Archives mensuelles : octobre 2015

Permis de conduire : ce que la Wallonie veut changer

Olivia Lepropre, « Le Vif », 20 octobre 2015

Des réformes de l’apprentissage de la conduite sont en cours, en Flandre et en Wallonie. Voici les mesures envisagées par le ministre wallon en charge de la sécurité routière.

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© BELGA

La compétence qui concerne l’apprentissage de la conduite ayant été transférée aux Régions lors de la sixième réforme de l’Etat, ces dernières se penchent sur des réformes de l’examen.

Le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts a présenté mardi les grandes lignes de l’examen du permis de conduire pour le nord du pays, qui comptera notamment des manoeuvres supplémentaires pour la partie pratique, tandis que les fautes graves seront plus lourdement sanctionnées lors de la partie théorique.

Côté wallon, le travail d’élaboration de la réforme de la formation à la conduite a commencé, avait répondu le ministre wallon en charge de la sécurité routière Maxime Prévot (cdH), à une question parlementaire sur l’apprentissage de la conduite, le 13 octobre dernier.

Un permis par étapes

Les éléments de bases tels que la connaissance du Code de la route et la maîtrise générale du véhicule persisteront, bien entendu. Mais l’accent sera également mis sur les compétences de perception des risques, les facteurs d’accroissement des risques et l’auto-évaluation lors de l’apprentissage.

L’établissement d’une formation à la conduite plus progressive ou plus étalée, parfois appelée permis par étapes sera également renforcé, a affirmé le ministre.

D’autres styles de conduite feront aussi partie de la réforme, par exemple l’intégration de la conduite de nuit et des principes d’écoconduite.

Pas de suppression de la filière libre

Selon le ministre, il est encore trop tôt pour déterminer une évolution précise pour filières libres, mais une chose est sûre : « les deux filières actuelles seront maintenues et concernées par la réforme pour les améliorer ». Bien qu’évoquée par le passé, la suppression de la filière libre n’est pas à l’ordre du jour. Elle sera cependant modernisée et va faire l’objet d’évolutions.

L’expérience et le nombre de kilomètres parcourus compteront aussi, dans le cadre d’un apprentissage correct en préparation à l’examen et au permis de conduire.

Favoriser l’accessibilité financière

Selon la Déclaration de politique régionale, il y aura également une volonté de la Région wallonne de favoriser l’accessibilité financière au permis, qui coûte assez cher. Ce sera notamment le cas pour les personnes qui sont plus socio- économiquement fragilisées ou qui sont issues de familles qui ont peu de moyens pour leur permettre d’être adéquatement formées et d’avoir leur permis.

Le ministre souhaite enfin trouver un système qui permettre d’éviter la concurrence déloyale par rapport au secteur de l’apprentissage de la conduite, « secteur qui a ses contraintes et qui doit être soutenu ».

Quinze talents wallons mis à l’honneur pour les 35 ans du Parlement de Wallonie

« La Libre Belgique », 20 octobre 2014

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Dans le domaine culturel, le comédien sérésien David Murgia, l’humoriste, imitateur et chroniqueur Fabian Le Castel ainsi que le dessinateur de bandes dessinées E411, auteur de « Max et Bouzouki » et « Maître Corbaque » notamment, ont reçu un trophée à l’effigie du coq wallon.

Les associations SES (Service Education pour la Santé) de Michèle Quinet, qui travaille pour la santé en prison, « Nos yeux dans la lumière » de Betty Pineri à destination des malvoyants et GAMS (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles) d’Halimatou Barry ont été mises à l’honneur.

Parmi les entreprises wallonnes, sont reconnus « talents wallons » les fabricants de meubles Kewlox de Geneviève Leclercq à Leuze (Eghezée, province de Namur), Lambda-X d’Olivier Dupont spécialisée dans l’aérospatial, la défense et le contrôle qualitatif dans l’industrie ophtalmique à Nivelles, la société de solution informatique Level IT d’Olivier Hault et la graphiste Laureen Delhaye.

Au niveau de la sphère environnementale, Géry Despret, administrateur-délégué de la fabrique de matériaux de construction en terre crue Argio, et Thierry Duytschaever de la pépinière La Roseraie ont également reçu un trophée.

