Archives mensuelles : janvier 2016

L’État belge est-il « malade » de son fédéralisme?

RTBF Info,  Emission «Les Décodeurs » du 31 janvier 2016

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_l-etat-belge-est-il-malade-de-son-federalisme?id=9200933

2016-02-10_192403Des fissures dans les centrales nucléaires, des lézardes dans les tunnels bruxellois, des pointillés pour seul accord à l’ouverture de la COP21, de désagréables décibels dans le ciel de la capitale, des quais déserts pour un RER à l’arrêt, un Molenbeek pointé comme avant-poste du terrorisme… Mais qu’est-ce qui ne va pas chez nous ?

La Belgique est-elle, comme le titrait Le Monde en novembre dernier, « une nation sans État » ? Les problèmes s’accumulent. Les solutions se font rares. Et notre image en pâtit. Serait-ce la « maladie » d’un État fédéral que des coalitions asymétriques entre fédéral et entités fédérées ne font qu’empirer?

« C’est la faute à pas de chance« 

« L’image de la Belgique s’est effondrée ces derniers mois« , lance sur le plateau des Décodeurs RTBF Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles pour le Libération et habitué des phrases assassines à l’égard de la Belgique. Depuis vingt ans, on suit les conflits communautaires avec intérêt, on trouvait cela assez incroyable (…), mais ça n’avait pas atteint le degré de gravité actuel.« 

Pour le journaliste français, la presse internationale n’a eu de cesse de « tirer la sonnette d’alarme » sur de nombreux sujets ces dernières années : Molenbeek et ses « zones de non-droit » selon ses mots, la répartition « incompréhensible » des compétences, etc. « Mais ça fonctionnait tant bien que mal, c’était ‘sympathique’« , dit-il, sourire en coin.

« Mais, alors là, depuis quelques semaines, qu’est-ce qu’on a vu… » Des tunnels en piteux état ou un dossier nucléaire avec ses fameuses pilules d’iode prochainement distribuées à la population… « C’est incroyable. » Pourtant, « chacun dit ‘C’est pas ma faute, c’est la faute à quelqu’un d’autre, c’est la faute à pas de chance’« .

« Si le PS et le MR se font la guerre, le pays ne fonctionnera plus« 

Il arrive bien aux différents niveaux de pouvoir se renvoyer la balle, mais la répartition des compétences n’est pas la cause de tous les maux, estime Éric Van Rompuy (CD&V). Le député fédéral ne veut pas des caricatures en la matière. « À Molenbeek, il y a une concentration de jeunes radicalisés, mais ce n’est pas un problème de distribution des compétences. Quant au nucléaire, cela n’a rien à voir non plus avec la fédéralisation de l’État, ce sont le gouvernement fédéral et les sociétés qui l’emploient qui ont fauté.« 

« Ce pays n’est pas gouvernable si les majorités dans les Régions et le fédéral commencent à créer des conflits. Nous sommes dans un fédéralisme de coopération, mais si on continue avec ces conflits, ça va finir mal. Le PS dans les Régions, le MR au fédéral… S’ils font la guerre, le pays ne fonctionnera plus. Et ça m’inquiète« , ajoute encore Eric Van Rompuy.

Le problème de la voiture belge. - © Kroll

Le problème de la voiture belge. – © Krol

Des coalitions asymétriques à l’intersection des problèmes

La logique de confrontation entre entités qui s’installe actuellement conduira-t-elle la Belgique à sa perte? Pour Dave Sinardet, politologue à l’université d’Anvers, il est évident que cela n’arrange rien: « Le fait d’avoir des coalitions asymétriques – notamment du côté francophone du pays –, sans aucun parti pour faire le pont entre gouvernement fédéral d’un côté, et les gouvernements wallon, bruxellois et francophone de l’autre, il est clair que cela devait créer des tensions, des problèmes. » Il se dit d’ailleurs « assez surpris que, finalement, jusqu’à cette semaine« , les choses avait plutôt bien fonctionné. Mais l’opposition entre entité est désormais vive.

Eric Van Rompuy acquiesce, mais l’assure: « Le pays fonctionne » et les problèmes sont plus souvent dus à une négligence. À l’image de Bruxelles et de ses tunnels qui tombent en miettes. Pour le chrétien flamand, c’est un problème du gouvernement bruxellois, et strictement bruxellois, qui a laissé aller les choses. Pas sûr que Rudi Vervoort et son équipe acquiescent à leur tour.

Bruxelles la mal-aimée

Le communautaire est pourtant bien au cœur du problème de l’avis de Jean Quatremer. « Bruxelles est une ville qui n’a jamais été aimée du fédéral, on l’a laissée péricliter. Chaque jour, 400 000 personnes viennent y travailler avant de repartir en Wallonie ou en Flandre essentiellement… Parce que les Flamands n’aiment pas Bruxelles« . Le refinancement de la capitale a tardé, après avoir été refusé pendant des années, estime-t-il encore.

