Quand Paul Magnette soutient Damien Thiéry

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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Invité, ce 28 octobre, par la RTBF pour l’émission « L’Interview », Paul Magnette s’est gaussé de la réaction tiède du MR au sujet de l’éviction de Damien Thiéry du poste de bourgmestre à Linkebeek. Pas question, en, tout cas, pour le ministre-président de la Région wallonne, de lâcher l’intéressé dans son légitime combat ! Un comportement qui fait sourire, lorsque l’on sait comment, en 1988, Guy Spitaels, alors président du PS, finit par sacrifier José Happart.

L’affaire de Linkebeek, en effet, n’est pas sans rappeler les turbulences fouronnaises qui secouèrent le gouvernement durant les années 80.

A l’instar de l’équipe Martens-Gol, la coalition « suédoise » de Charles Michel est engagée dans une politique de rigueur visant à relancer la croissance et à réduire le déficit budgétaire. Dans les deux cas, l’action du gouvernement se trouve perturbée par un abcès de fixation communautaire. En cause, des élus francophones largement plébiscités, mais que la Flandre n’entend pas nommer comme bourgmestres, l’un parce qu’il ne veut pas apporter la preuve de sa connaissance du néerlandais, l’autre parce qu’il a eu l’outrecuidance d’adresser les convocations électorales en français.

Et les responsables francophones de s’indigner : la démocratie n’est pas négociable !

Devenu l’une des locomotives électorales du PS aves ses 234.996 voix aux élections européennes de 1984, José Happart sera pourtant lâché, quatre ans plus tard, par le président de son parti.

Lors d’un entretien particulier que nous eûmes avec lui, le 20 juin 1988, il nous expliqua : Le mercredi 20 avril 1988, je dîne avec Guy Spitaels et Gérard Deprez (le président du PSC) et il est question de qu’ils veulent obtenir. Le vendredi, à 9h, Guy Spitaels m’expose ce qu’il est en mesure de décrocher. Je lui dis que je ne suis pas d’accord, car dans tout cela les Fourons restent en Flandre et le collège est composé à la proportionnelle. « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non », me rétorque-t-il.

Guy Spitaels connaissait donc parfaitement la position de José Happart. C’est donc bel bien le forcing qu’il a voulu faire en renonçant, le 27 avril 1988, à son mandat de négociateur et en disparaissant mystérieusement dans la nature.

On se souvient des propos très durs tenus par le « hérisson fouronnais », le 30 avril 1988, lors du traditionnel bal du bourgmestre :     Jadis, la fête du 1er mai était l’occasion de revendiquer le suffrage universel. Aujourd’hui, on approuve le suffrage capacitaire. Fourons est une petite fille violée. Mais « ils » s’en moquent. (…) Le goût du pouvoir, la volonté d’aller au bac, comme on dit, les a aveuglés.

Certes, le retrait de José Happart permit d’engendrer une avancée significative au niveau de la réforme de l’Etat (notamment la communautarisation de l’enseignement et la mise sur pied de la Région bruxelloise). Mais la démocratie n’en sortit pas moins bafouée.

Paul Magnette confirme aujourd’hui qu’il n’entend pas s’engager dans une 7ème réforme de l’Etat. Sur ce point aussi, il convient d’avoir de la mémoire.

En 2001, les responsables francophones étaient également « demandeurs de rien ». Mais, confrontés aux difficultés budgétaires de la Communauté française, ils finirent, en échange d’un maigre refinancement, par plier l’échine. Comme l’explique Paul-Henry Gendebien, dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » :

On n’entendit plus les matamores se proclamant « non demandeurs ». (…) La barricade était en papier mâché. Furent ainsi concédés en finale des avantages profitables que l’on se refusait à envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux ; régionalisation de la loi communale (…).

 C’est cette dernière concession  qui permet aujourd’hui à la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans, d’agir comme elle le fait.

On peut comprendre l’embarras du Premier ministre Charles Michel, face à la décision des conseillers communaux francophones de Linkebeek de démissionner. Olivier Chastel, le président du MR, a clairement fait savoir qu’il apportait son soutien à Damien Thiéry. Jusqu’à faire chuter le gouvernement ? C’est une autre question ! José Happart est bien placé pour le savoir…

(1) A paraître prochainement : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri.