Archives mensuelles : septembre 2015

Seulement 7% des chômeurs wallons en fin de droit début 2015 ont décroché un emploi

« Le Vif », 17 septembre 2015

Sur les 10.682 demandeurs d’emploi inoccupés wallons, privés en janvier et février d’allocations d’insertion, 7% ont décroché un emploi et 1,5% une formation, ressort-il d’un document du Forem, divulgué jeudi par le journal L’Avenir.

2015-09-17_213933Le service public de l’emploi et de la formation en Wallonie a reconnu auprès de l’agence Belga que ce taux est faible mais souligne que le public concerné est peu diplômé et est resté longtemps inoccupé.

La moitié des demandeurs d’emploi inoccupés wallons, privés en janvier et février d’allocations d’insertion, soit 5.329, sont sortis de la « demande d’emploi », selon ce document. Le Forem ne peut donc déterminer la situation actuelle de ces ex-demandeurs d’emploi, qui n’ont pas introduit de dossier auprès de leur CPAS en vue d’obtenir un revenu d’intégration.

Une majorité de ces personnes, qui se retrouvent donc sans revenu, vivent probablement en ménage et ne satisfont pas aux conditions pour espérer un revenu d’intégration. « C’est le cas le plus probable », commente un analyste du Forem, tout en précisant qu’il ne dispose pas de données pour appuyer cette thèse. Sur les 10.682 demandeurs d’emploi inoccupés exclus, 751, soit 7%, ont décroché un emploi et 167, soit 1,5%, une formation.

Le Forem dispose de données permettant de suivre de manière anonyme le parcours de ces ex-demandeurs d’emploi qui décrochent un contrat de travail, explique-t-il, via la banque carrefour de la Sécurité sociale. La moitié est sortie de la « demande d’emploi » et 41,5%, soit 4.435, sont réinscrits comme demandeurs d’emploi inoccupés, dont 2.308 obligatoirement à la demande des CPAS, mais ne bénéficient plus d’allocations de chômage. La Fédération des CPAS wallons indique dans les colonnes du quotidien L’Avenir qu’en réalité plus de 13.000 chômeurs en fin de droit ont été exclus en janvier et février.

Le Forem explique que ce chiffre est exact si l’on tient compte aussi des demandeurs d’emploi occupés à temps partiel. Sept demandeurs d’emploi inoccupés en fin de droit en janvier et février sur dix étaient des femmes, dont la moitié en charge d’une famille. Trois sur dix étaient âgés entre 25 et 34 ans et quatre sur dix de 35 à 44 ans. La moitié étaient originaires du Hainaut. Quatre sur dix avaient obtenu le certificat d’enseignement secondaire supérieur (CESS). Et six sur dix étaient inoccupés depuis plus de deux ans.

Wallons et fédéraux s’accrochent sur le tax shift

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 17 septembre 2015

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Mercredi matin, le gouvernement fédéral et les entités fédérées réunis en comité de concertation se sont penchés durant trois heures sur un ordre du jour particulièrement chargé puisqu’il ne comptait pas moins de vingt-cinq points. Une vingtaine de points n’ont manifestement pas posé de problème. Sur le plan électrique de délestage en cas de pénurie d’électricité (voir en page 33), les discussions se sont déroulées de manière constructive. Sur la question d’une meilleure répartition des réfugiés entre la Wallonie et la Flandre (la majorité des places d’accueil se trouvent en Wallonie), la discussion a également été positive.

C’est, par contre, sur la question du tax shift que les esprits se sont un peu échauffés, sans cependant retomber dans les invectives du mois de mars dernier. Récemment, le Conseil de la fiscalité et des finances de Wallonie estimait que l’impact du tax shift fédéral sur les finances de la Région wallonne représentait de manière pluriannuelle une perte de près de 300 millions d’euros. Si, du côté du fédéral, on promet la mise sur pied d’un groupe interministériel informel via lequel le fédéral, selon l’avancement des textes (en cours de rédaction), informera les Régions de l’impact du tax shift sur leurs finances, côté wallon, on attend des actes.