« C’est encore le communautaire. Et la situation de Bruxelles est le symptôme du dysfonctionnement de cet État belge, de la maladie belge, relance le correspondant de LibérationOn paye aujourd’hui 50 ans de conflits communautaires. Le problème fondamental aujourd’hui, c’est qu’on ne sait pas qui fait quoi dans ce pays. Et la N-VA, de ce point de vue-là, a raison : il faudrait remettre à plat les compétences et dire ce qui est fédéral et ce qui est régional, plutôt que de détricoter tout, petit bout par petit bout.« 

2016-02-10_192911

Plus d’État belge ou plus de Régions ? – © Kroll

Un État trop complexe?

Des réformes votées pendant 50 ans, il est vrai, mais qui n’ont en rien dysfonctionné, répond Eric Van Rompuy qui argumente que, dans le même temps, la Belgique n’a cessé d’augmenter son niveau de vie, se classant parmi les régions les plus riches d’Europe. La Belgique réussit donc. Oui, mais « malgré son État« , surenchérit Quatremer. Van Rompuy lève les yeux au ciel: encore du « Belgium bashing » gratuit (« dénigrement de la Belgique »).

La complexité de notre système est toutefois indéniable aujourd’hui: « Il faut s’entendre avec quatre gouvernements et huit partis désormais. Il est clair que ça ne va pas s’améliorer« , commente Dave Sinardet. Mais il y a, comme le montre une enquête qu’il a réalisée avec Jérémy Dodeigne et Min Reuchamps, « une ouverture chez les parlementaires pour aller vers des distributions différentes ou du moins des changements au niveau des compétences dans la direction inverse de ce qui a été fait jusqu’ici« , donc vers une certaine refédéralisation.

La refédéralisation comme solution ?

Alors, serait-ce l’une des pistes? Faudrait-il refédéraliser ? Peut-être certaines compétences, juge Eric Van Rompuy qui cite en exemple les normes de bruit dans l’interminable dossier des nuisances sonores à Bruxelles. « Mais est-ce que les Bruxellois seront d’accord d’abandonner le pouvoir qu’ils ont en la matière?« . Chaque discussion sur chaque compétence mènera, dit-il, à de nouveaux conflits comme ceux qu’a connus le pays lors des longues négociations pour la sixième réforme de l’État.

Et, ajoute-t-il, en faire une septième en ce sens ne serait d’ailleurs pas possible avec la N-VA : « Ils veulent scinder le pays, la sécurité sociale, la dette, transférer tous les pouvoirs fiscaux vers les Régions et financer l’État central par des dotations« .

Mais, quitte à réformer l’État, Jean Quatremer y va de sa proposition pour Bruxelles : la fusion des 19 communes. « Il faut arrêter avec ça, il faut la fusion. Car pourquoi les francophones sont-ils accrochés à leurs petits territoires ? Parce qu’ils ont peur que les Flamands viennent bloquer leurs petites magouilles institutionnelles.« 

"Bref, ça ne s'arrange pas, ce pays !" - © Kroll

« Bref, ça ne s’arrange pas, ce pays ! » – © Kroll

« Dynamique perpétuelle« 

La solution d’une nouvelle réforme de l’État est-elle une vraie solution? Pas si l’on en croit Dave Sinardet. Le politologue de l’université d’Anvers évoque une « dynamique perpétuelle dans ce débat » qu’il caricature en quelques phrases : « D’abord, on constate : ‘La Belgique est beaucoup trop complexe, les compétences sont éparpillées, plus personnes ne comprend rien, ce n’est pas transparent.’ Ensuite, il y a la solution : ‘C’est une nouvelle réforme de l’État et, là, ça va être génial, ce sera clair pour tout le monde’. Résultat : pendant cinq ou dix ans, on négocie, on ne fait plus rien sur les autres dossiers, on laisse tout traîner… Et puis, finalement, il y a un accord entre huit partis et que constate-t-on ? ‘Ah, c’est encore plus complexe, les compétences sont encore plus éparpillées, les gens en comprennent encore moins…’. » Et le cycle recommence, car, juge-t-on, « la solution est, encore une fois, une nouvelle réforme de l’État« . Si bien que le sac de nœuds institutionnels ne cesse de se resserrer.

Alors, les fissures des centrales, les lézardes des tunnels, les accords sans accord, les quais sans RER, les bruits des avions, les radicalisés de Molenbeek… il n’y a, a priori, rien qui ne soit insolvable sans une réforme de l’État belge tel qu’on le connaît aujourd’hui. Il y a seulement des problèmes. Des problèmes dont la responsabilité incombe simplement à ceux à qui elle a été confiée. Et qui, plutôt que de se renvoyer la balle, devront s’atteler à la mettre au fond.

Pourquoi le VVB (Vlaamse Volksbeweging) veut-il scinder la Sécurité sociale ?

