Archives mensuelles : février 2016

La Flandre se prépare. Et vous ?

2016-02-14_182023Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. La sagesse est de s’en apercevoir à temps à temps ! »

Jean Rey – « Pourquoi Pas ? », 25 avril 1947

Nous assistons, sous l’influence de plus en plus sensible du nationalisme flamand, à un démantèlement progressif de la Belgique. L’hypothèse d’une disparition de celle-ci n’est donc pas, comme le constatait feu Xavier Mabille, le président du CRISP, une hypothèse fantaisiste. Il convient dès lors que les francophones s’y préparent avec sérénité. Rien n’est plus dramatique que de se retrouver le nez sur le poteau, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

Contrairement à ce que la plupart des francophones pensent, le nationalisme flamand ne s’incarne pas uniquement au sein de la N-VA. Comme l’a fort bien souligné l’ancien ministre CD&V, Stefaan De Clerck : la relation entre la démocratie-chrétienne et le nationalisme est profondément ancrée dans l’ADN flamand. N’oublions pas non plus que c’est l’ex-Premier ministre démocrate-chrétien Yves Leterme qui a, en 2004, porté le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux.

Il s’est constitué en Flandre, au fil du temps, un sentiment d’appartenance collective très fort, qui n’existe pas en Wallonie.

Le phénomène s’explique par la manière même dont a été constitué le Royaume de Belgique en 1830. Cette création découle d’une décision des grandes puissances européennes de l’époque pour se protéger contre la France. Tout cela s’est fait sans la moindre consultation des populations concernées. Même le choix du monarque nous a été imposé.

Dès le départ, le ver était dans le fruit, puisque les rênes étaient tenues par la bourgeoisie qui, tant au Nord qu’au Sud, s’exprimait en français. Les francophones, dans leur grosse majorité, ignorent à quel point le Mouvement flamand a dû lutter pour que la Flandre trouve sa place légitime sur l’échiquier politique belge. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait encore de l’unité belge cimentée par l’emploi de la langue française. Pour lui, le flamand était la langue des servantes et des valets. Ce contexte a laissé des traces profondes, comme on a pu le constater lors des deux conflits mondiaux.

Alors que le Mouvement flamand a manifesté une attitude bienveillante envers l’occupant, le Mouvement wallon s’est clairement inscrit dans la résistance.

La frustration, du côté wallon, fut grande de voir les prisonniers de guerre flamands très vite libérés. Il y avait aussi la fascination pour le chef de la France Libre. Aussi fut-il décidé, sous l’influence notamment de « Wallonie Libre », de mettre les pieds dans le plat sitôt la liberté retrouvée.

Rien ne fut négligé pour faire du Congrès National Wallon des 20 et 21 octobre 1945 une réussite totale. Jamais encore une manifestation n’avait été aussi représentative de l’opinion wallonne. Les 1048 participants  furent invités à se prononcer sur les quatre formules suivantes quant au sort futur de la Wallonie : 1° le maintien de la Belgique unitaire avec un mécanisme de décentralisation ; 2° l’indépendance complète de la Wallonie ; 3° l’instauration du fédéralisme ; 4° le rattachement de la Wallonie à la France. C’est cette dernière option qui recueillit la majorité relative. Et en ajoutant les voix en faveur de l’indépendance, on obtenait, pour la première fois, un vote majoritairement anti-belge. Le cœur avait parlé !

Fernand Dehousse était alors intervenu pour souligner les remous que cela allait entraîner, notamment auprès des Américains et des Anglais. Le général de Gaulle a confirmé cela, tout en précisant qu’il n’aurait eu alors qu’à claquer des doigts pour que la Wallonie devienne française. On imagine, en effet, quel aurait été l’impact d’un « Vive la Wallonie libre », lancé du haut du balcon de l’Hôtel de Ville de Liège !

Il fut donc procédé à un second vote, celui de la raison, qui donna la majorité absolue, moins 12 vois, à l’option fédéraliste.

Celle-ci option était de nature à arranger les choses, dans la mesure où elle permettait d’offrir à chacun un cadre institutionnel propre où il pouvait exprimer librement son identité. Mais il fallut vaincre bien des réticences pour y parvenir.

