Et si la «suédoise» devait mourir prématurément?

Nous reproduisons ici la « carte blanche » de Jules Gheude, publiée sur le site du « Soir »

http://www.lesoir.be/775147/article/actualite/belgique/2015-02-02/et-si-suedoise-devait-mourir-prematurement

2015-02-17_220852L’essayiste politique Jules Gheude (1) réouvre le débat sur une Wallonie rattachée à l’Hexagone.

Roge, Belga - Charles Michel (MR), Jan Jambon (NV-A), Alexander de Croo (VLD) lors d’une conférence de presse, 16/01/15

Roge, Belga – Charles Michel (MR), Jan Jambon (NV-A), Alexander de Croo (VLD) lors d’une conférence de presse, 16/01/15

Marc Goblet, le patron de la FGTB, est sur le point de remobiliser ses troupes contre le saut d’index.

Par ailleurs, les relations entre le CD&V et la N-VA semblent être de moins en moins au beau fixe. Dernier sujet de polémique : la présence des paras dans les rues.

Cette évolution ira-t-elle jusqu’à compromettre la survie de la coalition de Charles Michel ? Il est trop tôt pour le dire. Si cela devait être le cas, la Belgique plongerait dans une crise sans issue, qui la ferait passer directement du fédéralisme au séparatisme.

La « suédoise », dont fait partie la N-VA, s’est engagée à laisser le communautaire au frigo. Mais, dans un entretien au Morgen, le 27 décembre dernier, Bart De Wever, a bien souligné qu’il s’agissait d’une formule provisoire (tijdelijk). Quelques jours plus tard, c’était au tour de Siegfried Bracke, le président (N-VA) de la Chambre de rappeler que l’indépendance, c’est l’évolution logique, comme les lois de Darwin.

En cas de chute du gouvernement, il ne fait donc aucun doute que le frigo s’ouvrirait, donnant ainsi aux nationalistes flamands l’occasion de passer à l’offensive finale, en insistant sur le caractère ingouvernable du pays.

Il y a quatre ans, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – l’un de la majorité, l’autre de l’opposition – d’analyser la situation intérieure belge. Et le constat des intéressés était clair : l’avenir de la Belgique apparaissait de plus en plus incertain.

Feu Xavier Mabille, le président du CRISP, avait écrit en 2007 qu’il n’avait jamais exclu l’hypothèse de la scission du Royaume.

Mais en dépit de l’évolution que nous connaissons depuis 2007, les responsables francophones n’ont rien fait pour se préparer à une telle échéance. Tout se passe pour eux comme si la Belgique avait vocation à l’éternité.

Pourtant, gouverner c’est prévoir, c’est anticiper ce qui peut se produire.

Les travaux des Etats généraux de Wallonie, démarche citoyenne que j’ai initiée en 2008, ont démontré que seule la France pourrait assurer un avenir post-belge décent à la Wallonie.

En effet, comment imaginer que celle-ci pourrait s’en sortir seule, alors qu’elle connaît un taux de chômage de 16 % et une dette de 18,6 milliards d’euros ? Chargé d’évaluer les pôles de compétitivité, un jury international a conclu qu’ils n’avaient pas atteint leurs objectifs. Quant aux économistes, ils s’accordent pour dire qu’une Wallonie indépendante verrait ses prestations sociales chuter de 15 à 20 %.

L’option d’une Belgique résiduaire, associant la Wallonie et Bruxelles, est tout aussi irréaliste, dès lors que les sondages indiquent qu’elle est rejetée par une majorité écrasante de Bruxellois.

Les Wallons pourraient être Français à part entière

Reste le scénario réunioniste, que d’aucuns redoutent ou rejettent par crainte de voir s’éteindre leurs prérogatives ou de perdre leur spécificité. Je pense non seulement au personnel politique, mais aussi aux responsables des syndicats et des mutuelles. En France, en effet, les syndicats ne paient pas les allocations de chômage et les mutuelles ne remboursent pas les soins de santé.

Il faut dire aux uns et autres que le processus ne serait pas forcément celui d’une assimilation pure et simple. Comme le précise Jacques Lenain, cet ancien haut fonctionnaire français, qui planche sur le sujet depuis des années : Il n’est pas nécessaire que les Wallons se présentent tout nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français.

La Constitution française, en effet, est fort souple. Elle offre la possibilité de statuts particuliers, dont bénéficient déjà la majorité des collectivités d’outre-mer, ainsi que la Corse et l’Alsace-Moselle pour la métropole.

La Wallonie pourrait ainsi disposer d’un tel statut d’autonomie, qui lui permettrait de conserver ses organes d’auto-administration actuels, ainsi que ses compétences, lesquelles pourraient d’ailleurs être élargies, puisque la Communauté française aurait alors de facto disparu. Nos provinces et communes seraient maintenues en l’état. Quant à l’ex-droit fédéral belge, conservé, sauf exceptions, il se trouverait placé sous la responsabilité du législateur français. Et notre système de sécurité sociale serait adossé au système français.

Bref, les Wallons pourraient être Français à part entière tout en restant ce qu’ils sont aujourd’hui. C’en serait ainsi fini des interminables chamailles communautaires, de cette suspicion réciproque qui anime en permanence les acteurs de la scène politique belge.

C’est autour de cette vision d’avenir que les Wallons doivent impérativement se rassembler.

Une vision que, du côté français, on est prêt à envisager favorablement. De passage à Bruxelles, en janvier 1996, Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, avait déclaré : « S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones de Belgique à la France, 95 % des habitants de l’Hexagone répondraient favorablement ». Et l’intéressé d’ajouter, le 9 septembre 2008 : « Le prix à payer pour la France serait plus faible que ce que cela lui rapporterait ». (…) C’est un beau débat. Qu’il commence !

(1) À paraître prochainement : « François Perin – Une Plume / L’Oeuvre écrite », Editions de la Province de Liège