Archives mensuelles : octobre 2015

«Pourquoi la crise politique en Catalogne tombe très mal pour la pour la N-VA»

2015-11-03_211911Bart Maddens (KU Leuven)  |  Politicoloog aan de KULeuven  |  OPINIE

« Knack », 31 octobre 2015 – Traduit par Jules Gheude

 

«La question catalane peut aviver les oppositions au sein de la N-VA entre les nationalistes radicaux et les adeptes de la Realpolitik », écrit le politologue Bart Maddens (KULeuven)

 

Oseraient-ils vraiment le faire ? Sans doute les deux partis avaient-ils promis de le faire s’ils obtenaient une majorité absolue en sièges. Mais ce fut tout de même un choc lorsque la N-VA et le Vlaams Belang, un mois après les élections, déposèrent leur proposition de résolution. Car ce faisant, ils posent bien une bombe sous la Belgique :

« Le Parlement flamand déclare solennellement engager un processus devant déboucher sur la création d’un Etat flamand indépendant sous la forme d’une république. Le Parlement flamand demande au Gouvernement flamand de prendre toutes les mesures pour concrétiser cette déclaration. Concrètement, un projet de décret devra être déposé endéans les trente jours nécessaires.

Le Parlement flamand souligne qu’il est souverain et qu’il n’est donc pas subordonné aux institutions de l’Etat belge. Plus particulièrement, le Parlement flamand considère la Cour constitutionnelle comme non légitime et incompétente et il ne s’en tiendra dès lors plus aux arrêts de cette Cour.

Enfin, le Parlement exprime le souhait d’entamer les négociations devant mener à la proclamation d’une République flamande souveraine.

Le Parlement flamand porte cela à la connaissance de l’Etat belge, de l’Union européenne et de la communauté internationale. »

 

Peut-être y a-t-il un parallèle avec le fait que les nationalistes flamands ont obtenu, le 25 mai 2014, une majorité absolue en sièges au Parlement flamand et ont ensuite uni leurs forces pour faire sauter la Belgique. Les fanatiques de science-fiction connaissent bien les mondes parallèles et la manière d’y parvenir. Mais celui qui a les pieds sur terre peut aussi se rendre en Catalogne.

Car le texte ci-dessus est évidemment une traduction (libre) de la proposition de résolution que les partis du oui (Junts pel Si et CUP) ont déposé cette semaine au Parlement catalan.

Cela a causé un énorme choc. Pour la première fois, les Espagnols voient que l’indépendance de la Catalogne peut devenir réalité. Jusqu’ici, la plupart d’entre eux n’y voyaient que quelque chose de très virtuel. De nombreux observateurs considéraient le flirt catalan avec l’indépendance comme un petit jeu politique. L’élection « plébiscitaire » du 27 septembre , ce n’était qu’un petit truc du ministre-président Artur Mas pour détourner l’attention des scandales de corruption qui touchent son parti.

Lorsqu’il apparat, le 27 septembre, que Junts pel Si n’obtenait pas seul la majorité des sièges, on poussa un soupir de soulagement. Jamais les braves citoyens de Convergencia ne s’allieraient aux anarchistes du CPU.

Et voilà que ces futés Catalans se mettent à jouer les durs pour arracher finalement une meilleure réglementation financière. Cela n’est rien de plus que « retenez-moi ou je fais un malheur. »

Mais les événements de cette semaine ont été un test de réalité pénible pour les Espagnols. Il y eut tout d’abord la nouvelle présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell, qui conclut triomphalement son maidenspeech par un « Viva la Republica Catalana ! ». Et puis arriva la proposition de résolutio , qui fit l’effet d’une bombe. La panique fut immédiatement perceptible. Que doit faire l’Etat espagnol si la résolution est effectivement approuvée le 9 novembre ? A Madrid, on spécule depuis longtemps sur l’application de l’article 155 de la Constitution, qui permet à l’autorité espagnole de suspendre l’autonomie des régions. Et il y a aussi la compétence répressive de la Cour constitutionnelle qui vient d’être adoptée par une procédure parlementaire d’urgence. Mais la discussion à ce sujet n’avait semblé jusqu’ici qu’un jeu pour les politiques et les commentateurs. A présent, tout cela risque de se transformer brutalement en réalité, avec des conséquences que nul ne peut prévoir. On a maintenant conscience que l’Espagne est confrontée à la plus grande crise politique depuis la transition

Ce sentiment de crise nationale a encore été amplifié lorsque le Premier ministre Marioao Rajoy a réagi immédiatement aux événements de Barcelone via une déclaration « présidentielle », retransmise en direct à la télévision. Mais cette intervention  a aussitôt suscité la critique. Car Rajoy semblait vouloir retirer un avantage électoral des événements en Catalogne. « Aussi longtemps que je serai Premier ministre,  les séparatistes ne réussiront pas leur coup »,  a-t-il déclaré. Après quoi Rajoy s’est vu contraint d’adapter le tir. Il s’est concerté avec l’opposition. Cela a abouti à une déclaration commune du Premier ministre  et du président du PSOE Pedro Sanchez. Tous deux s’engagent  à défendre l’unité de l’Espagne  et le respect de la Constitution.  Ils veulent, autant que possible, tenir la question catalane à l’écart de la campagne électorale.  C’est évidemment du vent. Car il est d’ores et déjà évident que les élections nationales du 20 décembre seront entièrement placées sous le signe de l’indépendance catalane. Et il ne serait pas surprenant de voir ces élections déboucher sur un gouvernement PP-PSOE d’unité nationale, pour lequel tous les moyens seront bons pour contrecarrer les séparatistes catalans.