2016-01-31_170338Explications de son porte-parole, Jonas Naeyaert », sur le site de « Knack », 30 janvier 2016 :

Il y a effectivement l’influence du vieillissement, qui, proportionnellement, frappe plus fort en Flandre qu’en Wallonie (et à Bruxelles). Mais la démographie n’est qu’un côté de la médaille – la médaille des dépenses, bien entendu. Il n’y a, en effet, aucun signal qui puisse justifier l’hypothèse que les autres différences disproportionnelles (chômage, consommation médicale) s’arrêtent à l’avenir. Mettons donc fin à ces milliards dans la sécurité sociale qui coulent, sans résultat, vers la Wallonie, et mettons-les dans un fonds de pensions flamand qui supprimera cette anomalie (et non dans une boîte belge vide comme le Fonds argenté).

Par ailleurs, la base même de la solidarité est aujourd’hui minée, car la solidarité est en soi un mécanisme volontaire. Plus le contribuable doit payer pour quelque chose dont il n’a aucune vision et qui ne sert à rien, plus le fossé s’élargit entre lui et les pouvoirs publics. Cette question morale est primordiale. En ne voulant pas mesurer la solidarité, avec d’autre nations et Etats, à la capacité de prospérité et de bien-être de notre propre communauté, on ruine l’idée de solidarité. Chez nous, il n’est pas question de « Wallons fainéants », mais bien de structures opaques et injustes.

A Liesbeth Somers, directrices des Affaires sociales du vice-Premier Kris Peeters (CD&V), qui estime que la solidarité ne peut exister que si la sécurité sociale est organisée à une échelle suffisamment grande, Jonas Naeyeart répond :

Ce concept économique existe en effet, mais ce sont aussi des coûts d’opportunité! Ce sont des coûts de choix (politiques) et en Belgique, nous faisons des choix particulièrement mauvais : structures belges  typiquement inefficaces. Et cela coûte bien plus cher que dans des pays qui comptent bien moins d’habitants que la Flandre. Des pays comme le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et le Luxembourg, font nettement mieux que la Belgique. Voilà pour les avantages d’échelle de la Belgique.

Le temps d’un «Printemps wallon» est venu !

Le temps d’un « Printemps wallon » est venu !

On trouvera ici la version française de la chronique de Jules Gheude, publiée sur le site de « Knack, ce 29 janvier 2016.

http://www.knack.be/nieuws/belgie/het-is-tijd-voor-een-waalse-lente/article-opinion-652141.html

2016-01-31_165618

Jules Gheude : essayiste politique et président fondateur des Etats généraux de Wallonie, qui plaident pour le rattachement de la Wallonie à la France si la Belgique doit se démanteler.

Jules Gheude trouve logique l’attitude la N-VA, risibles les réactions des leaders francophones et estime nécessaire de rafraîchir la mémoire de Wouter Beke.

                                                         °

                                                       °  °

La N-VA veut donc préparer en interne un projet confédéraliste pour 2019, tandis que sa ministre de l’Intérieur au gouvernement flamand, Liesbeth Homans, espère que la Belgique aura cessé d’exister en 2025. La réaction du président du CD&V, Wouter Beke, est claire : Si l’on discute de cela, ce sera sans le CD&V.

Puis-je rafraîchir quelque peu la mémoire de Wouter Beke ?

Lors d’une interview accordée au journal québécois « Le Devoir », le 23 septembre 2007, il déclarait : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

 

Et que disait le même Wouter Beke, le 23 juin 2012, alors que l’encre de la sixième réforme de l’Etat n’était pas encore sèche ? Personne ne niera qu’une 7e réforme viendra un jour. L’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police… Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité…, de ce que veulent 57% de la population, donc les Flamands (« La Libre Belgique »).

Wouter Beke se décrit lui-même comme un flamingant : La Flandre est mon biotope naturel.

Quand le président du CD&V affirme aujourd’hui qu’il n’a pas confiance en Bart De Wever, il suit une stratégie inconséquente. Du récent « Grand Baromètre » Ipsos, il ressort que le CD&V, avec 16%, enregistre la plus grande perte en Flandre  (-4), tandis que la N-VA, avec 28,5% (-0,3), reste de loin le premier parti.

L’attitude de la N-VA est logique. Elle ne fait que s’inscrire dans la ligne des résolutions confédéralistes que le Parlement flamand a approuvées en 1999. A l’époque, le parti de Bart De Wever n’existait pas encore.

C’est d’ailleurs un démocrate-chrétien flamand, Luc Van den Brande, qui a, au début des années 90, alors qu’il était ministre-président flamand,  lancé l’offensive. Le 14 janvier 1993, ne déclarait-il pas au « Soir » : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Les réactions indignées qu’expriment aujourd’hui les leaders francophones prêtent à rire. La vérité est qu’ils ont toujours adopté la politique de l’autruche. Ils se refusent à voir  que les Flamands forment une véritable nation.

Dans une interview à l’hebdomadaire « Le Vif », le 4 janvier 2008, Philippe Moureaux se disait surpris : Pouvions-nous imaginer qu’un jour il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ? Et Paul Magnette d’ajouter : On pensait que tout cela n’était que du folklore.