Des visions différentes

L’autre sujet de polémique entre les participants du comité de concertation de mercredi concerne les chiffres liés à la nouvelle loi de financement (conséquence de la sixième réforme de l’Etat). Des chiffres qui, en mars 2015, avaient engendré une solide dispute entre les niveaux de pouvoir. S’ils ont été revus positivement pour les Régions en juillet dernier, le ministre wallon du Budget Christophe Lacroix (PS) s’énerve de ne rien recevoir de la part du fédéral. Le gouvernement wallon veut pouvoir disposer des chiffres 2016 avant de confectionner son budget, qui doit être remis au fédéral le 23 septembre prochain. Au niveau fédéral, on ne comprend pas cette demande et on estime que rien n’empêche les Wallons de le réaliser. Deux dossiers qui constituent donc un solide contentieux entre le gouvernement wallon et le fédéral. Lesquels livrent une analyse différente jusque dans l’appréciation de la réunion d’hier. Pour le fédéral, les discussions se sont déroulées dans un climat serein…

Concertation sociale : «Le gouvernement wallon joue le jeu, pas le fédéral !»

« Vers l’Avenir », 17 septembre 2015

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La FGTB apprécie la concertation sociale au sud du pays, mais dénonce le fait que le gouvernement fédéral ne joue pas le jeu.

Près d’un an après l’entrée en fonction des gouvernements fédéral et wallon, le premier n’exerce qu’une concertation sociale «de façade», alors que le second «joue le jeu correctement», a affirmé jeudi le secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson, à l’occasion de la rentrée politique à la veille des Fêtes de Wallonie.

La concertation sociale initiée par le gouvernement PS-CDH de Paul Magnette à travers le GPS-W (groupe des partenaires sociaux de Wallonie) a pas mal avancé sur beaucoup de dossiers, estime le syndicaliste.

Il cite la réforme de la fonction consultative, la préparation du futur organisme d’intérêt public (OIP) Santé ou le transfert des aides à l’emploi et la négociation du Pacte pour l’emploi.

Tout n’est pas parfait, mais le gouvernement a joué le jeu de la concertation sociale en acceptant qu’elle se déroule en amont. Ce n’est pas une concertation de façade, comme trop souvent avec le gouvernement fédéral, a lancé M. Bodson.

Il déplore que la stigmatisation des plus fragiles dont fait preuve à ses yeux l’exécutif Michel fasse l’objet de «tant de mansuétude», de même que les déclarations de plusieurs dirigeants N-VA dont le niveau d’acceptabilité dépasse l’entendement.

Sur le fond, l’absence de concertation du gouvernement fédéral à l’égard de l’exécutif wallon est d’autant plus dommageable à ses yeux que la «ligne directe» qu’il constate entre l’aile flamande du gouvernement Michel et le gouvernement flamand impose des politiques plus adaptées pour le nord du pays que pour le sud. «Le MR ne pèse pas».

La FGTB compte, après la manifestation du 7 octobre prochain dirigée contre le gouvernement Michel, initier un plan d’actions à long terme. «Dans ce climat de mansuétude, c’est la seule façon d’attirer l’attention des gens sur les mensonges de ce gouvernement. Nous devons tenir un rôle pédagogique sur le long terme».

La gaillarde sera la fleur officielle de la Wallonie

« Le Vif », 17 septembre 2015

La gaillarde, une fleur vivace de la famille des astéracées, deviendra sous peu l’emblème floral officiel de la Wallonie. Le gouvernement wallon a adopté jeudi en première lecture un avant-projet de décret en ce sens.

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A l’instar du coq hardi, de la fête de septembre et du Chant des Wallons, la gaillarde avait été reconnue, voici un siècle (1914), par l’ancienne Assemblée wallonne, premier parlement – officieux – de la Wallonie, rappelle le gouvernement Magnette-Prévot dans un communiqué.

La gaillarde arbore ses couleurs – jaune orangé en bord de pétale, rouge en son centre – dans les fêtes de la Région et lors d’événements comme la remise de la « Gaillarde d’argent » par le Comité central des fêtes de Wallonie à Namur.