Tout cela n’est pas bon non plus pour les autres pays de l’Union européenne, qui avaient espéré discrètement que le conflit catalan se refroidirait sans qu’il soit besoin de souffler. Si la résolution catalane explosive est approuvée, les autres pays de l’UE  ne pourront pas faire comme si de rien n’était. L’UE est d’ailleurs directement interpellée dans la résolution. Comment réagira-t-elle ? Que le sera le point de vue de la Commission européenne ?  Le Conseil européen pourra-t-il continuer à ignorer cette question, alors que pour la première fois dans l’histoire de l’UE, une région se révolte ouvertement contre l’autorité centrale ?

L’onde de choc catalane risque aussi de provoquer quelques remous au sein du gouvernement belge. Si la question arrive au Conseil européen, quel point de vue le Premier ministre Michel adoptera-t-il ? On peut difficilement imaginer qu’un gouvernement dominé par la N-VA condamne l’indépendance catalane  et défende l’unité de l’Espagne. Divers backbenchers de la N-VA oint déjà exprimé ouvertement leur soutien à l’indépendance catalane, récemment encore le député flamand Jan Van Esbroeck sur ce site.

Mais le parti en tant que tel est resté jusqu’ici plutôt discret. La réaction de Bart De Wever à la victoire du camp du oui fut quelque peu équivoque. Il n’a pas dit : « J’espère maintenant que la Catalogne deviendra le plus vite possible indépendante », mais bien : « Je ne peux qu’exprimer l’espoir de voir les gouvernements espagnol et catalan  coopérer, sans tabous réciproques, pour parvenir à une issue politique ».

La vérité est que la crise catalane tombe très mal pour la N-VA. La question peut aiguiser les oppositions au sein du parti entre les nationalistes radicaux et les adeptes de la Realpolitik. La N-VA doit éviter cela comme la peste. Dans l’univers parallèle que nous avons évoqué, Bart De Wever peut collaborer avec le Vlaams Belang pour l’indépendance flamande. Dans l’univers réel, il aura sans doute  juré fortement en entendant la résolution catalane.

Comment faire confiance à Paul Magnette ?

 

2015-11-03_211619On parle de plus en plus du fossé qui sépare la classe politique de l’opinion publique et qui contribue à alimenter les extrêmes.

A cet égard, l’intervention du ministre-président wallon, Paul Magnette, lors de la récente émission « L’Interview » de la RTBF, n’est pas susceptible d’améliorer les choses.

1° S’il faut en croire l’intéressé, la Wallonie sort du rouge. Voilà plus de dix ans que l’on entend ce discours. Mais nonobstant les divers plans de redressement, la Région se retrouve toujours avec un taux de chômage (16%) deux fois supérieur à celui de la Flandre et ne cesse de postposer le retour à l’équilibre budgétaire ;

2° Quel crédit accorder au soutien apporté par M. Magnette au bourgmestre déchu de Linkebeek, Damien Thiéry, et à son propos selon lequel «la démocratie n’est pas négociable »,  lorsqu’on sait comment, en 1988, le PS a laissé tomber José Happart dans les Fourons ?

3° Quand il se dit opposé à une 7e réforme de l’Etat, M. Magnette semble ignorer qu’en 2001, les francophones, « demandeurs de rien », ont fini par plier l’échine en  échange d’un maigre refinancement de la Communauté française, notamment au niveau de l’enseignement ? Parmi les contreparties accordées à l’époque à la Flandre, figure la régionalisation de la loi communale, laquelle permet aujourd’hui à la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans, d’agir comme elle le fait à propos de Linkebeek… ;

4° La justification apportée par M. Magnette à propos du photovoltaïque est du même registre. Evoquant la polémique au sujet de l’accord interministériel sur la réduction des gaz à effet de serre, le ministre Jean-Claude Marcourt n’a-t-il pas rappelé qu’un accord était un accord ? Sur base de l’engagement pris à l’époque par le gouvernement wallon, nombre de ménages ont  investi dans le placement de panneaux. Ceux-ci ne doivent pas être aujourd’hui pénalisés par les calculs erronés des responsables politiques. Une parole donnée est une parole !

Jules Gheude

Quand Paul Magnette soutient Damien Thiéry

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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Invité, ce 28 octobre, par la RTBF pour l’émission « L’Interview », Paul Magnette s’est gaussé de la réaction tiède du MR au sujet de l’éviction de Damien Thiéry du poste de bourgmestre à Linkebeek. Pas question, en, tout cas, pour le ministre-président de la Région wallonne, de lâcher l’intéressé dans son légitime combat ! Un comportement qui fait sourire, lorsque l’on sait comment, en 1988, Guy Spitaels, alors président du PS, finit par sacrifier José Happart.

L’affaire de Linkebeek, en effet, n’est pas sans rappeler les turbulences fouronnaises qui secouèrent le gouvernement durant les années 80.

