Archives mensuelles : août 2015

Le curieux discours de Mark Eyskens

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version flamande de cet article a été reprise sur le site de l’hebdomadaire « Knack » : http://www.knack.be/nieuws/belgie/mark-eyskens-houdt-zichzelf-voor-de-gek/article-opinion-596203.html

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Dans l’interview qu’il vient d’accorder à l’hebdomadaire flamand « Knack », le ministre d’Etat Mark Eyskens prédit à la N-VA un destin semblable à celui de la Volksunie, à savoir la désagrégation du parti.

Selon lui, en effet,  Bart De Wever et ses amis sont devenus des post-nationalistes néo-belges.

Le fait est qu’en contrepartie de sa participation au gouvernement fédéral, la N-VA a accepté de placer le dossier communautaire au frigo. Durant cinq ans. Force est aussi de constater que les ministres N-VA jouent loyalement le jeu et se comportent, chacun à son niveau, en gestionnaires avisés et responsables. Il faut dire que les défis à relever sont nombreux et de taille : une dette représentant plus de 106% du PIB, la menace terroriste et la politique migratoire, l’emploi, la survie de notre modèle social.

Tout cela n’empêche cependant pas les dirigeants de la N-VA de rappeler qu’ils n’ont en rien tourné le dos au premier point du programme de leur parti : faire de la Nation Flandre un Etat souverain au sein de l’Europe.

Mais Bart De Wever, en bon pragmatique, entend concrétiser l’objectif final dans les meilleures conditions possibles. Cela suppose, notamment, une réduction drastique de la dette publique belge. Car celle-ci, le moment venu, devra être partagée.

Dans un article paru tout récemment dans l’organe de la N-VA, Bart De Wever a d’ailleurs annoncé la couleur : dès la fin de la législature, il conviendra d’opérer une révolution institutionnelle afin d’inverser la logique : les entités fédérées doivent déterminer leur propre politique, avec leurs propres moyens et sous leur propre responsabilité. Elles doivent donc percevoir les impôts et verser une dotation à l’Etat fédéral pour son fonctionnement.

Mark Eyskens semble perdre de vue que cette évolution s’inscrit logiquement dans le scénario confédéraliste proposé dès le début des années 90 par son coreligionnaire Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand, et adoptée en 1999 par le Parlement flamand. A l’époque, la N-VA n’existait pas !

Mark Eyskens a également oublié que c’est son autre coreligionnaire, Yves Leterme, qui a contribué à faire de la N-VA la force politique qu’elle représente aujourd’hui. L’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck a d’ailleurs eu l’honnêteté de le reconnaître : la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Mark Eyskens ne voit pas l’utilité de recourir à une septième réforme de l’Etat, celle-là même dont le président, Wouter Beke, a dit, le 23 juin 2012 (« La Libre Belgique ») qu’elle viendra un jour, car l’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible.

Et nous invitons Mark Eyskens à relire les propos tenus par le même Wouter Beke, le 22 septembre 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons un véritable confédéralisme où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Le problème, c’est qu’il y a une forte identité flamande mais pas vraiment d’identité wallonne. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Et nous ne voulons pas oublier Kris Peeters, qui, en tant que ministre-président CD&V flamand, se comportait  à l’étranger en véritable chef d’Etat, revendiquant lui aussi une révolution copernicienne que la sixième réforme de l’Etat est loin d’avoir engendrée.

Entre la N-VA et le CD&V, on le voit, il y a l’épaisseur d’un papier à cigarette. Comme les deux formations sont aujourd’hui liées par le même sort sur le vaisseau fédéral, Mark Eyskens se leurre en voulant faire passer la N-VA pour le parti qui a transigé sur ses revendications.

Il n’y a qu’une vérité dans son discours : N’oubliez pas que la Belgique est de plus en plus dominée par les Flamands.

Le général de Gaulle avait donc vu clair, lorsque, le 29juillet 1967, il avait confié à son ministre Alain Peyrefitte : J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidés à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira. (…) (Les Wallons) retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands (…).