Ce qui intéressait surtout la Flandre, c’était l’obtention de l’autonomie culturelle. La Wallonie, en revanche, avait besoin d’une régionalisation pour pouvoir faire face au déclin industriel qui la frappait de plein fouet. Quant à Bruxelles, il fallait lui garantir un statut propre, de façon à ce qu’elle ne puisse tomber dans l’escarcelle flamande.

On constata très vite que le fédéralisme n’était pas une fin en soi pour la Flandre, mais un moyen pour progresser sur la voie de l’indépendance. C’est la raison pour laquelle François Perin  claqua la porte du Sénat en 1980. Pour lui, le fait que la Flandre s’était lentement constituée en nation compromettait la survie même de l’Etat.

En fait, le fédéralisme est dépassé depuis le début des années 1990, lorsque le ministre-président flamand CVP, Luc Van den Brande, a lancé l’idée du confédéralisme, idée qui a été adoptée, en 1999, par le Parlement flamand.  A l’époque, la N-VA n’existait pas !

L’objectif vise à octroyer le maximum de compétences à la Flandre et à la Wallonie, ces dernières assurant la cogestion de Bruxelles. Mais si l’on considère le confédéralisme sous l’angle du droit international, il s’agit clairement d’Etats souverains qui, à un moment donné, pour des raisons qui leur sont propres, décident de gérer un certain nombre de compétences en commun. C’est évidemment cette dernière définition qui anime aujourd’hui le parti de Bart De Wever. La réalisation d’un tel objectif suppose donc que la Belgique ait préalablement cessé d’exister.

Bart De Wever vient, comme on le sait, de charger une commission interne de son parti de préparer un projet confédéraliste pour 2019. Cette stratégie n’a donc rien de surprenant.

Quelle crédibilité peut-on accorder aux leaders francophones lorsqu’ils se disent aujourd’hui opposés à une telle évolution ? En 2001 et en 2010, ils étaient aussi « demandeurs de rien ». Et pourtant, ils ont fini par céder…

Méfions-nous également du président du CD&V, qui déclare qu’il n’est pas favorable à une nouvelle réforme de l’Etat en 2019. A l’inverse de Bart De Wever, qui joue franc jeu, Wouter Beke tient un double langage. A un journal québécois, en 2007, il se disait clairement confédéraliste et ajoutait que si les francophones ne lâchaient pas du lest, la Flandre n’aurait pas d’autre choix que l’indépendance. Et alors que l’encre de la 6ème réforme de l’Etat n’était pas encore sèche, il précisait que d’autres réformes verraient le jour, car l’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible.

 

Sans posséder de boule de cristal, il est donc clair que, comme l’a déclaré le libéral flamand Karel De Gucht en 2002, la Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer.

Certains  évoquent, en cas de largage des amarres par la Flandre, un  Plan B, à savoir la mise sur pied d’une « Belgique résiduelle », composée de Bruxelles et de la Wallonie. D’autres estiment qu’une Wallonie indépendante pourrait fort bien s’en tirer.

Un sondage RTL-Ipsos-Le Soir, réalisé en 2010, indiquait que plus de 60% des Bruxellois préféraient poursuivre la route de manière indépendante. On peut les comprendre. Si la Wallonie devait prendre à sa charge 35% de la dette publique belge, elle serait confrontée, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%, à un scénario à la grecque. On voit mal les Bruxellois se montrer solidaires d’une telle situation ! Ce WalloBrux n’est donc qu’une chimère, tout comme le scénario d’une Wallonie indépendante, laquelle verrait ses prestations sociales chuter lourdement.

Il faut admettre la réalité. Depuis 1980, cela fait donc aujourd’hui 35 ans, la Wallonie a obtenu la régionalisation. En dépit de compétences de plus en plus étendues et de divers plans de redressement, son sort reste précaire. Elle n’a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Destrée. Le récent rapport économique de l’IWEPS précise que la Wallonie reste à la traîne au niveau de son PIB et que pour rattraper la Flandre,  il faudrait dix années successives d’une croissance annuelle réelle de 5% sous l’hypothèse que la Flandre ne connaîtrait qu’une croissance de 1,5%. Autant rêver !

Au vu de ce qui précède, seule l’option d’une union-intégration à la France nous apparaît de nature à redonner du souffle à la Wallonie et à lui garantir une vision d’avenir crédible.