A l’instar de l’équipe Martens-Gol, la coalition « suédoise » de Charles Michel est engagée dans une politique de rigueur visant à relancer la croissance et à réduire le déficit budgétaire. Dans les deux cas, l’action du gouvernement se trouve perturbée par un abcès de fixation communautaire. En cause, des élus francophones largement plébiscités, mais que la Flandre n’entend pas nommer comme bourgmestres, l’un parce qu’il ne veut pas apporter la preuve de sa connaissance du néerlandais, l’autre parce qu’il a eu l’outrecuidance d’adresser les convocations électorales en français.

Et les responsables francophones de s’indigner : la démocratie n’est pas négociable !

Devenu l’une des locomotives électorales du PS aves ses 234.996 voix aux élections européennes de 1984, José Happart sera pourtant lâché, quatre ans plus tard, par le président de son parti.

Lors d’un entretien particulier que nous eûmes avec lui, le 20 juin 1988, il nous expliqua : Le mercredi 20 avril 1988, je dîne avec Guy Spitaels et Gérard Deprez (le président du PSC) et il est question de qu’ils veulent obtenir. Le vendredi, à 9h, Guy Spitaels m’expose ce qu’il est en mesure de décrocher. Je lui dis que je ne suis pas d’accord, car dans tout cela les Fourons restent en Flandre et le collège est composé à la proportionnelle. « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non », me rétorque-t-il.

Guy Spitaels connaissait donc parfaitement la position de José Happart. C’est donc bel bien le forcing qu’il a voulu faire en renonçant, le 27 avril 1988, à son mandat de négociateur et en disparaissant mystérieusement dans la nature.

On se souvient des propos très durs tenus par le « hérisson fouronnais », le 30 avril 1988, lors du traditionnel bal du bourgmestre :     Jadis, la fête du 1er mai était l’occasion de revendiquer le suffrage universel. Aujourd’hui, on approuve le suffrage capacitaire. Fourons est une petite fille violée. Mais « ils » s’en moquent. (…) Le goût du pouvoir, la volonté d’aller au bac, comme on dit, les a aveuglés.

Certes, le retrait de José Happart permit d’engendrer une avancée significative au niveau de la réforme de l’Etat (notamment la communautarisation de l’enseignement et la mise sur pied de la Région bruxelloise). Mais la démocratie n’en sortit pas moins bafouée.

Paul Magnette confirme aujourd’hui qu’il n’entend pas s’engager dans une 7ème réforme de l’Etat. Sur ce point aussi, il convient d’avoir de la mémoire.

En 2001, les responsables francophones étaient également « demandeurs de rien ». Mais, confrontés aux difficultés budgétaires de la Communauté française, ils finirent, en échange d’un maigre refinancement, par plier l’échine. Comme l’explique Paul-Henry Gendebien, dans son livre « Belgique – Le dernier quart d’heure » :

On n’entendit plus les matamores se proclamant « non demandeurs ». (…) La barricade était en papier mâché. Furent ainsi concédés en finale des avantages profitables que l’on se refusait à envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux ; régionalisation de la loi communale (…).

 C’est cette dernière concession  qui permet aujourd’hui à la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans, d’agir comme elle le fait.

On peut comprendre l’embarras du Premier ministre Charles Michel, face à la décision des conseillers communaux francophones de Linkebeek de démissionner. Olivier Chastel, le président du MR, a clairement fait savoir qu’il apportait son soutien à Damien Thiéry. Jusqu’à faire chuter le gouvernement ? C’est une autre question ! José Happart est bien placé pour le savoir…

(1) A paraître prochainement : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri.

Budget: le dialogue avec le Fédéral reprend, selon Lacroix

« Le Vif », Belga, 26 octobre 2015

La prise est rebranchée, le dialogue réinstallé avec le Fédéral, a affirmé lundi au parlement wallon le ministre du Budget Christophe Lacroix. La tension restait cependant palpable avec l’opposition MR lors de ce débat sur les conséquences du tax shift (le glissement fiscal décidé par le Fédéral) sur les finances régionales et communales.

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Le ministre fédéral des Finances Johan Van Overtveldt et la ministre du Budget Sophie Wilmès avaient présenté à M. Lacroix le 15 octobre dernier, la note du SPF Finances sur les impacts du tax shift II sur les recettes à l’impôt des personnes physiques (IPP) des Régions et communes, une concertation réclamée de longue date par les Régions.

Le coût total du tax shift II à l’horizon 2019 s’élève pour la Région wallonne à 175 millions d’euros et à 263 millions d’euros à l’horizon 2020, a confirmé M. Lacroix (PS). En ajoutant le tax shift I, l’impact sur la Wallonie sera de 330 millions à partir de 2020, soit plus ou moins 10% du montant total des centimes additionnels actuels (3,358 milliards). Pour les communes, l’impact du tax shift II est estimé à partir de l’année 2021 à 264 millions d’euros.

La Région devra compenser cette perte importante pour ses finances. La question sera abordée dans les plus brefs délais au sein du gouvernement, a assuré M. Lacroix, rappelant que la coalition PS-CDH n’envisageait aucunement d’augmenter les taxes et les impôts.

D’après lui, Mme Wilmès (MR) et M. Van Overtveldt (N-VA) n’ont pas exclu, lors de leur rencontre du 15 octobre, la possibilité que la Région postpose un retour à l’équilibre budgétaire actuellement prévu en 2018.