Dernièrement, Rémi Vermeiren, l’ex-présidenty de la KBC qui, il y a dix ans, fut l’un des instigateurs du Manifeste séparatiste « in de Warande », déclarait au « Vif » : Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en. Et au plus vite ! Un constat qui avait été également dressé par François Perin dans son ultime interview au « Soir » en 2011.

La fin d’un Etat n’est certes pas simple, mais elle ne signifie pas l’apocalypse. Une nouvelle harmonie peut naître d’une Flandre indépendante, d’une Wallonie intégrée à la France via un statut particulier et d’une Ville-Etat Bruxelles.

Que peut-on trouver de valorisant à poursuivre la route actuelle, avec son contexte permanent de chamaille, de méfiance et de comparaison dénigrante ?

(1) Dernier livre paru : « François Perin – Une Plume / L’Oeuvre écrite », Les Editions de la Province de Liège, 2015.

La Belgique a-t-elle bradé la résidence de son consul à Hong Kong ?

Michel Delwiche, « Le Vif », 20 août 2015

L’achat de la prestigieuse villa par Jack Ma, magnat de la société d’e-commerce Alibaba, pour un prix largement supérieur à son prix de revente par le ministère belge des Affaires étrangères pose question.

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Jack Ma, le big boss du géant chinois de l’e-commerce Alibaba, s’est offert une bien belle résidence sur les hauteurs de Hong Kong pour la modique somme de 1,5 milliard de dollars de Hong Kong, soit 175 millions d’euros. La propriété, 840 m² de plancher sur trois étages et 18 ares de jardin, est installée sur le Pic Victoria, surplombant la baie du même nom, avec une vue époustouflante sur la ville et ses gratte-ciel. Selon les journaux locaux, à 208 000 euros le m², il s’agit de la deuxième transaction la plus chère au monde de tous les temps, après la vente d’une villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat sur la Côte d’Azur (220 000 euros le m²).

Les heureux vendeurs, mari et femme tous deux actifs dans les affaires, qui avaient acheté ce pied-à-terre en 2000 pour un montant de 19 millions d’euros, ont ainsi réalisé une intéressante plus-value (+ 820 %). On ne peut par contre pas dire que le précédent propriétaire ait eu le nez fin. L’immeuble, au 22 Barker Road, juste à côté du consulat des Etats-Unis, abritait la résidence du consul de Belgique. Il a été vendu, en 2000 donc, par le ministère belge des Affaires étrangères. « Voyez comment la Belgique brade ses bijoux de famille », se désole l’essayiste politique Jules Gheude, qui a repéré cette information dans la presse locale.

Charleroi: un dossier européen de 10 millions d’euros égaré à l’administration

MK, « La Libre Belgique », 19 août 2014

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Sale coup pour un des grands projets de Charleroi, si la perte se confirme. Nos confrères de la RTBF annoncent en effet qu’on a constaté la disparition, quelque part dans l’Hôtel de ville de Charleroi, du dossier relatif au projet « Quai 10 ». Il s’agit de la transformation, en bâtiments à objectifs culturels, telles qu’une salle de cinéma et de spectacles, de l’ancien siège de la Banque nationale, le long des Quais, expliquent nos confrères de la DH.

Ce projet, jumelé avec celui de la Placerelle sur la Sambre, bénéficie d’un support européen d’une dizaine de millions d’euros, mais l’Europe y met évidemment des conditions. Selon la RTBF, elle veut, avant de prendre sa décision finale de déblocage attendu des fonds, être complètement informée sur la nature exacte de la convention passée en février 2012 entre la Ville de Charleroi et le concessionnaire désigné, aujourd’hui responsable du cinéma « Le Parc », Michel Bakolas. C’est apparemment là que le bât blesse. La Région a en effet constaté, en juin dernier, qu’elle ne disposait pas de ce dossier, alors que c’est elle qui doit avancer les fonds, pour le compte de l’Europe. Or, au moment de remettre la main sur la convention, on a bien dû constater qu’elle était introuvable, malgré les recherches entreprises dans l’Hôtel de ville de Charleroi.

