Archives mensuelles : novembre 2014

Paul Magnette: «Je veux créer un modèle ‘mosan’ pour la Wallonie»

« Le Soir », 29 novembre 2014

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Le Ministre-Président wallon a répondu aux questions de Béatrice Delvaux, Jean-Pierre Jacqmin et Georges Lauwerijs.

Invité du Grand Oral La Première/Le Soir, le Ministre-Président wallon, Paul Magnette dit entendre le bruit de la rue lors des manifestations tournantes de ces derniers jours mais refuse que l’on compare la situation wallonne à celle du gouvernement fédéral. Il se dit ouvert à la discussion avec les partenaires sociaux à propos de la taxe outillage que son gouvernement met en place. Il souhaite d’ailleurs plus de concertation et veut réinventer le modèle économique et social de sa région. Par ailleurs, le socialiste wallon ne rit pas du tout de la métaphore de Jan Jambon sur les cahiers Atoma.

« On assiste à une dégradation de notre civilité politique »

Qu’il y ait ou non des accords secrets sur une nouvelle réforme de l’Etat, les propos tenus par Jan Jambon, faisant état de l’existence de cahiers Atoma dans lesquels auraient été consignés ces accords font bondir Paul Magnette. Le démenti de Charles Michel ne change rien.

C’est grave. Ça a peut-être l’air anodin, juste une petite blague du ministre de l’Intérieur tenue devant des étudiants et qui annonce qu’il enlève les drapeaux belges, qu’il se demande pourquoi il est ministre fédéral, etc. C’est grave parce que de deux choses l’une : ou bien c’est une maladresse et ce n’est pas très rassurant sur le professionnalisme du ministre censé assurer la sécurité du pays, ou bien c’est une provocation et ça n’est pas rassurant non plus sur l’état du climat démocratique dans lequel on est aujourd’hui. Dans les deux cas de figures c’est gave et ça participe surtout d’une espèce de climat délétère que la NV-A distille depuis les tout premiers jours à coups de petites provocations. Il y a eu les fameuses phrases de Monsieur Francken, les sorties de Jan Jambon sur la collaboration. et c’est toutes ces petites choses qui l’air de rien contribuent globalement à créer un climat vraiment détestable en Belgique. Mon inquiétude, c’est qu’on s’habitue parce que ce serait une forme de dégradation de notre civilité politique. Dans le même temps, on ressent une espèce de séries d’attaques systématiques contre les intellectuels. Il y a une forme de pression intellectuelle terrible 

Au gouvernement wallon, Paul Magnette répond en invitant les partenaires sociaux à s’engager dans la concertation.

Il faut être tout à fait clair. Les syndicats ne visent pas le gouvernement fédéral et le gouvernement régional de la continuer à défendre la Belgique, le fédéralisme, la sécurité sociale, toutes ces choses auxquelles on est attaché. 

Le confédéralisme semble en tout cas bien présent dans l’esprit du monde politique, y compris du côté francophone, puisque visiblement au MR certains proches de Didier Reynders tenteraient d’opérer un rapprochement avec le PS dans la perspective d’une nouvelle réforme de l’état. Ils comptent vous inviter, vous répondrez ?

Je n’ai reçu aucune invitation de ce genre. Je pense que c’est beaucoup plus des questions internes au MR de la part de gens qui sont en situation de malaise par rapport à la présence de leur parti au sein du gouvernement fédéral. C’est ça la vérité de ce genre de démarches. 

« On n’a pas encore vu 120.000 personnes dans les rues de Namur protester contre le gouvernement »

Interrogé sur les manifestations tournantes organisées par les syndicats et dirigées également contre la même manière.

On n’a pas encore vu 120.000 personnes, ni même 60 ou 50.000 personnes, manifester dans les rues de Namur . A propos de la concertation sociale, ce qui pose question dans ce gouvernement fédéral, c’est que sur toute une série de mesures sur lesquelles les représentants des travailleurs ont hurlé, le gouvernement n’a pas reculé. Le gouvernement fédéral donne le sentiment d’être aux ordres d’un clan (les patrons) et de ne pas écouter l’autre. Nous, dans notre cas, je l’ai dit, on discutera avec les deux parties. Il y a déjà de la concertation de notre côté, même si je suis prêt à reconnaître qu’il n’y en as pas assez. On a consulté les partenaires sociaux quand on était en position de formateur. On les a consultés après avoir choisi notre partenaire de majorité. On leur a demandé de faire des propositions sur des dossiers clefs tels que les titres-services ou les aides à l’emploi. Ensuite, ils sont revenus avec une série de propositions dont beaucoup nous ont inspirées.

