Archives mensuelles : mai 2015

La Wallonie va investir 1,1 milliard dans 438 projets

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 22 mai 2015

2015-05-23_195921

Derrière l’acronyme rébarbatif Feder se cache une manne financière importante qui, durant les cinq prochaines années, permettra à la Wallonie de développer des projets créateurs d’emplois pour un montant total de 1,7 milliard d’euros. Si 40 % de ce montant est pris en charge par l’Europe, la Wallonie prend en charge 50 %. Les dix derniers pour cent étant assumés par les opérateurs dont les projets ont été choisis.

Bénéficiant du statut de « région en transition », la Wallonie a donc à nouveau pu solliciter les aides Feder (pour Fonds européen de développement régional). Une partie du gouvernement wallon, accompagnée du ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), présentait, jeudi matin, l’ensemble des projets sélectionnés dans le cadre de cette programmation 2014-2020. « Le précédent programme a permis de soutenir un millier de projets et 2 700 entreprises, de créer 10 000 emplois et de soutenir 23 pôles urbains », a expliqué Rudy Demotte.

Pour cette nouvelle programmation, 438 projets ont été retenus par le gouvernement, aidé dans cette tâche par un jury indépendant (plus indépendant du gouvernement que des projets, puisque certains membres du jury, mais pas tous, sont également impliqués au sein d’un certain nombre d’opérateurs).

Un jury indépendant

Pour arbitrer entre les 1 258 projets reçus, le gouvernement s’est peu écarté des recommandations du jury (4,2 %). « Ce système de task force indépendante est reconnu au niveau européen comme un système à suivre », précise le ministre-Président wallon, Paul Magnette (PS). Le Brabant wallon, seule province de Wallonie considérée par l’Europe comme faisant partie des régions d’Europe « les plus développées », est moins servi que les quatre autres provinces considérées par l’Europe comme « régions en transition ». Le Brabant wallon bénéficiera d’une enveloppe de plus de 60 millions d’euros alors que le 1,6 milliard restant sera réparti pour des projets provenant des autres provinces (voir infographie ci-dessus).

Le gouvernement s’est, sur le montant initial de 1,7 milliard, autorisé un premier tri pour un montant avoisinnant le 1,1 milliard. Les 500 millions restants seront dirigés vers le monde de l’entreprise. Le ministre Jean-Claude Marcourt (PS) en charge de l’Economie reviendra dans quelques temps présenter la manière dont ce montant sera réparti. Précisons encore qu’une somme de 85 millions d’euros (conformémemnt aux règles Feder) sera octroyé à un certain nombre d’opérateurs économiques des quatre provinces qui seront chargés de sélectionner les projets à soutenir.

Dans ce cadre, il avait été décidé, sous la précédente législature, que les 23 pôles soutenus prioritairement se réduiraient à 12, qui soit sont touchés par le déclin post-industriel, soit sont des pôles transfrontaliers. Il s’agit de Charleroi, Liège, Mons, Herstal, Seraing, Sambreville, La Louvière, Verviers, Arlon, Tournai, Mouscron et enfin Namur, au titre de capitale régionale.

Et parce que quelques exemples sont plus parlants et plus compréhensibles, voici un certain nombre de projets très concrets qui seront financés dans les cinq années à venir.

  1. Charleroi.Sont prévus, dans la région de Charleroi, la rénovation du Palais des expositions, la création d’un centre de congrès, le développement d’un pôle d’excellence Zénobe Gramme qui rentrent dans la redynamisation des quartiers de la Ville-Haute.
  2. Mons.On citera, par exemple, les travaux énergétiques à l’hôtel de ville de Mons ou encore le projet de maternité commerciale (qui vise à redynamiser le commerce en centre-ville).
  3. Bastogne.On peut retenir le lien urbain et touristique à Bastogne entre la place McAuliffe et le Mardasson.
  4. Namur.L’aménagement de la place du Grognon est un des projets phares de la capitale wallonne.
  5. Thuin.Un projet concerne les remparts de la Ville.
  6. Arlon.Le plan stratégique local Dynamo d’Arlon (centre d’entreprise et scientifique) est une première dans cette région.
  7. Liège.Citons la rénovation du centre administratif pour en faire le premier centre zéro carbone de Wallonie ou encore un certain nombre d’aménagements à l’aéroport de Liège.