Or, dit-on du côté de la Région wallonne, ce document est indispensable si l’on veut vérifier que tout s’est bien déroulé dans les règles. Et si ce n’était pas le cas ? La Ville pourrait avoir à rembourser les sommes déjà perçues à titre d’avance sur les fonds attendus. De même, la validité de la convention pourrait être contestée, avec les conséquences que cela supposerait aussi pour le gestionnaire désigné, et qui a pris des engagements pour l’avenir. La Ville, dit-on, a mis en urgence sur l’affaire son service juridique. En poursuivant ses recherches dans ses bureaux. Et en se rappelant que l’inauguration officielle du « Quai 10 » est prévue pour le 5 septembre prochain.

Gand, l’université belge la mieux classée au niveau mondial

« Le Soir », Belga, 15 août 2015

2015-08-15_190210Les universités américaines raflent huit des 10 premières places du classement publié vendredi par l’université Jiaotong (communications) de Shanghai des 500 meilleures universités au monde, avec l’université de Harvard en tête pour la 13e année consécutive. Sept universités belges figurent dans ce classement, Gand étant la première d’entre elles à la 71e place.

Les 10 meilleures universités restent virtuellement inchangées depuis l’année dernière : les prestigieuses américaines Stanford, le MIT et Berkeley arrivent une nouvelle fois derrière Harvard, suivies de Cambridge la britannique.

L’ULB à la 101e place

On retrouve, comme l’année dernière, deux établissements belges dans le top 100.

L’université de Gand arrive à la 71e place (70e en 2014) et la KU Leuven à la 90e place (96e en 2014). L’université libre de Bruxelles (ULB) se retrouve entre la 101e et la 150e place (top 150, sans classement précis), l’université catholique de Louvain (UCL) entre la 151e et la 200e place. La vrije universiteit Brussel (VUB) et l’université de Liège se trouvent quant à elles entre la 201e et la 300e place. Enfin,l’université d’Anvers est classée entre les 301e et 400e places de ce top 500.

Les critères

Le classement de Shanghai, créé en 2003, prend en compte six critères pour distinguer 500 des 1.200 établissements répertoriés dans le monde, dont le nombre de Nobel parmi les anciens élèves, le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline ou le nombre de publications dans « Science » et « Nature ».

Si l’université chinoise décrit ce classement comme « le plus fiable », ses critères tournés vers la recherche et les sciences de la vie, occultant entre autres les sciences humaines et sociales, sont dénoncés par de nombreux responsables européens comme un biais dommageable pour leurs établissements.

Seuls trois autres établissements non-américains atteignent le top 20, Oxford à la 10e place, l’University College de Londres atteignant la 18e place, et l’Institut fédéral de technologie de Zurich (Suisse) descendant de la 19e à la 20e place.

L’université Jiaotong, qui souhaitait initialement classer les universités chinoises selon leurs performances, assure que ces résultats sont issus d’une méthodologie transparente et de données externes.

La première université chinoise, l’université de Pékin, grimpe à la 115e place, tandis que Jiaotong elle-même gagne quatre places et se classe 118e.

André Flahaut veut regrouper les écoles pour faire des économies

Véronique Lamquin, « Le Soir », 13 août 2015

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Fidèle à son habitude, André Flahaut n’a pas pris de vacances. Tout au plus quelques excursions dans le sud du pays. Sa lecture d’été ? Un gros classeur, rempli de fiches budgétaires. Chaque ministre a reçu un exemplaire avant de partir, sourit le ministre du Budget de la Communauté française. Les négociations commenceront dans les prochains jours.

 

Le budget 2016 s’annonce difficile ?

La situation n’est pas facile. On l’avait annoncé dans la déclaration gouvernementale : les années 2015, 2016 et 2017 sont difficiles.

Vous devez trouver combien pour 2016 ?

