissance des droits des travailleurs.

C’est vrai encore aujourd’hui aussi ?

Non. Je n’ai pas l’intention d’être caricatural. Je pense que tous les partis politiques à un moment donné doivent se refonder, le monde est évolution, la société évolue, il y a de nouveaux besoins, de nouvelles incertitudes, de nouveaux fléaux, de nouveaux défis, et tous les partis démocratiques doivent se refonder, faire leur autocritique aussi.

Retour en Belgique : les syndicats disent que le gouvernement met à mal la sécurité sociale…

Jusqu’ici, je n’ai pas vu la « mise à mal », mais des réformes qui visent à sauver la pérennité de la sécurité sociale.

Vous étiez le chantre du « libéralisme social ». La séquence est passée ?

Non. Rien n’a changé. J’observe que ceux qui m’ont succédé ont continué à défendre un principe fondamental : les épaules les plus larges doivent prendre le plus le poids, ce qui n’exclut pas que tout le monde doive être responsable. Au sein de la coalition gouvernementale, sur le plan social, mon parti est souvent plus proche des thèses du CD&V.

« Les épaules les plus larges », dites-vous… On a plutôt le sentiment que les nantis ne sont pas inquiétés. Faux ?

Le fait est que l’on observe depuis pas mal de temps des dérives insupportables, non éthiques, vulgaires, injustes, avec une puissance logistique, voire parfois culturelle, que j’appelle le financiérisme… Là, dans le fond, on joue artificiellement avec des mécanismes pour dégager des profits (je ne parle même pas de bénéfices). Cela vient flouter la perception des gens. C’est un des gros problèmes. C’est difficile d’expliquer aux gens qu’il faut faire des réformes structurelles pour permettre la préservation des acquis sociaux au moment où ils sont les témoins de dérives comme celles-là. Des dérives que, du reste, on ne peut corriger que si on se place au minimum au plan européen. Cela étant, chez nous, la loi Caïman n’est pas quelque chose de creux. Mais je reconnais que nous sommes au cœur d’un problème fondamental.

On pourrait imaginer un impôt sur les grosses fortunes.

Si on le fait en Belgique, ça rapportera quoi ? Personnellement, je ne serais pas du tout opposé à un ISF pour financer des politiques européennes. Pour autant que ça rapporte. Si c’est pour faire fuir ceux qui investissent encore chez nous. Si l’on veut être intellectuellement, philosophiquement honnête, on peut accepter ce genre de débat. Il ne faut pas se réfugier dans la non-faisabilité de certaines choses, il faut parfois prendre le risque de s’ouvrir à certaines idées, mais un risque calculé, car l’enjeu de cela c’est quand même la prospérité de nos économies, donc des emplois.

Cela étant, votre « libéralisme social », vous ne trouvez pas qu’il s’éteint un peu dans la Suédoise ?

Je ne le crois pas du tout. Au contraire, le MR est le gardien systématique de la ligne à ne pas franchir, notamment dans cette majorité. Les libéraux sont pour l’économie de marché, mais encadrée par le politique, par la démocratie, par des systèmes de redistribution qui visent à ne laisser personne au bord du chemin. Et quand nous dépensons, nous aimerions savoir comment on construit cette richesse. Ce que je reproche très souvent à ce qui se passe à gauche, c’est qu’on veut bien dépenser mais qu’on ne dit jamais quels sont les moyens avec lesquels on crée la richesse pour payer tout ça. Le problème, c’est qu’on n’est pas en autarcie, et on est entourés par des pays qui ont une vision anti-sociale, populiste…

Précisément, cette Europe-là ne risque-t-elle pas de dominer et tout emporter ?…

Oui, sauf que la valeur ajoutée du retour en arrière n’existe pas, c’est une valeur négative, et je continue donc à penser que, même en difficulté, l’Europe continue à avancer et à tirer tout le monde vers le haut.

Ce à quoi on assiste c’est quand même à l’essor du populisme, pensez à l’Autriche… On atteint la cote d’alerte.

J’ai sans doute vu clair avant beaucoup d’autres… Quand j’avais critiqué l’Autriche de Jorg Haïder en 2003… Je rappelle que pendant de longs mois on avait quasiment isolé le pays dans l’Europe… On a changé l’article 7 du Traité pour permettre des sanctions dans certaines circonstances. J’observe que la crise dont j’avais parlé, on est en plein dedans…

Prenez aussi les Etats-Unis aussi, on a l’impression qu’il y a un grand mouvement anti-establishment… L’homme de la rue a le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative, les gens en ont assez des assainissements, quel espoir ?

Et si on parlait un peu du rôle des médias dans tout ça ? Bon, ça n’est pas une critique, mais ce que je crois, c’est qu’au fil du temps, ce qu’on constate, c’est que le politique a été débordé. Aujourd’hui, il ne convainc plus de son autorité morale. Les Facebook, tout ça… Quand je vois ce qu’on peut lire là-dessus, c’est effrayant, c’est très inquiétant. J’ajoute : quand je vois que des politiques n’ont plus comme ressource que de proposer de tirer au sort des citoyens pour réinventer nos valeurs…

L’objet, c’est de rédiger le préambule à la Constitution.

Mais nos valeurs sont là, intemporelles, la tolérance, le respect du droit à la différence… Moi aussi je veux inscrire la laïcité dans les textes, ce serait un signal fort, mais vous n’allez pas me dire qu’il faut demander de rédiger ça à 100 citoyens tirés au sort ! On se moque de qui ?

N’est-ce pas là une forme de démocratie directe ?

On a la consultation populaire, le référendum, et bien sûr on peut imaginer d’autres formes. Par exemple, moi j’ai toujours été très critique quand on a supprimé la possibilité de coopter des parlementaires. L’esprit de cela, c’était d’amener au parlement des personnalités extérieures aux partis. On l’a d’ailleurs fait avec certains, Robert Henrion, Jacques Brotchi… Oui, ça avait du sens, on pouvait aller chercher des belles personnes, des gens qui pouvaient transcender les clivages classiques… On a supprimé ça ! Je préférerais de loin qu’on rétablisse une dose de cooptation à la Chambre plutôt que de dire que la vérité va sortir de cent citoyens tirés au sort… Attention, dans l’idée même, il y a du bon. Le G1000 par exemple, c’était intéressant, on a constaté que les recommandations étaient bien plus modérées, réalistes, que ce que l’on imaginait.