Encore 20 ans pour redresser la Wallonie !

2015-05-23_195411Dans un récente « opinion » reprise sur le site de l’hebdomadaire flamand «Knack » et à laquelle les médias francophones n’ont curieusement pas fait écho, j’appelle les Wallons et les Wallonnes à entrer en résistance face à la stagnation à laquelle est confrontée la Région wallonne depuis plus de 35 ans.

L’opportunité de cet appel est confirmée, ce 21 mai, par l’article que François-Xavier Lefèvre signe dans « L’Echo ».

Le journaliste interroge, en effet, trois personnes – Guiseppe Pagano, économiste à l’Université de Mons, Didier Paquot, directeur du département économique à l’Union wallonne des Entreprises, et Martine Lefèvre de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, – au sujet de l’évaluation à tirer de la politique économique wallonne menée ces dix dernières années.

On retient des diverses interventions que 1° au niveau du PIB, l’écart avec la Flandre reste bloqué à 25% ; 2° le problème de l’efficacité et de la simplification n’est pas pris en compte par le gouvernement ; 3° la Wallonie va mieux mais elle ne va toujours pas bien ; 4° il faudra encore 20 ans pour que la Région se reconstruise.

Difficile de dresser un constat plus sévère !

On sait que Namur, qui abrite le siège des institutions wallonnes, a pour emblème l’escargot, mais il faut tout de même rester sérieux.

Nous avons les exemples de pays qui, en l’espace de trois à quatre ans, sont parvenus à redresser la barre. L’Irlande est le plus actuel. Il suffit, pour cela, de trancher dans le vif. Certes, cela fait mal, mais la guérison est à ce prix.

Nous l’avons déjà souligné à de multiples reprises, le mal principal dont souffre la Wallonie est son hypertrophie administrative . Dans « L’Echo », Didier Paquot rappelle que « le nombre d’employés du Forem a augmenté de 30% en huit ans », alors que le taux de chômage se situe toujours autour de 15-16%. On sait aussi que les services de Wallonie-Bruxelles International et de l’Awex totalisent plus de… 750 agents, alors que la Flandre, avec un contingent moindre pour une population plus grande, a réalisé, pour chaque trimestre de 2014, un volume d’exportations supérieur à celui de la Wallonie pour l’entièreté de l’exercice.

Et on peut multiplier les exemples : 42 décideurs pour « De Lijn » contre 161 pour les TEC…

Il ne faut pas 20 ans pour prendre les mesures qui s’imposent vraiment. Il faut tout simplement du courage politique !

Et ce n’est qu’en se mobilisant que la population wallonne pourra faire passer le message à ses gouvernants et leur faire entendre raison.

Jules Gheude

«La Wallonie a encore besoin de 20 ans pour revenir dans la moyenne belge»

François-Xavier Lefèvre, « L’Echo », 21 mai 2015

2015-05-23_194947

Où en est le redressement de la Wallonie ? Depuis plus de dix ans, si on tient compte des précédents « Contrat d’avenir » et « Contrat d’avenir renouvelé », les différents gouvernements qui se succèdent à la tête de la Région wallonne axent la politique de relance économique du sud du pays sur un plan baptisé Marshall. Les moyens financiers mobilisés par les pouvoirs publics sont importants.

En 2005, le premier plan Marshall s’accompagnait d’une enveloppe de 1,8 milliard d’euros. Sous la précédente législature, dès 2009, le plan Marshall 2.vert était doté d’un financement de 2,9 milliards. Le Marshall 4.0, dont les derniers détails seront dévoilés la semaine prochaine par le gouvernement PS-CDH, mobilise 2,5 d’euros sur l’ensemble de la législature.

Au niveau de la stratégie, l’essentiel des moyens est affecté à la relance industrielle. Les 6 pôles de compétitivité ont par exemple ciblé des secteurs comme l’aéronautique où la Wallonie peut faire la différence par rapport à la concurrence internationale.