On est à 130 millions sans politiques nouvelles. Je vais examiner ça, avec chaque ministre, en examinant tout, ligne par ligne. On ne fait surtout pas du linéaire, hein !

Mais aucun département n’est immunisé ?

Non !

Pas même l’enseignement ?

Non. Mais là, s’il faut trouver des économies, il y a des possibilités de le faire par une approche pragmatique et concrète des infrastructures.

Vous préparez la fusion des réseaux ?

C’est peut-être souhaitable, à un certain moment. Mais quand on dit ça, les gens pensent catholique et officiel, ça, c’est un pont trop loin. Sans aller jusqu’à fusionner, rapprocher l’enseignement de la Communauté et celui des provinces, cela peut se faire. Pour réaliser des économies en équipement, en fonctionnement, en infrastructures.

 

Le surprenant cumul de fonctionnaires wallons

Michel Delwiche, « Le Vif », 7 août 2015

Pour être autorisé à exercer une autre activité professionnelle, le fonctionnaire doit obtenir une dérogation. 312 l’ont obtenue.

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Quelque 312 fonctionnaires wallons (y compris deux inspecteurs généraux) cumulent leurs fonctions avec une autre activité professionnelle, privée, a répondu récemment Christophe Lacroix (PS), ministre de la Fonction publique, à une question du député Vincent Sampaoli (PS). Ils ont dû obtenir une dérogation à l’article 139 du Code de la fonction publique wallonne qui stipule que ce cumul est interdit. La dérogation est accordée à condition que le cumul ne nuise pas à l’accomplissement de la fonction, ne soit pas contraire à la dignité de celle-ci et ne puisse induire de conflit d’intérêts. Secteurs d’activités concernés : l’enseignement, le commerce et la certification PEB (performance énergétique des bâtiments) rendue obligatoire, en cas de vente ou de mise en location de maisons ou d’appartements, par… la Région wallonne.

Bart De Wever veut une vraie petite révolution

Pierre Havaux, « Le Vif », 7 août 2015

Dans la revue interne de la N-VA, le dirigeant nationaliste flamand estime que le gouvernement fédéral, même s’il reflète les aspirations flamandes, n’offre pas une solution structurelle pour l’avenir de la Flandre.

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« Vakantie ». Bart De Wever n’a pas voulu lâcher les militants N-VA sur les routes sans une piqûre de rappel administrée via la revue interne du parti. Pas d’euphorie : la Flandre n’est pas au bout de ses peines, car elle n’a pas son avenir en main.

Sans doute, concède le président de la N-VA dans son billet d’humeur un brin maussade, l’actuel gouvernement fédéral reflète les aspirations flamandes, mais il n’est pas une solution structurelle. Le bout du tunnel ne sera en vue que lorsque les entités fédérées détermineront leur propre politique, avec leurs propres moyens et sous leur propre responsabilité.

Ce qui exige une vraie petite révolution. Il faut inverser la logique : les entités fédérées doivent percevoir les impôts et verser une dotation à l’Etat fédéral pour son fonctionnement.

A côté de ça, le tax-shift était une promenade de santé.

« La structure du modèle belge n’est pas démocratique »

Remi Vermerein, ex-banquier flamingant et séparatiste, retape sur le clou indépendantiste : « Belges, finissons-en ! » Le plus vite sera le mieux. Pour les Flamands comme les Wallons…

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Il y a dix ans, il allumait le feu avec un manifeste indépendantiste dont il était l’inspirateur pour le compte d’un think tank nommé « in de Warande. » Aujourd’hui, son nouveau plaidoyer en faveur de l’indépendance de la Flandre ne fait plus que lever ou froncer quelques sourcils. Signe que l’idée fait son chemin dans les esprits…

A 75 ans, Remi Vermeiren, 43 ans passés au service de la KBC dont il a été le président, ressort son plan B qu’il a remis au goût du jour. L’ex-banquier séparatiste n’a rien du flamingant exalté. A grand renfort de chiffres, de graphiques et de tableaux, son analyse mène à cette conclusion prémâchée, qu’il expose sobrement, cliniquement : la Belgique est un échec économique et démocratique cuisant et le restera. Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en. Et au plus vite.