D’aucuns s’empresseront de rétorquer que la situation économique de la France n’est guère brillante – soulignons qu’elle reste tout de même la 6ème puissance mondiale ! – et qu’elle n’a nulle envie de s’encombrer d’une Wallonie dont la situation reste bancale.

Jacques Attali, l’ancien conseiller du président Mitterrand, a fort bien résumé la chose : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. A-t-on jamais vu un pays refuser que son territoire et sa démographie s’accroissent de manière pacifique ? Avec la Wallonie, la France réduirait sensiblement son différentiel avec l’Allemagne. D’autre part, la Wallonie n’est pas privée d’atouts : elle est stratégiquement bien située, avec un réseau de communications performant. Son activité culturelle est intense et bénéficie d’une belle promotion dans l’Hexagone. Sans oublier ses centres universitaires, ses ressources naturelles, ses techniciens et sa main d’œuvre qualifiée…  Comme on dit, la mariée ne viendrait pas les mains vides !

Quant à la dette wallonne, il est clair qu’elle n’aurait, au niveau de la France, qu’un impact marginal.

Pourquoi ne pas prôner d’emblée l’assimilation de la Wallonie à la France ? Parce qu’une telle formule ne pourrait être appliquée du jour au lendemain. Il faudra d’abord passer par la phase d’un statut particulier. La Constitution française, à cet égard, est fort souple, comme en témoignent les exemples  de la Corse, de l’Alsace-Moselle ou des territoires d’outre-mer. Tout cela a fait l’objet d’analyses fouillées de la part du GEWIF, depuis sa création en février 2010.

Français et Wallons marqueront-ils leur accord sur un tel schéma ? La question est pertinente, puisqu’un double référendum s’imposera.

La politique de la France à notre égard a toujours été celle de la non-ingérence, ce qui ne signifie nullement l’indifférence. Tant le général de Gaulle que plusieurs personnalités politiques actuelles ont nettement fait savoir que si la Wallonie émettait le souhait de rejoindre la France, celle-ci lui ouvrirait la porte de grand cœur. Du côté français, des sondages ont révélé que plus de 60% (75% dans les régions frontalières) se prononceraient de façon favorable. Et il y a aussi ce sondage réalisé conjointement par « Le Soir » et « La Voix du Nord » en 2008, selon lequel près d’un Wallon sur deux serait prêt à rejoindre la République si la Belgique disparaissait.

Quid de la question bruxelloise ?

Il appartient aux Bruxellois eux-mêmes de se prononcer sur la solution d’avenir qu’ils veulent adopter. Force est toutefois de constater que, ces dernières années, l’identité bruxelloise s’est nettement affirmée. Celle-ci pourrait se traduire dans les faits par un statut de Cité-Etat (rien à voir avec Washington DC ou un district européen !),  siège des institutions européennes et des grandes organisations internationales.

Dans son « Journal », André Gide constatait : Bien peu de gens aiment vraiment la vie ; l’horreur du changement en est preuve. L’histoire, quant à elle, nous révèle que ceux qui se sont accrochés au statu quo ont toujours été les perdants. La fin de la Belgique ne signifierait nullement l’apocalypse. Disparaîtrait seulement ce contexte épuisant de méfiance réciproque et de chamailles constantes.

Chaque parti, nous disons bien chaque parti, compte en son sein des personnalités qui sont convaincues du bien-fondé de la cause réunioniste. Certaines n’en font d’ailleurs pas mystère. Puissent-elles, dès à présent, AGIR dans ce sens !

Jules Gheude

La Wallonie retenue par l’Europe pour développer des projets de «chimie verte»

12 février 2016

2016-02-14_182649Parmi 28 régions européennes candidates, la Commission européenne a retenu la Wallonie dans les 6 qu’elle soutiendra plus activement pour développer des projets de chimie verte, économie circulaire et biomasse.

La Wallonie a été sélectionnée par l’exécutif européen parmi les 6 « régions modèles démonstratrices » dans le domaine de la production chimique durable. Ce label, comparable à celui glané récemment par la Région comme « district créatif européen » grâce à «Creative Wallonia» (créativité et innovation pour développer le tissu économique), permettra à la Wallonie de bénéficier ces 2 prochaines années de l’appui et des conseils stratégiques de la Commission pour décrocher des financements dans la chimie verte, l’économie circulaire et la biomasse.