Vous disiez : le politique perd pied, et les médias y contribuent…

Les médias sont dans la même position que le politique, ils sont soumis au défi de l’immédiateté. Un événement chasse l’autre. Même si je ne suis pas toujours d’accord sur le fond avec votre journal, je vois bien que vous faites un effort d’explication, de pédagogie, qui est réel, et ce ne doit pas être facile de gérer une telle ambition. Quand je lis tout, il y a une pluralité d’opinions, et ça m’aide quand même à me forger la mienne. Mais j’imagine que pour faire ça, il faut des moyens colossaux, que les médias n’ont pas toujours. Alors, il y a une lutte déloyale : plus on fait simple, plus on fait populiste, plus ça marche… Tout le monde est obligé de jouer dans ce jeu. Un politique capitalise, en termes de notoriété positive, au moment de l’effet d’annonce, mais qui regarde la cohérence, le volontarisme qu’il a mis à suivre son idée ? Tout le monde court après tout le monde, tout le monde court après tout.

Notez ceci encore… Quand Jambon dit ce qu’il a dit sur les musulmans, avec le mot « significatif », ça fait les gros titres, mais quand, une semaine plus tard, au parlement européen, il dit qu’une immense majorité de musulmans partagent nos valeurs et qu’il se fait applaudir… Je ne défends pas Jambon, mais là, vous voyez le problème quand même. Peut-on enfin accepter l’idée qu’un homme politique, comme un journaliste, ou un citoyen, peut évoluer, intégrer un certain nombre de choses ? Moi, si je suis devenu libéral social, c’est aussi une maturation. Et puis, il y a cette question : est-ce bon de fermer comme ça tout débat ? Bien sûr, il faut condamner des discours qui attisent la haine, mais au-delà, on doit quand même encore permettre de prendre des raccourcis pour se faire comprendre… Ce qui m’inquiète, c’est que quand vous condamnez si vite des propos un peu vigoureux ou simplifiés, vous ne faites qu’une chose : indiquer aux gens que vous confisquez le débat. Souvent, celui qui emploie des mots énergiques ou excessifs exprime ce que beaucoup de gens pensent tout bas.

Cela n’exonère pas de tenir des propos corrects…

Mais peut-on encore parler ? A force de condamner le moindre propos un peu fort, vous poussez les politiques à devenir des aseptisés, à dire tout et n’importe quoi mais de façon politiquement correcte. Là, la politique perd son autorité morale.

Tout simplement, Jan Jambon ne court-il pas après l’extrême droite ?

Je suis convaincu que c’est beaucoup moins ça que le fait de traduire ce qu’il ressent, et ce que l’opinion ressent. L’homme politique peut-il encore exprimer son ressenti immédiat ? Les gens savent eux-mêmes où mettre le curseur.

Sûr ?

Oui. Moi, j’adorais quelqu’un comme André Cools, reprenez un peu tout ce qu’il a balancé ! C’est salutaire à un moment donné ! Si on reste dans la politiquement correct, on ouvre un boulevard aux extrêmes. En Europe, l’extrémisme de droite est en train de proliférer. Si les gens de temps en temps pouvaient s’identifier à des discours qui correspondent à leur ressenti, ça leur ferait du bien.

La « classe » politique est déconnectée de la réalité ?

C’est un mauvais procès en Belgique. Ce n’est pas le cas ici. Une grosse partie des politiques ont commencé leur carrière par l’échelon communal. Mais on a fait la guerre aux permanences sociales ! Tout le monde disait que c’était du clientélisme ! Moi, j’étais à la disposition des gens, ils étaient entendus, je m’impliquais. Une anecdote : j’avais un voisin qui était socialiste, un inspecteur aux pensions, André Hollemans, et quand je faisais mes permanences, il faisait hurler un mégaphone, avec des bandes enregistrées de l’Internationale, pour m’emmerder… Bon, je veux simplement dire que tout ça, c’était un travail de cohésion sociale. Moi, tous les samedis matin, on recevait entre 50 et 70 personnes, mon épouse faisait du café, elles venaient expliquer leurs problèmes, des mamans dont les maris ne payaient plus la pension alimentaire, des jeunes sans diplôme qui cherchaient un emploi… On écoutait. Et ils disent clientélisme !

Finalement, ce Premier mai ne se déroule-t-il pas, en plus d’une crise économique et sociale, dans une crise morale, une déstabilisation ? Il y a comme un danger, à nouveau, en Europe…

Le sentiment que vous exprimez n’est pas étranger à mon adhésion à la Fondation « Ceci n’est pas une crise », avec Jean-Pascal Labille. Les partis démocratiques doivent songer à se refonder. Je serai toujours pour l’économie de marché, car je crois, comme disait Robert Henrion, que la liberté n’est pas divisible : si vous avez la liberté économique, vous avez toutes les chances d’avoir la politique, si vous n’avez pas la liberté économique, vous avez toutes les chances de ne pas avoir la liberté politique. Mais ayant dit cela, je considère que la liberté ne peut être garantie que par l’Etat. Donc, la liberté sans l’Etat, l’économie de marché sans contrôle et régulation, ce n’est pas mon choix. Je pense très sincèrement qu’il y a un « floutage » résultant du financiérisme dont je vous ai parlé, et que les notions mêmes d’économie de marché et d’entreprenariat sont atteintes, totalement injustement. Alors que ceux qui entreprennent sont, comme les travailleurs, les victimes de cette dérive. Ils sont sur le même bateau. Le financiérisme n’a rien à voir avec le libéralisme. Certains entretiennent la confusion évidemment ! Moi, je ne dis pas que le parti socialiste c’est le parti communiste ! Alors !

Vous évoquiez « Ceci n’est pas une crise ». Il y a un besoin de refondation de la politique ?

L’intérêt, c’est de faire débattre entre elles des personnes d’origines et de sensibilités politiques différentes pour rechercher un fond commun, au niveau de l’analyse et des réponses à apporter. C’est la recherche d’un consensus fort.

La politique s’est laissée déborder par des pouvoirs qui sont moins légitimes qu’elle. Je le vois comme parlementaire européen : il y a de véritables stratégies méthodologiques pour inonder les parlementaires avec des centaines de milliers de mails… Un lobby qui est orchestré dans des groupes de pression. Qui poussent les parlementaires dans un sens ou dans un autre.

Ils ont pris le pouvoir ?