Vu le décalage dans le temps qui existera entre, d’une part, les effets négatifs sur la hauteur des recettes des Régions et d’autre part, les éventuels effets retour du tax shift sur la hauteur des recettes des Régions, Mme Wilmès et M. Van Overtveldt n’ont pas exclu cette possibilité, a assuré M. Lacroix.

Contacté par Belga, le cabinet de Mme Wilmès a démenti un éventuel aval du fédéral à ce sujet. Si « dérapage budgétaire wallon » il y a, la Région dispose d’une autonomie fiscale pour le compenser, commentait-on. A ce propos, le député Georges-Louis Bouchez (MR) a mis au défi le ministre socialiste d’augmenter les impôts, ce que ce dernier a rejeté, comme il l’avait indiqué.

Le député Jean-Luc Crucke (MR), s’est pour sa part réjoui des quelques bonnes nouvelles annoncées »par le ministre en termes de reprise du dialogue intergouvernemental. Le tax shift constitue à ses yeux un allègement de l’impôt d’autant plus intéressant qu’il ne sera pas compensé par une hausse des taxes régionales, a-t-il dit.

Son propos a fait bondir les députés Dimitri Fourny (CDH) et Alain Onkelinx (PS), pour qui présenter le glissement fiscal comme un allègement constitue une tromperie, vu les hausses d’accises ou de TVA également annoncées.

La question des effets retour du tax shift divise aussi majorité et opposition wallonnes. Certes, les experts des différentes Régions s’associeront pour déterminer « de manière objective » ces effets retours des mesures fédérales. Mais j’ai été surpris par cette demande dans la mesure où cela donne l’impression que le gouvernement fédéral a pris une décision politique sans réellement en connaître l’impact réel, a glissé Christophe Lacroix.

Jean-Luc Crucke a justifié une certaine imprécision dans l’évaluation de ces effets retour, dans la mesure où ils dépendent de la confiance des investisseurs et des consommateurs. Vous ne pourrez avoir que de bonnes nouvelles, a-t-il estimé, mais ça ne peut marcher que si vous appelez (les autres ministres) à l’orthodoxie ».

Pour Dimitri Fourny au contraire, l’incertitude sur les effets retour traduit une forme d’improvisation qui conduira à une nébuleuse budgétaire ces deux prochaines années.

Un comité interministériel concernant le tax shift II se tiendra ce mardi, avant la tenue du comité de concertation mercredi

«Le démantèlement de la Belgique est irréversible : Les Wallons voteront alors de nouveau avec leur cœur !»

Nous présentons ici la version française de la chronique de Jules Gheude, placée ce 25 octobre, sur le site de l’hebdomadaire flamand « Knack » :

http://www.knack.be/nieuws/belgie/ontmanteling-van-belgie-is-onherroepelijk-proces-walen-zullen-dan-opnieuw-met-hun-hart-stemmen/article-opinion-619953.html

2015-10-27_201746Jules Gheude, essayiste politique et président-fondateur des Etats généraux de Wallonie. Il plaide pour la réunion de la Wallonie à la France si la Belgique devait se démanteler

« La visite du Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, au Parlement flamand n’a guère suscité d’intérêt en Belgique francophone, écrit Jules Gheude. C’est pourtant un événement important qui reflète la réalité. »

La visite du Premier ministre néerlandais Mark Rutte au Parlement flamand, le 15 octobre dernier, n’a guère rencontré d’écho auprès des médias francophones. Il s’agit cependant d’un événement important qui reflète la réalité : la Flandre est devenue un Etat-Nation, avec son propre ministère des Affaires étrangères.

Le 18 mars 2011, Bart De Wever a également été reçu à Londres comme un véritable chef d’Etat par le Premier ministre britannique David Cameron. « La Libre Belgique » titra : Cameron a déployé le tapis rouge pour la N-VA.

Dans son interview-testament accordée au « Soir », le 6 août 2011, François Perin déclara : Le Mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». Et vous aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – et la France ne verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

Ce sont également les propos qu’un ambassadeur français m’a tenus, il y trente ans…

La situation est tout autre en Wallonie. Il n’y a pas ici de sentiment collectif. Certains politiciens ont certes tenté d’affirmer une identité wallonne, mais c’est une démarche dépourvue de sens. Une identité ne se décrète pas. C’est un phénomène spontané.

Le mot « Wallonie » n’a été utilisé pour la première fois qu’en 1844, par l’écrivain namurois Charles Grandgagnage. L’adjectif « Wallon » (qui trouve son étymologie dans «Wahl » ou «Welche ») était utilisé par les Francs pour désigner les « populations romanisées ».

Identité française

Il ne faut pas tourner autour du pot : la Wallonie, pour ce qui est de sa langue et de sa culture, dispose d’une identité française. Certes, comme toute région de France, elle possède des spécificités propres : folklore, dialectes, cuisine, … Mais le tronc commun est incontestablement français.

Il y a exactement 70 ans (le 20 octobre 1945), un Congrès National Wallon s’’est tenu à Liège pour se prononcer sur l’avenir de la Wallonie. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Mouvement wallon se montra très actif par le biais de la résistance. Le ressentiment était très grand après la libération anticipée des prisonniers flamands et la « France Libre » du général de Gaulle trouva immédiatement un écho chez les militants wallons.

