Marcourt se dit « ouvert à la régionalisation de l’Isoc »

Antoine Clevers, « La Libre Belgique », 26 novembre 2014

2014-11-27_195853Quarante-huit entreprises wallonnes présentes en Malaisie. Six contrats planifiés, plus deux ou trois autres décrochés en plus ces deux derniers jours. Le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), tire un premier bilan positif de la mission princière en Asie du Sud-Est.

Avec Lhoist, par exemple, on a une chance inouïe, a-t-il commenté mardi dans une interview donnée à la presse francophone. C’est le premier producteur de chaux au niveau mondial, un savoir-faire originaire de la Wallonie ! Ça vient de la révolution industrielle : on fait de l’acier; et pour cela, on a besoin de chaux. La conjonction entre le besoin de matières premières et l’innovation a permis l’émergence de groupes comme Lhoist ou Solvay. Et l’innovation se poursuit. Prenez AMB Ecosteryl qui est présente dans le monde entier avec le traitement des déchets hospitaliers. Ou NMC qui construit des habitations (avec une mousse synthétique, NdlR) pour les victimes du typhon aux Philippines.

Lhoist n’extrait plus grand-chose en Belgique. AMB Ecosteryl ne vend ses machines qu’à l’étranger. Sont-elles encore vraiment wallonnes ?

Allez poser la question aux mille travailleurs de Lhoist… Et la valeur ajoutée est ramenée en Belgique, avec un pouvoir de décision belge.

Pensez-vous que ces entreprises vont rester chez nous ?

Elles sont profondément ancrées en Belgique. La famille Lhoist reste encore supporter du Standard, c’est une indication… (rires).

Mais on a entendu ces deux derniers jours que des sociétés sont heureuses de pouvoir payer moins d’impôts en Malaisie…

Je ne reproche pas aux entreprises d’appliquer des règles fiscales autorisées, de faire de l’optimisation fiscale. Je leur reproche d’éluder l’impôt par des moyens illégaux. Les Etats ont la responsabilité de mettre en place des régimes fiscaux qui permettent que l’impôt soit effectivement payé. C’est au niveau européen qu’il faut améliorer les choses.

Ça évolue ?

Il y a dix ans, tout le monde pensait que nous n’arriverions pas à faire de l’échange d’informations. C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui entre les 28 Etats membres. On s’est occupé des citoyens, je pense maintenant qu’on peut s’occuper des entreprises. Quand je vois les lois que les Etats-Unis ont adoptées pour forcer les entreprises à payer l’impôt chez eux… Il faut une vraie volonté politique pour entrer dans les dossiers fiscaux. La question est globale : savoir comment, macro-économiquement, on soutient nos entreprises. Et cela passe aussi par les exportations.

Quitte à perdre des rentrées fiscales ?

Quand Airbus impose à ses sous-traitants de produire en Chine, parce que les Chinois l’exigent, nous le faisons… L’économie, c’est un rapport de force. Il faut avoir la capacité, par l’innovation, de rester les meilleurs. En Wallonie, nous y arrivons dans certains secteurs. Mais l’Europe est malade. Elle s’est focalisée sur l’austérité budgétaire et nous en payons les conséquences en termes de croissance.

Fiscalement, qu’est-ce que ça rapporte à la Wallonie ces entreprises qui percent à l’étranger ?

Les retombées fiscales sont fédérales. Moi, l’impôt des sociétés, je n’en touche pas le moindre euro.

Mais bon, ça vous intéresse. La Wallonie en profite aussi.

Oui, ça m’intéresse. J’ai d’ailleurs toujours dit que j’étais ouvert à la régionalisation de l’impôt des sociétés. Je l’ai déjà dit dix fois ! On en parle toujours, mais, à la fin, on dit « non ».

La régionalisation de l’Isoc, avec des Régions dès lors concurrentes, favoriserait l’innovation ?

La Flandre s’est battue pour avoir une régionalisation partielle de l’impôt des personnes physiques. On aurait pu le faire pour l’Isoc. Mais c’est vrai que ça engendre une concurrence fiscale entre les trois Régions.

Et vous en feriez quoi de cette compétence ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. En tout cas, ce ne serait pas nécessairement défavorable à la Wallonie.