Pour la Flandre, le fédéralisme est une théorie dépassée depuis longtemps. Comme l’a précisé Yves Leterme (un autre CD&V !) : Le fédéralisme a atteint ses limites. Le même Leterme qui, en 2004, a porté le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux. Chacun savait pourtant que ce parti prônait une République flamande au sein de l’Europe (article premier de son programme).

Je reste convaincu que le cartel avec la N-VA était un bon concept, a déclaré Leterme en septembre 2015, tandis que son coreligionnaire Stefaan De Clerck ajoutait dans « Knack » : Une fusion du CD&V et de la N-VA serait une bonne chose. Je pense que la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

François Perin connaissait fort bien l’histoire du Mouvement flamand. Dans son livre « La Belgique au défi », paru en 1962, il écrivait : La Flandre est un Etat dans l’Etat. (…) Si aucune réforme de l’Etat n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégations des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil      fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Avec la sixième réforme de l’Etat, nous avons sauvé la Belgique, avait annoncé Elio Di Rupo. Il apparaît aujourd’hui que cette réforme affecte fortement la situation financière de la Wallonie. Mais, dans une récente interview sur le plateau de la RTBF, le ministre-président wallon, Paul Magnette, a répété qu’il ne souhaitait pas une nouvelle réforme de l’Etat.

Allons-nous revivre le scénario de 2001 ? Eternels demandeurs de rien, les francophones finirent par faire des concessions à la Flandre en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française, notamment les écoles : la représentation forfaitaire de la minorité flamande au Parlement bruxellois ; la présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux bruxellois ; la régionalisation de la loi communale. Et quelques années plus tard, la barricade francophone ne put empêcher la scission de BHV.

Je suis particulièrement inquiet de l’avenir de la Wallonie.

35 ans après l’instauration de la régionalisation (dont les Wallons étaient demandeurs !) et en dépit de compétences de plus en plus étendues et de divers plans de redressement, les choses n’ont guère bougé. La Wallonie n’a toujours pas décollé, reconnaît Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée.

D’où l’appel que je lance aujourd’hui à la jeunesse wallonne. Le temps d’un Printemps wallon est venu. « Indignez-vous ! », comme le disait Stéphane Hessel. Faites entendre votre voix ! Dites aux leaders politiques que vous ne voulez en aucun cas être le dindon de la farce !

Le dernier livre de Jules Gheude, « François Perin – Biographie », est paru en 2015 aux Editions « Le Cri ».

La Wallonie recentre les aides à l’embauche sur les jeunes gens peu qualifiés

« Le Vif » – Belga, 29 janvier 2016

Public-cible prioritaire du gouvernement wallon, dans la réforme des aides à l’emploi : le jeune de moins de 25 ans, peu ou moyennement qualifié, dont l’employeur et lui-même seront soutenus pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans.

2016-01-31_170038

Sur les 236.000 demandeurs d’emploi inoccupés en Wallonie (15% de la population active), 46% n’ont pas le diplôme de fin de secondaire (CESS), 25% ont plus de 50 ans et 21% sont âgés de moins de 25 ans.

Aux termes de l’accord, le jeune qui ne dispose pas du CESS bénéficiera dès la signature du contrat de 500 euros par mois pendant un an, à déduire du salaire versé par son patron. Le jeune peu qualifié (celui qui ne dispose que du CESS), devra lui avoir cherché de l’emploi pendant six mois avant de pouvoir entrer dans ce système.

L’aide à ce public-cible ne s’arrêtera toutefois pas aux douze premiers mois du contrat de travail. Après cette période, le jeune travailleur pas ou peu qualifié sera assimilé à la catégorie administrative des « demandeurs d’emploi de longue durée », deuxième public-cible de la réforme.

Il aura ainsi droit pendant deux années supplémentaires à l’aide dégressive de cette catégorie (500 euros par mois sur la première année, 250 sur les six mois suivants et 125 sur les six derniers mois).

En proposant ainsi un soutien sur trois années, les partenaires sociaux ont privilégié la longueur du soutien à la hauteur de l’aide, jugeant ce choix mieux à même d’éviter un « turn-over » de jeunes travailleurs dans une même entreprise.

Nouveau bien qu’annoncé, le contrat d’insertion devra permettre d’offrir une première vraie expérience professionnelle à chaque jeune qui, 18 mois après la sortie de l’école, n’est toujours pas inséré dans le marché du travail. Le jeune sera accompagné pendant la durée de son contrat de travail avec une aide de 700 euros par mois pendant un an.

Après une année de concertation sociale, patrons et syndicats s’étaient accordés sur la hauteur des interventions, mais pas sur le dispositif ‘jeunes’. Les premiers plaidaient pour des réductions de cotisations sociales, les seconds pour l’activation d’allocations. Le gouvernement a tranché en faveur de la seconde méthode.