Le Vif/L’Express : by-bye Belgium,  “there is no alternative” ?

Remi Vermeiren. Je ne crois pas effectivement qu’il y ait une meilleure alternative. Pour la Flandre mais aussi, en fin de compte, pour la Wallonie et pour Bruxelles. Compte tenu, cela va de soi, des conditions qui seront liées à une telle séparation.

Cette séparation serait une opération win-win pour les Flamands et pour les francophones ?

La Flandre, selon moi, n’a rien à gagner à rester dans cette constellation belge qui ne produit rien d’efficient pour elle. Le nord du pays n’en a pas besoin économiquement et à terme, il gagnera en ouverture et en assurance à être indépendant. Mais ce constat n’est pas nécessairement désavantageux pour la Wallonie et Bruxelles : dans le cadre d’un accord, le sud du pays pourra être financièrement aidé.

La structure du modèle belge n’est pas bonne, elle n’est pas démocratique, elle est trop complexe et par conséquent inefficiente. Il existe un déficit de responsabilité financière dans le chef des entités régionales, qui dépensent de l’argent qu’elles ne doivent pas collecter. Il est toujours facile pour un homme politique d’annoncer des dépenses quand il ne doit pas annoncer des impôts pour les financer. Et la sixième réforme de l’Etat ne modifie pas ce fait. Je ne le reproche pas au PS ni aux Wallons en particulier.

Tout de même, la Wallonie va mieux. Cela ne change pas la donne ?

Non. Le fossé entre Flandre et Wallonie reste très important. Si la Wallonie va sans doute mieux, cette amélioration est limitée et sera peut-être temporaire. Et quand bien même : cette amélioration n’est pas un argument suffisant pour maintenir la Belgique.

Dans ce cas, la Wallonie, voire Bruxelles, pourraient vouloir rejoindre la France…

Ce serait le droit le plus strict des Wallons d’exprimer ce souhait. Reste à vérifier si les Français se montreront enthousiastes à cette perspective. Bruxelles, c’est autre chose : la Flandre devrait pouvoir s’opposer à cette perspective. Je ne vois d’ailleurs pas l’avantage que Bruxelles aurait à rallier la France, elle y perdrait son statut de capitale de l’Europe. Bruxelles doit devenir une sorte de Washington DC, au-dessus de la mêlée des Etats.

Tout en restant, logiquement selon vous, la capitale de la Flandre…

Psychologiquement, les Flamands auraient du mal à abandonner Bruxelles. La Flandre pourrait décider que Bruxelles reste sa capitale juridique, le siège de son gouvernement et de son administration. Même si Anvers est incontestablement plus importante pour la Flandre que Bruxelles, dans bien des domaines. Aux Pays-Bas, La Haye est la capitale juridique, alors qu’Amsterdam est la capitale économique. Libre aussi à la Wallonie de faire de Bruxelles sa capitale.

Bruxelles deviendrait ainsi une ville-Etat, elle s’enrichirait à devenir une ville trilingue. Une cogestion de Bruxelles par la Flandre et la Wallonie ne serait pas une situation saine. Un politicien de Bruges ne doit pas se mêler de la gestion des affaires bruxelloises.

La N-VA pourrait connaître le même sort que la VU ?

C’est possible. Je le crains, sans pouvoir dire si cela se produira.

Vous avez l’occasion de discuter de votre position, au sein de la N-VA ?

Je connais bien certaines personnes au sein du parti, qui apprécient mon point de vue.

Jan Jambon, ministre N-VA de l’Intérieur, et son chef de cabinet, Herman De Bode, ont jadis signé le manifeste indépendantiste de la Warande. Ils partagent toujours votre dernière analyse ?

