«Dès que nous aurons la majorité politique pour l’indépendance flamande, nous y allons!»

« Doorbraak », Christophe Bostijn,  15 février 2016

C’est incontestablement l’une des déclarations fortes que le député fédéral Peter Luykx (N-VA a faites, lors d’un entretien avec le magazine catalan « Vilaweb, la semaine dernière. Résumé de l’article signé Diana Coromines.

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Les bonnes relations entre la Flandre et la Catalogne

L’entretien a eu lieu à Barcelone, après la rencontre d’une délégation de la N-VA avec des représentants du gouvernement catalan, parmi lesquels le ministre des Affaires étrangères, Raül Romeva (indépendant, ex-parlementaire européen du parti écosocialiste ICV-EUiA).

Peter Luykx se félicite des bonnes relations entre la Flandre et la Catalogne et souligne l’intérêt de la Flandre pour l’évolution du processus de l’indépendance catalane. Il exprime son soutien et son admiration pour ce processus et voit la région espagnole comme un « laboratoire pour atteindre l’autonomie comme alternative à la décentralisation classique ».

Realpolitik

Luykx sait que les choses ne sont pas aussi simples pour les Catalans. A Bruxelles, « la majorité des politiques ne veulent pas s’enflammer pour la question catalane, de peur de heurter Madrid ». Il constate toutefois beaucoup de similitudes entre les bons résultats économiques des régions flamande et catalane. Pour ce qui est du processus d’indépendance, il voit peu de points communs. Il y voit surtout une source d’inspiration, à présent que chacun a les yeux tournés vers Barcelone après le référendum écossais.

Les députés de la N-VA,  estime Luykx, peuvent jouer un rôle important dans l’éveil de l’opinion publique à l’égard de la Catalogne, dont on dit peu de chose en général. Ils sont bien décidés à alimenter le débat sur l’indépendance et la question de l’appartenance à l’UE.

Selon Luykx, il serait tout à fait logique que la Catalogne soit automatiquement reprise en tant que membre de l’UE. « Conformément au Traité de Lisbonne, l’UE doit honorer trois principes : l’égalité démocratique, la démocratie représentative et,surtout, la démocratie participative.

Si l’UE devait rejeter des régions qui veulent devenir indépendantes via un référendum, elle méconnaîtrait ces principes.

Selon Luykx, « la Belgique doit également respecter ces principes et soutenir la Catalogne pour qu’elle fasse automatique partie de l’UE. La réunification de l’Allemagne de l’Est et de l’Allemagne de l’Ouest est un bon exemple de l’attitude pragmatique de l’UE. Il serait dès lors absurde que l’UE dénie à des citoyens le droit de réorganiser en interne un Etat membre. Cela signifierait que l’on ôte aux citoyens le droit de décider de leur propre avenir. »

« Que feriez-vous en Flandre ? »

Même si le gouvernement espagnol utilise tous les moyens juridiques pour empêcher l’indépendance catalane, Luykx suit l’approche catalane : aller le plus loin possible dans le cadre de la législation espagnole existante et faire ensuite le saut final vers l’indépendance en organisant des négociations politiques.

La journaliste catalane fait remarquer que ce souci des Catalans de rester à l’intérieur de  la loi va parfois très loin et elle souhaite savoir comment cela se passerait en Flandre.

Luykx admet qu’il y a également en Flandre des partisans d’une scission immédiate et d’autres qui sont pour une approche modérée et progressive. « La N-VA souhaite une évolution permettant de faire d’abord une réforme confédérale de l’Etat fédéral. Après quoi, le niveau belge pourra s’évaporer. Pour certains, l’indépendance est la dernière phase, d’autres doutent de la liquidation de l’Etat belge. »

L’accord du gouvernement catalan stipule que la transition vers la création d’un Etat catalan indépendant doit se faire après 18 mois, une période que certains mettent en doute. La possibilité de réaliser l’indépendance pourrait peut-être ne pas être saisie, observe la journaliste.

Luykx en est bien conscient et il déclare « que les choses iraient sans doute plus vite en Flandre ». « Si, comme vous, nous devions avoir une majorité parlementaire qui nous légitime, nous irions résolument de l’avant. »

Il considère qu’il reste encore beaucoup à faire en Flandre pour convaincre les citoyens des avantages d’une indépendance flamande. C’est la raison pour laquelle la N-VA a mis sur pied un thing tank pour étudier le processus.

La Catalogne fait ce qu’il faut

Pour la Catalogne, Peter Luyks a bon espoir. Il voit aboutir le plan par étapes et fait confiance au nouveau ministre-président Carles Puigdemont (du CDC libéral), qui est un indépendantiste convaincu.

Après les phases plus émotionnelles  des manifestations de masse et des élections, le temps est maintenant venu de bâtir rationnellement les structures de l’Etat et la légalité catalane, estime le député fédéral.