Mais pour le maintien à l’emploi d’un troisième public-cible, celui des travailleurs âgés de plus de 55 ans, c’est la réduction de cotisations patronales qui reste privilégiée. Cette réduction sera de 400 euros par trimestre pour les 55 à 57 ans, 1.000 euros pour les 58-61 ans et 1.500 euros pour les 62-67 ans, pour autant que le salaire soit inférieur à 13.400 euros bruts par trimestre.

Outre ces trois aides transversales (jeunes, demandeurs d’emploi de longue durée et âgés), le gouvernement maintiendra la subvention SESAM, un forfait dégressif sur trois ans pour l’embauche de demandeurs d’emploi dans des PME.

En fonction des budgets, il examinera les possibilités d’élargir le public du SESAM ou d’octroyer un bonus aux entreprises actives dans la recherche et le développement, tournées vers l’exportation, ou inscrites dans le plan numérique ou les pôles de compétitivité.

La scission de ces bastions unitaires montre que la Belgique s’évapore spontanément

Hendrik Vuye et Veerle Wouters, députés N-VA – « Knack », 27 janvier 2016

2016-01-31_165345

On entend parfois dire que les politiques sont obsédés par les réformes de l’Etat. Ce n’est qu’une impression. En fait, ils accompagnent un processus naturel d’évaporation. Ils subissent ce processus, ils ne le mènent pas. Dans le meilleur des cas, ils peuvent l’accompagner. Les bastions unitaires s’évaporent d’eux-mêmes.

Universités

Il y avait jadis des universités unitaires. Cela semble déjà si loin. En 1966, les évêques proclamant encore que Leuven doit rester unitaire. Deux ans plus tard, ils sont divisés. Néerlandophones et francophones voient les choses autrement. En juillet 1968, ils se mettent d’accord pour transférer la section francophone à Ottignies. Quand débute l’année académique, la KUL et l’UCL sont en fait des institutions autonomes. Une année après, la VUB démarre de façon autonome, détachée de l’ULB. Les universités unitaires s’évaporent, personne ne les y a forcées.

La scission des partis unitaires

En 1972, Wilfried Martens devient président du CVP. Dans ses mémoires, il témoigne que le CVP/PSC unitaire  est en fait scindé depuis 1968, après la crise du « Leuven Vlaams ». Une infrastructure, écrit-il, doit cependant nourrir l’illusion : un président national, un secrétaire national, un trésorier national… Quelques années après l’élection de Martens, Charles-Ferdinand Nothomb devient président du PSC. Celui-ci rompt la confiance placée dans le président national Robert Houben, qui dégage à l’été 1972. La scission est consommée.

La révision de la Constitution de 1970 provoque un schisme chez les libéraux. L’ancrage constitutionnel des régions linguistiques obtient le soutien du PVV, mais pas du PLP. La fédération francophone de Bruxelles quitte même le bureau du parti. Les libéraux paraissent, eux aussi, atteints par le virus communautaire, note avec malice, le Premier ministre Gaston Eyskens (CVP) dans ses mémoires. En 1972, le PVV devient un parti autonome, avec Willy De Clercq comme président.

Leo Collard, le dernier président du BSP/PSB, démissionne en 1971. Désormais, il y a deux co-présidents : un néerlandophone et un francophone. Après l’échec du pacte d’Egmont (1977-78), le BSB/PSB éclate. Le 13 octobre 1978, les socialistes flamands apprennent que le co-président francophone André Cools crée le Parti socialiste (PS). Il met ainsi fin au parti unitaire. Les socialistes flamands apprennent la nouvelle par la radio.

Les partis unitaires disparaissent, personne ne les y a forcés.

Exit l’Ordre National des Avocats

L’Ordre National des Avocats est, lui aussi, un bastion unitaire depuis longtemps. Le 1er octobre 1977, les bâtonniers flamands rompent avec l’Ordre, dont ils fustigent le fonctionnement déficient. Un conflit autour de la répartition des indemnités pro-deo entraîne la scission.

L’Ordre National s’évapore. Le législateur ne peut qu’en prendre acte. La loi du 4 juillet 2001 crée l’Ordre du Barreau flamand et l’Ordre des Barreaux francophone et germanophone.

L’Ordre National des Avocats disparaît. Personne n’a forcé le barreau à le faire.

L’ABVV/FGTB Métallurgie : une scission dans le front syndical

En 2005, le syndicaliste Herwig Jorissen est la figure de l’opposition au pacte de génération du gouvernement Verhofstadt. Il est président des syndicats socialistes des métallos. On apprend subitement qu’il a fait partie du Vlaamse Militanten Orde (VMO) lorsqu’il avait 17 ans. Les sections francophones ne veulent plus de Jorissen, même après que celui-ci ait regretté un « péché de jeunesse ».

Le 21 avril 2006, le syndicat Métallurgie unitaire se déchire en trois entités. La figure de Jorissen n’est qu’un catalyseur. L’attitude pragmatique des leaders syndicaux flamands déplaît depuis longtemps à l’aile francophone.