Herman De Bode, qui est un ami, certainement. Probablement aussi Jan Jambon, avec lequel je n’en ai pas discuté. Mais il est aujourd’hui un homme politique, il doit être réaliste et prudent, vis-à-vis de ses électeurs comme à l’égard à sa fonction ministérielle.

Le Mouvement flamand ne respire plus la forme…

Il paraît en effet fatigué, il s’éparpille, il est un peu groggy.

Vous agissez dans la coulisse pour rallier les entrepreneurs flamands à vos vues ?

Je vais parler là où on m’invite. Vous savez, les patrons ont bien d’autres chats à fouetter que de lire mon livre. La plupart éprouvent une sympathie de base pour ma thèse mais les entrepreneurs sont avant tout des gens pragmatiques. Ils pensent à l’intérêt de leur entreprise dans les trois, quatre ou cinq ans à venir. Ils sont rarement attirés par la politique, ils préfèrent garder leurs distances.

Ne devriez-vous pas commencer par convaincre les acteurs politiques et économiques wallons ? A moins que ce ne soit mission impossible ?

Je le crains (sourire.) J’ai 75 ans, je ne me sens pas l’âme d’un missionnaire. Je me contente de donner mon avis. Mon livre n’est d’ailleurs pas connu dans les milieux wallons.

Vous pourriez le faire traduire en français pour éclairer les francophones…

Une version française de mon ouvrage existe mais je n’ai pas trouvé d’éditeur francophone intéressé. Je pourrais le faire imprimer à mes frais, mais comment le distribuer ? Si vous avez une piste à me suggérer…

Pourquoi ne vous êtes-vous pas engagé en politique ?

Je n’ai pas le caractère à faire de la politique. Il est difficile d’y rester intellectuellement intègre. Je suis peut-être trop individualiste pour cela.

Votre analyse est la vision d’un homme d’affaires. La Belgique n’est-elle rien d’autre qu’une question d’argent ou est-elle aussi affaire de sentiments ?

Je peux fort bien comprendre que certains soient sentimentalement attachés à la Belgique, comme on peut l’être tout autant à la Flandre. Mais l’enjeu n’est pas tant économique qu’une question de démocratie. Politiquement, le statut de minorité protégée offre aux francophones une position de force trop importante.

L’indépendance est un principe démocratique, et ma démarche est fondamentalement démocratique. Dans mon schéma de séparation, toute personne de nationalité belge pourra choisir la nationalité wallonne, flamande ou bruxelloise, indépendamment de son lieu de naissance ou de son lieu d’habitation au moment de faire son choix.

La vision francophone d’un nationalisme flamand égoïste vous irrite?

Nationalisme ? Je n’aime pas ce terme pour sa connotation égoïste, sectaire. A mes yeux, un nationaliste veille à ses intérêts et aux intérêts de sa propre famille, sans être pour autant contre les intérêts des autres. Penser à ses propres intérêts, écouter sa population, n’a rien d’inhumain. Tous les Etats de l’Union européenne continuent de défendre leurs intérêts nationaux.

Auriez-vous raison trop tôt ?

Je n’en sais rien. Le jour où deux tiers des Flamands seront pour l’indépendance… Je ne l’exclus pas un jour. Le Flamand est souvent tourné sur lui-même. Les régimes étrangers qu’il a connus, espagnol, autrichien, français, néerlandais, expliquent sa méfiance et son rejet de l’autorité publique et sa posture défensive.

Je pense d’ailleurs que si un jour il y a séparation de la Belgique, l’initiative viendra de Bruxelles ou de la Wallonie. C’est une question de mentalités. Les hommes politiques francophones sont plus assertifs, ils regardent plus loin, font davantage bloc lorsqu’il est question de communautaire. Ce n’est pas illogique, ils sont moins nombreux, ils sentent qu’ils doivent s’unir face à une majorité. l

Remi Vermeiren, « België, de onmogelijke opdracht. Vlaamse onafhankelijkheid. Recht, behoefte en noodzaak » éd. Pelckmans,2014.