Didier Reynders commente le budget: «Il faut que les Régions fassent leur travail»

Bernard Demonty, « Le Soir », 30 mars 2015

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Le gouvernement a bouclé son contrôle budgétaire dans la nuit de dimanche à lundi.

Le budget bouclé en un week-end à la surprise générale. C’est une première ?

Il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un ajustement budgétaire et non d’un budget proprement dit, ni d’un tax shift. Cela a accéléré les choses. Pour le reste, le Conseil supérieur des finances nous demandait de réaliser un effort de 0,725 % du Produit intérieur brut en 2015, et c’est à présent chose faite. 

Quelques éléments qui vous paraissent importants ?

L’essentiel est qu’il n’y a pas de taxe qui pèse sur les particuliers. Et l’ajustement nous permet aussi d’investir dans la Sécurité, notamment dans nos ambassades à l’étranger, l’emploi des jeunes, la justice et l’Horeca. Nous avions déjà porté la TVA à 12 %. Nous avons à présent des aides sérieuses pour le travail occasionnel et les heures supplémentaires dans ce secteur. Et nous créons un organe de concertation permanent avec l’Horeca. Nous respectons donc l’objectif du Conseil supérieur des Finances et dégageons des moyens. 

Un montant très élevé provient d’une enveloppe fiscale de 750 millions qui ne sera pas versée aux Régions…

Nous avons effectué des calculs et appliqué la loi de financement. Certains auraient pu avancer qu’avec un ministre des Finances N-VA le fédéral aurait été défavorisé par rapport aux Régions. On constate que c’est tout l’inverse qui se produit. La loi de financement est appliquée, nous avons effectué un ajustement correct et le fédéral sort renforcé. D’autre part, nous respectons nos engagements budgétaires. Il n’y aura pas de taxe nouvelle sur le citoyen, et nous investissons pour soutenir certains secteurs. Nous attendons à présent que l’Entité deux (notamment les Régions, NLDR) fasse son travail.

C’est-à-dire ?

Nous espérons qu’elles vont, comme au fédéral, respecter leurs engagements budgétaires sans taxes nouvelles et si possible avec des mesures de soutien aux PME, à l’Horeca et au transport. Je prends l’exemple de la taxe kilométrique. Si elle est mise en place, il faudra que les Régions compensent avec des mesures de soutien aux transporteurs routier. C’est ce que nous avions fait quand nous avons relevé les accises : nous avons créé le diesel professionnel pour que le secteur ne soit pas lésé. Mais dans l’immédiat, il faut que les Régions fassent ce que le Conseil supérieur des Finances leur dit de faire. 

Mais elles vont être privées de 750 millions…

J’ai déjà entendu les protestations de certains, mais je rappelle que nous ne faisons qu’appliquer la loi de financement, qui a été négociée par huit partis sous la direction du formateur du précédent gouvernement (Elio Di Rupo, NDLR). On disait aussi que le fédéral serait affaibli avec la N-VA au gouvernement fédéral, et on voit aujourd’hui qu’en fait, tout le monde a fait le calcul et a appliqué mécaniquement la loi de financement. Au fédéral, nous avons rempli nos obligations sans rien demander à personne. On ne demande rien mais on souhaite que les Régions fassent le même travail : pas de taxe nouvelle et un soutien à l’économie. Ces derniers temps, on focalise beaucoup l’attention sur le fédéral. Mais je rappelle que beaucoup de compétences sont passées aux Régions. On attend un peu trop du fédéral. 

Le contrôle budgétaire est terminé. Il faut à présent procéder au tax shift, le glissement fiscal du travail vers d’autres sources. C’est pour tout de suite ?

Je pense qu’il ne faut rien faire dans l’urgence. Il faut travailler calmement. Et rien n’interdit à une Région d’apporter son soutien dans ce processus. Nous pourrions déjà donner quelques lignes avant l’été, sinon, nous procéderons au tax shift au moment de l’élaboration du budget 2016, à l’automne.