C’est à l’occasion du 35e anniversaire de la création de la Région (loi spéciale de réformes institutionnelles du 8 août 1980) et du 20ème anniversaire de la première élection directe des députés wallons (21 mai 1995) que le gouvernement a souhaité proposer au parlement de reconnaître officiellement cette fleur, popularisée en 1914 par la féministe et militante wallonne Léonie de Waha et par l’Union des femmes de Wallonie.

« La Wallonie, qui a déjà consacré son drapeau, ses armoiries, sa fête, son hymne, sa capitale et sa distinction officielle, entend ainsi compléter l’éventail de ses attributs emblématiques, en reconnaissant, cette fois encore, un usage déjà bien implanté au sein de la population », commente le gouvernement.

«Toute la dette publique est due aux déficits wallons»

Pierre Havaux, « Le Vif », 15 septembre 2015

Une bonne raison parmi bien d’autres, aux yeux de Remi Vermeiren, pour enterrer la Belgique. L’ex-banquier flamingant et séparatiste retape sur le clou indépendantiste : « Belges, finissons-en ! » Le plus vite sera le mieux. Pour les Flamands comme pour les Wallons…

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Il y a dix ans, il allumait le feu avec un manifeste indé-pendantiste dont il était l’inspirateur pour le compte d’un think tank nommé « in de Warande ». Aujourd’hui, son nouveau plaidoyer en faveur de l’indépendance de la Flandre ne fait plus que lever ou froncer quelques sourcils. Signe que l’idée fait son chemin… A 75 ans, Remi Vermeiren, quarante-trois années passées au service de la KBC dont il a été le président, ressort son plan B. L’ex-banquier séparatiste rend son diagnostic : la Belgique est un échec économique et démocratique cuisant et le restera. Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en.

Le Vif/L’Express : Bye Bye Belgium, « there is no alternative » ?

Remi Vermeiren : Je ne crois pas qu’il y ait d’alternative. Pour la Flandre mais aussi, en fin de compte, pour la Wallonie et pour Bruxelles. Compte tenu des conditions qui seront liées à une telle séparation.

La situation aurait-elle empiré depuis votre premier appel à l’indépendance ?

La situation économique s’est détériorée, et les différences entre les deux grandes entités du pays n’ont pas ou ont à peine diminué. J’admets que la configuration de l’actuel gouvernement fédéral a changé la donne politique. Mais cette configuration n’est pas saine pour les francophones : ils ne sont représentés que par un seul parti, le MR. Ce n’est pas tenable pour la Wallonie.

Dit brutalement : « België barst ! », « que la Belgique crève ! » ?

Non, il n’est pas question pour moi d’envisager une explosion de la Belgique. Je plaide pour une séparation ordonnée, en vertu d’un accord à trouver entre des partenaires qui ont vécu ensemble depuis cent quatre-vingts ans, dans une logique humanitaire et humaine. Mon propos n’est pas antifrancophone. Je pense être un des rares nationalistes flamands à dire que c’est peut-être la population wallonne qui est la première victime de cette constellation belge.

La faute à la persistance d’un Etat-PS du côté wallon ?

Non, pas seulement. La cause principale réside dans la combinaison d’une pression fiscale très élevée et d’une dette publique trop lourde. Ces vingt ou trente dernières années, la Wallonie n’a guère performé sur le plan économique, à l’inverse de la Flandre. Les déficits publics wallons ont toujours été en grande partie compensés par des surplus budgétaires flamands. Cela signifie que la totalité de la dette publique belge résulte des déficits wallons. La comparaison est délicate, mais le cas grec illustre bien la situation des Wallons : si on n’oblige pas la Grèce à réorganiser son économie, elle restera un maillon faible de la zone euro. Grâce aux surplus flamands, les dirigeants wallons ont pu se permettre de ne pas prendre les mesures difficiles de redressement et cela, finalement, au détriment de la population wallonne.