Outre le constructeur et réparateur d’orgues André Thomas à Francorchamps, les artisans Gaëtan Patin pour sa bière La Corne du Bois des Pendus et le chocolatier-pâtissier Jean-Philippe Darcis ont été récompensés.

Le bassin de la Ruhr inspire Paul Magnette pour la Wallonie

« Trends Tendances », Belga, 20 octobre 2015

Le ministre-président wallon, Paul Magnette, a poursuivi mardi sa mission en Allemagne par une visite du Zeche Zollverein à Essen, un ancien charbonnage transformé en incubateur d’entreprises innovantes et en haut lieu culturel. La région du bassin de la Ruhr, à l’ouest du pays, pourrait inspirer la Wallonie, estime-t-il.

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Le Zeche Zollverein a fermé il y a près de 25 ans. Le processus de reconversion est beaucoup plus avancé qu’en Wallonie, où les derniers sites sidérurgiques ont fermé tout récemment, relève le ministre-président. Ici, on n’est pas dans une logique purement patrimoniale, ce qui est parfois le cas chez nous. Il y a un aspect patrimonial, mais aussi des centres de formation, de recherche,… C’est un lieu très vivant et un levier de l’économie créative, applaudit le socialiste.

Capitale européenne de la culture en 2010, la ville d’Essen a insufflé une dynamique qui rejaillit sur tout le bassin de la Ruhr. Dans cette zone urbaine de plus de 5 millions d’habitants, les universités et salles de concert ont remplacé les mines de charbon. Si le taux de chômage reste plus élevé que la moyenne nationale, l’industrie créative et culturelle est en croissance. Elle représente 50.000 entreprises, 315.000 emplois et un chiffre d’affaires de 36 milliards d’euros, selon les données du cabinet de M. Magnette.

Nous devons réfléchir à la manière de faire de Mons 2015 un levier économique à long terme pour toute la Wallonie, prolonge le Premier wallon.

Les entreprises du bassin de la Ruhr ont largement contribué à la reconversion de cette région, souligne-t-il également. « Elles ont compris que, si la Ruhr a une image positive, elles en bénéficient aussi. Pour l’instant, les entreprises wallonnes s’impliquent trop peu. »

Mardi en milieu d’après-midi, Paul Magnette a quitté Essen pour rejoindre la ville de Düsseldorf, au sud de la Ruhr. Il y a rencontré l’administrateur délégué de la Deutsche Lagerhaus, Hans-Jörg Simon. La Deutsche Lagerhaus est propriétaire de plus de 50% des concessions du Trilogiport de Liège. Cette plate-forme multimodale (eau, rail, route) doit être inaugurée le 13 novembre prochain.

Le ministre-président s’est ensuite entretenu avec son homologue du land de Rhénanie-du-nord – Westphalie, Hannelore Kraft (SPD).

Le MR dénonce un budget wallon 2016 d’«illusionnistes»

« Le Vif », Belga, 8 octobre 2015

Le MR, premier parti d’opposition au parlement wallon, a jugé jeudi « cousu de fil blanc » l’échec du gouvernement wallon à revenir à l’équilibre budgétaire en 2018, dénonçant au passage un budget 2016 « d’illusionnistes ».

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Quand les déficits s’accumulent, que la dette devient pharaonique, comment peut-on imaginer un seul instant que l’on reviendra dans les clous en 2018, s’insurge Pierre-Yves Jeholet, chef du groupe MR à la Région wallonne.

Paul Magnette et son équipe préparent déjà le terrain et s’apprêtent à évoquer le tax shift fédéral comme prétexte à l’absence d’équilibre des finances régionales pour 2018, estime le réformateur.

Il défend au passage les effets retour du tax shift pour la Région: la réduction des cotisations sociales dopera la productivité et le taux d’emploi – particulièrement faible en Wallonie -, l’augmentation du pouvoir achat sur les bas et moyens revenus permettra de supprimer ou de réduire sensiblement les pièges à l’emploi.

Alors que le gouvernement wallon évoque l’opportunité de mener indépendamment des travaux budgétaires une réforme fiscale budgétairement neutre, le MR affirme que l’exécutif est incapable de présenter son tax shift, en raison de l’état de l’administration fiscale et de la stagnation de la réforme portant sur le transfert des cotisations sociales ciblées (parafiscalité).