« Le modèle social Wallon doit encore être inventé »

Les réformes fondamentales, nous voulons les faire en très étroite concertation, dans un vrai modèle social adapté à la Wallonie, que nous devons construire ensemble. Une sorte de modèle « mosan » comme il existe un modèle « rhénan ». Jusqu’à présent nous avions le Conseil Economique et Social de Wallonie qui est conçu sur un modèle classique de représentation des partenaires sociaux et qui remet des avis au gouvernement. Mais nous n’y avons pas l’intensité de travail en commun que l’on a, par exemple, au fédéral ou que l’on peut avoir dans le modèle « rhénan ». Ce que les analyses des pays les plus modernes, les plus efficaces, les plus innovants montrent, c’est que ce sont les pays où la concertation sociale est la plus forte. Je suis convaincu que l’association des partenaires sociaux aux décisions stratégiques d’un gouvernement, surtout un gouvernement qui travaille au redéploiement économique, est un gage d’efficacité et de modernité. Très concrètement, nous allons donc inviter les partenaires sociaux au gouvernement wallon le 11 décembre pour une réunion au cours de laquelle nous allons définir ensemble la manière de travailler. Nous y débattrons de dossiers importants comme « que fait-on des compétences qui nous sont transférées ? ». Il y a un milliard deux cents millions qui nous arrivent du fédéral : que fait-on avec ça pour mener une politique forte d’aide à l’emploi, dites-nous comment vous pensez que nous devons la faire ? S’ils viennent avec des avis convergents, on sera ravis de les suivre. S’ils viennent avec des avis divergents, le politique se mettra en position d’arbitrage. C’est tout cela qui est à construire. 

Sur la taxe outillage ? « Je ne suis pas doctrinaire. »

Il faut bien expliquer de quoi il s’agit. Il y a aujourd’hui une exemption sur certaines taxes, sur certains outillages, ce n’est pas une taxe sur n’importe quel outillage. Je rappelle que c’est une taxe qui rapportera zéro euro sous cette législature, elle n’est pas faite pour boucher les trous du budget wallon. Mais nous avons un problème croissant. Un Nombre toujours plus important de communes trouvent que ce n’est pas intéressant d’accueillir des entreprises sur leur territoire parce que toutes les taxes économiques locales ont été supprimées. 

Vous avez dit qu’elle était négociable, vous êtes prêts à la retirer ?

Je ne suis pas sourd, je ne suis pas doctrinaire. J’entends les organisations syndicales et patronales qui nous disent que la taxe, telle qu’elle a été conçue, pose problème et nous en avons discuté au sein du gouvernement. Nous sommes ouverts à des alternatives ».

On peut donc dire qu’elle est retirée ?

« Non, on dit simplement aujourd’hui qu’elle est inscrite parce que nous devons enregistrer l’outillage aujourd’hui, au cas où on la mettrait en vigueur telle quelle dans 5 ou 6 ans, très progressivement. Mais d’ici là, on peut discuter des modalités. Mais je le répète, comme elle ne produit pas d’effets avant 2020, il n’y a aucun effet économique négatif pour le moment et on peut discuter des modalités. 

Vous vous dites tellement ouvert à la concertation sociale, vous entendez les syndicats et les patrons qui vous disent « retirez-la », vous ne pourriez pas déjà faire ce geste maintenant ?

La concertation sociale ce n’est pas non plus, chaque fois que l’un ou l’autre dit qu’il n’est pas d’accord, de dire : « ok, on ne le fait pas ». Sinon, nous ne ferions plus rien. Malheureusement, souvent un gouvernement est amené à prendre des décisions dont les syndicats ou les patrons ne veulent pas. On leur demande (aux partenaires sociaux) de s’entendre sur des propositions positives, pas seulement pour supprimer des choses !

L’interview de Jules Gheude à Doorbraak

De nombreuses personnes ont souhaité la traduction de l’interview que Jules Gheude a accordée à Paul Muys pour « Doorbraak »

La voici !

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Door: Paul Muys

25 november 2014

La SUPPRESSION DE LA BELGIQUE NE SERAIT PAS L’APOCALYPSE

Jules Gheude, une autre voix wallonne (première partie)

Selon jules Gheude, l’avenir de la Belgique est de plus en plus incertain. Il voit l’avenir de la Wallonie en France. Paul Muys a interviewé cette remarquable voix francophone. Voici la première partie de cette interview. 