Impact limité sur le PIB

A la veille du lancement d’un nouveau plan, quel bilan dreser de cette décennie Marshall ? Pour l’IWEPS, l’institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, il faut d’abord ramener les choses à leur juste proportion. Le budget du plan Marshall 2.vert n’a représenté que 4,7% du budget total de la Wallonie. C’est un poids relatif par rapport à la masse globale, estime Martine Lefèvre, responsable du programme d’évaluation du Plan Marshall 2.vert.

Le gouvernement wallon doit-il dès lors augmenter les moyens du plan Marshall ? Oui, estime Guiseppe Pagano, directeur en sciences économiques à l’Université de Mons. Les montants  mobilisés sont insuffisants. L’objectif initial du premier plan Marshall était de faire progresser le PIB wallon. Les montants sont trop faibles pour avoir un véritable impact sur le PIB. Le budget Marshall représente entre 0,5 et 0,8% du PIB wallon par an. L’impact est donc de quelques fractions du PIB. Nous restons dans un ordre de grandeur inférieur à 1% du PIB. Une recommandation que j’ai à faire au gouvernement est d’augmenter les budgets du plan Marshall. C’est évidemment impossible vu le contexte budgétaire mais si on veut  provoquer un impact de 1% sur le PIB, il faudrait doubler le budget Marshall.

Du côté de l’Union wallonne des entreprises, on voit les choses autrement. Le problème n’est pas lié au budget. Il y a un souci d’efficacité en Wallonie, dit Didier Paquot, directeur du département économique. Il prend l’exemple du Forem et de son armée d’employés. Le nombre d’employés au Forem a augmenté de 30% en huit ans et il y a toujours autant d’entreprises qui recherchent des personnes formées. Pour la simplification et l’efficacité, il n’y a pas besoin d’argent mais le gouvernement ne se rend pas bien compte de l’importance de l’efficacité.

Au-delà de cette question d’argent, Didier Paquot met en avant la rupture provoquée par Marshall par rapport aux politiques du passé. C’était la première fois que la Wallonie mettait en place une politique orientée sur l’économie. Martine Lefèvre de l’IWEPS salue de son côté la continuité de cette politique lancée en 2005. Guiseppe Pagano rappelle, lui, les 5.500 emplois créés par ces pôles.

Derrière ces appréciations, le constat est sévère ! Certains indicateurs vont mieux, mais si on prend les trois indicateurs principaux – PIB par habitant, taux d’emploi et taux de chômage – on ne voit pas de progression sur ces dix dernières années, estime Didier Paquot.

La critique est partagée par Guiseppe Pagano. Ce n’est pas suffisant. Depuis 2005, la Wallonie est parvenue à stabiliser sa part de PIB au niveau national mais l’écart n’a pas été réduit. Cet écart reste bloqué à 25% entre la Flandre et la Wallonie. Encore heureux qu’il se soit stabilisé ! On ne peut donc pas dire que le résultat soit satisfaisant. L’un et l’autre soulignent cependant que le ralentissement de la conjoncture n’a pas aidé la Wallonie.

Guiseppe Pagano ne veut pas se limiter au seul PIB pour juger l’état du sud du pays. Un indicateur comme l’impôt des personnes physiques (IPP) est plus favorable que le PIB pour la Wallonie. L’écart au niveau de l’IPP entre la Wallonie et la moyenne nationale est ainsi passé de -15 à -12% ces dix dernières années. C’est un signal positif mais c’est trop lent. La Wallonie va mieux mais elle ne va toujours pas bien.

A l’Iweps, Martine Lfèvre reste, elle, prudente quand il s’agit de faire le bilan de l’ensemble du plan Marshall. Nous avons fait différentes évaluations thématiques qui ont débouché sur des recommandations mais mesurer l’impact macroéconomique de l’ensemble du plan sur le développement d’une région, c’est impossible.

Encore 4 plans Marshall

L’objectif final est, lui, encore loin. Le redressement va encore prendre 20 ans. On n’est pas suffisamment avancé pour stopper les efforts. Quatre plans Marshall sont encore nécessaires pour que la Wallonie revienne dans la moyenne belge en termes de PIB et de capacité fiscale, estime Guiseppe Pagano.