C’est de l’austérité, martèle Ecolo

Le gouvernement wallon s’entête dans sa marche accélérée vers l’équilibre budgétaire, alors qu’il est urgent de réoxygéner les secteurs en souffrance, a dénoncé jeudi Ecolo, à l’annonce d’un budget régional 2016 que le gouvernement présente comme un exercice de rigueur, mais que les Verts voient comme de l’austérité.

Aucune impulsion significative n’est prise pour rencontrer les enjeux écologiques ou pour répondre aux défis de la justice sociale, a estimé Patrick Dupriez, co-président d’Ecolo et ex-président du parlement wallon.

Je suis particulièrement inquiet des conséquences de ces choix pour certaines missions de service public exercées par les pararégionaux (TEC, logement, FOREM, par exemple) et pour le tissu associatif, déjà fortement ébranlés par les mesures mises en oeuvre en 2015, a ajouté Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo au parlement wallon.

Ecolo estime également qu’aucun engagement n’est pris pour concrétiser le Plan de lutte contre la pauvreté, notamment en faveur des CPAS.

Quant aux moyens dégagés pour le parcours d’accueil des primo-arrivants, ils sont « bienvenus mais totalement insuffisants par rapport aux annonces faites par le gouvernement en termes d’obligation ».

Ce parcours d’insertion risque dès lors de devenir un parcours d’exclusion, selon le député Vert.

Ecolo en appelle lui aussi à un tax shift wallon, avec l’ambition de rendre la fiscalité plus juste et plus durable. Capacité contributive, TV redevance, verdissement de la fiscalité automobile: dans le discours, le gouvernement quitte peu à peu sa posture absurde du ‘On ne touche à rien’. Toutefois, il n’est, pour l’heure, pas au rendez-vous de la solidarité, selon Stéphane Hazée.

Des moyens complémentaires pour la COP21 et les primes énergie/logement

Le conclave budgétaire wallon a permis de dégager 7 millions d’euros supplémentaires pour la solidarité climatique internationale, a fait valoir jeudi le ministre wallon du Climat Paul Furlan, dans la perspective de la conférence de Paris sur le climat.

Par ailleurs, un budget complémentaire de 34 millions d’euros a été consacré au paiement des primes « énergie et logement », a souligné M. Furlan, également compétent en ces matières.

Ce montant permettra au ministre socialiste « d’apurer l’encours impayé laissé par son prédécesseur (Jean-Marc Nollet, Ecolo, NDLR) et de poursuivre ses politiques de rénovation du bâti wallon et de sa performance énergétique », fait valoir le cabinet du ministre dans un communiqué.

Enfin, le gouvernement a prévu 10 millions d’euros dans le cadre de la politique de la ville pour lutter contre la « ghettoïsation des centres » urbains.

Budget wallon : le gouvernement PS-CDH s’entend pour réduire le déficit d’un tiers

« Le Vif », Belga, 8 octobre 2015

Le gouvernement wallon a décidé jeudi de réduire le déficit budgétaire de 32% l’an prochain, en s’appuyant notamment sur la future redevance kilométrique des poids lourds, mais aussi sur 131 millions d’euros d’économies nouvelles sur les dépenses, tout en dégageant 185 millions pour des politiques nouvelles.

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En s’accordant sur un déficit de 375 millions d’euros pour fin 2016 – supérieur aux 300 millions envisagés à l’automne 2014, avant l’ajustement budgétaire du printemps dernier -, la coalition PS-cdH garde le cap d’un retour à l’équilibre en 2018 tel qu’elle s’y est engagée dans le programme de stabilité de la Belgique remis à l’Europe.

L’équipe Magnette-Prévot avait vu le déficit 2014 exploser en raison notamment de nouvelles règles comptables européennes et de paramètres macro-économiques défavorables. Pour y remédier, il a grosso modo reproduit pour 2016 la rigueur du budget 2015, en confirmant 130 millions d’euros d’économies sur les dotations des organismes d’intérêt public (OIP), le gel des dépenses dites facultatives et des frais de fonctionnement, ainsi que la réduction des dépenses fiscales sur les titres-services, etc.

