«Le démantèlement de la Belgique est irréversible : Les Wallons voteront alors de nouveau avec leur cœur !»

Nous présentons ici la version française de la chronique de Jules Gheude, placée ce 25 octobre, sur le site de l’hebdomadaire flamand « Knack » :

http://www.knack.be/nieuws/belgie/ontmanteling-van-belgie-is-onherroepelijk-proces-walen-zullen-dan-opnieuw-met-hun-hart-stemmen/article-opinion-619953.html

2015-10-27_201746Jules Gheude, essayiste politique et président-fondateur des Etats généraux de Wallonie. Il plaide pour la réunion de la Wallonie à la France si la Belgique devait se démanteler

« La visite du Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, au Parlement flamand n’a guère suscité d’intérêt en Belgique francophone, écrit Jules Gheude. C’est pourtant un événement important qui reflète la réalité. »

La visite du Premier ministre néerlandais Mark Rutte au Parlement flamand, le 15 octobre dernier, n’a guère rencontré d’écho auprès des médias francophones. Il s’agit cependant d’un événement important qui reflète la réalité : la Flandre est devenue un Etat-Nation, avec son propre ministère des Affaires étrangères.

Le 18 mars 2011, Bart De Wever a également été reçu à Londres comme un véritable chef d’Etat par le Premier ministre britannique David Cameron. « La Libre Belgique » titra : Cameron a déployé le tapis rouge pour la N-VA.

Dans son interview-testament accordée au « Soir », le 6 août 2011, François Perin déclara : Le Mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». Et vous aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – et la France ne verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

Ce sont également les propos qu’un ambassadeur français m’a tenus, il y trente ans…

La situation est tout autre en Wallonie. Il n’y a pas ici de sentiment collectif. Certains politiciens ont certes tenté d’affirmer une identité wallonne, mais c’est une démarche dépourvue de sens. Une identité ne se décrète pas. C’est un phénomène spontané.

Le mot « Wallonie » n’a été utilisé pour la première fois qu’en 1844, par l’écrivain namurois Charles Grandgagnage. L’adjectif « Wallon » (qui trouve son étymologie dans «Wahl » ou «Welche ») était utilisé par les Francs pour désigner les « populations romanisées ».

Identité française

Il ne faut pas tourner autour du pot : la Wallonie, pour ce qui est de sa langue et de sa culture, dispose d’une identité française. Certes, comme toute région de France, elle possède des spécificités propres : folklore, dialectes, cuisine, … Mais le tronc commun est incontestablement français.

Il y a exactement 70 ans (le 20 octobre 1945), un Congrès National Wallon s’’est tenu à Liège pour se prononcer sur l’avenir de la Wallonie. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Mouvement wallon se montra très actif par le biais de la résistance. Le ressentiment était très grand après la libération anticipée des prisonniers flamands et la « France Libre » du général de Gaulle trouva immédiatement un écho chez les militants wallons.

1048 congressistes : jamais un rassemblement n’avait été aussi représentatif de la population wallonne. Plus de 80 journalistes – de Belgique, mais aussi de France, des Pays-Bas et de Suisse – étaient présents.

Quatre scénarios furent proposés : 1° le maintien de la structure unitaire avec des adaptations ; 2° une réforme fédérale ; 3° une Wallonie indépendante ; 4° la réunion à la France.

La dernière option recueillit 486 voix, soit la majorité relative. Le cœur wallon s’était exprimé. Mais l’on savait fort bien que le temps n’était pas mûr pour un tel changement : la France avait d’autres questions à régler avec l’Amérique et la Grande-Bretagne.

Le vote de la raison

Aussi le président du Congrès proposa-t-il  un second vote à main levée afin de se prononcer « selon la raison ». Et l’option d’une Wallonie autonome dans le cadre belge – la fédéralisation du pays – obtint la quasi-totalité des suffrages. Seuls 12 participants émirent un vote différent.

De Gaulle raconta plus tard à son ministre Alain Peyrefitte qu’il avait été sur le point d’intervenir : Il aurait suffi que je claque des doigts. Mais à la fin de la guerre, nous avions suffisamment de difficultés avec les Anglais et les Américains pour ne pas rajouter celle-là. La Wallonie existe, mais il n’y a pas de nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un Etat. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française dont ils ont déjà fait partie. Le jour où la Wallonie, par la voix de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous lui ouvririons les bras de grand cœur.

En mai 2004, Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, a signé un accord de coopération avec Jean-Claude Vancauwenberghe, le ministre-président wallon. Pour dynamiser cet accord, André Antoine, le président du Parlement wallon, ne pourrait-il pas inviter le Premier ministre français, Manuel Valls ?

Le démantèlement de la Belgique est un processus irréversible. Le jour dont parlait de Gaulle approche. Les Wallons se prononceront alors de nouveau avec leur cœur.