Les autres lauréats sont l’Andalousie (Espagne), l’Ecosse (Royaume-Uni), les provinces néerlandaises de Groningue et de Drenthe, le comté irlandais de Tipperary et la région slovaque de Košice.

La Wallonie a pu mettre en avant, pour décrocher ce label, ses pôles de compétitivité Greenwin et Wagralim, son administration DGO6, les programmes Next (renforcement de la politique industrielle) et Essencia (secteur de la chimie et des sciences de la vie, la deuxième activité industrielle de la Wallonie) ainsi que l’asbl ValBiom (valorisation de la biomasse).

Radicalisation : la Fédération Wallonie-Bruxelles veut s’inspirer du modèle québécois

« Le Vif », 3 février 2016

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Rudy Demotte, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, est parti pour une mission de cinq jours au Québec (Canada), rapporte la RTBF. Au centre de cette visite : la lutte contre la radicalisation.

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles y visitera notamment le « Centre de Prévention de la Radicalisation menant à la Violence  , basé à Montréal. Ce centre est une première en Amérique du Nord. Le centre met en place une ligne téléphonique pour que les familles qui redoutent la radicalisation d’un proche en signalent les premiers signes.

La Fédération Wallonie-Bruxelles compte s’en inspirer pour instaurer un système similaire à Bruxelles. D’après la RTBF, le gouvernement s’est déjà mis d’accord sur le sujet et un centre du même genre devrait voir le jour sous peu en Belgique.

Durant sa visite, Rudy Demotte (PS) rencontrera aussi des professeurs d’université pour parler de la lutte contre la radicalisation. En effet, les universités québécoises unissent leurs connaissances autour du radicalisme au travers d’une chaire spécialisée, et ont servi ainsi de base à la création du Centre.

« Prévenir les comportements à risque »

Le « Centre de prévention de la radicalisation menant à la Violence » (CPRMV) a été inauguré à Montréal en novembre dernier. Sa mission est claire : « Renseigner, outiller et prévenir les comportements à risque ».

Le Centre emploie des personnes de secteurs différents : travailleurs sociaux, psychologues, mais aussi criminologues et professionnels de sciences politiques. Ce sont eux qui sont chargés de répondre aux appels de la ligne téléphonique, lancée le 9 mars 2015. Ils interviennent également auprès des familles préoccupées. La majorité des interventions se fait auprès des jeunes et de leurs parents.

L’organisation fait également de la sensibilisation et de la prévention, explique Radio Canada, qui a pu visiter les lieux. La bonne manière de lutter efficacement contre le terrorisme, contre la radicalisation violente, c’est d’avoir à la fois une approche répressive, et surtout une approche préventive, leur confie Herman Deparice-Okomba, directeur du CPRMV.

Le Centre veut prévenir la radicalisation violente dans sa globalité, et ne vise pas uniquement l’extrémisme islamiste. Par exemple, il a dû intervenir auprès de jeunes qui souhaitaient rejoindre les rangs des groupes qui combattent l’Etat islamique, précise son directeur.

Le gouvernement du Québec a prévu d’investir 1 million $ dans le projet sur les deux prochaines années.

(OL)

La N-VA revient à la charge avec les transferts nord-sud

« L’Echo », 10 février 2016

2016-02-13_161912Les transferts financiers entre le nord et le sud du pays – une thématique chère aux nationalistes flamands – reviennent sur la table.

Le gouvernement flamand veut des réponses. Il vient de commander une nouvelle étude scientifique à la KULeuven Research & Development.

Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA) a confié l’étude au professeur André Decoster et au chercheur Willem Sas.

Le premier volet portera sur les transferts réalisés au travers de la Sécurité sociale.

Le second volet s’intéressera aux transferts via la loi spéciale de financement, les dépenses primaires de l’Etat fédéral et les intérêts payés sur la dette publique.

Les conclusions sont attendues pour le mois de juillet 2017.

Plusieurs études ont été déjà menées par le passé sur ces transferts financiers. Mais selon la méthodologie retenue, les résultats peuvent fort diverger.

Critiques francophones

Malgré les vacances, la nouvelle a suscité quelques réactions dans les rangs francophones.