Cette « libération » pour la Flandre aurait tout de même un coût. Vous le chiffrez à 237 milliards d’euros…

Ce n’est pas tout à fait correct : il ne s’agit pas d’un coût additionnel, il représente ce que la Flandre prend déjà en charge dans le cadre de la structure belge ! La dette publique, de quelque 400 milliards d’euros, est aujourd’hui supportée par tous les Belges, mais surtout par les Flamands puisqu’ils sont plus nombreux et plus riches. Quant aux transferts financiers nord-sud, ils sont évalués entre 6,8 et 8 milliards par an, respectivement par Vives (KUL) et le Cerpe (Université de Namur). Je propose que la Flandre prenne à sa charge 55 % de cette dette publique belge, la Wallonie 35 % et Bruxelles 10 %. Je propose aussi que les transferts financiers relatifs à la sécurité sociale, évalués par Vives à 3,6 milliards d’euros par an, soient maintenus durant cinq ans, avant d’être progressivement réduits de 10 % chaque année durant dix ans. La Flandre verserait ainsi au total 34 milliards d’euros à la Wallonie.

Vous ne vous attardez guère sur la charge des pensions…

Le coût du vieillissement est un grand défi, mais est à peine plus important en Flandre qu’en Wallonie ou dans d’autres pays. Si la Flandre veut maintenir son niveau de vie, elle aura précisément besoin des moyens qu’elle consacre aujourd’hui à aider la Wallonie. Pour faire face au vieillissement, et affronter le défi crucial de la mobilité.

Et si les francophones persistent à refuser le scénario de la séparation ?

La Belgique connaîtra peut-être une septième, une huitième, une neuvième réforme de l’Etat. Mais à terme, elle finira par s’évaporer. Puisque cela doit se produire, mieux vaut s’y préparer. « Puisque c’est inévitable, agissons dès maintenant », recommandait Margaret Thatcher.

Et Bruxelles dans tout ça ?

Bruxelles doit devenir une sorte de Washington DC, au-dessus de la mêlée des Etats.

Tout en restant, logiquement selon vous, la capitale de la Flandre…

Psychologiquement, les Flamands auraient du mal à abandonner Bruxelles. Libre aussi à la Wallonie de faire de Bruxelles sa capitale. Bruxelles deviendrait ainsi une ville-Etat, elle s’enrichirait à devenir une ville trilingue.

Quand la Flandre deviendra-t-elle un Etat indépendant ?

Quand il existera une large majorité en sa faveur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, j’en suis bien conscient. Les partis traditionnels flamands, CD&V, SP.A, Open VLD, ont montré, et ils le montrent encore, qu’ils préfèrent maintenir la constellation belge et qu’ils sont prêts à tous les compromis pour cela. De ce fait, ils contribuent à l’inefficience de la Belgique et à ses mauvais résultats.

Même la N-VA ne parle plus d’indépendance, mais seulement de confédéralisme. La nuance vous dérange ?

Le vrai confédéralisme est le début de l’indépendance. A condition que toutes les compétences essentielles soient confiées aux Régions, comme la sécurité sociale. Ce qui n’exclut pas un régime exceptionnel et transitoire de solidarité.

Le parti de Bart De Wever travaille au niveau fédéral à faire fonctionner correctement le modèle belge. Vous lui tirez votre chapeau ?

La N-VA était confrontée à un dilemme : participer autant que possible à la bonne gestion du modèle belge, non pas forcément pour prouver que ce modèle est gérable, mais pour prouver à ses électeurs que la N-VA est un parti capable de gérer correctement. Je comprends ce choix. Les partis nationalistes flamands – la VU l’a prouvé – , semblent condamnés à soutenir une Belgique régulièrement confrontée à des déboires économiques, et de ce fait à se liquider eux-mêmes en se faisant absorber par l’establishment belge.

La vision francophone d’un nationalisme flamand égoïste vous irrite ?

Oui, même si je comprends que les francophones utilisent cette image négative comme arme politique pour mettre sur la touche leurs adversaires. C’est à mes yeux fondamentalement malhonnête. N’oubliez pas que la Wallonie a toujours bénéficié de la solidarité de la Flandre, parfois contre le gré de certains Flamands.

België, de onmogelijke opdracht. Vlaamse onafhankelijkheid. Recht, behoefte en noodzaak, par Remi Vermeiren, éd. Pelckmans, 2014.

