Archives mensuelles : août 2015

Le mic-mac du patrimoine en Wallonie

Marie-Cécile Royen, « Le Vif », 30 août 2015

La restauration à 26 millions d’euros du Grand-Théâtre de Verviers a déclenché une vague de suspicions, avant d’être saquée par le Feder et le Conseil d’Etat. Les concours d’architectes sont-ils tous comme ça ?

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Le Grand-Théâtre de Verviers (GTV) est un monument en péril. Une chute de moulure, dans le foyer, a entraîné sa fermeture. Malgré ses façades pelées, sa beauté reste intacte. Accroché à une butte, l’édifice marque fièrement l’entrée d’une ville qui fut assez riche, en 1892, pour s’offrir un théâtre à l’italienne de 1 350 places (800 aujourd’hui). Pourtant, l’ancien bourgmestre de Verviers, Claude Desama (PS), ne l’aimait guère. Il avait donné priorité à la restauration de l’hôtel de Biolley, là où Marie-Henriette d’Autriche, future reine des Belges, fut présentée au futur Léopold II. Il voulait en faire le nouveau musée de la ville. Pas de chance : ni le Grand-Théâtre ni l’hôtel de Biolley n’ont reçu un cent du Fonds européen de développement régional (Feder) 2014-2026. Verviers, ville authentiquement sinistrée mais dépourvue de poids politique, a été ignorée. Le projet présenté par la nouvelle majorité CDH-MR était-il pertinent ? Son côté hybride (faire du GTV un lieu de culture et de vie économique) n’a pas plu aux puissantes administrations wallonne (Patrimoine) et de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Infrastructures culturelles). La désunion locale a fait le reste.

Ce n’est pas tout. Le 16 juin dernier, alors que le couperet Feder était déjà tombé, le Conseil d’Etat a donné raison à deux architectes écartés du marché de la restauration et du réaménagement du Grand-Théâtre. Le collège échevinal de Verviers s’est empressé, le 24 juin, et sans le crier sur les toits, de retirer son attribution au vainqueur de l’épreuve, Olivier Bastin (L’Escaut). Epilogue d’une saga qui a mis en émoi le petit monde des architectes ? Le marché d’architecte portait sur 16,6 millions (26 millions pour la restauration totale du bâtiment), avec un impact médiatique assuré. Le patrimoine rapporte plus que les constructions neuves : le taux des honoraires d’architectes est de 15 % contre 10 % pour du neuf. Quinze équipes avaient remis un projet mais, dès le départ, des rumeurs de favoritisme ont circulé, résultat de deux décennies d’interventionnisme, bien ou mal dissimulé derrière des compétitions tendant pourtant à objectiver la sélection des auteurs de projet.

En Wallonie, tout ce qui touche au patrimoine devient vite passionnel. Les acteurs sont nombreux et ne s’entendent pas toujours. L’administration du Patrimoine a la réputation de s’arcbouter sur des vieilles pierres jusqu’à ce qu’elles s’écroulent (sauf quand de grands noms s’en mêlent…). L’Institut du patrimoine wallon, Petit Poucet devenu grand, se démène pour trouver des solutions réalistes de sauvetage et fait de l’ombre aux autres. La Cellule Architecture de la FWB, qui finance la restauration de certains biens culturels, fait des choix stratégiques audacieux. Dans cet imbroglio institutionnel, les Sylvester Stallone de la restauration tiennent plutôt le haut du pavé au grand dam des Woody Allen. Certains excès sont évités à Bruxelles-Capitale, où les avis de la Commission royale des monuments, sites et fouilles ont un caractère liant (l’autorité est obligée de les respecter), alors qu’ils sont consultatifs en Wallonie.

Quant au Grand-Théâtre de Verviers, tellement associé à la prospérité de la cité lainière et à son goût pour la musique, il restera le symbole d’une occasion manquée. Pour se rattraper, le ministre wallon du Patrimoine, Maxime Prévot (CDH), a promis de dégager des subsides et de refaire l’enveloppe du vieux bâtiment. En attendant de trouver la formule miracle pour l’intérieur…

L’Europe aura-t-elle la peau du tram liégeois ?

Mélanie Geelkens, « Le Vif », 30 août 2015

Et de deux ! Déjà recalé en mars, le dossier du tram de Liège a reçu cet été un deuxième avis négatif de l’Europe. Les négociations sont en cours et le projet n’est pas mort. Pour le moment. En cas d’abandon ou de retard important, les conséquences seraient désastreuses pour la ville.