1048 congressistes : jamais un rassemblement n’avait été aussi représentatif de la population wallonne. Plus de 80 journalistes – de Belgique, mais aussi de France, des Pays-Bas et de Suisse – étaient présents.

Quatre scénarios furent proposés : 1° le maintien de la structure unitaire avec des adaptations ; 2° une réforme fédérale ; 3° une Wallonie indépendante ; 4° la réunion à la France.

La dernière option recueillit 486 voix, soit la majorité relative. Le cœur wallon s’était exprimé. Mais l’on savait fort bien que le temps n’était pas mûr pour un tel changement : la France avait d’autres questions à régler avec l’Amérique et la Grande-Bretagne.

Le vote de la raison

Aussi le président du Congrès proposa-t-il  un second vote à main levée afin de se prononcer « selon la raison ». Et l’option d’une Wallonie autonome dans le cadre belge – la fédéralisation du pays – obtint la quasi-totalité des suffrages. Seuls 12 participants émirent un vote différent.

De Gaulle raconta plus tard à son ministre Alain Peyrefitte qu’il avait été sur le point d’intervenir : Il aurait suffi que je claque des doigts. Mais à la fin de la guerre, nous avions suffisamment de difficultés avec les Anglais et les Américains pour ne pas rajouter celle-là. La Wallonie existe, mais il n’y a pas de nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un Etat. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française dont ils ont déjà fait partie. Le jour où la Wallonie, par la voix de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous lui ouvririons les bras de grand cœur.

En mai 2004, Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque, a signé un accord de coopération avec Jean-Claude Vancauwenberghe, le ministre-président wallon. Pour dynamiser cet accord, André Antoine, le président du Parlement wallon, ne pourrait-il pas inviter le Premier ministre français, Manuel Valls ?

Le démantèlement de la Belgique est un processus irréversible. Le jour dont parlait de Gaulle approche. Les Wallons se prononceront alors de nouveau avec leur cœur.

 

 

 

Jean-Claude Marcourt: «Oui à la régionalisation de la culture et de l’enseignement, mais plus tard»

François Brabant, « La Libre Belgique », 24 octobre 2015

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Liège en automne. Foire d’octobre oblige, la liesse a envahi les boulevards, où la foule se gave de lacquemants et de marrons grillés. Des cris hystériques déchirent l’air, ceux d’intrépides garçons et filles qui ont souscrit aux attractions les plus extrêmes.

A deux pas, place Sainte-Véronique, d’autres préfèrent des loisirs studieux. Au siège de la fédération liégeoise du PS, il faut d’abord pousser une porte cochère, traverser une courette humide, puis longer le « hall of fame » du socialisme local, un couloir aux murs ornés de portraits d’anciennes gloires (Joseph Merlot, Edouard Close, Michel Daerden, Guy Mathot…), pour enfin entrer dans une salle éclairée par des néons criards.

Ce soir, Jean-Claude Marcourt invite. Le vice-président des gouvernements de la Région wallonne et de la Communauté française a sollicité la venue de Marc Bourgeois, juriste de l’ULg, et de Benoît Bayenet, économiste de l’ULB.

Pendant une heure, devant une cinquantaine de militants (parmi lesquels l’ancien ministre-Président wallon Jean-Maurice Dehousse), les deux professeurs vont exposer les ressorts de la 6e réforme de l’Etat et les subtilités de la Loi spéciale de financement.

Soutien de principe

Le débat était prévu de longue date. Il prend un relief particulier en raison de la carte blanche que viennent de publier, dans « La Libre », Christophe Collignon, Pierre-Yves Dermagne et Nicolas Martin. Les trois députés PS réclament plus d’autonomie pour la Wallonie.

Qu’en pense Jean-Claude Marcourt, chef de file du courant régionaliste au PS ? Interrogé en marge de l’événement, il réaffirme son soutien de principe à une régionalisation de l’enseignement, mais aussi de la culture, des compétences aujourd’hui gérées par la Communauté française. Nous devons réfléchir à une évolution du modèle. L’enseignement et la culture font partie du projet collectif qui s’enracine dans le territoire régional.

Manifestement agacé par la ministre de l’Enseignement Joëlle Milquet (CDH), qui avait accusé les partisans de la régionalisation de faire le jeu des séparatistes, le Liégeois a tenu à s’en démarquer. Une plus grande adéquation entre les politiques d’enseignement, de formation et d’économie serait un atout , insiste-t-il. Même si, bien sûr, il faudra garder des normes communes pour la certification des diplômes.

L’heure n’est pas aux chantiers institutionnels, juge toutefois Marcourt. Il faut avancer paisiblement, avec sang-froid, en se donnant d’abord le temps de digérer la 6e réforme de l’Etat. Je ne pense donc pas que la régionalisation de l’enseignement et de la culture sera le sujet dont on parlera sous cette législature. Ce n’est pas mûr.

Le gouvernement wallon remplace le bonus logement par un chèque habitat

« Le Vif », Belga, 22 octobre 2015

En Wallonie, le bonus logement (réduction d’impôt sur le crédit hypothécaire) sera remplacé le 1er janvier prochain par un chèque habitat, un crédit d’impôt (prime) dont peut théoriquement bénéficier 96% de la population, a annoncé jeudi le gouvernement wallon.