Le président du CDH, Benoît Lutgen, a ironiquement qualifié l’initiative flamande de très courageuse, a fortiori si l’étude porte sur les transferts depuis la création de la Belgique. Les transferts se faisaient originellement en sens inverse (de la Wallonie vers la Flandre). Les francophones seront sûrement d’accord que les paiements soient étalés sur plusieurs années afin que ce soit soutenable sur le plan financier pour les Flamands, a grincé le Bastognard.

Le ministre du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, André Flahaut, voit dans cette info la confirmation d’un prochain round communautaire : comment préparer 2019 pour ceux qui douteraient encore des intentions (de la N-VA), gazouille ainsi l’ancien président de la Chambre.

Rapport sur l’économie wallonne

2016-02-10_195811On trouvera ici le lien permettant d’accéder au Rapport sur l’économie wallonne de février 2016, présenté par l’IWEPS :

http://www.iweps.be/sites/default/files/rew2016_final_0.pdf

Le tableau présentant, pour les 28 pays de l’Union européenne,  le PIB par tête en standards de pouvoir d’achat 2013, situe Bruxelles à 207, la Flandre à 120 et la Wallonie à 88 (moyenne = 100).

L’écart reste donc très grand entre la Wallonie et la Flandre. Pour le rattraper, il faudrait dix années successives d’une croissance annuelle réelle de 5% sous l’hypothèse que la Flandre ne connaîtrait qu’une croissance de 1,5%.

«Que se passerait-il si la Belgique se désagrégeait ?»

« Le Vif », 8 février 2016

« Que se passerait-il si la Belgique, cet état qui rassemble Flamands et Wallons, venait à disparaître ? » se demande Kevin De Laet, membre de Vlinks. Quels seraient alors les rapports entre les Flamands et les Wallons ?

Vlinks aspire à une Flandre indépendante, inclusive, sociale, équitable et riche, où chacun se sent chez soi.

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C’est un scénario qui compte encore beaucoup d’opposants et auquel ni la politique flamande ni « la société civile » ne semblent vouloir réfléchir. Comme si la Belgique (ou n’importe quel état) était éternelle. Pourtant, envisager ce scénario n’est pas insensé. À quoi ressemblerait une « post-Belgique » ? Irait-on vers une situation, comme les défaitistes et les prophètes de malheur se plaisent à prédire, vers un drame analogue à ce qu’il s’est passé dans les Balkans? Un grand mur – au sens littéral ou non – le long de la frontière linguistique élevée au rang de frontière d’état qui arrête les trains et les trams, des familles qui ne se voient plus pendant cinquante ans, comme en Corée, un Bruxelles scindé comme Berlin pendant la Guerre froide?

Évidemment, les opposants adorent ce genre de scénarios catastrophes. Cependant, reste à voir si les choses en arriveront-là. En fin de compte, il y a déjà eu une désagrégation sans que les gens du Nord et du Sud soient séparés par un mur très élevé. La collaboration entre ce sud et ce nord progresse même fortement. Et on ne parle pas de la Corée, mais de l’ancien Royaume des Pays-Bas.

Il y a maintenant neuf ans que la RTBF a diffusé son émission légendaire « Bye Bye Belgium » qui simulait la fin de la Belgique et qui, les premières heures, a su convaincre beaucoup de francophones que c’était sérieux même s’il s’est rapidement avéré qu’il s’agissait d’une blague absurde. Il suffisait pour cela de zapper sur la chaîne publique flamande VRT qui n’a pas joué le jeu. Un événement médiatique qui a dévoilé la scission mentale factuelle de la Belgique : l’espace public et les médias francophones sont déjà tellement isolés des médias flamands que beaucoup de francophones n’ont même pas fait l’effort de se brancher sur la télévision flamande pour vérifier. Et dont la Flandre n’a appris le canular que le lendemain.