« La suppression de Belgique ne serait pas l’apocalypse », pronostique Jules Gheude, écrivain, wallingant, francophile multilingue et initiateur des Etats généraux de Wallonie. Gheude, qui est aussi connu en Flandre (voir ses opinions dans Knack, par exemple), est en outre un peu le fils spirituel de François Perin, l’homme politique et penseur décédé l’an dernier, avec lequel il était resté très attaché.

Comme Perin, il croit fermement à l’avenir de la Wallonie en tant que région à part entière au sein de la République française. Voilà qui soulève des questions à un moment où même la N-VA a décidé de mettre la problématique communautaire au frigo pour cinq ans.

Gheude : Cette intégration de la Wallonie en France, c’était aussi pour Perin, à la fin de sa vie, la solution pour sortir de l’impasse belge. Dans sa dernière interview au Soir, il déclara qu’il aimerait que la Flandre proclame son indépendance, que Bruxelles deviendrait alors une « Ville-Etat » avec une vocation internationale et que la Wallonie se rattacherait à la France.

Doorbraak : Une évolution qui risque de connaître un sérieux retard, à présent que les partis de la majorité ont convenu de laisser les discussions communautaires au frigo pour cinq ans. Non ?

C’est vrai, mais que peut-il se passer si le gouvernement Michel tombe ? Vous aurez constaté qu’il y a déjà de sérieuses tensions. Les syndicats se mobilisent. Voilà qui rappelle la période de la grande grève de 1960-61 contre la Loi unique de Gaston Eyskens. Une chose est sûre : ce pays ne peut plus se permettre une nouvelle crise gouvernementale de 541 jours. Cela pourrait engendrer une situation où le confédéralisme (encore faut-il se mettre d’accord sur le sens précis que l’on veut donner à cette notion) serait dépassé. On irait directement au scénario Bye bye Belgium que la RTBF avait présenté il y a quelques années.

La voie fédérale que la Belgique a empruntée vous paraît-elle avoir été une erreur ?

Je me suis personnellement engagé pour le fédéralisme, mais nous avons constaté très vite que ce n’était pas un aboutissement pour la Flandre, mais un moyen d’acquérir l’indépendance. Force est de constater qu’en dépit de toutes nos réformes de l’Etat, nous ne sommes pas parvenus à faire de la Belgique un ensemble cohérent et harmonieux. La Flandre est une « nation », comme le précise expressément le préambule de la « Charte pour la Flandre » que le Parlement flamand a adoptée à l’unanimité, il y a deux ans. En 1973, Manu Ruys avait sous-titré son livre Les Flamands : Un peuple en mouvement ; une nation en devenir. Eh bien, cette nation est maintenant là. Et comme le disait François Perin : « Il n’y a pas place, dans ce petit royaume, pour deux nations : une belge – si tant est qu’elle ait jamais existé – et une flamande. »

Mais le rattachement à la France n’a une chance d’aboutir que si la Flandre tourne le dos à la Belgique. Si la majorité flamande se satisfait d’un fédéralisme poussé, cette annexion de la Belgique francophone à la France restera lettre morte.

La stratégie des Flamands est celle du pas à pas : fédéralisme, confédéralisme, indépendance… L’indépendance figure dans les statuts de la N-VA. Si le gouvernement Michel devait tomber prématurément, on passerait directement du fédéralisme au séparatisme. Et même si le gouvernement tient, on ne peut faire abstraction du fait que la N-VA, le CD&V et l’Open VLD sont acquis au confédéralisme, même s’ils ne sont pas tous très clairs sur le contenu de ce concept. Mais ces trois partis ensemble, c’est une forte majorité en Flandre.

Yves Leterme considère la Belgique comme un accident de l’histoire. En 2002, lorsqu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht a en outre prédit que la Belgique était condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et qu’en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. L’ancien ministre Stefaan De Clerck a déclaré dernièrement que la démocratie chrétienne et le nationalisme étaient intiment liés et faisaient partie de l’ADN flamand. Pensez-vous que la Wallonie n’a pas entendu cela ? Ce confédéralisme me paraît être l’antichambre du séparatisme, la fin de la Belgique.