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Ce nouveau système ne sera pas moins favorable que le précédent, mais il sera plus ciblé vers ceux qui en ont vraiment besoin », a affirmé le ministre du Logement Paul Furlan, en présentant à la presse ce que fait la Wallonie de cette compétence régionalisée par la 6e réforme de l’Etat.

Les trois Régions convergeaient pour juger le bonus-logement impayable à moyen terme. Chacune a choisi sa solution pour y répondre.

En Wallonie, les contrats conclus jusqu’au 31 décembre 2015 pourront garder l’ancien système du bonus logement, les plafonds étant toutefois non indexés et le bénéfice limité à la durée de l’emprunt. Le but est d’éviter tout dérapage budgétaire ainsi que les effets d’aubaine consistant à « tirer sur l’élastique » (convertir, une fois l’emprunt remboursé, le bonus logement en un avantage pour payer un autre bien).

Mais la coalition PS-cdH a été plus loin en proposant dès l’an prochain un crédit d’impôt – accessible donc aussi aux personnes ne bénéficiant pas de revenus du travail – de 20 annuités maximum, pour la première habitation propre et unique. Le montant variera en fonction des revenus du contribuable et sera augmenté de 125 euros dès le 1er enfant.

Le cours de philosophie et citoyenneté approuvé en séance plénière

« Le Vif »n 21 octobre 2015

Les députés de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont approuvé mercredi soir le projet de décret instaurant un cours de philosophie et de citoyenneté dans l’enseignement obligatoire. Le texte a été approuvé par la majorité PS-CDH, appuyée par l’opposition FDF. Le reste de l’opposition, à savoir le MR, les Ecolo, le PTB et le PP, s’est abstenue.

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Le projet de décret prévoit l’introduction d’un cours de philosophie et citoyenneté dès septembre 2016 dans les six années du primaire, et dès 2017 dans tout le secondaire.

Ce nouveau cours, qui sera obligatoire dans tous les établissements et y fera l’objet d’évaluations, a pour ambition d’initier les élèves aux différents courants de pensées et religions, d’écouter et respecter les autres convictions, mais aussi d’argumenter leurs choix éthiques et philosophiques propres.

Face à l’évolution multiculturelle de la société, cet enseignement veillera aussi à favoriser le vivre-ensemble, mais également à faire connaître aux jeunes les principes et fondements de la démocratie, ses institutions, des droits fondamentaux, etc.

Un référentiel commun à tous les réseaux sera élaboré dans les mois qui viennent pour garantir que ces objectifs soient partout atteints. Sa mise en oeuvre concrète variera toutefois selon les réseaux. Ainsi, dans l’enseignement officiel organisé (ex-Etat) ou subventionné (Cocof, communes et provinces) par la Fédération, ce cours sera dispensé à raison d’une période hebdomadaire, en remplacement d’une des deux heures de morale ou religion aujourd’hui dispensées.

Les élèves de l’enseignement officiel qui solliciteront la dispense de ces cours confessionnels comme le permet un récent arrêt de la Cour constitutionnelle se verront offrir une seconde période de philosophie et citoyenneté.

Dans l’enseignement catholique, qui forme un élève sur deux en Fédération, ce nouvel enseignement à la philosophie et citoyenneté ne fera pas l’objet d’un cours propre. Son contenu y sera dispensé, à raison de 30 périodes par an, au travers des cours de religion, de français, voire d’histoire selon les modalités que choisiront les direction d’écoles.

Le décret laisse une certaine flexibilité pour l’organisation concrète de ces cours, notamment concernant le choix des titulaires durant les premières années. Ce n’est qu’à partir de la rentrée de septembre 2020 que les enseignants de ce cours de philosophie et citoyenneté devront obligatoirement disposer du titre pédagogique requis pour pouvoir le dispenser.

D’ici là, et pour préserver l’emploi, des profs de religion pourront aussi assumer ce nouveau cours.

Une situation qu’a d’ailleurs tenu à dénoncer mercredi le centre d’action laïque (CAL), l’un des fers de lance du combat pour l’instauration d’un cours de philosophie à l’école.

« Comment procéderont les professeurs accrédités par les différents cultes pour aborder les questions de philosophie et de citoyenneté en s’émancipant des positions adoptées par ceux-là mêmes qui les ont nommés? », interroge le CAL. « Prenons un exemple simple de sujet citoyen: les attaques contre l’IVG en Europe. Un professeur de religion pourra-t-il en parler sereinement si le chef du culte qui l’a nommé a clamé haut et fort que l’IVG est un péché mortel? Poser la question, c’est y répondre… ».

Mercredi dans la presse, les syndicats disaient également redouter les effets à terme sur l’emploi des profs de religion. Un millier d’entre eux pourraient ainsi disparaître à terme.

Devant le Parlement, la ministre de l’Education, Joëlle Milquet (cdH), s’est toutefois voulue rassurante mercredi, rappelant que d’importants efforts en formation continue seront réalisés « pour permettre à tous les professeurs d’arriver » à décrocher le titre requis.

Trois cent mille euros supplémentaires ont ainsi déjà été prévus pour soutenir l’Institut de formation continue de la Fédération, lequel aura pour tâche de former d’ici Pâques 2016 les professeurs de primaire qui devront donner ce nouveau cours dès la prochaine rentrée de septembre.