Le MR wallon balise sa rentrée avec un sondage

RTBF Info, 15 septembre 2015

2015-09-17_212614Le MR wallon fait sa rentrée politique avec un sondage. Il y est notamment question d’élection directe, du parcours d’intégration pour les étrangers, de la fiscalité, de l’état du réseau routier, de la réforme des services publics… Au total, 11 thèmes qui font l’objet de propositions du Mouvement Réformateur.

Le sondage surprend quelquefois mais enfonce aussi beaucoup de portes ouvertes.

Sans risque

Quand on demande au Wallon s’il veut payer d’avantage pour remettre les routes en état, s’il estime que les fonctionnaires dirigeants sont trop payés ou s’il veut pouvoir prendre le bus pendant les grèves du TEC, la réponse ne surprend guère. Ces thèmes-là font partie de l’arsenal de propositions libérales et Pierre-Yves Jeholet, chef de file wallon du parti, se réjouit d’une adhésion populaire. « Ça nous conforte dans une série de propositions que nous avons déjà déposées au Parlement, explique-t-il. Il y a une assez forte unanimité sur une série de sujets, ajoute-t-il encore, y compris sur le plan institutionnel« .

15 jours gratuits à Tahiti, ça vous dit?

En général, les questions posées par le Mouvement Réformateur n’induisent que peu de risque de remise en cause des propositions libérales. D’autant que le parti s’épargne tout souci lorsque la réponse est quasi dans la question. Par exemple quand on demande à l’électeur si oui ou non les routes wallonnes sont dans un état désastreux ou s’il faut réduire les droits de succession…

Cela dit, ce sondage réserve aussi quelques surprises au parti réformateur qui a le mérite de ne pas évacuer les réponses contrariantes. Il portait l’idée d’abaisser le droit de vote à 16 ans, soutenait l’idée d’allocations familiales égales pour tous quel que soit le revenu. Ces idées-là n’ont pas l’heur de plaire au citoyen wallon. Elles seront réévaluées, annonce sobrement Pierre-Yves Jeholet.

Rentrée politique

C’est donc ainsi que le MR organise sa rentrée en lui donnant un côté événementiel. Mais que faire maintenant de ce sondage? Peut-il être une inspiration ou même un guide de l’action politique? Sera-t-il le futur petit livre bleu?

Le chef de groupe libéral wallon ne va pas si loin. Se laisser guider par un sondage serait prendre le risque d’être taxé de populisme. Ce n’est pas la volonté du MR qui précise sa pensée. On veut renforcer le pouvoir des citoyens, diminuer le fossé qui sépare les (hommes) politiques des Wallonnes et des Wallons. Pierre-Yves Jeholet résume: On doit prendre nos responsabilités mais aussi tenir compte de ce que pensent les Wallonnes et les Wallons.

En cela, c’est sans doute une idée constructive. D’autant qu’il faut reconnaître le discernement du MR qui a écarté les questions susceptibles de donner du crédit aux opinions écœurantes dont certains forums se font l’écho.

L’autre enseignement tiré de ce sondage va au-delà des réponses sur lesquelles le MR capitalise. Par-delà le plébiscite de plusieurs propositions que le parti soutient, se dessine un paysage, certes partiel, mais qui met en lumière une mutation, une inflexion sensible de l’état d’esprit du Wallon: que ce dernier se prononce pour un contrôle accru des chômeurs ou pour une responsabilité civile et/ou pénale des syndicats, qu’il souhaite l’élection directe du Ministre-président ou encore qu’il imagine la Communauté germanophone érigée en région à part entière et une Wallonie reprenant les compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le parlement de Wallonie ouvre la consultation publique et les pétitions en ligne

« Le Soir », Belga, 14 septembre 2015

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Le parlement wallon ouvre ce lundi après-midi l’ensemble des textes législatifs en cours d’élaboration à la consultation publique en ligne, une première en Belgique, et automatise dans le même temps le droit de pétition.

En créant une rubrique « Votre avis » sur la page d’accueil de l’institution, le parlement concrétise deux modifications récentes de son règlement destinées à améliorer l’interaction entre le citoyen et ses représentants politiques et réduire le fossé qui les sépare, un souci qui traverse l’ensemble des formations politiques.