Admettons qu’il y ait beaucoup de brouillard autour de cette notion de confédéralisme. Mais au cours des derniers mois, et notamment autour des élections législatives du 25 mai, on a tout de même vu que pour les partis flamands de la majorité, le concept signifiait plus ou moins la même chose.  Il s’agit, pour eux, d’un Etat central « dépouillé » (qui conserve l’armée et quelques compétences résiduaires) et d’un pouvoir de décision maximal pour les entités fédérées.

En droit international, le confédéralisme, cela signifie des Etats souverains qui décident de coopérer dans certains domaines. Dans notre cas, cela signifie que la Belgique devrait d’abord cesser d’exister ! Cela n’a rien à voir avec un fédéralisme poussé.

Parlons d’abord de la Wallonie. Le Rassemblement Wallonie-France (RWF) n’y a même pas obtenu 1% des voix aux dernières élections législatives !

Personnellement, je n’ai jamais été membre du RWF. Perin a d’ailleurs tenté de dissuader Paul-Henry Gendebien de créer ce parti. Voici ce qu’il écrivait à un membre liégeois du parti en 2006 (il tire un document d’une farde) : « Ne pouvant avoir aucun programme par définition, il était voué à l’échec et devait fatalement atteindre le but exactement opposé à l’objectif poursuivi : démontrer par déduction arithmétique que 99% des Wallons n’envisageaient pas le rattachement de la région à la France. Tout ceci était et reste absurde car dans l’opinion qui vote pour les partis traditionnels pour des raisons diverses, en principe, en raison de leur programme social, économique, fiscal, etc., il y a des électeurs qui doutent de la pérennité de la Belgique et qui envisageraient favorablement votre objectif final. »

Soit, mais on peut tout de même se demander s’il existe bien une majorité pour la scission.

Pour cette réunion de la Wallonie comme région en France – ne parlons pas, en effet, d’annexion -, il faudrait de toute façon un référendum, aussi bien en France qu’en Wallonie. En 2008, Le Soir, en collaboration avec La Voix du Nord, a demandé à ses lecteurs comment ils envisageaient les choses si la Belgique devait disparaître. Eh bien, 49% des Wallons ont marqué leur préférence pour la réunion à la France. Et selon un sondage réalisé par Ifop/France Soir en 2010, 66% des Français (75% dans les régions frontalières) étaient d’accord pour accueillir la Wallonie. Il n’y aucune raison pour qu’un nouveau sondage soit plus favorable à la Belgique.

Vous considérez donc le démantèlement de la Belgique comme un processus irréversible ?

Absolument. En 2010, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres (l’un de la majorité, l’autre de l’opposition) de faire une étude sur la situation de la Belgique. La conclusion du rapport est claire : l’avenir de la Belgique est de moins en moins probable.

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Door: Paul Muys

25 november 2014

La WALLONIE, UNE REGION AU SEIN DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE?

Jules Gheude, une autre voix wallonne (deuxième partie)

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Pour l’auteur et organisateur des Etats généraux de Wallonie, Jules Gheude, connu également en qualité de commentateur politique de l’hebdomadaire Knack,  les choses ne font aucun doute : les jours de la Belgique sont comptés. Mais la Wallonie doit-elle rester sur la touche ?

Doorbraak : Il y a quelques années, vous été coorganisateur des Etats généraux de Wallonie, l’objectif étant de réfléchir à l’avenir de la Wallonie au cas où la Belgique disparaîtrait.

Gheude : Il y a déjà quelque temps de cela, c’était en 2008-2009. Mais le débat sur l’avenir de la Belgique, et donc de la Wallonie, est plus actuel que jamais. Que doit devenir la Wallonie dans le contexte post-belge ? Durant un an, trois groupes de travail se sont penchés sur les trois scénarios possibles, avec leurs avantages et inconvénients.

Le premier scénario était celui d’une Wallonie indépendante. Le second, celui d’un Etat Wallonie-Bruxelles, le Wallobrux, comme on dit. Le troisième scénario concernait la réunion à la France. De cette étude comparative, il est apparu que les deux premières options étaient irréalistes, surtout pour des raisons financières ou budgétaires.

Comment les choses se présentent-elles précisément ?