Le calendrier reste toutefois très serré pour le nouveau cours.

L’administration et les différents réseaux vont en effet devoir s’atteler à l’élaboration des référentiels pour ce nouveau cours de philosophie et citoyenneté, et ce pour les six années de l’enseignement primaire. Pour le secondaire, ils disposent toutefois d’une année supplémentaire pour s’y préparer.

Quand le Premier ministre des Pays-Bas est reçu au Parlement flamand

Le 15 octobre dernier, le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a été reçu au Parlement flamand.

Nous invitons André Antoine, le président du Parlement wallon, à suivre l’exemple en lançant une invitation au Premier ministre français, Manuel Valls. Ce serait l’occasion de redynamiser l’accord de coopération qui a été signé, en mai 2004 par Jean-Claude Vancauwenberghe, ministre-président wallon, et Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères.

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VRT Nieuws français 15 octobre 2015

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a été reçu ce jeudi après-midi au Parlement flamand. C’était le premier chef de gouvernement a prononcer un discours dans l’hémicycle du Parlement flamand, il a plaidé pour une plus grande collaboration économique avec la Belgique et a donné comme exemple la collaboration entre les ports d’Anvers et de Rotterdam.

C’était la première fois qu’un chef de gouvernement étranger prononçait un discours devant le Parlement flamand. C’est une affirmation forte, une reconnaissance de la Flandre comme partenaire à part entière,  a déclaré le président du Parlement flamand Jan Peumans (N-VA).

Dans son discours, Mark Rutte a mis l’accent sur les liens étroits qui unissent la Flandre et les Pays-Bas. Il est assez unique qu’un pays et une région partagent la même vitrine à l’étranger, a-t-il déclaré en faisant référence à la mission économique conjointe entre la Flandre et les Pays-Bas à Atlanta, aux Etats-Unis.

Nous sommes de bons voisins, dans tous les domaines et sans aucun doutes, les meilleurs voisins en ce qui concerne les relations économiques. Car après l’Allemagne, la Belgique est pour les Pays-Bas le second partenaire commercial. Il est extraordinaire de constater que les ports d’Anvers et de Rotterdam, qui étaient d’anciens rivaux, sont devenus des ‘concullègues’. Je ne veux pas dire par là qu’il y a des plans de fusion en préparation mais bien qu’il y a une prise de conscience que la force de l’un peut être associée à celle de l’autre. Nous sommes complémentaires dans plusieurs domaines et je pense qu’il est bon que nous poursuivions sur la voie d’une marque commune.

Mark Rutte a insisté sur la taille limitée de notre région. Pour la Chine, il n’y a pas deux ports distincts. Mais un point sur la carte du monde qui regorge de connaissance et d’expertise. Nous voyons une frontière traverser nos régions mais pas les Chinois. Je pense que nous pourrions être encore plus forts si nous harmonisions mieux nos réseaux d’infrastructures.

Le Premier ministre néerlandais a terminé son discours par un clin d’œil aux Diables rouges qualifiés pour la Coupe d’Europe de football, alors que l’équipe néerlandaise a été éliminée.

« L’été prochain tous les Néerlandais seront vos supporters lors de l’Euro 2016 en France », a déclaré Mark Rutte.

Une déclaration qui cette fois a récolté les applaudissements de tous les parlementaires y compris ceux de la N-VA.

Trois députés wallons plaident pour la régionalisation de l’enseignement

« La Libre Belgique », 21 octobre 2015

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Une opinion de trois députés wallons (PS): Pierre-Yves Dermagne, Nicolas Martin et Christophe Collignon.

En route vers la régionalisation des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La configuration institutionnelle de l’Etat belge a toujours minorisé la Wallonie. Il est indispensable de lui donner plus de moyens pour sa prospérité et son identité.

Comme chacun le sait, l’emploi et la situation économique et sociale constituent depuis longtemps les principales préoccupations des Wallons.

Si, dans notre Région, cette sensibilité est particulièrement forte, c’est qu’elle est le fruit d’une histoire qui a laissé des traces dans notre inconscient collectif.

En effet, le traumatisme qu’a constitué le déclin industriel, consécutif à une période de prospérité économique, a non seulement marqué les Wallons dans leur bien-être et leur cadre de vie, mais il les a aussi durablement complexés et affaiblis dans la perception qu’ils ont d’eux-mêmes.

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Cette situation n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’une configuration institutionnelle et politique qui a toujours minorisé la Wallonie, l’Etat belge exploitant ses avantages sans toujours lui donner le retour de sa contribution à la prospérité nationale.

Pour les centaines de milliers de travailleurs qui attendaient de l’Etat belge qu’il anticipe la reconversion industrielle de la Wallonie en réalisant des investissements publics indispensables ou en attirant les investissements étrangers, le sentiment d’abandon fut total.

Dominé par un CVP tout puissant durant plus de trente ans, l’Etat belge a ainsi largement contribué au miracle économique flamand qui n’en était pas vraiment un. Ainsi, 80 à 85 % des crédits publics nationaux destinés aux investissements autoroutiers, portuaires, aéroportuaires ou encore aux nouveaux zonings économiques ont été captés par la Flandre.