Une des plus grandes centrales ouvrières du syndical socialiste valse en l’air. Jorissen devient président de l’ABVV Métallurgie, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. Flamands et Bruxellois se retrouvent au sein des Métallurgistes Wallonie-Bruxelles (MWB-FGTB).

La centrale métallo socialiste unitaire s’est scindée. Personne ne l’y a forcée.

Janvier 2016 : division des syndicats du rail

Janvier 2016 : les syndicats socialistes et chrétiens francophones font grève, les Flamands pas. Rik Van Cauwelaert fait remarquer, à juste titre, que le pouvoir des syndicats repose sur la force de mobilisation des services publics, avec la SNCB comme fer de lance.

De manière logique, le patron de la FGTB, Marc, Goblet, n’est pas satisfait de la division des syndicats cheminots. Goblet est partisan d’une grève politique dure contre le gouvernement Michel. Comme toujours, c’est la SNCB qui doit prendre l’initiative. Les syndicats cheminots flamands optent pour une approche pragmatique. Le front commun syndical montre des fissures. Cela fait penser à ce qui s’est passé avec l’ABVV/FGTB Métallurgie.

Nous ne pouvons pas accepter que les syndicats wallons prennent des voyageurs flamands en otages. Mais il s’agit de bien plus que le voyageur. La liberté syndicale doit être une vraie liberté syndicale. Non seulement les syndicats flamands sont bien pris en otages par leurs collègues wallons, mais la liberté syndicale n’est plus servie par une approche unitaire paralysante. L’évaporation de ce bastion unitaire offre de nouvelles chances aux voyageurs et aux syndicats.

L’exécutif musulman et le virus communautaire

Le 22 janvier, le ministre de la Justice, Koen Geens, reçoite les 17 membres de l’exécutif musulman. Au programme radio « Le monde aujourd’hui », on peut entendre qu’il y a trois lignes de fracture  au sein de l’exécutif. Une première concerne l’interprétation de l’islam (ligne dure versus islam européen) et une seconde porte sur l’origine ou la nationalité des croyants. La troisième ligne de fracture est communautaire : les croyants flamands et francophones ont une vision différente. Le ministre Geens propose dès lors de scinder l’exécutif en deux chambres, une flamande et une francophone. Même la communauté musulmane tombe dans le communautaire.

Cet exemple peut compter. Une communauté de foi est un rassemblement de personnes qui partagent la même religion. Aujourd’hui, une telle communauté n’est pas territoriale. Et pourtant, on organise l’exécutif musulman selon le principe de territorialité. Encore une basion unitaire qui s’évapore parce qu’il ne fonctionne pas convenablement.

Plus d’efficacité et de nouvelles chances

Face à une scission, on pense souvent à un scénario-catastrophe. On prédit l’apocalypse. Scinder les universités, c’est pas possible ! Et pourtant, cela s’est produit. Mieux, les universités sont aujourd’hui plus fortes que jamais.

Et quid de la concertation sociale ? Il faut pour cela que les syndicats restent unitaires ! C’est ce qu’on dit toujours. C’est quand même le coeur de notre modèle social ! La ministre-président wallon, Paul Magnette (PS), a déclaré un jour : La valeur centrale de la Belgique, c’est en effet son modèle social, la sécurité sociale et la concertation. Et voilà que tout à coup on entend un autre discours avec la scission spontanée de l’ABVV/FGTB Métallurgie. Aujourd’hui, les leaders syndicaux déclarent qu’ils ne voient aucun problème avec la concertation sociale. Cela ne change pas grand-chose, argumentent-ils. Et sur le site de MBW-FGTB, on peut même lire  que la scission offre de nouvelles chances.

Il se peut que la scission offre également de nouvelles chances à l’exécutif musulman. Depuis sa création en 1968, cela ne marche pas. Le site vieillot de l’’exécutif en est une illustration frappante : aujourd’hui encore, des parties importantes du site sont «en construction ». Ici aussi, l’évaporation ne peut avoir qu’un effet salutaire.

Baromètre politique: le PS reprend de l’avance sur le MR en Wallonie

Véronique Lamquin, David Coppi et Bernard Demonty, « Le Soir », 25 janvier 2016

Les deux grandes familles, socialiste et libérale-réformatrice, dominent toujours en Wallonie et à Bruxelles, tandis que le CDH dévisse. Et en Flandre, l’extrême droite du Vlaams Belang se refait.

Wallonie : rouges et bleus dominent

2016-01-31_165044 

Les deux « grandes familles », socialiste et libérale-réformatrice, dominent. Le PS arrive en tête, devant le MR. Les socialistes grappillent 0,7 point par rapport au baromètre d’octobre 2015, mais reculent nettement (de 5,3 points) eu égard aux élections de juin 2014. Derrière, le MR obtient son résultat le plus bas depuis les élections (25,8 %) et nos baromètres successifs, mais, avec 23,1 %, il préserve sa deuxième position.