Eh bien, l’économiste liégeois Jules Gazon, une autorité en la matière, a calculé que si la scission était intervenue en 2010, la Wallonie se serait retrouvée avec un solde net à financer (intérêts de la dette compris) de 9,074 milliards. Une situation intenable, car cela représente quelque 22% des dépenses publiques wallonnes. Dans ce calcul, on considère le taux d’intérêt de la Belgique en 2010, soit environ 3,6%. Mais on sait ce qui s’est passé en Grèce, avec le refinancement de sa dette. Qu’est-ce que cela signifierait pour la Région wallonne ? Avec, par exemple, un taux d’intérêt de 12¨%, ce qui est tout à fait réaliste, le solde net à financer grimperait à 15,4 milliards, soit environ 37% des dépenses publiques wallonnes. Ce n’est pas tenable. Les experts sont, en outre, d’accord pour dire qu’une Wallonie indépendante verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15%

Et le Wallobrux alors, cette petite Belgique sans la Flandre ?

Cette combinaison ne constituerait pas une nation. C’est une chimère ! Tout simplement, parce que Bruxelles et la Wallonie n’ont guère de choses en commun : la première composante – totalement urbaine – est beaucoup plus petite que la seconde et elles n’ont pas de frontière commune. Bruxelles est enclavée en Flandre. Vous avez, d’une part, un territoire de 100 km2, et, d’autre part, un territoire de 17.000 km2, avec une population trois fois plus élevée. Non, les différences entre Bruxelles et la Wallonie sont trop grandes, y compris sur le plan sociologique et, d’une manière générale, en ce qui concerne les mentalités. La mentalité d’une grande ville face à celle, plus provinciale, des Wallons. Je peux vous assurer que pas mal de Wallons radicaux ne voient pas ce Wallobrux d’un bon œil. Ils éprouvent même une sorte d’aversion pour Bruxelles. En outre, comment devrait s’appeler cette Belgique amputée ?

Il y a aussi la question de savoir si la plupart des Bruxellois eux-mêmes voudraient former un Etat avec la Wallonie. 

Il est vrai que les Bruxellois ont développé, ces dernières années, une identité spécifique et qu’ils veulent rester une région à part entière. C’est ce qui ressort des sondages. Bruxelles veut-elle être solidaire de la lourde dette à laquelle est confrontée la Wallonie ? Non, et les transferts financiers de Flandre (qui devraient cesser) ne seraient pas compensés par l’imposition sur les revenus des quelque 250.000 navetteurs flamands qui gagnent leur vie à Bruxelles. Les administrations flamandes ne manqueraient d’ailleurs pas de se retirer de Bruxelles. Ce Wallobrux souffrirait donc d’un déficit chronique et la charge de sa dette ne ferait que s’amplifier.

Il ne reste dès lors plus que la troisième option : la Wallonie devient une partie de la France.

Mais entre le rêve et la réalité… 

Cela pourrait être plus simple qu’on ne l’imagine. Nous avons pu compter en la matière sur les conseils d’un faut fonctionnaire français, Jacques Lenain, aujourd’hui retraité, qui a étudié à fond cette option. Non, dit-il, une annexion pure et simple ou une assimilation de la Wallonie n’est pas possible et encore moins souhaitable. Depuis 1980, les Wallons sont habitués à jouir d’une grande autonomie politique, qu’ils ne voudront pas abandonner et qui doit être selon lui, et c’est aussi mon avis, respectée. Lenain propose donc une union-intégration, qui conserve la spécificité de la Wallonie. « Il n’est pas nécessaire, dit-il, que les Wallons se présentent nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français. »

On ne doit donc pas aller trop vite pour dire que la France diviserait la Wallonie  en trois ou quatre nouveaux départements (Escaut, Sambre, Meuse et, pour ma part, le Département de la Semois) ?

La Constitution française est suffisamment souple pour doter la Wallonie d’un statut particulier. C’est d’ailleurs le cas pour certains territoires français d’outre-mer et pour la Corse. Et plus près de nous, pour l’Alsace-Moselle, où l’autorité rémunère les prêtres, alors que ce n’est pas le cas dans le reste de la France avec la séparation stricte de l’Eglise et de l’Etat.

Le système pourrait également s’appliquer pour la Wallonie qui, en tant que région autonome, conserverait ses propres institutions, ainsi que ses compétences, lesquelles seraient même élargies, puisque la Communauté française n’aurait plus de raison d’être. Les communes et provinces resteraient inchangées. Quant à l’ex-droit fédéral belge, conservé sauf exceptions, il serait placé sous la responsabilité du législateur français. Et le système de sécurité sociale belge serait adossé au système français.

Tout cela, c’est bien beau, mais la France souhaite-t-elle vraiment l’intégration de la Région wallonne ?

