Brouille autour de la fusion des aéroports de Charleroi et Liège

« La Libre Belgique », Belga, 24 avril 2015

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Le ministre wallon en charge des aéroports, Carlo Di Antonio, confirme vendredi dans L’Avenir sa préférence pour une structure de gestion unique pour les aéroports de Charleroi (BSCA) et de Liège. Il espère réduire à 8 millions la redevance de BSCA et réclame pour Liège Airport un pas de côté de José Happart et Luc Partoune. Concernant la fusion BSCA-Liège Airport, je n’ai pas envie d’une guerre entre ces deux structures dans lesquelles la Région wallonne a tout de même investi un fameux paquet d’argent, déclare M. Di Antonio.

Il ne faut pas se précipiter, mais une structure unique de gestion serait préférable. Je sais que les actionnariats sont différents mais je pense à une refonte totale.

Le ministre CDH envisage à cet égard un seul actionnaire public et attend de connaître la position de Nethys, majoritaire à Liège via TEB Participations.

A la mi-avril, M. Di Antonio avait déjà dit dans Le Soir ne pas être opposé à l’idée d’une seule société de gestion pour l’ensemble. La Déclaration de politique régionale (DPR) prévoit déjà d’encourager la coordination, notamment via la SOWAER, entre les aéroports de Liège et Charleroi et d’intégrer au sein de la SOWAER les participations de la SOGEPA dans le capital des sociétés de gestion, afin d’accroître la cohérence des activités aéroportuaires.

Quant au litige opposant BSCA à l’Europe sur les 15 millions de redevance annuelle (au lieu de 3,5 millions) que l’aéroport devrait payer pour bénéficier de l’argent public investi, Carlo Di Antonio espère pouvoir transiger sur un montant de 8 à 9 millions et ainsi éviter un procès.

Enfin, le ministre demande au président de l’aéroport de Liège José Happart et au directeur général Luc Partoune, inculpés en justice, de faire un pas de côté.

Jeholet (MR) pas rassuré pour les investisseurs par la sortie « improvisée» du ministre

Le chef de groupe MR au parlement wallon Pierre-Yves Jeholet a qualifié vendredi d’improvisée la sortie médiatique du ministre en charge des aéroports Carlo Di Antonio sur l’avenir des aéroports de Charleroi et Liège, un message peu rassurant à ses yeux pour les actionnaires. Dans L’Avenir, Carlo Di Antonio envisage une structure de gestion unique pour les deux aéroports régionaux, ainsi qu’un seul interlocuteur public. Il fait aussi pression sur les actionnaires privés des deux aéroports pour connaître leurs ambitions.
Y a-t-il un plan stratégique, après les deux études de 2006 et 2012?, s’interroge M. Jeholet.
Le contrat de gestion de la SOWAER est fini depuis 2011 mais l’on ne voit toujours rien. Le ministre s’en prend aux dirigeants actuels, il dénonce un ‘vrai bazar’ parmi les actionnaires publics, c’est une remise en cause frontale de la politique de son prédécesseur (André Antoine, NDLR), selon lui.
Le manque de précision dans la Déclaration de politique régionale n’est pas de nature à rassurer le milieu aéroportuaire, ajoute-t-il. Le chef de file d’opposition rappelle qu’à Liège, la convention avec l’actionnaire privé Aéroports de Paris a pris fin.
S’il peut partager l’objectif de rationalisation des structures à travers une fusion, notamment pour plus de complémentarité, il s’interroge sur la base et les arguments pour la réaliser. Il voit dans la sortie du ministre un feu de paille pour masquer son immobilisme » et juge le message peu rassurant pour les investisseurs privés.

Aux actionnaires de décider de la forme, souligne Laurent Levêque (BSCA)

Une politique cohérente et constructive, qui soit profitable aux deux aéroports wallons, doit exister. Quant à la forme, c’est aux actionnaires d’en décider, a estimé Laurent Levêque, le président du conseil d’administration de l’aéroport de Charleroi-Bruxelles Sud (BSCA). Réagissant à l’interview donnée à L’Avenir par le ministre des aéroports Carlo Di Antonio, Laurent Levêque se réjouit du soutien apporté par celui-ci à la création d’un terminal supplémentaire, qui permettrait d’accroître de deux millions de passagers le trafic de l’aéroport carolorégien.
Avec les deux aéroports de Liège et de Charleroi, la Région dispose deux outils performants, pour les passagers chez l’un, pour le fret chez l’autre, et ces deux outils sont complémentaires, selon lui.
Quant à savoir s’il faut aller plus loin dans cette complémentarité, Laurent Levêque plaide pour une politique efficiente, qui soit profitable aux deux sites. Mais pour la forme que doit avoir cette complémentarité, il appartient aux actionnaires d’en décider, ajoute-t-il. Il répète aussi que la priorité reste, pour le BSCA, de continuer à investir pour se développer, dans le contexte financier qu’impose actuellement la décision européenne d’augmenter la redevance de l’aéroport.

L’actionnaire de Liège Airport étonné

TEB Participations, l’actionnaire majoritaire de Liège Airport, s’est dit étonné à la suite des propos tenus par le ministre de tutelle Carlo Di Antonio concernant la création d’une structure de gestion unique pour les deux aéroports wallons. Liège Airport et son directeur, Luc Partoune, n’ont quant à eux pas souhaité réagir. Je suis très surpris de l’interview du ministre, a commenté Julien Compère, président de TEB Participations. Cela fait des mois que l’on discute avec lui, nous avons encore eu une réunion avant les vacances de Pâques, et ce rapprochement n’a jamais été évoqué. Il n’y a jamais eu de concertation préalable.
Julien Compère ajoute qu’il a pris acte, que la diminution des coûts « reste à démontrer » et « qu’à première vue », il n’en voit « pas l’utilité ».
Liège Airport et Luc Partoune n’ont pas souhaité réagir. Carlo Di Antonio avait déclaré qu’il ne venait jamais à Bierset parce que M. Partoune et le président du conseil d’administration, José Happart, étaient inculpés. Il leur a demandé de faire un pas de côté.
En 2009, à la suite de perquisitions, Luc Partoune avait été privé de ses prérogatives pendant trois mois, avant que le conseil d’administration ne lui renouvelle sa confiance.
Cette sortie du ministre intervient alors que les discussions concernant le renouvellement du conseil d’administration de Liège Airport sont en cours et devraient aboutir en mai.