Chaque projet ou proposition de décret, de résolution, chaque traité international que le parlement est appelé à ratifier pourra ainsi, dès sa mise en ligne sur le site et pendant 10 jours, faire l’objet des observations de citoyens, d’associations et autres organismes, avec la garantie que ces remarques seront examinées par la commission parlementaire adéquate.

Cette dernière décidera de la recevabilité -partielle ou totale- de la demande, avant d’informer l’internaute par courriel de la date à laquelle il peut s’attendre qu’elle soit traitée au fond, a expliqué le président du parlement, André Antoine. Il reviendra alors à chaque député de choisir d’évoquer telle ou telle consultation publique en commission pour en faire la publicité et appuyer son discours.

Sous cette même rubrique « Votre avis », tout un chacun pourra envoyer une pétition électronique d’intérêt régional, désormais elle aussi institutionnalisée dans le règlement. « La pétition peut être introduite par un seul signataire, ce qui ouvre largement les droits », a fait observer le greffier du parlement, Frédéric Janssens.

La pétition fera l’objet d’un rapport si la commission l’a examinée, et sera également reprise dans un bulletin des pétitions. Ces deux mécanismes ne relèvent donc « pas d’une logique de forum ou de profil » de réseau social, souligne M.Janssens. L’anonymat en est d’ailleurs banni, le but étant de favoriser l’interaction.

Outre l’expression populaire, le parlement cherche à entrer dans « une démarche pédagogique, une médiation démocratique, qui permette au citoyen de mieux comprendre ce que nous faisons », a relevé M. Antoine, qui projette aussi de lancer au parlement une école de la démocratie pour enfants et adolescents comme il en existe dans d’autres assemblées (parlement jeunesse, etc).

L’accès au travail parlementaire sera également facilité par la diffusion sur les télévisions communautaires de la séance plénière hebdomadaire, ainsi que par l’enregistrement vidéo des certaines commissions. Des caméras sont en cours d’installation dans les salles de commission, dont l’agencement a été réorganisé pour plus de lisibilité et de discipline de travail. « A peu de frais, relève André Antoine, il a suffi de récupérer et rhabiller le mobilier », pour ce réaménagement transitoire dans l’attente de l’extension du parlement à des immeubles voisins, d’ici quatre à cinq ans.

Le parlement de Wallonie effectue, comme à l’accoutumée, sa rentrée politique le mercredi qui suit les Fêtes de Wallonie, soit le 23 septembre prochain.

Il y a 70 ans, la Wallonie faillit rejoindre la France

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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Il y a 70 ans, la Wallonie faillit rejoindre la France

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Dans l’histoire de la Wallonie, le Congrès national wallon de Liège des 20 et 21 octobre 1945 est à marquer d’une pierre blanche.

L’idée d’un vaste rassemblement des forces vives de Wallonie avait germé, au début de la guerre, dans les esprits des responsables de « Wallonie Libre ». Ceux-ci, excédés par l’attitude « bienveillante » du Mouvement flamand envers l’occupant et par la discrimination dont souffraient les prisonniers de guerre wallons en vertu de la « Flamenpolitik », étaient bien décidés à ébranler l’unitarisme belge sitôt la liberté retrouvée.

Dans son livre « Les Wallons » (Editions Oyez, 1979), le journaliste flamand Guido Fonteyn écrit :

Certes, il y eut collaboration en Wallonie comme en Flandre. Mais la collaboration s’inscrit dans une certaine mesure au sein du Mouvement flamand mais nullement dans le Mouvement wallon. Durant la guerre, la ligne du Mouvement wallon passe uniquement par la résistance.

Rien ne fut négligé pour faire de ce Congrès national wallon une réussite totale. Jamais encore une assemblée n’avait été aussi représentative de l’opinion wallonne.

Rentré depuis peu de captivité, l’ancien ministre socialiste Joseph Merlot en avait accepté la présidence. Quant au secrétariat général, il était assumé par l’avocat liégeois Fernand Schreurs.

Par souci de pluralisme, les 1.048 participants se virent proposer les quatre options suivantes quant au statut futur de la Wallonie : 1° maintien de la structure unitaire de la Belgique, avec formules de décentralisation ; 2° le fédéralisme sous ses différentes formes ; 3° l’indépendance complète de la Wallonie et la création d’un Etat wallon ; 4° le rattachement de la Wallonie à la France.