De la même manière, si l’on considère les investissements privés soutenus par l’Etat entre 1958 et 1960, seuls 8,6 % des 3,25 milliards de francs investis par les entreprises américaines – pour ne citer que cet exemple – l’ont été en Wallonie (1), à une époque où le dirigisme étatique signifiait encore quelque chose.

Ce faisant, l’Etat belge a affaibli de manière spectaculaire l’économie wallonne et surtout, ses travailleurs dont la force de travail était pourtant unanimement reconnue.

Besoins spécifiques de la Wallonie

Face à cette situation durement ressentie par la population wallonne, le mouvement syndical qui s’est soulevé durant l’hiver 1960 pour lutter contre les mesures d’économies gouvernementales a joué, sous l’impulsion de la FGTB d’André Renard, le rôle d’une véritable caisse de résonance pour le mouvement wallon.

Après de nombreuses années de combat politique, la création de la Région wallonne fut donc, avant tout, une réponse à une revendication populaire nourrie par la frustration de vivre dans un Etat qui n’a jamais su tenir compte des besoins spécifiques de la Wallonie et lui apporter les moyens de son développement.

Il faudra attendre 1980 et plus encore 1993 pour que la Wallonie dispose enfin d’une autonomie réelle et d’une capacité à mettre en œuvre une politique économique adaptée à ses besoins. Même s’il était déjà bien trop tard (le taux de chômage wallon atteint alors les 18 %), la Wallonie autonome engrange malgré tout de premiers résultats concrets : l’obtention des fonds européens par Guy Spitaels (qui joueront un rôle majeur dans la stratégie de reconversion wallonne), la mise en place d’une politique aéroportuaire wallonne par André Baudson, la finalisation des grands chaînons manquants au niveau des infrastructures puis, plus tard, le lancement du Contrat d’Avenir pour la Wallonie par Elio Di Rupo et celui du Plan Marshall par Jean-Claude Van Cauwenberghe et Jean-Claude Marcourt ont incontestablement contribué à redonner des perspectives aux Wallons.

Ainsi, chaque grande étape du combat wallon a été marquée par l’engagement du Parti socialiste. Sans lui, la Wallonie n’aurait jamais pu disposer des moyens de sa reconversion.

Aujourd’hui, dans une Belgique où les entités fédérées gèrent un budget équivalent à celui du pouvoir fédéral, dans un pays où l’identité flamande s’affirme chaque jour avec force, dans une Belgique où la place de Bruxelles et son statut de Région à part entière ne peuvent plus être remis en cause, il nous semble indispensable de donner plus encore aux Wallons les moyens de retrouver la prospérité tout en renforçant leur identité.

A l’évidence, les Wallons se doivent de définir un cap clair pour leur avenir.

Cet exercice commence par une clarification et une simplification des institutions francophones. Celles-ci auraient d’indéniables bénéfices tant en termes économiques qu’identitaires.

Le monde économique wallon est aujourd’hui en attente d’une politique éducative en phase avec ses spécificités, tout comme l’est le monde culturel.

Exemple du tourisme

C’est là le fruit d’une évolution logique et constatée partout : seules les régions disposant d’une identité forte et d’un lien étroit entre leurs politiques économique, éducative et culturelle peuvent assurer pleinement leur redressement.

Chez nous, l’exemple du transfert de la politique touristique de la Communauté française vers la Région wallonne et les autorités bruxelloises francophones l’a clairement démontré.

La Wallonie a ainsi pu investir pleinement dans ce secteur pour en faire un des outils de sa relance économique et de son renouveau urbain, tout en maintenant des liens étroits avec Bruxelles à travers l’ASBL « Wallonie-Bruxelles Tourisme ». Ce secteur représente aujourd’hui 5 % du PIB wallon et 60 000 emplois.

Au-delà de sa pertinence économique et de ses conséquences positives pour l’emploi, la régionalisation des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles aurait pour avantage de simplifier un paysage institutionnel peu lisible, empêchant le citoyen de s’identifier aux institutions qui le représentent.

La création de deux pôles régionaux forts et complémentaires, qui auront le devoir d’assurer ensemble la cohérence de leurs programmes scolaires et l’accessibilité de leurs institutions à tous les Francophones, est donc une évolution inéluctable de notre système politique.

Le PS doit, comme il l’a toujours fait, montrer le chemin à suivre et oser poursuivre l’engagement wallon qui ne lui a jamais fait défaut. Sa finalité doit être, comme il l’a toujours été, d’assurer le bonheur et la prospérité des Wallons, en leur donnant la possibilité de choisir ce qu’ils jugent bon pour eux et pour leur avenir.

Les socialistes se sont battus pour créer la Région wallonne et lui donner les moyens de sa reconversion économique, comme ils l’ont fait pour la Région bruxelloise.

Ils doivent aujourd’hui poursuivre leur mission dans le cadre d’une Belgique fédérale à laquelle les Wallons sont attachés et qu’il faut préserver, tout en garantissant l’épanouissement d’une identité wallonne ouverte et tolérante, complémentaire d’une identité belge avec laquelle elle s’inscrit en symbiose.

Voilà autant de sujets qu’un Congrès des socialistes wallons pourra débattre, en lien avec le monde éducatif et culturel, mais aussi avec les partenaires sociaux et, bien entendu, avec l’ensemble de la société civile.

(1) Henry Dorchy, Histoire des Belges : des origines à 1991, De Boeck Université.