D’une certaine manière. Ils ont en tout cas écorné le pouvoir réel des politiques. Ils l’ont en partie discrédité. Le politique doit s’organiser pour canaliser cela et regagner sa vraie place.

N’est-il pas trop tard ?

Non. Je pense que la volonté politique est à réinventer. Cela repose sur le respect que se doivent les démocrates d’opinions différentes. On est malheureusement trop souvent dans la diabolisation. Personne, aujourd’hui, ne peut prétendre détenir la vérité tout seul. Ce qui ne veut pas dire que je plaide pour un consensus mou. Tout ce que je demande, c’est qu’avant un consensus, il y ait un vrai débat dans lequel on ne se retranche pas derrière le « politiquement correct ». Aujourd’hui, par exemple, je suis plongé dans le dossier de l’allocation universelle…

Et ? Vous êtes pour ?

Je trouve positif d’en débattre. Mais qu’on arrête de faire croire qu’on peut mettre en place une allocation universelle de 1.000 euros par citoyen – y compris pour celui qui gagne bien sa vie – sans dire comment on la paie. Je ne suis pas contre mais si j’étais à la place des syndicats, je me poserais quand même la question de savoir comment on fait pour préserver l’essentiel des acquis de la sécurité sociale. Et je voudrais savoir ce qui, dans le scénario de la création d’une telle allocation, ne sera plus pris en charge par la Sécu. Que fait-on alors avec les gens qui n’ont pas la capacité d’assurer leur responsabilité personnelle ? C’est un peu le retour du vieux débat entre l’assurance privée et la solidarité collective. Prétendre que l’assurance privée doit se substituer au mécanisme de solidarité, c’est se retrouver dans le système américain. Et cela, je n’en veux pas. Parce que ce système n’est pas libéral. Le système libéral doit conduire à l’égalité de chances assortie de la notion de justice sociale.

C’est très « de gauche » comme définition, non ?

Un jour, on a parlé de cela lors d’un débat avec Philippe Busquin. Et j’ai abouti à ce constat. Jusque-là, j’étais plutôt un tenant de l’égalité des chances. Mais elle ne suffit pas. Imaginons un monde idyllique, où tout le monde bénéficierait de cette égalité. Très rapidement, ce sont les plus forts qui l’emporteront. Il faut donc que tous les différentiels naturels soient pris en compte. Il y a une alternative, celle qui réunit les avantages de la philosophie de l’allocation universelle et en contourne les inconvénients. C’est l’impôt négatif. Permettre de ne pas payer d’impôt jusqu’à un certain niveau de revenus. Imaginons quelqu’un qui gagne 5.000 euros par mois. Va-t-on lui octroyer en plus une allocation de 1.000 euros par mois ?

Retour au gouvernement fédéral, au choix détonnant du MR de participer à cette majorité inédite. Vous en pensez quoi aujourd’hui ?

Le MR n’avait pas d’autre choix que d’entrer dans ce gouvernement, sauf à accepter sans broncher une nouvelle crise de plus de 500 jours ou d’accepter une majorité-miroir dans les régions et au fédéral. C’était cela le calcul des socialistes. Moi, je n’ai jamais entendu un socialiste affirmer que jamais, il ne ferait un gouvernement avec la N-VA.

En attendant, les majorités asymétriques actuelles génèrent de fameux blocages, non ?

Moi, je constate que l’on avance, que ce gouvernement réalise des réformes importantes et que les compromis se nouent plutôt en faveur des propositions MR.

Pour l’avenir, souhaiteriez-vous voir advenir des convergences sociales-démocrates ?

Je pense profondément que si certaines personnalités du PS évoluaient, donnaient au parti une inclinaison un peu plus réaliste, en assumant une fois pour toutes qu’il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché, mais qu’elle doit être encadrée, je pense que les convergences seraient assez naturelles. Je pense qu’il est inscrit dans les astres que si on veut sortir la Wallonie de ses difficultés et lui impulser l’élan décisif, nous devrons nécessairement nous reparler. La Wallonie ne se redressera pas sans une vraie politique en faveur des indépendants, des classes moyennes, des petites entreprises, des travailleurs qui prennent le risque de créer leur entreprise. Que l’on cesse au PS d’avoir cette attitude de retenue suspicieuse à l’égard de ceux qui entreprennent. En rejetant le MR après sa victoire électorale, le PS a commis une erreur qui préjudicie la Wallonie. Nos deux courants politiques, lorsqu’ils s’associent, couvrent tout le champ de la population. Il est plus facile alors d’attendre des citoyens qu’ils s’approprient la politique. La Wallonie a besoin d’une majorité qui réhabilite le politique aux yeux des gens. Pour cela, il faut être représentatifs.

Paul Magnette au Soir: «La Wallonie, nouvelle Madame Non»

Bernard Demonty et Martine Dubuisson, « Le Soir », 30 avril 2016

Pour le Premier mai, le ministre-président wallon tranche : le gouvernement fédéral a tout faux. La pension à 67 ans, la semaine de 45 heures, le traité de libre-échange avec le Canada…, « c’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire ! »

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Le ministre-président wallon le dit ainsi : «  Le Premier mai, c’est le Noël de la gauche. » Et pour autant, son parti, la gauche, ne sont pas vraiment à la fête. «  Il y a chez nous une vraie gravité, dit Paul Magnette. Car il y a un peu partout une crise de la politique qui est terrifiante. En Autriche, un candidat d’extrême droite est donné favori pour la présidentielle ; l’extrême droite de pays nordiques, en Hongrie, en France et chez nous en Flandre, est forte ; l’Europe donne un sentiment d’impuissance face au terrorisme, au flux de réfugiés, à la crise de la dette… : on vit un moment terrible !  » Voici donc les réponses que le socialiste veut y apporter. Tout autre chose que ce que propose le gouvernement fédéral…

Cette crise de la politique est due aussi au comportement des politiques ? La N-VA répète qu’elle ose dire ce que les gens pensent…

Je ne pense pas que la mission d’un politique soit de dire ce que les gens pensent. Il n’y a rien de plus facile. Et c’est vrai qu’il y a une évolution en ce sens : on attend des politiques qu’ils ne soient plus que l’expression du sentiment populaire. Je l’ai vécu avec l’histoire d’un négrier à Charleroi : j’ai refusé de m’exprimer car je n’avais pas de solution puisque c’est un chantier privé et ni la ville ni la Région n’ont de responsabilité. Pourtant, on attend que nous nous exprimions, même sans avoir de solution. C’est ce qu’on appelle l’émocratie : l’émotion qui remplace le raisonnement. Mais la politique doit aussi résister à l’air du temps, ne pas se couler trop – et c’est ce que je peux reprocher à certains populismes de gauche – dans cette expression de ce que les gens ressentent. Le politique doit remettre des repères. J’ai trouvé très choquants les propos de Jan Jambon sur « la partie significative » de la communauté musulmane qui a dansé le soir des attentats. Il y a un problème avec certaines personnes d’origine ou de culture musulmane : oui bien sûr ; c’est un fait sérieux : oui bien sûr ; mais en faire une généralité, le dire parce que les gens pensent ça, cela rabaisse le niveau de civilité.