On peut poser la question autrement. Que gagnerait la France dans tout cela ? Avec l’intégration de la Wallonie, la république pourrait accroître, de manière pacifique, sa population et son territoire. Elle réduirait ainsi sensiblement son différentiel avec l’Allemagne. En outre, la Wallonie occupe une position géographique stratégique, avec une bonne infrastructure autoroutière, ferroviaire, fluviale et aéroportuaire. Il y a aussi son apport culturel, ses entreprises de pointe, sa main-d’œuvre qualifiée, ses chercheurs et ses universités. La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides!

Je voudrais citer ici une source non suspecte, puisqu’il s’agissait d’Elio Di Rupo en 2006 : « A l’échelle de la France, le PIB de la Wallonie  la placerait au 8ème rang des 22 régions françaises et au 3ème rang en matière d’exportations, juste derrière l’Île de France et la région Rhône-Alpes. En termes d’emplois, les groupes français occupent la 1ère place  avec 34.000 postes, soit 32% des 100 premières entreprises industrielles en Wallonie. La France est de très loin notre premier client ave quasi 35% du total des exportations wallonnes. Notre intégration est du point de vue économique très avancée. On ne le dit pas assez ! ».

Jacques Attali, l’ancien conseiller du président Mitterrand, a fort bien résumé cela : « Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. C’est un beau débat, qu’il commence ! »

Ce que je voudrais encore ajouter, c’est que vous seriez alors délivrés de ces fameux transferts d’argent flamand en Wallonie !

Mais la situation financière de la France n’est pas particulièrement brillante. Pourrait-elle reprendre la dette wallonne ?

Au sein de la France, l’impact de cette dette serait marginal. En attendant, et aussi longtemps que la Belgique durera, nous devons tout faire pour réduire la dette. C’est d’ailleurs l’intention de la coalition suédoise. Reste à voir ce qui en résultera. Pour ce qui est du gouvernement wallon, je ne trouve pas que les choses sont en bonne voie.

Cette dette, vous ne la voyez pas comme un obstacle insurmontable pour l’éventuel divorce belge ?

On devrait tout de même pouvoir négocier cela d’une manière civilisée, éventuellement avec un arbitrage européen, pour parvenir à un règlement équitable.

2014-11-26_201155VRAAGGESPREK

Door: Pieter Bauwens

25 november 2014

BRUXELLES, VILLE-ETAT

Jules Gheude, une autre voix (troisième partie)

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Dans la troisième partie de l’interview, Paul Muys demande à Jules Gheude quelle est sa vision de la Flandre et de Bruxelles

 

Doorbraak : Et comment voyez-vous les choses en ce qui concerne la Flandre?

Gheude :  Ah! La Flandre évolue irrémédiablement vers son indépendance. Force m’est de constater qu’elle a été correctement gérée ces dernières années, car malgré la crise de 2008, elle est parvenue, pour la cinquième fois consécutive, à présenter un budget en équilibre. Pour les familles, la fiscalité y est moins élevée que chez nous. Je vois toutefois quelques points sensibles : le vieillissement de la population, nettement plus prononcé qu’en Wallonie et à Bruxelles, et une balance commerciale négative en 2013. La Flandre a importé pour 207 milliards d’euros, soit 13,4 milliards de plus que ses exportations. Mais je suis confiant quant à la manière dont le gouvernement flamand saura régler ces problèmes.

Vous avez moins confiance dans le gouvernement wallon?

Ici, en effet, je me fais des soucis. Le dernier rapport de l’Union wallonne des Entreprises constate un maintien de la stagnation. La Wallonie ne cesse de reporter l’échéance de l’équilibre budgétaire et le chômage reste élevé, avec 16,2%. Particulièrement inquiétante est cette évaluation, par un jury international, des pôles de compétitivité du Plan Marshall : le choc qui aurait dû stimuler l’emploi n’a pas eu lieu. Et il y aussi cette déclaration d’Eliane Tillieux, la ministre wallonne de l’Emploi et de la Formation, selon laquelle la Région n’est pas prête à assumer cette nouvelle compétence régionalisée

En attendant, les socialistes tirent à boulets rouges sur la coalition suédoise, alors que le gouvernement wallon réduit de 2/3 la déductibilité des chèques-services et diminue de 38 millions d’euros les primes Logement et Energie. Quant aux entrepreneurs wallons, ils ne sont guère heureux avec le rétablissement de la taxe sur le nouveau matériel d’outillage.