Loin derrière les deux « grandes familles », le CDH atteint, lui, une cote d’alerte : 11,1 % des intentions de vote. Avec 3,4 %, Défi, le nouveau parti d’Olivier Maingain, ne désespère pas de voir jaillir l’étincelle au sud du pays. Les verts (9,2 %) prennent un point par rapport aux élections. Le PTB grignote, il atteint 8,8 %. La droite extrême confirme : si l’on additionne le PP, la Droite et Debout les Belges, la mouvance franchit la barre des 10 %.

Bruxelles : le MR devance le PS, le CDH sombre

Deux évolutions marquantes dans les intentions de vote bruxelloises. D’abord, le MR qui reprend un leadership abandonné au PS voici un an. Les libéraux devancent les socialistes de 2,5 points, mais les deux formations sont en deçà de leur score électoral. La popularité de Didier Reynders (deuxième au hit-parade des personnalités, ex aequo avec Elio Di Rupo) explique peut-être ce bon résultat, ainsi que les mesures adoptées par le gouvernement fédéral en matière de sécurité.

A l’autre bout de l’échiquier, le CDH plonge et se voit même dépassé par le PTB, crédité de son meilleur score depuis le scrutin de 2014 – un résultat à prendre avec quelque prudence, marge de 4,2 oblige. Cette contre-performance humaniste ne profite pas à ses deux concurrents directs : tant Défi (ex-FDF) qu’Ecolo est en recul, tant par rapport à notre dernier sondage qu’au scrutin de 2014.

Flandre : la N-VA s’effrite mais reste dominante

Avec 28,5 % des intentions de vote en Flandre, la N-VA recule légèrement (– 0,3point) par rapport au sondage précédent. Et le repli est de 3,9 points par rapport aux dernières élections. C’est certes un recul, mais l’érosion, sans doute due à l’exercice du pouvoir au fédéral, reste contenue.

Les temps sont plus incertains pour le CD&V, qui passe de 17,8 % des intentions de votes lors de notre précédent sondage à 16 %. Par rapport aux dernières élections, le repli est de 2,8 points. En sièges, cela correspond à une perte de 4 unités par rapport à notre dernier sondage, soit la plus grosse perte en Flandre.

Le VLD stagne à 12,5 %.

Les pertes des partis de la majorité profitent manifestement à la gauche. Le SP.A passe de 14,5 % d’intentions de vote lors de notre précédent sondage à 15,2 %. Groen se contentait de 9 % des voix au dernier sondage, mais se trouve désormais à 10,3 %. Au rang des partis en progression, il faut évidemment citer aussi le Vlaams Belang. Il est parti d’une défaite aux élections, où il ne remportait que 5,8 % des suffrages. Selon notre sondage, il plafonne actuellement à 11,6 %.

Méthotologie

Cette vague de 2.614 répondants, formant des échantillons représentatifs des Belges de 18ans et plus à raison de 1.034 en Wallonie, 1.043 en Flandre et 537 dans les 19 communes de la Région Bruxelles-Capitale, a été réalisée du 15 au 20janvier 2016. Les interviews ont eu lieu via l’Ipsos On Line Panel. La marge d’erreur maximale, pour un pourcentage de 50 % et un taux de confiance de 95 % est de +/– 3,1 en Wallonie, +/– 3,0 en Flandre et de +/– 4,2 à Bruxelles.

Affiliations : ESOMAR, FEBELMAR.

Lettre ouverte à Benoit Lutgen

Jules Gheude, essayiste politique (1)

2016-01-23_112231Monsieur le Président,

On se fout de ce que dit Bart De Wever ! venez-vous de lâcher, tout en invitant vos homologues francophones à se mettre autour de la table pour mettre au point un projet d’avenir.

Ce projet d’avenir, la Flandre l’a élaboré depuis bien longtemps, mais les élites francophones   se sont toujours refusées à admettre la réalité : d’étape en étape, une conscience collective a fini par se forger au Nord. Une Nation est née, qui tend à se muer en Etat.

L’attitude de la N-VA ne fait que s’inscrire dans la logique de ce que le Parlement flamand a approuvé, en 1999, avec ces fameuses résolutions d’inspiration résolument confédéraliste. A l’époque, la N-VA n’existait pas encore. C’est d’ailleurs un démocrate-chrétien flamand, Luc Van den Brande, qui a, au début des années 90, alors qu’il était ministre-président flamand,  lancé l’offensive. Le 14 janvier 1993, ne déclarait-il pas au « Soir » : Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme.

Voilà donc près de 20 ans que la Flandre a annoncé la couleur : pour elle, le schéma fédéraliste est clairement dépassé. Il a atteint ses limites, pour reprendre le constat de l’ex-Premier ministre démocrate-chrétien flamand, Yves Leterme, celui-là même qui fut l’artisan, en 2004, du cartel avec la N-VA, dont le programme annonçait, sans la moindre ambiguïté, l’émergence d’une République flamande au sein de l’Europe.