Mais le politique ne manque-t-il pas aussi de solutions, quand on voit tous les secteurs mal en point…

Ce n’est pas un manque de solution ; c’est d’une part un manque d’anticipation de certains problèmes – les tunnels, le piétonnier… Et d’autre part un manque de pédagogie sur ce que le politique peut et ne peut pas : on doit pouvoir dire : ceci n’est pas de ma compétence. Etre en phase avec la société ne veut pas dire être juste le réceptacle de la société, mais analyser les problèmes et apporter des solutions. Et pas juste dire, comme Bart De Wever, les Berbères, les ceci, les cela, sans apporter de solutions.

Et il y a là un pouvoir de résistance. Mercredi, on a eu un débat passionnant au parlement wallon sur le CETA (traité commercial avec le Canada) et le TTIP (partenariat commercial avec les Etats-Unis). Le parlement, au nom d’une vaste société civile, rejette ce traité CETA, dans un geste fort qui réaffirme aussi ce qu’est la politique, malgré une pression diplomatique colossale. Pourquoi on refuse ? Parce que cet accord de libre-échange va encore dissoudre le politique ; il menace les services publics, les normes sociales et environnementales, les labels protégeant les produits du terroir, il remplace les règles d’arbitrage publiques par une forme de privatisation de la justice internationale… J’ai la conviction que notre refus est le début d’un mouvement. Ce n’est pas la Wallonie toute seule, isolée diplomatiquement comme mon collègue ministre-président flamand le dit ; non, c’est la Wallonie lanceur d’alerte. Il y a un débat en Allemagne contre le TTIP, en Autriche, le débat commence en France, aux Pays-Bas, c’est ça la politique.

Vous refusez ce traité avec le Canada mais les missions économiques se bousculent en Arabie Saoudite…

Il y a une différence entre faire du commerce et accepter un traité qui va encore réduire l’autorité publique. La Wallonie, terre de résistance de tout temps, a dit non aux OGM, va sans doute dire non au glyphosate (round up). Des multinationales ont un chiffre d’affaires nettement supérieur au PIB de beaucoup d’Etats. Si on ne rétablit pas le rapport de forces en faveur de l’autorité publique, qui représente les citoyens, c’est une forme de capitulation. Il y a une culture de la vigilance démocratique en Belgique et en Wallonie en particulier.

Plus qu’en Flandre ?

Je pense qu’il y a une société civile flamande très vigoureuse, on le voit avec Tout autre chose, mais elle a sans doute moins d’impact sur le monde politique. Il y a une très belle phrase de Camus : « Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde ; la mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas (c’est terrible !), mais sa tâche est peut-être plus grande : elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

Vous êtes en résistance ?

La génération de mes parents a pensé qu’elle referait le monde, et elle a fait des avancées formidables en matière de libertés et de droits. Ma génération va surtout devoir protéger tout ça, faire en sorte qu’on ne recule pas.

On vous répondra que la modernité, c’est faire évoluer les choses…

Ça nous conduit au deuxième volet qui est d’anticiper. Notre responsabilité, c’est de préparer l’avenir. Avec la révolution technologique, la moitié des emplois qui existent aujourd’hui vont disparaître dans la prochaine ou les deux prochaines générations. Tout geste qui est potentiellement standardisable peut être remplacé par un logiciel ou un robot. La moitié des emplois qu’occuperont les enfants qui naissent en 2016 n’existent pas encore. C’est ça qu’on doit préparer.

La Wallonie, c’est la nouvelle Madame Non ?

Si vous voulez, la Wallonie, Madame Non, c’est pas mal : non à l’austérité, non au Ceta, non aux OGM, non au glyphosate…

Vous en faites une fierté alors qu’en face on vous reproche d’empêcher des réformes ?

Ce n’est pas une fierté, le non de l’enfant borné qui ne veut pas entendre. Mais la politique, de temps en temps, c’est dire non, résister. Comme on aurait dû dire non à M. Erdogan et donner des moyens à la Grèce plutôt que 6 milliards à la Turquie pour contrôler les frontières en dehors de l’Union. A force de ne pas dire non, d’aller dans le sens du courant, on se laisse emporter par une société qui est aujourd’hui très rétrograde. Et dans les gènes du socialisme, il y a toujours eu une forme de résistance.

« Syndicats et gauche, nous perdons la bataille de la communication »

Vous critiquez les réformes du fédéral, mais pourtant, on a l’impression que ces réformes passent assez facilement, non ? L’opposition sociale n’est pas majeure.

On vit un temps très difficile parce que les JT et les conversations dans les familles, et c’est normal, tournent autour de la sécurité. Et cela met au second plan tous les autres sujets. S’il n’y avait pas ce contexte particulier, je crois que la loi des 45 heures ferait craquer toute la société.

Les réformes que vous critiquez ont commencé avant les attentats…

Je crois qu’à un moment donné il y aura une forme de mobilisation. Je constate pour le moment de nombreux mouvements, des mécontentements qui s’accumulent les uns à côté des autres et les petits ruisseaux font les grandes rivières. C’est de la tactique : le gouvernement s’attaque aux publics les uns après les autres : les fonctionnaires, les jeunes, les enseignants, etc. Mais l’effet des réformes ne se fait pas encore sentir partout. J’ajoute une difficulté : les modes d’action collective doivent évoluer.

C’est-à-dire ?

La grève à l’ancienne, la manifestation de masse à l’ancienne, une certaine rhétorique ne passe plus. Les syndicats et la gauche, nous perdons la bataille de la communication, dans une société de l’hyper-communication. L’hégémonie culturelle est à droite.

Il ne faut plus faire grève ?