L’un des maux dont la Wallonie doit être guérie d’urgence est l’hypertrophie politico-administrative, conséquence logique du clientélisme viscéral. Dans L’Echo, j’ai lu que Pascale Delcominette, la nouvelle patronne de WBI (Wallonie-Bruxelles International) et de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation) se trouvait à la tête de… 750 personnes. N’est-ce pas franchement excessif ? La Flandre a une démographie plus élevée que la Wallonie. Eh bien, fin juin 2014, le Departement internationaal Vlandereen comptait à peine 170 agents, alors que Flanders Investement & Trade (FIT) emploie 370 personnes. Si la Wallonie obtient un statut particulier au sein de la France, il est clair qu’elle devra faire preuve de plus de discipline.

Et puis il y a Bruxelles, l’éternelle pomme de discorde. La plupart des Flamands n’apprécient pas que la capitale, qui est aussi la leur, soit devenue une région à part entière.

Vous ne pouvez tout de même pas nier la spécificité de Bruxelles ! Voyez l’enquête de Rudi Janssens (VUB) en 2013. Elle révèle que 73,9% des Bruxellois sont pour une forme d’autonomie. Les formules de rattachement à l’une ou l’autre région ne sont absolument pas populaires. 4% souhaiteraient aller vers la Flandre et 4,6% seraient prêts à lier leur sort à la Wallonie. Sans doute ne s’agit-il là que d’un sondage, mais cela rejoint les résultats de l’étude de Pascal Delwit (ULB) : les Bruxellois se sentent particuliers et ils ne veulent pas se lier aux autres.

Bruxelles comme enclave autonome entourée par le territoire Flamand. Voilà qui fait penser à Dantzig et au corridor polonais de l’interbellum !

Un ambassadeur français m’a un jour déclaré que la France serait le premier pays à reconnaître un Etat flamand. Mais la France pourrait peut-être poser comme condition à cette reconnaissance qu’un couloir géographique relie Bruxelles à la France étendue au territoire wallon.

Vous pensez par exemple à un corridor qui relierait Bruxelles à la Wallonie à travers Rhode-Saint-Genèse ?

On pourrait y réfléchir. Pour le reste, je pense que Bruxelles comme « Ville-Etat » serait parfaitement viable sur le plan financier : en tant que siège des institutions européennes, de l’OTAN et de nombreuses organisations et entreprises internationales. Un économiste a même parlé de « jackpot ». La ville pourrait en effet percevoir l’intégralité de l’impôt des sociétés. Sans parler de la taxation des nombreux navetteurs qui viennent y travailler.

Soit dit entre parenthèses, un scénario « Washington DC » n’est pas envisageable, pas plus que celui d’un district européen. Les Etats-Unis d’Europe ne sont pas, en effet, à l’ordre du jour.

Je me demande si Bruxelles n’aurait pas intérêt à faire sécession la première et à s’ériger en Ville-Etat. Elle couperait ainsi l’herbe sous les pieds de ceux qui veulent se l’approprier. Il ne serait pas difficile de trouver une majorité dans ce sens au sein du Parlement bruxellois.

Voilà qui semble un  avertissement clair à l’adresse des Flamands !

Si la Flandre veut vraiment son indépendance et être reconnue sur le plan international, elle n’a aucun intérêt à faire le coup de force sur Bruxelles. Au contraire.

Les Bruxellois francophones parlent souvent du carcan imposé par les Flamands, un corset qui empêche Bruxelles de se déployer. Et voilà que comme Ville-Etat elle se détacherait de son hinterland économique ?

Les Etats qui naîtraient de la disparition de la Belgique maintiendraient bien évidemment leurs liens économiques réciproques. La situation serait même meilleure que dans le cadre belge actuel, avec son climat de suspicion et de chamaille constantes.

Ce scénario vous semble plausible ?

La Flandre comme Etat souverain, la Wallonie comme région française avec un statut particulier, Bruxelles comme Ville-Etat, oui, tout cela me paraît réalisable et vraisemblable. Cela peut-il arriver rapidement ? Je ne puis répondre avec certitude à cette question. Mais il reviendra naturellement aux Flamands, aux Wallons, aux Bruxellois et aux Français de se prononcer, le moment venu. Et je m’en voudrais d’oublier la communauté germanophone !

Il y a toutefois un problème. Notre pays ne connaît pas de référendums nationaux. Le résultat du seul référendum que nous ayons connu, celui au sujet du retour de Léopold III, a été bafoué par la minorité francophone.