Au-delà, le gouvernement fera 131 millions d’euros d’économies supplémentaires. Elles passeront par des « corrections techniques » (80 millions) sur les recettes du Fonds de la recherche ou la prise en compte de l’inflation dans les compétences transférées. Trente millions seront récupérés grâce à la gestion active des charges de la dette, et 21 millions en réduisant les crédits des ministres (frais juridiques, commémorations, réduction d’acquisitions de terrains, de frais de fonctionnement, etc.).

L’effort passe aussi par 190 millions d’euros de recettes supplémentaires, dont 155,6 millions de rentrées attendues de la redevance kilométrique des poids lourds qui entrera en vigueur le 1er avril prochain, à compenser par 17 millions de « mesures d’accompagnement » pour les secteurs davantage touchés.

Le gouvernement compte aussi engranger 10 millions d’euros de recettes nouvelles provenant des donations immobilières, dont le recours sera encouragé via une réduction des droits.

Cinq autres millions sont attendus en repoussant de 5 ans (de 25 ans d’ancienneté à 30 ans) l’âge d’un véhicule pour accéder au système ancêtre, un durcissement justifié par des motifs écologiques pour des moteurs moins performants à cet égard. Un meilleur recouvrement des taxes régionales (5 millions) ou des dividendes d’entreprises (15 millions) sont aussi attendus.

Ces efforts permettent de préserver les politiques de redéploiement socio-économique du gouvernement que sont le Plan Marshall 4.0 et les co-financements de projets européens, fait valoir le gouvernement.

Ils ouvrent aussi la voie à des politiques nouvelles, comme le parcours d’intégration des primo-arrivants dont la caractère obligatoire sera complété. Sur les 10 millions supplémentaires prévus, un partage équitable a été agencé entre les compétences des ministres cdH Prévot (action sociale, cours de français et de citoyenneté) et PS Tillieux (insertion socio-professionnelle).

Le futur plan infrastructures (routes, etc) bénéficiera de 75 millions d’euros, le plan numérique (prototyping) et Creative Wallonia de 50 millions, le lien entre l’enseignement technique et professionnel et les centres de compétences de 9,6 millions.

Pour les agriculteurs confrontés à la crise des prix du lait et du porc, la Wallonie apportera 4,8 millions d’aides en plus d’un montant équivalent d’aides européennes, pour atteindre 9,6 millions, le maximum autorisé par l’Europe à la suite du Conseil agricole du 15 septembre dernier.

Pour 2017, le gouvernement envisage une nouvelle réduction du déficit de quelque 180 millions, toutes choses restant égales par ailleurs, selon l’équipe Magnette-Prévot.

L’impact du « virage fiscal » (tax shift) fédéral sur les Régions portera sur 2017, à l’exception de 35 millions d’euros budgétés sur 2016 en conséquence de l’augmentation de la déduction des frais professionnels forfaitaires.

Parcours d’intégration : «Le gouvernement wallon ne se donne pas les moyens de ses ambitions»

« Le Vif », Belga, 7 octobre 2015

Le Mouvement ouvrier chrétien (MOC) a vivement critiqué mardi le projet de parcours d’intégration entièrement obligatoire pour les primo-arrivants en Wallonie, que porte plus spécifiquement le vice-président CDH du gouvernement wallon et ministre de l’Action sociale Maxime Prévot.

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Ce parcours risque surtout de servir d’écran de fumée tant qu’une approche globale et multidimensionnelle des problèmes vécus ou subis par les populations d’origine étrangère n’est pas adoptée, a affirmé Christian Kunsch, président du MOC, dans un communiqué.

La priorité à ses yeux doit aller à la lutte contre les discriminations à l’embauche, à l’accès au logement, contre les discriminations scolaires, etc, dont souffrent les primo-arrivants.

Un autre écueil est de nature budgétaire, M. Prévot ayant annoncé une enveloppe probable de 10 millions d’euros. Le gouvernement wallon ne se donne pas les moyens de ses ambitions. A moins que ce projet de décret ne soit qu’une simple opération de communication politique?, interroge-t-il.

