Le temps d’un «Printemps wallon» est venu !

Le temps d’un « Printemps wallon » est venu !

On trouvera ici la version française de la chronique de Jules Gheude, publiée sur le site de « Knack, ce 29 janvier 2016.

http://www.knack.be/nieuws/belgie/het-is-tijd-voor-een-waalse-lente/article-opinion-652141.html

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Jules Gheude : essayiste politique et président fondateur des Etats généraux de Wallonie, qui plaident pour le rattachement de la Wallonie à la France si la Belgique doit se démanteler.

Jules Gheude trouve logique l’attitude la N-VA, risibles les réactions des leaders francophones et estime nécessaire de rafraîchir la mémoire de Wouter Beke.

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La N-VA veut donc préparer en interne un projet confédéraliste pour 2019, tandis que sa ministre de l’Intérieur au gouvernement flamand, Liesbeth Homans, espère que la Belgique aura cessé d’exister en 2025. La réaction du président du CD&V, Wouter Beke, est claire : Si l’on discute de cela, ce sera sans le CD&V.

Puis-je rafraîchir quelque peu la mémoire de Wouter Beke ?

Lors d’une interview accordée au journal québécois « Le Devoir », le 23 septembre 2007, il déclarait : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

 

Et que disait le même Wouter Beke, le 23 juin 2012, alors que l’encre de la sixième réforme de l’Etat n’était pas encore sèche ? Personne ne niera qu’une 7e réforme viendra un jour. L’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police… Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité…, de ce que veulent 57% de la population, donc les Flamands (« La Libre Belgique »).

Wouter Beke se décrit lui-même comme un flamingant : La Flandre est mon biotope naturel.

Quand le président du CD&V affirme aujourd’hui qu’il n’a pas confiance en Bart De Wever, il suit une stratégie inconséquente. Du récent « Grand Baromètre » Ipsos, il ressort que le CD&V, avec 16%, enregistre la plus grande perte en Flandre  (-4), tandis que la N-VA, avec 28,5% (-0,3), reste de loin le premier parti.

L’attitude de la N-VA est logique. Elle ne fait que s’inscrire dans la ligne des résolutions confédéralistes que le Parlement flamand a approuvées en 1999. A l’époque, le parti de Bart De Wever n’existait pas encore.

C’est d’ailleurs un démocrate-chrétien flamand, Luc Van den Brande, qui a, au début des années 90, alors qu’il était ministre-président flamand,  lancé l’offensive. Le 14 janvier 1993, ne déclarait-il pas au « Soir » : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Les réactions indignées qu’expriment aujourd’hui les leaders francophones prêtent à rire. La vérité est qu’ils ont toujours adopté la politique de l’autruche. Ils se refusent à voir  que les Flamands forment une véritable nation.

Dans une interview à l’hebdomadaire « Le Vif », le 4 janvier 2008, Philippe Moureaux se disait surpris : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ? Et Paul Magnette d’ajouter : On pensait que tout cela n’était que du folklore.

Pour la Flandre, le fédéralisme est une théorie dépassée depuis longtemps. Comme l’a précisé Yves Leterme (un autre CD&V !) : Le fédéralisme a atteint ses limites. Le même Leterme qui, en 2004, a porté le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux. Chacun savait pourtant que ce parti prônait une République flamande au sein de l’Europe (article premier de son programme).

Je reste convaincu que le cartel avec la N-VA était un bon concept, a déclaré Leterme en septembre 2015, tandis que son coreligionnaire Stefaan De Clerck ajoutait dans « Knack » : Une fusion du CD&V et de la N-VA serait une bonne chose. Je pense que la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

François Perin connaissait fort bien l’histoire du Mouvement flamand. Dans son livre « La Belgique au défi », paru en 1962, il écrivait : La Flandre est un Etat dans l’Etat. (…) Si aucune réforme de l’Etat n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégations des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil      fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Avec la sixième réforme de l’Etat, nous avons sauvé la Belgique, avait annoncé Elio Di Rupo. Il apparaît aujourd’hui que cette réforme affecte fortement la situation financière de la Wallonie. Mais, dans une récente interview sur le plateau de la RTBF, le ministre-président wallon, Paul Magnette, a répété qu’il ne souhaitait pas une nouvelle réforme de l’Etat.

Allons-nous revivre le scénario de 2001 ? Eternels demandeurs de rien, les francophones finirent par faire des concessions à la Flandre en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française, notamment les écoles : la représentation forfaitaire de la minorité flamande au Parlement bruxellois ; la présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux bruxellois ; la régionalisation de la loi communale. Et quelques années plus tard, la barricade francophone ne put empêcher la scission de BHV.

Je suis particulièrement inquiet de l’avenir de la Wallonie.

35 ans après l’instauration de la régionalisation (dont les Wallons étaient demandeurs !) et en dépit de compétences de plus en plus étendues et de divers plans de redressement, les choses n’ont guère bougé. La Wallonie n’a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée.

D’où l’appel que je lance aujourd’hui à la jeunesse wallonne. Le temps d’un Printemps wallon est venu. « Indignez-vous ! », comme le disait Stéphane Hessel. Faites entendre votre voix ! Dites aux leaders politiques que vous ne voulez en aucun cas être le dindon de la farce !

Le dernier livre de Jules Gheude, « François Perin – Biographie », est paru en 2015 aux Editions « Le Cri ».