Depuis nous avons connu une crise BHV, un record du monde de négociations gouvernementales et une sixième réforme de l’état ratée. Et malgré les campagnes belgicistes de ces neuf dernières années, rien n’a vraiment changé : on ne regarde pas les chaînes de l’autre communauté linguistique, on ne lit pratiquement pas les journaux de l’autre région. Ce n’est pas mille manifestations en faveur de la Belgique qui pourront changer cette donnée fondamentale : mentalement, la Belgique est déjà scindée. Et l’ironie de la chose, c’est que les Wallons sont même plus avancés sur cette hypothèse que les Flamands. Alors que la politique flamande ne va plus loin qu’un discours vague sur le confédéralisme, les cercles politiques wallons réfléchissent depuis longtemps au fameux « plan B ». Et c’est pour cette raison, qu’il est grand temps que du côté flamand, on s’y mette aussi. Car aussi attaché qu’on soit à l’état belge, on doit se rendre compte que la disparition de la Belgique est une option crédible.

Si les négociations risquent d’être difficiles, entravées par Bruxelles et la dette publiques, elles sont nécessaires pour arriver à une bonne entente entre la Flandre et la Wallonie, condamnées à une collaboration étroite, même sans belle-mère belge. Cependant, l’inverse est vrai aussi : une bonne entente n’est possible que si le paternalisme politique de la Belgique disparaît et si deux nations adultes peuvent se parler d’égal à égal.

L’avenir de Bruxelles constitue indubitablement le point le plus sensible. Pour l’instant, la ville est la capitale officielle de la Flandre, mais l’existence de la Région Bruxelles-Capitale et la construction « Fédération Wallonie-Bruxelles » font qu’institutionnellement elle est collée à la Wallonie. Tout cela ne s’est pas fait sur base de la préférence de la population wallonne ou bruxelloise, mais sur ordre de la politique de parti francophone. Cependant, c’est là que la Wallonie pourrait devenir le meilleur allié de la Flandre, car un état Wallobrux serait un monstre institutionnel, logistique et économique et la Wallonie le sait très bien.

Reste à savoir si le Wallon moyen accepterait d’être annexé à Bruxelles, qui aspirerait financièrement la Wallonie et la dominerait politiquement. On peut se demander si la Wallonie ne serait pas mieux lotie si elle n’était pas enchaînée au boulet bruxellois. Les négociateurs flamands devraient utiliser cet argument tout en lançant une offensive de charme envers la population bruxelloise, car les politiques bruxellois francophones risquent de pousser des cris d’orfraie s’ils ne peuvent plus prendre la Wallonie en otage institutionnel et celle-ci dessine son propre avenir.

L’avenir de l’économie wallonne

Mais comment les négociateurs flamands pourraient-ils convaincre la Wallonie de l’utilité d’un avenir uniquement wallon? Sans la Flandre et sans Bruxelles? Pour cela, il faut évidemment proposer une vision d’avenir positive aux Wallons. Il faut convaincre les Wallons qu’un futur état wallon sera non seulement viable, mais que la Flandre sera un bon voisin. Une fois le problème bruxellois résolu, il faudra évidemment discuter de la question financière. L’avenir de l’économie wallonne.

Et contrairement à beaucoup de nationalistes flamands qui aiment traiter tous les Wallons de paresseux, on doit oser partir du principe qu’une Wallonie confiante voudra travailler à un « masterplan » économique pour assurer son avenir. Et c’est justement à ce niveau-là qu’on doit tendre la main à la Wallonie.

Aussi ne pourra-t-on pas cesser les transferts d’un jour à l’autre. La Flandre et la Wallonie devraient pouvoir conclure un accord financier du type plan Marshal, comme l’avait proposé il y a longtemps le flamingant social Antoon Roossens : une injection d’argent flamand égale aux transferts actuels, qui pourrait être utilisée pour effectuer les investissements et les réformes nécessaires en Wallonie. Sans contrepartie, puisqu’on pourrait même exempter la Wallonie de l’obligation de rembourser. Une seule condition : ces transferts seraient graduellement réduits, pour arriver à zéro dans une dizaine d’années. Cela donnerait du temps à la Wallonie, mais aussi la responsabilité de réfléchir à son avenir.

Accord financier

Cet accord financier devrait également comprendre le règlement de la dette publique qui s’élève aujourd’hui à 407 milliards d’euros. En principe, on pourrait la partager selon deux formules : soit sur base des rapports démographiques, soit sur base des moyens économiques, le PIB. Cette dernière option serait plus avantageuse pour la Wallonie. Pour l’instant, l’économie flamande est celle qui est le plus susceptible de supporter la dette publique. Dans le cadre du plan Marshall, elle pourrait même cautionner une plus grande partie, de sorte que la Wallonie puisse emprunter à moindre prix pour cette transition.

Collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie

Pour ce qui est de l’époque post-Belgique, il y a certainement de la marge, et même une nécessité, pour une collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie dans de nombreux domaines. Cela pourrait se faire par le biais d’un traité bilatéral, voire sous la forme d’un véritable confédéralisme. Cette coopération ne devrait d’ailleurs pas se limiter à l’ancienne Belgique, elle pourrait s’étendre au Benelux, car une fois la tutelle belge abolie, il n’y aura plus rien pour empêcher une bonne relation de voisinage entre la Flandre et la Wallonie. Ironiquement, les Flamands et les Wallons pourraient devenir les meilleurs amis si on les sort du cadre belge.

Bien entendu, rien de tout cela n’est possible si la Wallonie choisit le rattachement à la France. Il n’y aurait pas d’accord sur un pacte flamand-wallon, mais la Flandre devrait négocier les dettes publiques avec Paris. Et ce serait une autre paire de manches. Car nos leaders politiques flamands n’ont jamais brillé dans les négociations avec Paris.

Demotte au Canada trois mois après Madrane: coûteux, redondant et inapproprié

« La Libre Belgique », 4 février 2016

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La Fédération Wallonie-Bruxelles présente deux signes navrants : d’une part, l’institution ne roule pas sur l’or. Ni même sur l’argent. Son impécuniosité est légendaire. Chaque euro compte. D’autre part, les ministres y sont très, trop nombreux. Et l’un deux, la CDH Joëlle Milquet (Enseignement et Culture), gère à elle seule une grande partie du budget. Pour le reste, on a dû procéder à des découpages millimétrés pour accorder à chacune des Excellences, un minimum de compétences. Quant au ministre-Président, Rudy Demotte (PS), il n’a pas de responsabilité propre, juste celle de gérer le gouvernement et de faire circuler l’information. Mais cela semble impossible. Or donc, à la tête d’un gouvernement pléthorique qui manque de moyens, le ministre-Président effectue actuellement un voyage d’étude au Québec. Au programme : une visite du « Centre de Prévention de la radicalisation menant à la violence » de Montréal. Bonne idée ? Oui. Mais…

Juste un petit problème : Rachid Madrane (PS), ministre de l’Aide à la jeunesse a effectué exactement la même mission il y a trois mois : le même centre, les mêmes interlocuteurs. Bien entendu, Rudy Demotte a ajouté un volet à sa mission : la mobilité internationale des étudiants. Sympa mais quand même… Ce voyage paraît donc coûteux, redondant et inapproprié. Car la réalité québécoise n’est pas identique à la nôtre. Aucun Québecois n’est parti combattre aux côtés de Daech. Il eut été plus simple de s’inspirer d’exemples français. Plus proches, plus adaptés. Mais aller à Paris, c’est moins exotique. Rudy Demotte a quand même piqué une idée au Québec : instaurer une ligne téléphonique pour signaler les premiers signes de radicalisme. Raté. Joëlle Milquet l’a déjà proposée pour les enseignants. Suffisait de l’étendre, non ?

La majorité des piscines wallonnes sont en mauvais état

« Le Vif », Belga, 4 février 2016

Plus de 70% des piscines wallonnes sont dans un état jugé « peu satisfaisant », avec 40 bassins en état  améliorable » et 50 où il est jugé mauvais, ressort-il d’un cadastre des piscines publiques relayé jeudi par les journaux de Sudpresse.

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Dans un peu plus d’un cas sur deux (52,40%), la chaudière pose problème. Même moyenne (50%) pour l’isolation problématique des bâtiments (avec 33% de médiocre), souvent à cause de baies vitrées.

Le ministre des Sports, René Collin (CDH), a obtenu une enveloppe extraordinaire de 110 millions d’euros, qui permettra de lancer un vaste programme de rénovation. Au moins 70 des 124 piscines seront rénovées. Nous subsidierons 50% du capital nécessaire aux travaux et prendrons en charge les intérêts. Au final, nous aurons ainsi assumé 65 % de la facture totale », explique René Collin. Les projets de rénovation pourront être rentrés entre septembre 2016 et mars 2017.