Si. La grève est un droit. C’est le recours ultime. Mais quand les gendarmes bloquaient les routes il y a 15 ans cela ne choquait personne. Aujourd’hui on brûle deux palettes et ça fait hurler. Il y a quelque chose qui a changé dans la perception. J’ai été étudiant, j’ai bloqué des autoroutes. Les infirmières, les agriculteurs, les camionneurs, les policiers ont bloqué des autoroutes. Mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout accepté.

Que proposez-vous ?

Je pense que la gauche doit trouver son mode de communication et nous y travaillons en interne. La communication, c’est résister et prouver qu’on anticipe. La droite, c’est « on n’a pas le choix », c’est une forme de fatalisme. Sur le fond, je suis convaincu qu’une très large partie de la population n’accepte pas ces réformes, ne les comprend pas et les trouve injustes. Ils pourraient encore comprendre les réformes, mais il faudrait qu’elles soient équitables. Quand on fait des cadeaux aux diamantaires, qu’on n’attaque pas la fraude fiscale, qu’on ne fait pas payer le capital, et que dans le même temps on fait le saut d’index et la pension prolongée, l’immense majorité de la population n’adhère pas. Aujourd’hui, cela ne se cristallise pas dans une mobilisation sociale. Mais elle va arriver.

Le déficit de la Communauté française plombé par une affaire de… 1989

« Le Soir », Belga, 29 avril 2016

2016-05-05_102313Le gouvernement de la Communauté française, entré dans la dernière ligne droite de son ajustement budgétaire, prévoit de terminer l’exercice 2016 avec un déficit d’au moins 270 millions d’euros, soit bien plus que les 200 millions prévus à l’initial.

Deux éléments d’explication

Selon le ministre du Budget, André Flahaut, une série d’éléments nouveaux sont en effet venus dégrader les perspectives budgétaires de la Communauté française depuis décembre dernier.

► Un contentieux vieux de 27 ans concernant les cotisations sociales du personnel de l’enseignement catholique pour l’année 1989 vient en effet de trouver son épilogue juridique au détriment de la Fédération, provoquant une dépense supplémentaire de 38 millions d’euros.

► Autre mauvaise nouvelle: le récent dépassement de l’indice-pivot qui entraînera un saut d’index, avec un surcoût pour la Fédération estimé à une cinquantaine de millions d’euros.

Des recettes mal évaluées

Cet ajustement budgétaire est d’autant plus compliqué que la Communauté française n’y voit toujours pas très clair sur ses recettes, notamment les quelque 55 millions d’euros qu’elle espère récupérer dans le litige avec le fédéral concernant le transfert du financement des hôpitaux universitaires.

Lors de ses précédents budgets, la majorité PS-CDH avait déjà adopté une série de mesures d’économies. Si leur rendement est plus ou moins en ligne avec les attentes, une mesure visant le traitement des enseignants ne rapporte toutefois pas autant qu’espéré. Ça fait plusieurs millions d’euros en moins… , grimace André Flahaut, sans toutefois citer de chiffres précis.

Pour l’heure, différents groupes d’experts sont toujours à l’oeuvre, notamment pour identifier les économies qui peuvent être générées par une meilleure gestion des bâtiments de la Fédération.

Une série de nouvelles dépenses

Ce budget ajusté devrait également prévoir une série de nouvelles dépenses, notamment en matière de sécurisation de bâtiments après les attentats de Bruxelles.

Il y a aussi plusieurs urgences en matière d’aide à la jeunesse que le gouvernement ne peut (plus) ignorer. Ainsi que l’impact budgétaire du nouveau contrat d’administration que l’exécutif vient de boucler.

L’un dans l’autre, la Communauté française table sur un déficit courant d’au moins 270 millions d’euros.

Le retour à l’équilibre est toujours envisagé pour 2018 ou 2019, mais à condition que certains éléments se clarifient, insiste André Flahaut.

Il y a le litige concernant les hôpitaux universitaires, mais aussi la méthodologie retenue pour le calcul des déficits publics, notamment l’exonération pour toute une série de dépenses, notamment en matière de sécurité.

Le ministre a toutefois bon espoir de boucler son ajustement la semaine prochaine déjà afin de pouvoir le faire approuver par le Parlement avant la trêve estivale.

«La Belgique près de défaillir?», l’opinion assassine de Jean Quatremer

« Le Vif », avec « Libération », 29 avril 2016

Le journaliste français Jean Quatremer s’en prend, une nouvelle fois, à la Belgique et à Bruxelles dans une opinion au vitriol.

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Titrée «La Belgique près de défaillir?» et mettant en exergue la déliquescence de l’État central, la dernière opinion du journaliste français Jean Quatremer parue dans le journal Libération tire à boulets rouges sur la Belgique et son gouvernement.

Selon le journaliste la Belgique est en train de s’effondrer. Les attentats du 22 mars ont fait éclater la bulle de déni dans laquelle le pays se complaisait depuis longtemps. La déliquescence de l’Etat (…) est apparue au grand jour lorsque les Belges et le monde entier ont découvert (…) qu’il avait laissé se développer (…) des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques.

Il s’interroge également sur les raisons du lockdown, le fait que Salah Abdeslam se cachait sous notre nez, et pire, que sa cache était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines (Flandre), qui n’a pas jugé utile de transmettre l’information, ou encore que le gouvernement fédéral avait délibérément ignoré des rapports de la Commission européenne pointant les graves insuffisances en matière de sécurité de l’aéroport, ce qui a conduit la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant, à démissionner.

Mais ce n’est qu’une mise en bouche. En effet il poursuit par ceci: La gabegie non seulement n’a pas cessé, mais s’est amplifiée : aucune reprise en main, aucun sursaut d’unité nationale à l’image de la « marche blanche » qui avait suivi l’arrestation de Dutroux en 1996. La sidération semble avoir emporté ce qui restait de l’État, celui-ci multipliant les décisions sans queue ni tête au point de mettre en péril l’économie de la capitale et du pays.

Avant de revenir sur la fermeture de Zaventem, du métro limité, de la sortie de Jan Janbom ou des différentes grèves (contrôleur aérien, camionneur, policier de l’aéroport,…) et de recracher encore une fois sur l’état déplorable de Bruxelles. L’état de délabrement avancé d’une capitale détestée tant par la Flandre, qui lui reproche de ne pas parler le flamand, que par la Wallonie, centrée sur ses provinces, est alors apparu comme un symbole des maux belges. Une capitale qui est aussi celle de l’Union, à son grand désespoir. Le journaliste n’oublie pas non plus l’état des centrales nucléaires et la crainte d’un Tchernobyl-sur-Meuse.