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Les abords du stade du Standard sont devenus un enchevêtrement de déviations et de barrières de chantier. Seule la circulation locale est autorisée à s’y frayer un chemin. Les automobilistes occasionnels, eux, se perdent dans ce dédale de sens interdits. Les quelques commerces des environs ont connu des jours meilleurs, dépourvus de poussière et du vacarme des machines.

Le prix à payer, pour accueillir le tram. Les travaux préparatoires de la rue Ernest Solvay à Sclessin sont les plus longs à devoir être réalisés. Entamés en février 2014 afin de déplacer les impétrants se trouvant sous le futur tracé, ils ne devraient être achevés qu’en juin 2016, si le calendrier initial est respecté. Les désagréments et les investissements en vaudront-ils la chandelle ? Depuis que l’Europe a donné son coup de massue, plus personne n’oserait répondre par l’affirmative.

Les 15 millions d’euros (budget initial) consentis par la Région wallonne pour la réalisation de ces travaux démontrent à quel point personne n’avait venu venir l’assommoir. Ni les ministres, ni leurs cabinets, ni les entreprises impliquées, ni les avocats et autres experts en la matière.

L’Oosterweelverbinding, le bouclage du ring d’Anvers, aurait pu leur mettre la puce à l’oreille. Dans ce dossier aussi, Eurostat – le statisticien-gendarme européen – avait rappelé en septembre 2014 ses nouvelles normes comptables au bon souvenir du gouvernement flamand, le sommant d’intégrer la dépense (de 3,25 milliards d’euros) d’une traite dans son budget.

Six mois plus tard, la Région wallonne recevait la même gifle concernant le tram liégeois. Confirmé fin juillet. Eurostat considère que l’investissement de 380 millions d’euros aurait dû être inscrit en une fois dans le budget régional, et non supporté par le partenaire privé sélectionné (une association momentanée entre Alstom et BAM).

Difficile de savoir si la Région et la Société régionale wallonne du Transport (SRWT) planchent déjà sur un plan B : elles se taisent dans toutes les langues, affirmant ne pas vouloir perturber le bon déroulement du dialogue contradictoire. J’espère que ce silence radio ne signifie pas que l’on est en train de digérer une mauvaise nouvelle, glisse Christine Defraigne, cheffe de file de l’opposition MR à Liège. On devrait en savoir plus d’ici les prochains jours, lorsque tout le monde sera rentré de vacances, rassure Willy Demeyer, bourgmestre socialiste de la Cité ardente.

Si les négociations actuelles n’aboutissent pas, il restera en théorie une deuxième option : la modification du contrat en intégrant les différentes critiques, pour ensuite solliciter un nouvel avis européen. Soit rendre le projet davantage public ou davantage privé. Avec tous les choix politiques que cela impliquerait. Beaucoup craignent que face à trop de difficultés, la Région enterre le tram. Ce sont Magnette, Prévot et Di Antonio qui décident au gouvernement, or ils n’en ont rien à faire de ce qui se passe à Liège, peste un principautaire.

Même dans le meilleur des scénarios, le dossier ne s’en sortira probablement pas sans retard. L’échéance de 2017, annoncée lorsque Liège espérait encore organiser l’exposition universelle, ne tient plus depuis belle lurette. La SRWT avait ensuite parlé de l’automne 2018, avant d’admettre que la deadline serait difficile à respecter vu le contexte. Les espérances portent désormais sur 2019, voire 2020.

Les Wallons se serreront encore la ceinture en 2016

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 29 août 2015

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Le gouvernement wallon a fait sa rentrée, jeudi au château de la Hulpe. Les ministres PS et CDH ont planifié l’année politique qui s’annonce chargée, puisque pas moins de cinquante dossiers ont été abordés (voir ci-dessous). S’il reste encore quatre ans de législature, la Wallonie, qui a décidé de son retour à l’équilibre budgétaire pour 2018, va encore connaître en 2016 une année difficile sur le plan des finances.

Lors de la présentation du budget 2015, fin de l’année dernière, les coalisés PS-CDH avaient annoncé un plan d’économie de près d’un milliard d’euros pour les années 2015 et 2016 et une fin de législature plus ambitieuse avec le retour de quelques liquidités bienvenues.

Un grand nombre d’accords

Les ministres wallons, après un ajustement budgétaire purement technique (les mots sont de Paul Magnette, ministre-Président PS), s’attaqueront au budget 2016, dont les grandes orientations avaient déjà été fixées lors de la confection du budget de l’année 2015.

Après le psychodrame de l’ajustement budgétaire du gouvernement Michel qui, en mars dernier, annonçait une perte de rentrée pour les Régions avant de se raviser au début de l’été, le gouvernement wallon attend toujours les chiffres réels. Des chiffres dont les entités fédérées doivent disposer pour composer au mieux un budget réaliste.

Si la fin du mois de juillet a vu le gouvernement presser le pas pour entériner des accords sur un certain nombre de dossiers, il reste à faire passer ces textes devant le Parlement.

Pour l’heure, le gouvernement avance plutôt correctement par rapport aux engagements pris dans la DPR (déclaration de politique régionale). L’ambiance au sein de l’attelage gouvernemental est plutôt bonne par rapport à la précédente législature où les tensions à l’égard de Jean-Marc Nollet (Ecolo), surtout, étaient présentes.

Si le CDH, qui pèse moins lourd que le PS, occupe le terrain, crispant parfois les ministres socialistes, rien de grave ne perturbe pour l’instant la coalition qui est sortie renforcée après les houleux comités de concertation qui ont vu les ministres wallons et leurs confrères MR du fédéral particulièrement crispés.

A très court terme: le plan de lutte contre la pauvreté

Précarité Paul Magnette (PS) espère finaliser le plan de lutte contre la pauvreté dans les semaines qui viennent. Le plan qui donnera la priorité aux enfants et aux personnes âgées qui vivent dans la précarité a pour ambition de réduire drastiquement la pauvreté en Wallonie. D’autres axes importants seront mis en avant comme la lutte contre le surendettement via, entre autres, un soutien aux services de médiation de dettes. Il s’agira encore d’adapter le plan « Habitat permanent » (les précédentes actions menées dans ce domaine n’ayant pas engendré de réelles réussites), qui doit permettre de reloger un certain nombre de personnes en situation de précarité vivant actuellement dans des zones à vocation touristique. Enfin, le gouvernement PS-CDH a l’intention d’encourager le développement des maisons médicales.

À court terme: la politique des grandes villes

Villes nouvelles Hérité du fédéral, via la sixième réforme de l’Etat, le dossier de la politique des grandes villes porté par Paul Furlan (PS) en partenariat avec Carlo Di Antonio (CDH, Aménagement du territoire) et Jean-Claude Marcourt (PS), en charge de l’Economie et des nouvelles technologies, est attendu pour le mois d’octobre. C’est dans ce dossier que l’on devrait déterminer la localisation des futurs nouveaux quartiers (précédemment appelés pompeusement Villes nouvelles). Mais également, comme l’explique Paul Furlan, « la manière dont nous allons bâtir la ville sur la ville en évitant l’étalement urbain, en mettant sur pied un autre vivre ensemble au sein des villes pour qu’elles ne soient plus des lieux d’exclusion. Il faut y ramener des gens qui sont économiquement plus solides sans exclure les habitants qui vivent dans une certaine précarité » . Un volet concernant la politique architecturale des villes wallonnes est au programme.

À court terme: le pacte pour l’emploi

Aides Conséquence du transfert de compétences lié à la sixième réforme de l’Etat, la réforme des aides à l’emploi déposées entre les mains des partenaires sociaux prend plus de temps qu’initialement annoncé. L’ensemble des aides existantes (jugées trop nombreuses) sont remises à plat (ex : APE, titres services, article 60, PTP, etc.). A charge pour les négociateurs de recréer un système cohérent et tenable au niveau budgétaire. Le gouvernement aura cependant le dernier mot. Les derniers pronostics optimistes envisageaient une conclusion pour la fin de l’année 2015. Il s’agira ensuite de traduire cet accord en textes décrétaux, ce qui risque de prendre encore quelques mois. Il s’agira aussi de renforcer la formation en alternance et l’orientation professionnelle tout au long de la vie. Afin de mieux développer les futures politiques en matière d’emploi, il est question de créer des organismes conseils comme il en existe au Fédéral (ex : le bureau du plan).

À moyen terme: tourisme, santé et économie

Tourisme. En matière de tourisme, le ministre en charge de cette compétence, le CDH René Collin, devrait entériner dans les mois qui viennent la fusion d’un certain nombre de maisons du tourisme.

Santé. On attend encore le plan qui vise le financement des hôpitaux du sud du pays.

Economie. Le plan numérique, axe très important du Plan Marshall 4.0, sera porté par le ministre en charge de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS). Il doit permettre aux entreprises wallonnes de rentrer de plain-pied dans le XXIe siècle en ayant recours aux nouvelles technologies.

Urbanisme. Enfin en matière d’aménagement du territoire, le CoDT (code de développement territorial) version Di Antonio (CDH) doit encore passer le cap des discussions parlementaires avant une mise en application retardée au mois de janvier prochain, voire plus tard encore.

L’inévitable facture du photovoltaïque

Christophe Leroy, « Le Vif », 28 août 2015

La Région wallonne entend bien faire payer les détenteurs de panneaux photovoltaïques pour l’électricité qu’ils injectent dans le réseau. C’est du moins la thèse que défendra le ministre de l’Energie Paul Furlan (PS) devant le gouvernement. Nouveau bras de fer en vue avec le lobby Touche pas à mes certificats verts.

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Le verdict délivré par la cour d’appel de Liège, le 30 juin dernier, résonnait comme une première victoire pour l’asbl Touche pas à mes certificats verts (TPCV) et ses 17 000 membres. Celle-ci s’opposait au projet de tarification visant à mettre à contribution les propriétaires de panneaux photovoltaïques pour l’électricité qu’ils injectent dans le réseau. L’intention de la Commission wallonne pour l’énergie (CWaPE), estime la cour, s’oppose à la logique portée par le gouvernement, lorsqu’il a introduit le principe de compensation. Depuis 2007, ce mécanisme permet aux détenteurs de panneaux de soustraire l’électricité injectée dans le réseau de leur relevé annuel.

La fin de la trêve estivale laisse augurer un nouvel affrontement. Malgré la récente décision de justice défavorable à la CWaPE, son président Francis Ghigny maintient qu’une mise à contribution des prosumers – à la fois producteurs et consommateurs d’électricité – reste d’actualité. Si le gouvernement redéfinit les rôles de chacun dans son décret tarifaire, nous aurons répondu aux critiques de la cour d’appel, commente-t-il. Dans le cas contraire, nous devrons opter pour une autre formule, produisant le même effet que le projet initial. Sans en dévoiler la teneur à ce stade, la CWaPE assure que plusieurs pistes sont en cours d’analyse pour préparer la riposte éventuelle. En aura-t-elle besoin ? Interrogé par Le Vif/L’Express sur ce dossier sensible, le ministre wallon de l’Energie Paul Furlan (PS) invoque la notion de l’intérêt général face aux intérêts défendus par TPCV. Il faut bien se rendre compte que tout avantage profitant aux détenteurs de panneaux photovoltaïques, dont font partie les 17 000 membres de TPCV, est répercuté sur la facture de 3,2 millions de consommateurs wallons, souligne-t-il. Je ne peux pas devancer la décision finale que prendra le gouvernement. Mais la thèse que je défendrai est claire : les détenteurs de panneaux photovoltaïques devront à l’avenir participer aux frais de réseau. Comment ? La question sera tranchée durant le dernier trimestre de 2015, lorsque la proposition liée aux lignes tarifaires sera examinée par le gouvernement wallon.

Droit de pétition: Le citoyen wallon peut peser sur les décisions parlementa

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 27 août 2015

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Si l’ensemble des Parlements du pays permettent (c’est un droit constitution-nel) à chaque citoyen qui le souhaite de leur adresser une pétition sur un sujet en lien avec une compétence qui est du ressort de ce niveau de pouvoir (fédéral, régional ou communautaire), cette possibilité n’est pas forcément connue de tous.

Au Parlement wallon, dès le 1er septembre, ce droit de pétition sera renforcé et le processus simplifié. Le texte, signé par le PS, le CDH, le MR et Ecolo, a été voté le 16 juillet dernier.

Alors que pour l’ensemble des assemblées du pays, le droit de pétition doit être exercé au moyen d’une lettre adressée au président de l’assemblée (qui ne peut en aucun cas être remise en main propre), en Wallonie, désormais, la démarche pourra être faite en ligne, sans avoir recours à un courrier papier.

Guillaume le Maudit, roi en Flandre

Pierre Havaux, « Le Vif », 23 août 2015

 Enquête sur le troublant retour en grâce du roi des Pays-Bas chassé par les Belges en 1830. Ou comment un roi déchu doit faire passer la naissance de la Belgique pour une erreur historique.

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Viré manu militari par les Belges en 1830, réhabilité avec les honneurs par la Flandre en 2015, dans le cadre du bicentenaire du Royaume-Uni des Pays-Bas: comment le retour en grâce de Guillaume d’Orange, roi déchu, doit faire passer la naissance de la Belgique pour une erreur historique.

Guillaume Ier des Pays-Bas revient de loin. Sorti par la grande porte avec pertes et fracas par les révolutionnaires belges en 1830, le voilà qui rentre par la fenêtre avec la seule complicité de la Flandre. C’est en effet toute la Flandre qui s’est mise à sortir de l’oubli « Guillaume le Maudit » à l’occasion du bicentenaire du Royaume-Uni des Pays-Bas, constitué en 1815 sur les ruines du régime napoléonien. Colloques, conférences, publications, expos : villes et bourgades du plat pays, surtout celles jadis ralliées à la cause orangiste, multiplient les marques d’intérêt.

La Flandre politique ne pouvait manquer de tomber sous le charme de Guillaume Ier. Au printemps 2014, le parlement flamand se saisit de son dossier. Examen concluant : tous partis confondus, les députés nordistes prennent la résolution de ne pas faire l’impasse sur le bicentenaire du Royaume-Uni des Pays-Bas et de veiller à ce qu’il soit rendu hommage aux bienfaits de son souverain. Voeu parlementaire exaucé par la coalition Bourgeois I (N-VA – CD&V – Open VLD), qui l’intègre même dans son accord de gouvernement.

Geert Bourgeois, N-VA et nouveau ministre-président flamand, s’était engagé à ne pas manquer ce rendez-vous avec l’Histoire : « 2015 est un moment-charnière qui ne passera pas inaperçu. » Le Premier de Flandre est un homme de parole. Mai dernier, figé dans une posture de chef d’Etat, il pénètre cérémonieusement dans la Nieuwe Kerk de Delft, s’incline devant la dalle funéraire de Guillaume Ier, au pied de laquelle il dépose une couronne aux couleurs de la Flandre portant un ruban estampillé « Vlaamse regering. » La résolution parlementaire ne lui en demandait pas tant. Mais Geert Bourgeois n’a voulu reculer devant aucun sacrifice. Il a fallu que le nationaliste républicain quitte le royaume de Belgique pour trouver une tête couronnée digne d’être honorée. Et saluer la mémoire d’un despote certes « éclairé » mais autocratique, chez qui la démocratie ne faisait pas vraiment partie du vocabulaire.

Le numero uno de Flandre n’allait pas renoncer pour si peu. Le geste qu’il pose, avec l’assentiment des partenaires CD&V et Open VLD, passe surtout pour un pied de nez à usage interne. Sa portée saute aux yeux de Tom Verschaffel, historien à la KUL et spécialiste du XIXe siècle : « C’est un acte d’inspiration antibelge, c’est évident. A travers cet hommage rendu à Guillaume Ier, il traduit une volonté de réhabiliter le Royaume-Uni des Pays-Bas. Une appréciation explicitement positive et politique de cette période historique implique qu’il est regrettable que l’Etat belge ait été créé, que la révolution de 1830 fut une erreur. Le seul souverain que Geert Bourgeois honore est précisément celui qui a été chassé par la population belge. » Crime de lèse-majesté ? Outrage au roi des Belges devant lequel le ministre-président de Flandre a dû jurer fidélité en prenant ses fonctions en juillet 2014? Ingérence dans les affaires diplomatiques belges ? A peine. Tout est devenu possible au royaume de Belgique, où court toujours l’exclusion à perpétuité du trône de la Maison d’Orange-Nassau. Tenu dans l’ignorance, le niveau fédéral n’a d’ailleurs pas relevé, et le Palais royal n’a pas bronché.

Pied de nez de la Flandre à la révolution belge

Pierrre Havaux, « Le Vif », 17 avril 2015

2015, la Flandre entend célébrer le bicentenaire du règne du « bon roi Guillaume » des Pays-Bas, chassé par les révolutionnaires belges en 1830. Elle en oublie cette étonnante réalité historique : la période néerlandaise a surtout profité à la Wallonie.

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Souvenir, souvenir. L’an prochain, la Flandre jettera officiellement un regard attendri sur son passé vécu deux siècles plus tôt sous pavillon néerlandais. La résolution est prise : son vote, la semaine prochaine au parlement flamand, ne fait aucun doute. C’est tous partis confondus que le prochain gouvernement régional sera invité à fêter le bicentenaire du Royaume uni des Pays-Bas. Et à commémorer, comme il se doit, les réalisations de son roi, Guillaume Ier. Il se pourrait que certains versent une larme, tant les bienfaits du « bon roi Guillaume » sont loués par les élus flamands. Un « âge d’or » de quinze ans. Avant qu’une révolution ne vienne gâcher la fête en 1830, en permettant à un Royaume de Belgique de voler de ses propres ailes. Voilà pour le sous-entendu : la façon d’enjoliver le passé sous couleurs néerlandaises finirait par passer pour une réprobation muette du présent sous drapeau belge.

Le hic, c’est la réalité historique. Elle a été moins flatteuse pour nos contrées que ne le prétend la version du parlement flamand. Ironie de l’Histoire, elle a même été plus profitable aux intérêts wallons. C’est ce que dévoile, dans une interview au Vif/L’Express de cette semaine, l’historienne Els Witte (VUB), qui met la dernière main à un ouvrage consacré aux orangistes, ces nombreux Belges restés longtemps partisans de la dynastie de Nassau.

La Flandre politique compte s’inspirer de son approche du centenaire de la Grande Guerre pour remettre le couvert. Et offrir une nouvelle lecture bien à elle de l’Histoire. Ni les Régions wallonne et bruxelloise, encore moins l’Etat fédéral, ne sont à ce jour associés à l’initiative. Même si la porte est ouverte.

En 2015, la Flandre honorera Guillaume Ier des Pays-Bas, dans une Belgique qui décrète toujours les Orange-Nassau bannis du trône à perpétuité. Au royaume du surréalisme, tout est possible.

Politique fiction : Tous les nationalistes flamands proclament l’indépendance de la Flandre

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Le politologue Bart Maddens rêve tout haut et a établi une liste de nationalistes flamands de tous les partis. Leur seul point commun, c’est qu’ils proclameront l’indépendance flamande au parlement flamand s’ils ont la majorité absolue.

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Tom Van Grieken (VB), Bart Staes (Groen), Nelly Maes, Bert Anciaux (SP.A) et Bart De Wever (N-VA)

Imaginez-vous la chose suivante : lors des prochaines élections du parlement flamand, les partis nationalistes flamands unissent leurs forces. Ils forment un cartel et soumettent des listes communes partout. En tête de ces listes, figureront non pas les chefs de file de ces partis, mais les représentants du mouvement flamand et qui n’est pas lié à un parti politique.

Le président du Vlaamse Volksbeweging (VVB) Bart De Valck est tête de liste à Anvers. Le président de la N-VA Bart de Wever occupe la quatrième position, suivi immédiatement par Tom Van Grieken (le président du Vlaams Belang). Mais sur les listes du cartel figurent également des flamingants progressifs tels que Bert Anciaux (SP.A), Nelly Maes (ex-VU/SLP) et Bart Staes (Groen).

Le cartel représente pratiquement tout le spectre idéologique flamand. Et outre les politiques il y a de nombreux BV (Flamands célèbres) sur les listes : sportifs, artistes et personnages médiatiques de tous poils.

Le seul rapport entre eux, c’est leur accord de proclamer l’indépendance flamande au parlement flamand en cas de majorité absolue. Une fois cette indépendance assurée, il faudra organiser des nouvelles élections le plus rapidement possible où les anciens partenaires de cartel redeviennent des adversaires politiques. De cette façon, les flamingants mettent en pratique ce qu’Eric Defoort a crié en 2006 à la Veillée de l’Yser : « Quand il s’agit de la nation, nous sommes unis ».

Il s’agit évidemment d’une pure rêverie, d’une hallucination flamingante. Il n’y a aucune chance d’avoir un jour un cartel aussi large acquis à l’indépendance. Comment les partis seraient-ils un jour capable de dépasser leurs oppositions idéologiques ?

Junts pel si

Pourtant, c’est exactement ce qu’il se passe en Catalogne. Tous les partisans de l’indépendance mettent leurs différences idéologiques de côté et constituent un front catalan impressionnant. Mi-juillet, les indépendantistes se sont mis d’accord pour organiser des élections plébiscitaires. D’un point de vue purement institutionnel, il s’agit simplement d’une élection anticipée du parlement catalan.

Cependant, les partisans de l’indépendance soumettent des listes collectives sous le nom de Junts pel sí: ensemble pour le oui. En tête de ces listes figurent des représentants du mouvement d’indépendance qui ne concernent pas la politique d’un parti. Si le camp du oui atteint la majorité absolue au parlement catalan, elle proclamera l’indépendance catalane. De cette façon les élections régionales se transforment un référendum sur l’indépendance.

« L’indépendance, c’est la solution »

Cependant, je l’admets, la comparaison entre la Flandre et la Catalogne ne tient pas tout à fait la route. Ainsi, le camp du oui catalan ne possède pas de composante d’extrême droite. Pour des raisons historiques, l’extrême droite en Catalogne est surtout nationaliste espagnole. Au demeurant, le CUP, un parti d’extrême gauche séparatiste, n’a pas rejoint Junts pel sí. Cependant, les sièges obtenus par ce parti seront ajoutés au camp du oui.

Longueur d’onde idéologique

Pourtant, la longueur d’onde idéologique au sein de Junts pel sí reste considérable. Les deux composantes principales du cartel sont le parti libéral Convergèncía Democràtica de Catalunya (CDC) et le parti de gauche républicain Esquerra Republicana de Catalunya (ERC): deux partis diamétralement opposés, hormis en ce qui concerne l’indépendance de la Catalogne. Sur les listes on trouve aussi d’anciens socialistes catalans. Et le chef de file principal du oui, en tête de liste à Barcelone, n’est pas le ministre-président sortant Artur Mas du CDC, mais un ancien parlementaire européen écologique : Raül Romeva.

L’issue est incertaine. On ignore si le oui obtiendra la majorité absolue espérée. Lors des élections régionales de 2012, trois partis catalans (CiU, ERC et CUP) ont obtenu une large majorité de 74 des 135 sièges. CiU était un cartel du CDC avec le parti démocrate-chrétien UDC. À présent, UDC se présente séparément aux élections parce qu’il ne soutient pas l’indépendance défendue par le CDC. Cependant, l’aile radicale du UDC a fait sécession pour rejoindre le camp du oui.

Tout compte fait, la situation en Catologne est inédite et donc imprévisible. Il n’y a pas encore de sondages fiables et la véritable campagne électorale doit encore commencer. Mais il est déjà clair maintenant que la diversité politique au sein de Junts per sí est à la fois une force et une faiblesse.

Discorde

Les adversaires de l’indépendance, y compris les médias hispanophones, essaient de semer la zizanie au sein du camp du oui. La semaine dernière, le désaccord entre différents segments de Junts per sí sur le revenu de base a fait la une des médias. Au début de la semaine, il y a également eu une polémique parce que la tête de liste Romeva n’a pas voulu confirmer qu’Artur Mas est candidat à la ministre-présidence de Junts pel sí.

Le fait qu’il ne s’agit pas d’un référendum formel risque de jouer des tours au camp du oui. Ce sont surtout les opposants modérés de l’indépendance qui essaient de briser l’enjeu du référendum en focalisant sur les thèmes socio-économiques et la politique du gouvernement. Les conservateurs du Partido Popular (PP) fulminent aussi contre le caractère plébiscitaire de cette élection, tout en continuant à polariser. « On doit envoyer des ‘guérilleros’ au parlement catalan pour lutter contre le séparatisme » a déclaré le chef de file du PP Xavier Albiol.

No pasarán

Le premier ministre Mariono Rajoy (PP) se concentre surtout sur les élections nationales de décembre. Il espère tirer profit du désaccord sur la question catalane au sein du parti socialiste. L’attitude parfois ambiguë des Catalans socialistes embarrasse parfois le PSOE national, ce dont Rajoy désire profiter au maximum.

Mariano Rajoy © AFP

Nous voici dans le vif du sujet. Dans la question catalane, le PP défend uniquement ses intérêts personnels. Ces dernières années, le parti a envenimé un maximum les désaccords avec les nationalistes catalans. Le PP n’a pas totalement abandonné ses racines franquistes et souhaite se profiler comme le défenseur ultime d’une Espagne une et indivisible.

Le parti espère faire son beurre de l’aversion très répandue en Espagne vis-à-vis des séparatistes basques et catalans. Pour cette raison, Rajoy a toujours rejeté toute offre de dialogue. La demande pourtant raisonnable des Catalans de bénéficier d’un statut spécial en tant que nation historique en Espagne, s’est toujours heurtée à un no pasarán.

C’est la raison pour laquelle le camp du oui a une chance réelle de gagner le 27 septembre. Les Catalans ne réalisent que trop qu’ils ont une chance historique de faire front contre l’autorité centrale qu’ils haïssent.

Les indépendantistes catalans se sont tellement engagés pour ces élections que la perte du camp du oui représenterait un triomphe inédit pour le nationalisme espagnol avec tout ce qui s’en suit. La lutte d’indépendance catalane n’aura pas de sitôt des conditions aussi propices. La Catalogne restera ce qu’elle est aujourd’hui: une des 17 régions espagnoles qui gémit sous le pouvoir central. Quel triste sort pour un pays aussi fier, qui a sa propre langue et sa culture, une identité nationale forte et un passé grandiose.

Une chose est sûre: si la poudrière espagnole explose, l’onde de choc dans l’UE et en Belgique sera énorme. Soyez certains que l’état espagnol s’opposera par tous les moyens à l’indépendance de la Catalogne. La Commission européenne et les différents états de l’UE devront choisir leur camp : reconnaîtront-ils la Catalogne ou pas ?

Je connais d’ores et déjà un pays où le choix sera vite fait. C’est le seul pays de l’UE où le gouvernement national est dominé par un parti séparatiste. Il ne fait pas de doute que ce sera le premier pays à se hâter de reconnaître l’indépendance de la Catalogne. Ou suis-je à nouveau en train d’halluciner ?

La Région wallonne injecte 3,5 millions dans la F1 à Francorchamps

« Le Vif », Belga, 21 août 2015

La Wallonie a réalisé en juillet dernier une augmentation de capital de 3,5 millions de Spa Grand Prix, la société d’organisation du GP de F1 à Francorchamps, rapporte vendredi l’Echo.

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L’opération a été réalisée par l’intermédiaire de la Sogepa, le bras financier de la Région, unique actionnaire de Spa GP. Elle a permis de porter le capital de 7,45 millions d’euros à près de 11 millions.

Dans le même temps, une seconde opération a été réalisée par la Région. Elle visait cette fois une réduction du capital de près de 8 millions (7.905.495,01 euros) pour le ramener à quelque 3 millions (3.078.783,09 euros) afin d’éponger les pertes reportées au 31 décembre 2014 de Spa GP. Ce faisant, la Région wallonne réitère ainsi une opération qu’elle réalise chaque année pour éponger les dettes de la société d’organisation du GP de F1 à Francorchamps, créée en 2006.

Saga des huissiers de la Région wallonne : tout ça pour ça…

Thierry Denoël, « Le Vif », 20 août 2015

A la suite des annulations du marché public des huissiers chargés de chasser les mauvais payeurs, la Région wallonne choisit de revenir aux pratiques du passé. Comme en atteste un courrier de l’administration fiscale que Le Vif/L’Express a recueilli.

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Dans le dossier des huissiers wallons, l’administration fiscale du sud du pays aura fait preuve d’un rare amateurisme. Jusqu’au bout, le recrutement de ces officiers ministériels a été géré en dépit du bon sens. Contexte : réforme de l’Etat oblige, les taxes propres aux Régions sont de plus en plus nombreuses. Pour recouvrir ces impôts, les Régions ont le choix de l’administration : soit elles laissent le SPF Finances – au niveau fédéral donc – s’en charger et leur reverser ce qui leur est dû, soit elles s’en occupent avec leurs propres fonctionnaires. La Région wallonne a commencé par recouvrir elle-même les plus petites taxes avant de s’attaquer aux plus grosses. Depuis le 1er janvier 2014, les fonctionnaires de la Direction générale opérationnelle de la Fiscalité, baptisée plus sommairement DG07, recouvrent de nouvelles taxes, à savoir la taxe de circulation, de mise en circulation et l’Eurovignette, ce qui représente un solide paquet de recettes. Pour convaincre les contribuables récalcitrants de payer l’impôt, cette administration missionnait des huissiers en fonction d’un système de désignation plutôt arbitraire qui confinait au copinage. Vu la multiplication des taxes à recouvrir et le nombre grandissant de mauvais payeurs, certains huissiers ont protesté en faisant valoir la législation de 2006 sur les marchés publics, qui inclut les professions juridiques.

Un marché a donc été lancé par la Région wallonne en décembre 2013. Celui-ci était divisé en douze lots territoriaux. Pour chacun des lots, il était prévu de désigner, pour une période de quatre ans, trois études d’huissiers qui se partageraient le contentieux. Les soumissionnaires ont remis leur offre début mars 2014. Ils étaient nombreux car le recouvrement des taxes est une mine d’or pour les huissiers. Le 4 septembre 2014, l’administration wallonne a publié l’attribution du marché. Mais, pour plusieurs lots, la décision a été directement attaquée devant le conseil d’Etat. En cause : la Région avait introduit des sous-critères qui n’étaient pas prévus dans le cahier des charges mais qui pouvaient rapporter des points pour l’évaluation finale. Statuant en référé le 3 novembre, le Conseil d’Etat a suspendu le marché, pour huit des douze lots, arguant d’une inégalité flagrante de traitement. La Région a donc opéré un nouveau classement en tenant compte des remarques de la haute juridiction administrative. La liste des candidats gagnants, qui n’avait pas changé, a été publiée le 5 mai dernier et… a, une nouvelle fois, fait l’objet d’un recours en extrême urgence. Dans sa seconde salve d’arrêts, le Conseil d’Etat a fait valoir deux erreurs de procédure élémentaires.

Comment sortir du lac ? La réponse se trouve dans un courrier, adressé le 30 juillet dernier par le patron de la DG07, qu’un vent favorable nous a apporté. Il s’agit d’une proposition de convention de collaboration envoyée à tous les soumissionnaires des huit lots dont l’attribution a été annulée. En clair, cette convention fixe les modalités de fonctionnement pour les huissiers intéressés par des missions de recouvrement de créances fiscales pour la Région, sans que soit précisé le moindre critère d’attribution des dossiers. Tout juste est-il indiqué: « L’administration n’est en aucun cas tenue de confier à l’huissier un nombre minimal de dossiers de recouvrement. » Bref, ce courrier marque un retour vers le passé. Pour la grande majorité des lots du marché, on en revient au régime de l’arbitraire. Plutôt que de faire son mea culpa, l’administration préfère s’asseoir sur les règles du marché public.