Monsieur le Président,

Vous commettez l’erreur de penser que le courant nationaliste ne passe que par la seule N-VA. Or, comme l’a fort justement fait remarquer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Avec sa légendaire lucidité, François Perin avait bien saisi les choses. Dès 1962, dans » La Belgique au défi », il écrivait : Elle  (la Flandre) est devenue un Etat dans l’Etat. Et il ajoutait que l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégations des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…). Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Les responsables francophones ne cessent de snober l’histoire du Mouvement flamand, qu’ils semblent bien mal connaître.

Le 4 janvier 2008, Philippe Moureaux déclarait ainsi au « Vif/L’Express » : Pouvions-nous imaginer qu’un jour, il y aurait une telle poussée séparatiste au nord du pays ? ». Quant à Paul Magnette, il lâchait : On croyait que tout cela n’était que du folklore !

Eternels « demandeurs de rien », les politiques francophones ont toujours fini par céder. Leur barricade était en papier mâché, pour reprendre l’expression de Paul-Henry Gendebien.

Faut-il vous rappeler comment, en 2001, Joëlle Milquet a fini par se montrer conciliante en échange de quelques faveurs qui furent accordées à l’enseignement libre ? Furent ainsi concédées à la Flandre des avantages que l’on se refusait à envisager trois mois plus tôt : surreprésentation de la minorité flamande au Parlement régional bruxellois, présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux bruxellois, régionalisation de la loi communale permettant de mettre au pas les francophones de la périphérie. Et, quelques années plus tard, c’était au tour de BHV d’être scindé !

En  bon gestionnaire, Bart De Wever ne laisse rien au hasard. Il sait qu’à la fin du premier trimestre 2015, la Belgique a affiché, dans la zone euro, la plus forte hausse du ratio de la dette publique par rapport au PIB : 4,5% pour atteindre 111% (447,8 milliards d’euros). D’où son souci de faire baisser cette dette, de façon à ce que la Flandre, le moment venu, puisse prendre son envol dans les meilleurs conditions possibles. Deux à trois années d’efforts sont encore nécessaires, a-t-til récemment déclaré.

Pour Remi Vermeiren, l’ex-patron de la KBC et l’initiateur, il y a dix ans, du fameux manifeste « De Warande », il conviendrait de scinder la dette selon la clé 55% pour la Flandre, 35% pour la Wallonie et 10% pour Bruxelles.

En 2015, une telle répartition aurait donné 246,29 milliards pour la Flandre (avec un PIB de 234,5 milliards), 156,73 milliards pour la Wallonie (avec un PIB de 90,228 milliards) et 44,78 milliards pour Bruxelles (avec un PIB de 67,278 milliards).

Il est clair qu’avec un ratio dette/PIB dépassant largement les 150%, une Wallonie indépendante serait confrontée à un scénario à la grecque. Et on voit mal les Bruxellois francophones se montrer solidaires d’une telle situation. Ceux qui nourrissent le projet de voir la Fédération Wallonie-Bruxelles se muer en une « Belgique réduite » (n’est-ce pas le cas de Francis Delpérée ?) se leurrent donc profondément.

Dans son interview-testament au « Soir », en août 2011, François Perin déclarait : Le nationalisme flamand est bien ancré. Il ne s’arrête jamais. Pour Bruxelles, il proposait un statut de Ville-Etat. Et il envisageait une Wallonie intégrée à la France, avec un statut particulier.

Ce schéma d’avenir a été sérieusement analysé lors des Etats généraux de Wallonie, démarche citoyenne que j’ai initiée en 2009, ainsi que par les Cahiers du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France). Tout cela a fait l’objet de publications.

Gouverner, c’est prévoir. Rien n’est plus dramatique que de se retrouver un jour mis devant le fait accompli, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

N’est-il pas urgent que les francophones ôtent leurs œillères ? Le Royaume de Belgique n’est pas voué à la vie éternelle.

 (1) Auteur notamment du « Petit guide de l’après-Belgique (Editions Mols, 2010) et de  « François Perin – Biographie » (Editions Le Cri, 2015).

Didier Reynders prône la régionalisation de compétences de la FWB

« Le Soir », Belga, 23 janvier 2016

2016-01-23_112520Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) s’est prononcé en faveur de la régionalisation des compétences actuellement détenues par la Fédération Wallonie-Bruxelles, une institution très faible selon lui.

La logique est et sera de plus en plus une logique à quatre : la Flandre, la Wallonie, Bruxelles et les germanophones, a-t-il déclaré dans une interview publiée samedi par L’Echo.

Bye Bye Belgium, selon YouTube

« Le Vif/L’Express », 22 janvier 2016

Il y a Liesbeth Homans… et il y a YouTube qui, sur son canal Top Lists, a dressé la liste des dix pays qui n’existeront probablement plus d’ici vingt ans.

2016-01-23_112801

 

Avec nos bisbilles communautaires, la Belgique y figure à la huitième place, en bonne place à côté de l’Espagne, de la Corée du Nord, de la Chine, de la Libye ou encore du Royaume-Uni. La première place étant occupée par les Maldives.