Au niveau des entreprises, on partage cette position. Il faudra bien encore attendre 10 ans, même 20 ans, pour reconstruire la Wallonie et retrouver une économie solide, juge Didier Paquot.

Le nouveau code wallon reporté sine die

Eric Deffet, « Le Soir », 20 mai 2015

2015-05-21_101330Le PS et le CDH craignent que la formation des acteurs de l’urbanisme  et de l’aména-gement du territoire ne soit pas achevée. L’opposition est furieuse.

Nouveau coup de frein à l’entrée en vigueur en Wallonie du Code du développement territorial, le fameux CoDT, appelé à remplacer le Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, du patrimoine et de l’énergie (Cwatupe), sorte de monstre législatif et réglementaire devenu incompréhensible et impraticable. Le PS et le CDH, les deux partis qui composent la majorité, ont déposé ce mercredi au parlement une proposition de décret demandant un report sine die de l’application du texte. La date de l’entrée en vigueur devrait être fixée ultérieurement par le gouvernement.

La date du report encore inconnue

Rétroactes. Le nez sur la campagne électorale de mai 2014, la majorité PS-CDH-Ecolo avait approuvé au forceps le Code concocté par Philippe Henry (Ecolo), le ministre de l’Aménagement du territoire. L’été dernier, dans leur déclaration de politique régionale, PS et CDH s’engageaient à prendre les arrêtés d’exécution nécessaires et fixaient l’application au 1er  juillet 2015. Un premier report avait déjà été acté pour le 1er  octobre de cette année. Cette fois, aucune date n’est plus avancée.

La proposition de décret est signée des chefs de groupe. Inutile de dire que Christophe Collignon et Dimitri Fourny ont reçu le feu vert du gouvernement avant de prendre cette initiative. Leurs arguments : dans les délais prévus, il sera impossible de former aux nouvelles règles tous les acteurs concernés par cette révolution et d’adapter les systèmes informatiques.

L’opposition furieuse

L’opposition wallonne est furieuse. Philippe Henry, désormais député, dénonce « un recul de plusieurs cases » puisque le gouvernement a entrepris de modifier substantiellement le texte adopté en 2014 et que le parcours législatif est très loin d’être achevé. « La question de la formation n’est qu’un argument pipeau qui cache une cacophonie au sein du gouvernement », affirme le libéral Pierre-Yves Jeholet.

La majorité quant à elle se retranche derrière les incertitudes liées au calendrier pour justifier sa demande de report. PS et CDH affirment que cette nouvelle péripétie ne doit pas être interprétée comme une volonté de l’exécutif de ne pas faire aboutir ce dossier.

Une certitude : le CoDT devait être l’outil déterminant pour soutenir les investisseurs, libérer les projets de construction ou encore consolider et simplifier les procédures. A ce stade, on reste très loin de l’objectif…

Baromètre : MR et PS poursuivent leur domination, PTB dépasse Ecolo en Wallonie

« La Libre Belgique », 20 mai 2015

2015-05-21_100840

En Wallonie, le PS occupe toujours la première place du podium, avec un score de 29,7% qui est supérieur à celui enregistré lors du Baromètre du mois de mars 2015 (28,7%) mais toujours en deçà de son score électoral du 25 mai 2014 (32%).

Le MR est deuxième avec un score qui avoisine les 25% d’intentions de vote. Il reste ainsi dans la zone de son score électoral.

Le CDH est le troisième parti au sud du pays avec un très léger recul qui le place autour des 13% d’intentions de vote.

Enfin, et c’est un peu le seul changement important qu’il convient de signaler, le PTB avec un 0,1% d’avance dépasse le parti Ecolo et se retrouve à la quatrième place en termes d’intentions de vote au sud du pays.

Quant au FDF wallon, il ne décolle toujours pas et reste à 2,9%.

Moins de Wallons partiront à l’étranger pour les langues

Romain Demoustier, « DH », 18 mai 2015

2015-05-18_142413

En 2016, 350 aides financières seront accordées à de jeunes rhétoriciens wallons pour un séjour linguistique à l’étranger. Ils sont encore 680 cette année à pouvoir bénéficier d’une bourse pour cette expérience linguistique. En raison d’un budget serré, le nombre de bourses a été réduit de moitié par le gouvernement wallon.

L’économie engendrée par ce rabotage du nombre de bourses est conséquente pour le Forem.

Le MR veut accélérer les transferts vers la Communauté germanophon

Eric Deffet, « Le Soir », 18 mai 2015

2015-05-21_101052

Devinez qui tient la vedette cette semaine au parlement wallon ? Réponse un peu incongrue, à l’image de notre paysage institutionnel complexe : la Communauté germanophone… Ce mardi et ce mercredi, il sera en effet beaucoup question des rapports entre la Wallonie et la plus petite communauté de notre pays dans des débats qui mobiliseront les députés mais qui verront aussi défiler à Namur de nombreux élus venus des cantons de l’Est.

La Communauté germanophone reste demandeuse de compétences plus larges qui lui permettraient d’avancer vers ce statut de « quatrième région » de Belgique qui lui tient à cœur. En Wallonie, ce débat est un peu passé au second plan depuis les élections et la mise en œuvre de la sixième Réforme de l’État.

La Déclaration de politique régionale confirme le souhait de la coalition PS-CDH de poursuivre et approfondir la coopération et les synergies existantes avec le gouvernement de la Communauté germanophone, notamment dans le cadre des nouvelles matières qui leur sont transférées par l’autorité fédérale en exécution de la sixième réforme de l’État. Pour baliser sa politique en la matière, l’exécutif wallon s’appuie sur la déclaration de principe adoptée à l’unanimité par le parlement d’Eupen le 27 juin 2011 et s’engage à ce que le sujet (le transfert de nouvelles compétences, NDLR) fasse l’objet de discussions au cours de la présente législature, dans un esprit de dialogue et d’ouverture.

Assumer

La déclaration en question fait désormais référence dans les neuf communes frontalières. On y lit notamment que la Communauté germanophone doit être une entité fédérée égale en droits au sein de la future structure de l’État et qu’elle est disposée, prête et en mesure d’assumer, en étant dotée des moyens financiers ou des possibilités de financement appropriées, toutes les compétences qui ont été transférées aux entités fédérées belges dans le passé ou leur seront transférées à l’avenir dans le cadre de la réforme de l’État. Vous avez dit quatrième Région ? On y est.

Mais politiquement, le processus semble s’enliser. Du coup, le MR a décidé de prendre l’initiative. Ce mardi, le groupe libéral au parlement wallon déposera une proposition de résolution par laquelle il demande, comme le prévoit l’article 139 de la Constitution, d’engager rapidement les procédures qui aboutiront au transfert vers l’actuelle Communauté germanophone d’un paquet colossal de compétences : le solde de la politique de l’emploi, l’urbanisme et le logement, l’aménagement du territoire, les travaux routiers, l’exercice des compétences provinciales…

Si l’initiative est wallonne, elle est soutenue par l’ensemble de la hiérarchie du MR, jusqu’à son sommet. C’est dire si cette proposition de résolution peut aussi être interprétée comme une volonté de placer la majorité régionale PS-CDH face à ses responsabilités. Les deux partis de la coalition semblent jusqu’à présent vouloir s’en tenir à la Déclaration de politique régionale. L’opposition libérale leur demande de faire preuve de plus d’ambition.

Le débat s’éternise alors que la revendication des germanophones est forte, pacifique et unanime, note Pierre-Yves Jeholet, le chef de groupe MR à Namur. Au PS et au CDH, on semble penser que ce n’est jamais le bon moment pour passer à l’acte et pour soutenir les ambitions de la Communauté germanophone. Au MR, nous sommes clairement favorables à l’idée d’une quatrième Région. Il faut maintenant dégager en Wallonie une volonté politique qui ira dans ce sens. 

Faire des choix

Le Soir

Pour le MR, il est grand temps que le gouvernement wallon tombe les masques et fasse enfin preuve de clarté : Cessons donc de faire semblant et parfois de mettre des freins au processus pour engager de vraies discussions sur ces compétences, souligne le chef de file des libéraux.

Ce ne sera pas simple. La Wallonie traverse une période budgétaire très délicate et le débat sur les compétences s’accompagnera forcément d’un débat sur le financement de celles-ci lorsqu’elles seront transférées :  Il faudra évidemment objectiver les questions financières et aboutir à des accords où il n’y aura pas de perdant ou de gagnant, insiste Pierre-Yves Jeholet. La Wallonie devra soutenir l’émancipation des germanophones, mais ceux-ci devront sans doute aussi faire des choix et se montrer raisonnables. Tout cela sera au cœur des négociations que nous voulons voir démarrer rapidement sur base d’une méthodologie claire et performante : quelles compétences ? Quels financements ? 

À terme, conclut le libéral, la Wallonie sera gagnante : Nous avons tout avantage à travailler main dans la main avec une entité fédérée dont nous observons souvent les politiques avec intérêt, parce qu’elles montrent l’exemple dans bien des domaines. La Communauté germanophone peut être pour les Wallons un pont utile vers l’Allemagne et l’Est de l’Europe. 

Si la proposition de résolution du MR ne sera pas adoptée ce mardi (elle doit transiter par la conférence des présidents), elle risque bien de peser lourd dans les débats du jour entre parlementaires wallons et parlementaires francophones.

Une unanimité qui ne se discute pas

Malgré leur statut de minorité très protégée et en dépit des compétences qui leur ont déjà été attribuées, les 77.000 germanophones des neuf communes de l’Est du pays ne sont toujours pas des Wallons comme les autres. Un seul exemple : en matière d’urbanisme, un citoyen ou une entreprise qui souhaite lancer un recours contre une décision qui le concerne n’a pas d’autre choix que d’introduire une procédure en français auprès de la Région wallonne.

C’est dire si la Communauté germanophone demeure une entité à part dans le paysage institutionnel de la Belgique fédérale. Malgré les réformes de l’État et les transferts de compétences déjà réalisés au départ de la Wallonie : en 1994 pour les monuments et sites, en 1999 pour l’emploi et les fouilles, en 2004 pour les pouvoirs subventionnés, en 2014 enfin pour le tourisme mais aussi l’organisation, la compétence et le fonctionnement des institutions communales…

Il reste du pain sur la planche pour atteindre le statut de quatrième Région du pays, qui n’est pas prévue par la Constitution, mais que tout l’éventail politique appelle de ses vœux du côté d’Eupen et de Saint-Vith. La sixième réforme de l’État qui a largement bénéficié à la Wallonie devrait logiquement profiter aussi aux germanophones, par effet de cascade : les nouvelles compétences sur l’emploi par exemple devraient venir grossir le portefeuille de matières déjà dans les mains du gouvernement de la petite entité.

Mais rien n’est simple. Pour que chacun s’y retrouve et pour financer des opérations d’une telle envergure, aucune automaticité n’est envisageable : il faut négocier et aboutir à des accords équilibrés. Pour le tourisme ou les fouilles archéologiques, passe encore. Pour l’aménagement du territoire, l’affaire est déjà plus sensible. Pour les compétences provinciales, on frôle l’incident : la province de Liège perdra son autorité sur une partie de son territoire.

Enfin, les élections de 2014 n’ont pas bousculé le paysage politique dans les cantons de l’est, mais elles ont porté au pouvoir pour la première fois le chef de file d’un parti régional, Oliver Paasch (ProDG). L’homme se défend d’être un ultrarégionaliste, mais les Wallons doivent encore trouver leurs repères dans l’indispensable dialogue avec le nouveau ministre-président. Lors de son installation, il confiait au Soir : Je ne veux pas parler de malaise entre les germanophones et la Wallonie. Mais il faut reconnaître que les négociations les plus récentes n’ont pas été faciles. Je le répète : les germanophones sont unanimes à propos des transferts… 

La pensée de Perin pour les nuls

Christian Laporte, « La Libre Belgique », 18 mai 20152015-05-21_095024

Jules Gheude a réuni les textes importants de son mentor

On l’aime ou on ne l’aime pas, mais on ne peut pas reprocher au publiciste wallon Jules Gheude de ne pas avoir de la suite dans les idées.

Sa conviction qu’un jour les Wallons seront de dignes citoyens de la République française peut faire froncer les sourcils ou susciter la moquerie, mais elle finit par interpeller, même si, pour les besoins de la cause, il fait appel à la méthode d’Emile Coué…

Reste que si Gheude y croit, c’est parce qu’il fut et reste un disciple de François Perin, sans lequel la Belgique n’aurait pas subi toutes les mues institutionnelle qu’on lui connaît.

Régulièrement, il met donc en exergue les œuvres de son maître que la Wallonie officielle a jusqu’ici, très étonnamment, oublié d’honorer… sans doute parce qu’il était trop indépendant d’esprit.

Auteur d’essais sur Perin, il vient de faire œuvre utile à destination  des jeunes et moins jeunes clampins en quête de grandes références intellectuelles en réunissant une synthèse de l’œuvre écrite du grand juriste et penseur liégeois.  Nombre de ses livres sont épuisés depuis belle lurette mais pas mal de ses idées, de ses hypothèses et de ses conclusions gardent une étonnante actualité.

Eternel rebelle, ce qui explique un parcours politique très surprenant, François Perin était un observateur hors pair de « la rue de la Loi » mais aussi du monde environnant. Et c’est pourquoi ses écrits d’inspiration très voltairienne, nous interpellent toujours autant.

Opposé à tous les dogmes paralysants et perpétuel pourfendeur des mythes, Perin a ouvert la route à l’analyse politique. Avant de devenir un acteur clé du fédéralisme.

Enfin, à la fin de sa vie, il nous entraîna aussi sur les sentiers de la spiritualité, dans une optique de dialogue aux antipodes d’une certaine laïcité intolérante actuelle.

François Perin. Une Plume. Jules Gheude / les Editions de la Province de Liège / 386 pp., env. 21 euros.

 

Di Antonio préfère la vignette à la taxe au kilomètre

« Le Vif », Belga, 18 mai 2015

Le ministre wallon de la Mobilité Carlo Di Antonio a rejeté lundi l’idée d’une taxation au kilomètre des véhicules légers telle qu’avancée par son homologue flamand Ben Weyts, lui préférant une vignette déductible de la taxe de circulation.

2015-05-19_092744

Une redevance pour les véhicules légers est envisageable en Wallonie mais pas sous la forme d’une taxation au kilomètre, a estimé le ministre CDH. Il considère qu’il serait juste que les usagers étrangers qui utilisent le réseau y contribuent également, comme nous le faisons quand nous allons en France ou en Suisse. La formule qui a sa préférence serait une vignette, déductible de la taxe de circulation pour les automobilistes belges. Pour Carlo Di Antonio, l’objectif est que les utilisateurs étrangers contribuent à l’entretien de notre réseau, pas que les Wallons paient un franc de plus pour le faire ! La redevance devra être indolore pour le conducteur wallon (…) Il n’est pas question d’instaurer une double peine-taxe pour les ruraux et les travailleurs

Le ministre wallon du Budget, Christophe Lacroix (PS), a pour sa part rappelé son refus tant d’une taxation au kilomètre que d’une vignette pour véhicules légers. Il souligne que le péage allemand actuellement en gestation fait l’objet d’une vérification par le gouvernement wallon sur son caractère légal et compatible avec les règlements européens, car les habitants de la Communauté germanophone pourraient être particulièrement discriminés par un tel péage. Quant à la vignette, nous ne sommes pas favorables à une vignette pour les véhicules légers, puisque de toute façon c’est contraire aux directives européennes et aux réglementations en la matière, a-t-il ajouté en commission du parlement wallon, à l’occasion d’un débat sur la redevance kilométrique pour poids lourds.

Wallons-nous ?

2015-05-17_131148Après la saga du photovoltaïque, voici que la Région wallonne accuse un sérieux retard pour le paiement des primes énergie.

Selon le ministre Paul Furlan, il ne s’agit pas d’un problème d’argent, mais d’un problème de personnel qui ne suit pas face aux nombreuses demandes.

L’explication laisse pantois, lorsqu’on sait que l’un des maux dont souffre la Wallonie est précisément l’hypertrophie administrative !

Et aujourd’hui, c’est Philippe Defeyt qui, dans « La Libre Belgique » tire un autre signal d’alarme : le gouvernement wallon est complètement à sec pour financer les maisons de repos. »