Jean-Claude Marcourt: «Oui à la régionalisation de la culture et de l’enseignement, mais plus tard»

François Brabant, « La Libre Belgique », 24 octobre 2015

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Liège en automne. Foire d’octobre oblige, la liesse a envahi les boulevards, où la foule se gave de lacquemants et de marrons grillés. Des cris hystériques déchirent l’air, ceux d’intrépides garçons et filles qui ont souscrit aux attractions les plus extrêmes.

A deux pas, place Sainte-Véronique, d’autres préfèrent des loisirs studieux. Au siège de la fédération liégeoise du PS, il faut d’abord pousser une porte cochère, traverser une courette humide, puis longer le « hall of fame » du socialisme local, un couloir aux murs ornés de portraits d’anciennes gloires (Joseph Merlot, Edouard Close, Michel Daerden, Guy Mathot…), pour enfin entrer dans une salle éclairée par des néons criards.

Ce soir, Jean-Claude Marcourt invite. Le vice-président des gouvernements de la Région wallonne et de la Communauté française a sollicité la venue de Marc Bourgeois, juriste de l’ULg, et de Benoît Bayenet, économiste de l’ULB.

Pendant une heure, devant une cinquantaine de militants (parmi lesquels l’ancien ministre-Président wallon Jean-Maurice Dehousse), les deux professeurs vont exposer les ressorts de la 6e réforme de l’Etat et les subtilités de la Loi spéciale de financement.

Soutien de principe

Le débat était prévu de longue date. Il prend un relief particulier en raison de la carte blanche que viennent de publier, dans « La Libre », Christophe Collignon, Pierre-Yves Dermagne et Nicolas Martin. Les trois députés PS réclament plus d’autonomie pour la Wallonie.

Qu’en pense Jean-Claude Marcourt, chef de file du courant régionaliste au PS ? Interrogé en marge de l’événement, il réaffirme son soutien de principe à une régionalisation de l’enseignement, mais aussi de la culture, des compétences aujourd’hui gérées par la Communauté française. Nous devons réfléchir à une évolution du modèle. L’enseignement et la culture font partie du projet collectif qui s’enracine dans le territoire régional.

Manifestement agacé par la ministre de l’Enseignement Joëlle Milquet (CDH), qui avait accusé les partisans de la régionalisation de faire le jeu des séparatistes, le Liégeois a tenu à s’en démarquer. Une plus grande adéquation entre les politiques d’enseignement, de formation et d’économie serait un atout , insiste-t-il. Même si, bien sûr, il faudra garder des normes communes pour la certification des diplômes.

L’heure n’est pas aux chantiers institutionnels, juge toutefois Marcourt. Il faut avancer paisiblement, avec sang-froid, en se donnant d’abord le temps de digérer la 6e réforme de l’Etat. Je ne pense donc pas que la régionalisation de l’enseignement et de la culture sera le sujet dont on parlera sous cette législature. Ce n’est pas mûr.