Et en petite touche finale : Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’État, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales ? Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’État central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. (…) Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’État pour prospérer ?

L’opinion en entier est à lire sur Libération en cliquant ici.

La Wallonie s’oppose au CETA : Reynders appelle à la raison, la N-VA met en garde

« Le Vif », Belga, 28 avril 2016

Le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, a appelé jeudi chacun à bien prendre en compte l’importance des relations entre la Belgique et le Canada, au lendemain d’un vote au parlement wallon sur l’accord de libre-échange entre ce pays d’Amérique du nord et l’Union européenne.

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Le parlement régional a approuvé une proposition de résolution inédite demandant au gouvernement wallon de ne pas accorder les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer le traité commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA). Le PS, le CDH, Ecolo et le PTB ont soutenu le texte. Le MR a voté contre.

Parmi les partisans de cette résolution, seul Ecolo s’est exprimé jeudi au parlement fédéral. Benoît Hellings a rappelé les appréhensions suscitées par cet accord dans la société civile, considéré en outre comme le cheval de Troie d’un autre accord, très décrié: le partenariat avec les Etats-Unis (TTIP).

J’espère que tout le monde tiendra compte de l’ampleur de nos relations économiques avec le Canada, un pays dont la philosophie est particulièrement proche de la nôtre en termes de service public ou de système de santé, a souligné Didier Reynders, insistant encore sur les relations étroites qui existent entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Québec.

Le ministre a rappelé qu’en 2009, les 28 Etats membres, Belgique comprise, avaient approuvé le mandat de négociation de la Commission européenne et que des changements étaient intervenus sur l’un des chapitres décrié de l’accord portant sur la protection des investissements.

S’il y a bien une Région qui doit développer ses relations commerciales, c’est la Wallonie, s’est écrié Richard Miller (MR).

Un blocage de la Wallonie pourrait entraîner un blocage de toute la Belgique. Les nationalistes flamands ont mis en garde « les partis de gauche en Wallonie » contre les conséquences de leur attitude.

Les exportations vers le Canada sont importantes pour la Flandre. Ce qui est en train de se passer confirme l’argument selon lequel la coopération en Belgique ne fonctionne pas et nous renforce dans nos convictions, a averti Peter Luyckx (N-VA).

La Wallonie en mesure d’isoler la Belgique

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 28 avril 2016

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En votant mercredi, à une large majorité, une proposition de résolution contre l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), le parlement wallon va-t-il mettre la Belgique dans une situation compliquée au niveau européen ? On peut légitimement le penser. Cette proposition de résolution (votée par le PS, le CDH et Ecolo) demande au gouvernement wallon de ne pas accorder les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer cet accord, ce qui constitue la première étape du processus de ratification. En faisant cela, la Wallonie placerait la Belgique dans la situation d’être le seul Etat européen qui refuserait ce traité de libre-échange. Si et seulement si, le gouvernement wallon tient compte de cette résolution parlementaire.

Au vu des déclarations récentes du ministre-Président Paul Magnette (PS) sur ce sujet, on peut effectivement penser que la Wallonie ne va pas se gêner pour agir dans ce sens. Tant que nous n’avons pas toutes les garanties sur le futur organisme de règlement des différends, il ne sera pas possible pour nous de ratifier un tel texte, et il n’est pas possible non plus de donner les pleins pouvoirs au ministre des Affaires étrangères, expliquait-il il y a deux semaines en commission des Affaires générales du parlement wallon. Pour les opposants au Ceta, ce dernier induit des normes sociales et environnementales qui sont revues à la baisse. Il créerait aussi des menaces sur l’exception culturelle, etc.

Aucun moyen pour le fédéral de contourner le problème

Si, pour le MR, dans l’opposition en Wallonie, cette manière de faire risque de détériorer fortement l’image de la Belgique au niveau international, dans la majorité on considère que d’autres régions ont déjà agi de la même manière, en prenant par exemple la Flandre qui le fait depuis de nombreuses années sur la Convention-cadre du Conseil de l’Europe pour la protection des minorités nationales.

Plus tôt dans la journée, la FEB et l’UWE demandaient par voie de communiqué au parlement wallon ne pas voter cette résolution. Les fédérations patronales n’ont donc pas été entendues. Ce vote est aussi une répétition générale par rapport au TTIP (Accord de commerce et d’investissements entre l’Europe et les USA). Mais qu’est-ce qui permet à la Wallonie de bloquer ce texte ? Tout simplement parce que ce traité est mixte. C’est-à-dire qu’il concerne des matières gérées par différentes entités. Dans ce cas précis, c’est notamment la compétence du commerce extérieur (compétence régionale) qui est visée. Et si la Wallonie s’engage sur ce chemin, jusqu’à preuve du contraire, le fédéral ne dispose d’aucune parade légale pour quand même signer ce texte.

La Wallonie s’oppose fermement au CETA, le «cheval de Troie du TTIP»

« Le Vif », Belga, 27 avril 2016

Le parlement de Wallonie a approuvé mercredi, par 44 voix pour et 22 contre, une proposition de résolution inédite demandant au gouvernement wallon de ne pas accorder les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer le traité commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA).

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Les députés PS, CDH, Ecolo et PTB ont approuvé cette proposition, dont le thème avait été débattu durant près d’une vingtaine de réunions ces derniers mois au parlement régional, tandis que les députés MR (ainsi que le député indépendant) s’y sont opposés, défendant un traité « équilibré ».

Le ministre-président Paul Magnette a fait part de son enthousiasme pour cette résolution et confirmé qu’il n’accorderait donc pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral.

Ce vote doit donc être vu comme le lancement d’une « alerte » selon laquelle, si le CETA était présenté comme tel à la ratification du parlement wallon, ce dernier dispose d’une majorité suffisante pour le rejeter, ont souligné les partisans de la résolution.

Le parlement wallon est le premier, parmi les parlements de l’UE compétents pour donner assentiment aux traités internationaux, à lancer cet avertissement.

Pour le PS, Olga Zrihen a rappelé que les citoyens se sont emparés de ce traité, pourtant très technique, car il ne signifie pas seulement une baisse des tarifs (douaniers), mais bien une remise en cause de notre identité européenne.

Nous ne sommes ni anti-atlantistes primaires, ni anti-échanges commerciaux, ce n’est pas non plus une opposition au Canada, car l’absence de garanties que nous dénonçons l’est aussi par la société civile canadienne.

A ses yeux, le CETA risque de détricoter le modèle agricole de la Wallonie, notamment au vu de la taille des exploitations canadiennes, mais aussi les droits des travailleurs, les normes sanitaires, de protection des consommateurs et de l’environnement.

Quant au règlement des litiges commerciaux, il mettrait en question la capacité à légiférer des États.

Nous ne fermons pas la porte aux traités commerciaux, mais ce vote peut être l’amorce d’un nouveau modèle de négociations commerciales.

Le MR défend un traité « équilibré »

Le son était diamétralement opposé pour la députée MR Virginie Defrang-Firket, qui a vanté les mérites de ce premier accord commercial entre l’UE et une des principales puissances économiques mondiales, facilitation des exportations et augmentation du PIB à la clé. L’agence wallonne aux exportations (AWEX) y est elle-même favorable, tandis que le ministre-président Paul Magnette déplore le fait que la Wallonie n’exporte pas assez, a-t-elle relevé.

Elle a défendu un traité équilibré, qui ne remet pas en question les standards de production européens et préserve les lignes rouges en faveur des services publics tels que l’eau, l’éducation, etc.

Marie-Dominique Simonet (CDH) reconnaît que tout n’est pas à jeter, mais nous lançons une alerte: le CETA ne présente pas les balises suffisantes, comme commencent à le souligner désormais l’Allemagne et la France pour un autre traité, le TTIP (UE-USA).

Le CETA, c’est un traité du XXe siècle, qui fait plus de ce que nous savons qui ne va pas! Panama Papers, Brexit, Cop21: il faut y mettre les éléments permettant d’atteindre les objectifs auxquels nous nous sommes engagés, or on ne les y retrouve pas, a-t-elle affirmé. Le Fédéral doit actionner sa capacité de demander à la cour de justice de l’UE si le CETA est bien conforme aux traités européens, raison pour laquelle les pleins pouvoirs lui sont refusés.

A ses yeux, notre parlement est un lanceur d’alerte.

Hélène Ryckmans (Ecolo) va plus loin, voyant dans le vote de mercredi un barrage au CETA, qui fait de la libéralisation des services la règle, sans garantie pour de nombreux services d’intérêt général non inscrits. Quant à l’instance de règlement des litiges entre États et multinationales, les seuls gagnants sont les investisseurs et les grandes entreprises.

Stéphane Hazée a qualifié le moment d’historique: ce n’est pas un combat entre l’Europe et le Canada, mais entre les multinationales et la démocratie.

Du haut de son perchoir, le président André Antoine (CDH), qui s’est fortement investi dans l’organisation des débats, a souligné à quel point ce dossier avait été longuement instruit, à charge et à décharge.

Pour Paul Magnette, tout le monde en Wallonie est contre ce traité, et pas par naïveté, mais au terme d’un vrai grand débat démocratique. Il y voit un second avertissement à la Commission européenne, dont il a déjà averti la commissaire au Commerce Cecilia Malmström quant au risque de non-ratification par le parlement wallon si le traité était présenté comme tel.

Nous ne disons pas ‘non’ au CETA, mais nous doutons de la conformité aux traités européennes et demandons à la Cour de justice des clarifications, a-t-il résumé. Sommes-nous isolés? Peut-être. Mais toute résistance a un commencement, a-t-il ajouté.

Bourgeois furieux de l’attitude du Parlement wallon

Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), a exprimé son exaspération mercredi soir après le vote de défiance intervenu au Parlement wallon envers l’accord de libre-échange euro-canadien, compromettant ainsi la ratification belge du traité.

Cela va non seulement nous faire complètement perdre la face au niveau diplomatique, mais c’est aussi une menace directe envers notre économie et notre bien-être, a commenté le ministre-président flamand depuis Bangalore, en Inde, où il mène actuellement une mission économique flamande.

Les différences communautaires continuent à croître dans la sécurité sociale

Pieter Bauwens, « Doorbraak », 26 avril 2016 – Traduction : Jules Gheude

2016-05-08_195708Les Flamands contribuent plus et consomment moins.

Le VNZ (Vlaams & Neutraal Ziekenfonds) analyse chaque année les différences dans les dépenses entre la Flandre et la Wallonie sur base des données de leur coupole fédérale, le « Landsbond van de Neutrale Ziekenfondsen ». Un échantillon de plus d’un demi-million d’habitants.

Le VNZ a constaté que les différences de consommation entre la Flandre et la Wallonie avaient systématiquement diminué de 50 euros par tête en 2010. Cette diminution  a été alors constatée chaque fois par les études de l’INAMI, à savoir les chiffres officiels. Mais à partir de 2011, il y a eu un renversement de tendance manifeste. La différence  dans les dépenses a de nouveau augmenté de plus de la moitié, soit 109,93 euros.

Les résultats de l’INAMI pour 2015 sont encore loin d’être connus, mais les chiffres du VNZ confirment la tendance des dernières années.

Dépenses en soins de santé 2015    
  Nombre d’ayants droit Dépenses totales Dépenses/tête
Flandre 219.724 367.354.513 2.108,87
Wallonie 250.658 453.180.759 2.244,94
Bruxelles 47.728 78.859.471 2.089,24
(non attribuable)   226.400.753  
Total 518.110 1.125.795.496 2.172,89
       

 

On observe également une nette différence dans les contributions.

Contributions à la sécurité sociale (année 2014)  
  Nombre d’ayants droit Contributions totales  

Contribution/tête

Flandre 145.302 2.799.190.588 19.264,64
Wallonie 164.606 2.479.061.681 15.060,58
Bruxelles 32.422 518.558.415 15.994,03
Total 342.330 5.796.810.684 16.933,40
         

Pour ce qui est des jours d’hospitalisation, la situation se présente comme suit :

Nombre de jours d’hospitalisation en 2015    
  Nombres d’ayants droit Jours d’Hospi. Par tête
Flandre 219.724 627.468 2,86
Wallonie 250.658 769.682 3,07
Bruxelles 47.728 156.223 3,27
Total 518.110 1.553.373 3,00
       
   
       
       
       
       
       
       
   
       
       
       
       
       
       
           

Selon le VNZ, il y a une différence de culture au Nord et au Sud. En Flandre, par exemple, le rôle du médecin généraliste comme gestionnaire du dossier médical (Dossier Médical Global – DMG) est fortement implanté. En Wallonie et à Bruxelles, la popularité du DMG est nettement moins établie.