Comme il craignait que, dans l’élan d’enthousiasme pour la France libre, l’avenir ne fût hypothéqué par une décision passionnelle, le comité du Congrès avait prévu un mode de scrutin pour le moins original : les congressistes laisseraient parler leur cœur avant de s’en remettre à la sagesse. Le premier vote, dit sentimental, donna 486 voix – soit la majorité relative – à la solution « rattachiste ». Quant au second vote, dit de raison, il rallia l’unanimité des suffrages – moins 12 voix – à la thèse de l’autonomie wallonne dans le cadre d’une Belgique fédérale, thèse défendue notamment par le socialiste Fernand Dehousse et le libéral Jean Rey.

François Perin, dont l’un des grands regrets fut de n’avoir pu assister à ce Congrès en raison d’une convalescence en Suisse, note, dans  son « Histoire d’une nation introuvable » (Editions Legrain, 1988) :

Pour la première fois, dans l’histoire du Mouvement wallon, un congrès s’affirme majoritairement anti-belge, si on additionne les voix favorables à la réunion à la France et celles favorables à l’indépendance de la Wallonie (respectivement 486 et 154).

Comme on le devine, ce Congrès national wallon fit grand bruit, y compris à l’étranger. C’est ainsi que Fernand Schreurs divulgua par la suite que le chef de la France libre avait formé le dessein de s’enquérir de la situation wallonne, mais qu’il en avait été dissuadé par l’un de ses ministres (son fils, André, nous confia qu’il s’agissait du ministre des Affaires étrangères Georges Bidault). On imagine, en effet, quel aurait pu être l’impact d’un Vive la Wallonie libre !, lancé à l’époque par le général de Gaulle…

Sous le titre « C’était de Gaulle », l’ancien ministre Alain Peyrefitte a consacré trois tomes aux nombreux entretiens particuliers qu’il eut l’occasion d’avoir avec l’homme de Colombey.

Intéressant est ce chapitre « Il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France », repris dans le tome III (Editions de Fallois / Fayard, 2000), à la date du 29 juillet 1967 :

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. La France n’avait pas à payer une dette comme au Canada. Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai resisté à la tentation. Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

Lorsqu’il eut connaissance du premier vote, Fernand Dehousse s’en inquiéta en raison des répercussions peu favorables notamment en Angleterre et, en général, dans tous les pays anglo-saxons. Il n’en dit pas davantage.

A Alain Peyrefitte, le général de Gaulle confiera, lui aussi :

Les Wallons avaient envie de se jeter dans les bras de la France. Mais, à la fin de la guerre, nous avions suffisamment de difficultés avec les Anglais et les Américains pour ne pas rajouter celle-là. Alors, j’ai renvoyé mes visiteurs à un avenir plus lointain. Je leur ai dit (…) que le jour où la Wallonie, par la voix de ses représentants légitimes, ou de préférence par référendum, déciderait d’être rattachée à la France, nous leur ouvririons les bras de grand cœur.

Alors que le démantèlement de la Belgique apparaît aujourd’hui de plus en plus irréversible, ce jour dont parle le général de Gaulle ne relève nullement de l’illusion.

(1) Dernier ouvrage paru « François Perin – Une Plume / L’œuvre écrite », préface de Michel Hermans, Les Editions de la Province de Liège, 2015.

 

Jacques Attali en 2008 et en 2015

Le 9 septembre 2008, Jacques Attali écrivait sur son blog :

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A mon sens, sans faire campagne pour le rattachement de la Wallonie, la France devra bientôt dire publiquement  que si, par malheur, la Belgique venait à se défaire, cela pourrait être de son intérêt d’accueillir la Wallonie et de voir accorder à Bruxelles un statut de district européen, indépendant de la Flandre. Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait, ne serait-ce que par l’augmentation de ses droits de vote dans les institutions européennes. C’est un beau débat. Qu’il commence !

Aujourd’hui, le même Jacques Attali déclare :

Si le Belgique se défait, alors l’Europe ne pourra pas se faire et le chaos est certain.