Pour M. Kunsch, il n’est pas cohérent d’envisager des sanctions si les moyens budgétaires sont insuffisants pour permettre à tous les primo-arrivants d’avoir accès au parcours d’intégration complet. De plus, le MOC ne peut cautionner une politique stigmatisante qui imposerait des sanctions disproportionnées aux primo-arrivants, comme la réduction des allocations en provenance des CPAS.

«Wallonie, connais-toi toi-même!»

Nous reproduisons ici la « carte blanche » de Jules Gazon, professeur émérite, HEC, Ecole de Gestion de l’Université de Liège » reprise sur le site du « Soir » ; ce 5 octobre 2015.

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Chiffres du Centre de Recherche en Économie Régionale et Politique Économique (CERPE) à l’appui, un économiste conclut qu’une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques.

Le calme institutionnel actuel ne peut dissimuler la volonté flamande d’instaurer un Etat confédéral avec rupture du lien solidaire entre les Régions. Cette option aura pour conséquence de confronter chaque Région à l’autonomie budgétaire y compris pour la sécurité sociale. Etonnamment, les statistiques officielles qu’elles soient nationales ou régionales, ignorent cette problématique. En Wallonie, le discours ambiant se veut optimiste. Le gouvernement souligne les réussites : les plans Marshall en sont et c’est bien de le faire savoir. Mais masquer l’ampleur de l’effort à fournir, le véritable état des lieux, c’est s’inscrire dans le scénario à la grecque. Cette descente des Grecs aux enfers pour avoir falsifié les chiffres ignorant la devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte : Connais-toi toi-même. Retardant d’autant la prise de conscience et notamment la mise en œuvre du redressement des finances publiques.

La Wallonie n’est pas la Grèce. Quoique ! Si les statistiques publiées ne sont pas trafiquées, elles sont trop souvent insuffisantes, voire ambiguës, pour mobiliser les acteurs dès aujourd’hui autour des défis à relever.

En avril 2015, le CERPE de l’Université de Namur a publié un cahier de recherche qui me permet d’actualiser une étude de 2011. Sur base des chiffres 2007-2012, la conclusion reste inchangée : une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques.

Une telle conclusion postule la connaissance du solde net à financer d’une Wallonie autonome, sécurité sociale comprise. Ce solde net à financer pour les Régions (Communautés incluses) avant prise en compte des intérêts de la dette publique est constitué de la somme du solde primaire net à financer (différence entre les recettes et les dépenses primaires) (1) de chacune des Régions (2) et de ce qui ressortit à chaque Région dans les comptes de l’entité fédérale en termes de recettes et de dépenses publiques. On obtient ainsi les soldes primaires de chacune des entités fédérées dans un cadre institutionnel d’autonomie (voir Tableau).

Le tableau établi selon l’optique du domicile (3), montre qu’en cas d’autonomie budgétaire, la Wallonie aurait présenté en 2012 un déficit primaire de 7,939 milliards d’euros, soit 8,83 % de son Produit Intérieur Brut (PIB) alors que la Flandre aurait enregistré la même année un surplus primaire de 7,411 milliards d’euros (3,45 % de son PIB) et Bruxelles un déficit primaire de 741 millions d’euros (1,04 % de son PIB).

La source majeure du déficit primaire pour la Wallonie autonome se loge au niveau des compétences de l’Entité fédérale afférentes à la Wallonie comme c’est le cas pour la sécurité sociale. C’est à ce niveau que se creuse le déficit de la Wallonie, déficit non directement ressenti par les Wallons en raison de la solidarité flamande.

Mais pour appréhender la dimension budgétaire d’une Wallonie autonome, il faut encore ajouter au déficit primaire les intérêts de la dette publique qui seraient imputables à la Wallonie. Sur base d’une répartition de la dette publique au prorata des Produits intérieurs bruts régionaux, sachant que les intérêts en 2012 se chiffraient à 13,257 milliards d’euros (4), le tableau affecte à chaque Région les intérêts qu’elle aurait dû supporter.

Ainsi le solde net à financer par la Région wallonne autonome se serait élevé en 2012 à 11,121 milliards, soit 12,37 % du PIB wallon et environ 24 % des dépenses publiques wallonnes (5).

