Surréalisme belge

Jean-Claude Marcourt pense encore comme les économistes du 18ème siècle.

Nous livrons ici la version française de l’analyse de Jonas Naeyaert, porte-parole du Vlaamse Volksbeweging, publiée sur le site de « Doorbraak », le 27 février 2016 : http://www.doorbraak.be/nl/nieuws/belgisch-surrealisme

Les belgicistes prennent quelque liberté avec la réalité pour présenter leur projet comme plausible
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Il faut parfois beaucoup d’imagination pour rectifier quelque chose de bancal. Mais on ne peut s’empêcher de tomber de sa chaise devant l’absurdité de certaines affirmations qui sont faites pour sauver cette construction belge.

C’est ainsi que l’on a pu lire, dans « De Standaard » du 24 février, que la Wallonie était le poumon économique de la Flandre. C’est du moins ce que prétend Jean-Claude Marcourt (PS), le ministre wallon de l’Economie.

J’ai d’abord cru lire « écologique », étant donné les forêts ardennaises. Mais non, c’était bien « économique ».

Le ministre PS a fait cette audacieuse déclaration à l’occasion d’un nouveau rapport sur la situation économique de la Wallonie. Rapport dans lequel il est écrit noir sur blanc que la Wallonie dépense 24 milliards d’euros pour les biens et services flamands.

Le rapport concède que la croissance économique de la Wallonie est plus faible que celle de la Flandre. Cela signifie que la disparité économique entre la Wallonie et la Flandre ne fera que croître. Curieux poumon.

Face à la Flandre, la Wallonie présente aussi une balance commerciale négative (parce que la Région wallonne produit moins). Les Wallons la financent avec les transferts financiers flamands (quelque 12 milliards d’euros, environ la moitié des choses achetées chez nous).

En d’autres termes, la Wallonie a une économie qui clopine, avec de sérieux déficits budgétaires, mais nous devons être reconnaissants envers nos voisins du sud, parce qu’ils achètent nos produits avec notre argent.

Excellence Marcourt, ce n’est pas un poumon économique, mais un ténia économique.

Le ministre Marcourt va plus loin. Parce que la Wallonie et la Flandre sont aussi étroitement « liées », nous devons tout faire pour accorder nos activités économiques. Car se faire une trop grande concurrence nuit à tout le monde.

On aura alors un « zero sum game ». Manifestement, le ministre wallon croit au mercantilisme économique du 18ème siècle, plutôt qu’à la science économique moderne qui montre précisément que la concurrence permet d’accroître la prospérité pour toutes les parties. La concurrence permet d’agrandir le gâteau et empêche que l’un ne prenne une plus grande part au détriment de l’autre.

La Flandre devrait donc adapter son économie sur les restes d’une industrie wallonne archaïque du 19ème siècle, celle de l’acier et des armes, qui  est encadrée par des décideurs politiques qui pensent manifestement de façon encore plus archaïque.

Encore heureux que le consommateur wallon puisse se féliciter de l’économie flamande performante. Celle-ci lui permet d’acheter des produits meilleurs et moins chers que ceux que l’économie et le pouvoir wallons peuvent lui offrir.

Et les choses ne pourraient qu’aller mieux si la Wallonie et la Flandre allaient chacune de leur côté, car elles font toutes deux partie de la zone de libre-échange qu’est l’Union européenne.

Avantage : l’économie wallonne ne serait plus bercée par les transferts Nord-Sud, qui permettent manifestement des fantaisies économiques absurdes.

Le ministre Marcourt n’est pas le seul à afficher son « spinning » belge. La ministre Milquet s’est dit abasourdie de voir deux Flamands (Veerle Baetens et Wim Willaert) décrocher le prix du « meilleur acteur » lors de la cérémonie francophone des Magritte du Cinéma.

Pour la ministre Milquet, il s’agit d’un signal d’ouverture vers d’ « autres » talents (précisons ici que Baetens et Willaert jouent en français), tout en se demandant si un tel signal était bien nécessaire.

Dans la foulée, la ministre ajouta qu’il faudrait peut-être penser à associer les remises de prix flamands (les Ensor) avec les francophones. Smooth.

Deux Flamands remportent un prix en Wallonie et c’est « un signal ». N’ont-ils pas tout simplement gagné à cause de leur talent, parce qu’ils excellent dans ce qu’ils font ? Et il y a bien plus d’acteurs flamands qui sont capables de parler couramment le français que l’inverse…

Il n’y a vraiment pas de conspiration nationaliste flamande dans la remise des prix wallons. Veerle Baetens, bon Dieu ! Cette dame a lancé  spontanément, en 2013, aux European Film Awards, un appel émotionnel pour le maintien de la Belgique.

Comme on peut déformer les choses pour sauver le visage de la Belgique ! Nous savons de qui cela vient. Mais, chers politiques wallons, allons-nous convenir que vous avez de meilleures performances que la Flandre et que vous n’avez plus besoin des Flamands comme raison d’exister pour la Belgique ? Vous mettez maintenant nos nationalistes flamands dans l’embarras. Merci.