Nombre de dossiers médicaux globaux (DMG)  
  Nombre d’ayants droiit Nombre de DMG Pourcentage
Flandre 219.724 141.274 64,30%
Wallonie 250.658 96.514 38,50%
Bruxelles 47.728 15.669 32,83%
Total 518.110 253.457 48,92%
       
   
       
       
       
       
       
           

En Wallonie, près du double de personnes bénéficient de l’intervention majorée (celles qui ont un bas revenu). Elles paient moins pour leurs frais de santé et ont encore d’autres avantages financiers. Les chiffres pour Bruxelles sont tout aussi alarmants, avec 20% de la population. On doit se demander d’où cela vient. Ne s’agit-il pas ici d’une responsabilité collective des dirigeants wallons et bruxellois ?

Nombre de dossiers d’intervention majorée
     
Flandre 25.555 11,63%
Wallonie 55.398 22,10%
Bruxelles 9.614 20,14%
Total 90.567 17,48%

 

Encore plus frappante est l’évolution du nombre de jours d’indemnité. Alors que la différence entre la Flandre et la Wallonie était de 3,8 jours il y a cinq ans, elle est aujourd’hui de 5,7 jours par titulaire (indemnités pour incapacité  de travail ou invalidité).

 

Nombre de jours d’indemnité pour incapacité de travail et invalidité

 
  Nombre  personnes Jours d’indemnité Jours/tête
Flandre 146.417 2.739.531 18,71
Wallonie 165.999 4.034.001 24,30
Bruxelles 32.588 531.817 16,32
Total 345.004 7.305.349 21,17

Avec les contrôles plus sévères dans le cadre de la réglementation sur le chômage, ce fossé entre la Flandre et la Wallonie va peut-être encore s’accentuer.

Ces chiffres constituent pour le VNZ une raison de plaider en faveur d’une plus grande responsabilisation et de la communautarisation complète de l’assurance maladie-invalidité. Tout cela permet aussi de jeter un autre regard sur les nombreuses économies à faire en ce moment. Sans parler de l’hypothèque lourde qui pèse sur les générations futures.

 

Le club des plus beaux villages de Wallonie s’agrandit

RTBF Info, 24 avril 2016

http://www.rtbf.be/info/regions/detail_le-club-des-plus-beaux-villages-de-wallonie-s-agrandit?id=9277895

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Le village de Limbourg, en Province de Liège (Patrick Outers)

Ils sont à présent 28 à faire partie des «plus beaux villages de Wallonie». Les quatre nouveaux arrivants viennent tout juste d’obtenir le label. Il s’agit de Limbourg, en Province de Liège, Chassepierre (Floren-ville) et Mirwart (Saint-Hubert), tous deux en Province de Luxem-bourg et enfin de Barbençon (Beaumont) dans le Hainaut.

La Région wallonne compte à présent 28 villages labellisés – © ASBL « Les plus beaux villages de Wallonie »

Prestige et retombées économiques

Pour prétendre à ce label, il faut remplir quelques conditions : avoir au moins un bâtiment classé, une certaine unité architecturale mais aussi une vie associative suffisamment dynamique.

Le titre est avant tout honorifique : Cela apporte de la fierté aux habitants pour leur patrimoine, pour le village qu’ils ont façonné, respecté et qu’ils font évoluer de façon cohérente, explique Alain Collin, le président de l’ASBL qui décerne le titre. Il ajoute: J’espère que ça leur apportera également l’occasion d’élaborer un projet avec la commune ou d’autres associations, pour revaloriser un espace de vie ou un élément de patrimoine. Enfin, les retombées pourraient être économiques. Les restaurateurs ou les propriétaires de chambres d’hôtes par exemple, pourraient en profiter. Si les touristes ont besoin d’un beau patrimoine pour venir, le patrimoine a aussi besoin du tourisme pour être entretenu, conclut Alain Collin.

Quand les produits wallons volent au panier

Emmanuel Huet, « Vers l’Avenir », 23 avril 2016

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Le 13 avril, lors de son discours sur l’état de la Wallonie, Paul Magnette, ministre-président du gouvernement wallon, recommandait d’acheter wallon.

Mais dans les faits, le gouvernement wallon devrait faire amende honorable.  (…)

La veille de cette intervention au parlement, 250 fonctionnaires wallons (SPW, Forem, les OIP…) admis à la retraite étaient rassemblés au cours d’une réception à Wépion. A la clé, des embrassades, des mises à l’honneur, des souvenir, un chèque de 75 euros… et un cadeau bien sûr.

Un panier de produits du terroir… périgourdin

Le présent ? Un panier de produits du terroir envoyé à leur domicile. (…) Et le panier garni était richement composé : une bouteille, une saucisse et cinq bocaux de produits de canard et autre terrine de porc.

Une bouteille d’une microbrasserie wallonne, voire même de vin wallon ? Un saucisson gaumais ? Des bocaux de produits de canard d’Upignac ?

Et bien non ! Tous les produits du panier provenaient… du Sud-Ouest de la France. Et ça fait un peu désordre au vu de la richesse de notre terroir, des campagnes menées par le gouvernement, par le ministre de l’Agriculture, par les offices comme l’APAQ-W. Tous incitent à manger wallon.

Un cadeau cohérent ?

Patrick Lecerf, député wallon MR, n’a pas encore été admis à la retraite. Mais des néoretraités lui ont fait part du contenu de ces fameux paniers. Ce lundi, il compté interroger le ministre Lacroix sur le financement de tels cadeaux. Trouve-t-il ce cadeau cohérent avec le discours sur l’état de la Wallonie ? Dans le cas inverse, que compte-t-il faire pour remédier à un tel comportement d’un service financé par le budget de la Wallonie ?

On se doute bien que ce ne sont pas les ministres qui font les emplettes. Mais un peu plus d’attention ne ferait pas de tort. Et au final, vaut-il mieux un panier du Périgord ou bien des produits flamands : une bouteille de Westmalle, des cuberdons de Gand et du pâté de Louvain ? Là, on aurait donné raison à ¨Paul Magnette qui regrette ceci : Nous contribuons largement à la prospérité flamande.