Une telle réalité résultant de la rupture du lien solidaire avec la Flandre, déclencherait un processus infernal du type de celui que connaît la Grèce qui, en 2009, hasard des chiffres, présentait un solde net à financer en proportion de son PIB proche de celui calculé pour une Wallonie autonome. On sait donc ce que serait l’avenir wallon en l’absence d’une mobilisation immédiate, constructive et surtout consciente des vrais défis à relever. Une information objective et récurrente s’impose pour qu’aucun décideur politique, social ou économique ne puisse échapper à la vérité des chiffres. Connais-toi toi-même et sois responsable de tes décisions et comportements.

Quelles que soient les options institutionnelles futures, la Wallonie ne pourra se soustraire au redressement de ses finances publiques nécessitant une réduction drastique de son hypertrophie politico-administrative.

La continuité de la Belgique fédérale ne peut subsister que si la Flandre garantit le lien solidaire interrégional ce qui postule pour le moins que les Wallons acceptent la résorption du déficit qui leur est imputable. La septième réforme de l’Etat annoncée inscrit le futur du pays dans le confédéralisme qui imposera ces réformes. Une façon élégante de nommer la fin de la solidarité interrégionale et de créer les conditions de la scission du pays !

L’indépendance d’une Wallonie en cessation virtuelle de paiement n’est pas soutenable. Elle engendrerait un appauvrissement considérable des Wallons, l’insurrection voire l’éclatement de la Wallonie.

Une union de la Wallonie à Bruxelles, plus viable au plan économique, présenterait néanmoins un déficit public important. Mais elle se heurterait surtout à l’opposition tant des Bruxellois que des Flamands.

L’union à la France soutenue par certains (6) s’avérerait crédible grâce à un effet d’échelle rendant le déficit et la dette wallonne supportables par rapport au PIB de la France « augmentée » de la Wallonie. Cette union ne pourrait se limiter à une simple association. Elle postule nécessairement une intégration fusionnant les systèmes sociaux tout en autorisant si telle est la volonté des parties une relative autonomie wallonne au sein de la France.

(1) Dépenses, recettes et solde primaire à financer sont les dépenses, les recettes et le solde (recettes-dépenses) d’une entité publique avant prise en considération des charges d’intérêt.

(2) L’information statistique disponible ne permet pas d’évaluer au niveau régional les soldes des Entités communales et provinciales qui ne sont donc pas intégrés dans le calcul.

(3) L’ordre de grandeur des résultats selon l’optique du lieu de travail n’est pas sensiblement différent sauf pour Bruxelles qui, selon cette optique, est en surplus.

(4) Rapport 2014 de la BNB.

(5) On applique à la Wallonie le pourcentage des dépenses publiques belges par rapport au PIB belge qui en 2012, était de 51,4 %,

(6) Jacques Lenain : www.belgique-francaise.fr, proposition reprise par l’Alliance Wallonie France et son président Paul Durieux (https://alliancewalloniefrance.wordpress.com) et par d’autres comme Jules Gheude, Paul-Henry Gendebien ayant porté l’idée d’une fusion totale.

Linkebeek : le chœur des indignés n’a pas de mémoire

Jules Gheude, essayiste politique (1)

2015-10-05_193250Avec la décision de la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans, de dégommer définitivement Damien Thiéry du maïorat de Linkebeek pour le remplacer par le chef de l’opposition Eric De Bruycker, le chœur des indignés francophones s’est remis en marche.

Depuis son envoi des convocations électorales en français, la désignation de Damien Thiéry à la tête de la commune était contestée par la Flandre. Le contentieux traînait depuis 2007, et ce malgré le fait que personne n’ait eu à se plaindre de la gestion de l’intéressé.

Mais, on l’a vu avec l’affaire Happart, qui a monopolisé le débat politique durant les années 80, cela fait partie des abcès de fixation dans la problématique communautaire.

Notre propos n’est pas ici de retracer dans le détail la saga fouronnaise. Lors de la fixation de la frontière linguistique de 62-63, on sait comment ces six petits villages, à majorité francophone, ont été malencontreusement transférés de la province de Liège à celle du Limbourg.

Trois jours avant le vote final à la Chambre, le 31 décembre 1962, une consultation populaire avait pourtant été organisée par le Conseil provincial de Liège. Sur 2474 électeurs inscrits, 1562, soit un peu plus de 63%, s’étaient prononcés pour le maintien dans la province de Liège, avec un régime linguistique français et des facilités pour le néerlandais.

Le fait est que certains mandataires wallons avaient été au départ abusés par le fait  que les Fouronnais, dans leur immense majorité, utilisaient un patois germanique, le plat-deutsch. La plupart se ravisèrent, mais il se trouva encore 13 députés socialistes (parmi lesquels Léo Collard, Emile Lacroix et Edmond Leburton) et 11 sociaux-chrétiens pour avaliser le départ des Fourons vers la Flandre.

Dans une interview accordée au « Soir », le 22 janvier 1979, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Arthur Gilson (social-chrétien) a évoqué l’attitude du vice-Premier ministre socialiste Paul-Henri Spaak : Il ne s’en est pas caché : les Fourons votaient essentiellement catholique. Leur transfert au Limbourg permettait aux socialistes d’acquérir la majorité absolue au conseil provincial de Liège.

José Happart fut, lui aussi, sacrifié, en tant que bourgmestre des Fourons, par le camp socialiste dont il faisait partie.

Les informations qu’il nous a livrées, lors d’un entretien particulier, le 20 juin 1988, en disent long sur l’attitude de Guy Spitales, le président du PS à l’époque : Le mercredi 20 avril 1988, je dîne avec Guy Spitaels et Gérard Deprez (Ndlr : le président du PSC) et il est question de qu’ils veulent obtenir. Le vendredi, à 9h, Guy Spitaels m’expose ce qu’il est en mesure de décrocher. Je lui dis que je ne suis pas d’accord, car dans tout cela les Fourons restent en Flandre et le collège est composé à la proportionnelle. « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non », me rétorque-t-il.

Guy Spitaels connaissait donc parfaitement la position de José Happart. C’est donc bel bien le forcing qu’il a voulu faire en renonçant, le 27 avril 1988, à son mandat de négociateur et en disparaissant mystérieusement dans la nature.

José Happart ne sera donc jamais nommé bourgmestre. Le 30 avril 1988, lors du traditionnel bal du bourgmestre, alors que minuit vient de sonner et que la Fête du Travail débute officiellement, il vide son sac : Jadis, la fête du 1er mai était l’occasion de revendiquer le suffrage universel. Aujourd’hui, on approuve le suffrage capacitaire. Fourons est une petite fille violée, mais « ils » s’en moquent. (…) Après l’effarement, c’est la colère que je ressens. (…). Le général de la plus grande armée a pris le maquis parce qu’il a peur. Où sont les parlementaires qui étaient ici l’an dernier pour vous demander vos voix ? Ils attendent un maroquin ministériel. On a été roulés dans la farine. Ils ont tout cédé !

Mais bien vite, José Happart rentrera dans le rang pour aller siéger au Parlement de Strasbourg. Et on le retrouvera ministre du gouvernement wallon et président du Parlement wallon. Tout cela sous l’étiquette socialiste…

Les libéraux francophones n’ont pas, eux aussi, soutenu l’intéressé. Pour le vice-Premier ministre Jean Gol, l’affaire Happart est médiocre et ne mérite pas une crise  qui ferait de nous la risée du monde.

Jean Gol est même d’accord, pour apaiser le CVP, de frapper immédiatement José Happart sans attendre le vote définitif au Parlement. Mais ce problème de la sanction préalable, sans fondement légal va entraîner le non possumus du PSC Philippe Maystadt.

François Perin, qui a toujours soutenu le combat légitime des Fouronnais, aura des mots acides pour son ancien compagnon de route. Dans « Le Peuple » du 8 octobre 1986, il déclare : Jean Gol joue à l’homme d’Etat. Il débarque du Zaïre et déclare en substance, avec un léger mépris, que nos petits problèmes sont misérables et ridicules. Avec la fonction, le sens de l’Etat pousse… Et puis, il est libéral et voit avant tout sa politique d’assainissement. ; il ne veut pas réduire cette politique à néant pour cela. Vous savez, c’est une attitude qui plaît encore dans certains milieux. Il y a aussi le fait que le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur sont déjà brûlés jusqu’au coup dans l’affaire des Fourons ; alors pourquoi devrait-il lui aussi monter au feu ?

Eternels demandeurs de rien, les francophones ont finalement accepté, en 2001, d’octroyer des contreparties politiques à la Flandre en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française et de ses écoles. Comme le rappelle Paul-Henry Gendebien, dans son livre « « Belgique : le dernier quart d’heure » (Quartier Libre, 2006 : Comme le PS et le MR, le FDF et le CDH trempèrent à leur tour dans la combinaison. La barricade francophone était en papier mâché. Furent ainsi concédés en finale des avantages  que l’on se refusait à envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux, régionalisation de la loi communale en vue d’offrir à la Flandre des moyens plus vigoureux pour mettre au pas les Francophones de la périphérie.

Le sort réservé aujourd’hui à Damien Théry découle directement de tout cela. Mais le chœur des indignés n’a pas de mémoire.

(1) Dernier ouvrage paru « François Perin – Une Plume / L’Oeuvre écrite », préface de Michel Hermans, Les Editions de la Province de Liège.

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A propos de la dette wallonne…

2015-10-05_192233On trouvera ici l’interview de Damien Piron, doctorant en sciences politiques de l’ULg, consacrée à la dette wallonne : http://www.revue-democratie.be/index.php/politique-belge/18-politique-belge/1121-la-dette-wallonne-a-l-epreuve-de-l-europe-interview-de-damien-piron

De nos investigations et en recoupement avec l’analyse de M. Piron, la dette de la Région wallonne s’est bien accrue de 450 millions d’euros (1,1 milliard moins 650 millions d’économie sur les dépenses (parastataux, subsides, primes, non-remplacement de fonctionnaires,…).

Cette dette était, comme le ministre wallon du Budget, Christophe Lacroix, l’a lui-même confirmé, de 18,6 milliards fin 2013. On peut donc estimer que, fin 2014, elle était de 19 milliards, soit 23,6% du PIB, si l’on prend en considération la valeur publiée par l’IWEPS :

Région 2011 2012 2013 2014 2015 Moyenne 2004-2013
En millions d’euros (euros chaînés, année de référence 2010)
Wallonie 88.290 88.099 88.411 89.229 90.228
Bruxelles 68.394 67.026 67.278
Flandre 214.816 216.728 217.192

Il convient toutefois de souligner que les exportations wallonnes ne s’élèvent qu’à 44,3 milliards (en incluant le gaz qui transite dans les conduites de Fluxys), ce qui ne représente même pas 50% de notre PIB. C’est nettement trop peu. Comme le souligne, en effet, M. Piron, le montant des exportations est un facteur très important dans un PIB.

Enfin, il faut bien constater que depuis la mise en route du Plan Marshall, il y a plus de dix ans, ce concept a coûté bien plus qu’il n’a rapporté, compte tenu de la faiblesse des responsables de gestion des pôles d’activités.

 

 

Les ministres wallons ont suspendu leurs travaux budgétaires

« La Libre Belgique », Belga, 3 octobre 2015

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Les ministres du gouvernement wallon réunis samedi en conclave budgétaire ont suspendu leurs travaux en fin d’après-midi. Ils devraient les reprendre lundi matin sans certitude d’aboutir durant la même journée, a-t-on appris auprès de la porte-parole du ministre wallon du Budget Christophe Lacroix. Il est également prévu de réunir des groupes de travail.

Il y a un peu plus d’une semaine, à l’entame du conclave, le ministre wallon du Budget avait dit espérer pouvoir réduire le déficit budgétaire d’une centaine de millions d’euros l’an prochain par rapport à 2015.

Le déficit 2015, que le gouvernement espérait initialement limiter à 450 millions d’euros (0,1% du Produit intérieur brut, PIB), s’était creusé lors du premier ajustement budgétaire du printemps sous l’effet de paramètres macro-économiques défavorables et d’une réduction des recettes – notamment celles à l’Impôt des personnes physiques (IPP), qui fut l’objet d’un bras de fer comptable avec le Fédéral.

Malgré les quelque 850 millions d’euros d’efforts fournis par la Wallonie sur l’exercice 2015, le déficit devrait s’élever à quelque 555 millions d’euros.