Techniquement parlant, il s’agissait d’une consultation populaire, qui a clairement fait apparaître le clivage entre les esprits flamands et wallons. Mais il est vrai que la minorité flamande l’a finalement emporté.

Le démantèlement de la Belgique se déroulerait autrement. Feu Xavier Mabille, le fameux directeur du CRISP, estimait que « le problème ne pourrait qu’acquérir alors une dimension européenne et internationale qui lui fait défaut jusqu’à cette date. » Il ajoutait : « Pour tenter de l’exprimer dans les termes les plus clairs, la Flandre – ou du moins une majorité parmi les personnes qui en assurent l’expression politique – pourrait décider de son autodétermination. Elle ne déciderait pas pour autant du même coup du destin de la Wallonie et de celui de Bruxelles. »

Les Parlements régionaux doivent leur légitimité au scrutin démocratique. Rien ne pourrait empêcher le Parlement flamand de proclamer l’indépendance de la Flandre. Idem pour  Bruxelles et la Wallonie, conformément à la volonté populaire démocratique.

Plus d’informations sur http://www.etatsgenerauxdewallonie.org

Wallonie : le retour en grâce du gaz de houille

Pierre Havaux, « Le Vif », 28 novembre 2014

La Wallonie se remet à rêver d’or noir. Ses abondantes réserves de grisou pourraient lui fournir un regain d’énergie inespéré. Elles suscitent l’intérêt d’industriels. Et la convoitise d’Albert Frère…

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Les Wallons n’ont pas de pétrole mais du gaz de houille à profusion : entre 100 et 200 milliards de m³ nichés dans le sous-sol. Carlo Di Antonio, ministre régional CDH de l’Environnement, vient d’exprimer un intérêt pour la cause : L’exploration et l’exploitation du potentiel gazier constituent une opportunité de voir se concrétiser des investissements importants en matière d’exploration du sous-sol profond de la Wallonie. On peut donc étudier ce dossier. De quoi mettre la puce à l’oreille aux opérateurs privés à l’affût de filons potentiellement juteux. L’un d’entre eux est déjà sur la balle. Le Carolo Albert Frère lorgne sur le sous-sol de son Hainaut natal. Il a mis sur le coup une filiale de son holding financier, la CNP, qui a introduit deux demandes d’exploration-exploitation du gaz : l’une pour un captage sur mine fermée à Péronnes-Anderlues, l’autre ciblée sur les massifs inexploités au sud du bassin houiller Quiévrain-Couillet.

Les chiffres qui circulent ont de quoi donner le tournis. On évoque 13 à 20 milliards de m³ de méthane récupérable, un potentiel de 40 à 80 millions de m³ de gaz par km² de bassin houiller. On fait même miroiter à la Wallonie la perspective de conquérir une précieuse indépendance énergétique. On suscite l’espoir d’un nouveau départ pour le sillon houiller de Liège à Mons.

A vérifier. Ce que s’employait à faire l’Ecolo Jean-Marc Nollet, ministre du Développement durable dans le précédent gouvernement wallon : Selon les données disponibles, il semblerait que le grisou présent en Hainaut servirait, au mieux à couvrir les besoins en gaz de notre pays pendant trois à quatre ans. Certains experts avancent des chiffres de dix ans pour l’ensemble du grisou en Wallonie. Le potentiel de contribution du gaz de houille à l’indépendance énergétique de la Wallonie est donc existant mais très relatif. Son collègue et coreligionnaire Philippe Henry, ex-ministre wallon de l’Environnement, demandait lui aussi à voir avant de céder à l’emballement.

L’interview accordée par Jules Gheude à Doorbraak

On trouvera ici la troisième et dernière partie de l’interveiw que Jules Gheude a accordée à Paul Muys pour « Doorbraak »

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Door: Pieter Bauwens

25 november 2014

BRUSSEL ALS STADSTAAT

Jules Gheude, een andere Waalse stem (deel 3)

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In het derde deel van het interview vraagt Paul Muys naar de visie van Jules Gheude op Vlaanderen en Brussel.

Doorbraak: En wat ziet u met Vlaanderen gebeuren?

Gheude: ‘Ach, Vlaanderen evolueert onherroepelijk naar zijn onafhankelijkheid. Ik kan alleen maar vaststellen dat het de voorbije jaren behoorlijk is bestuurd, want ondanks de crisis van 2008 wist het toch vijf jaren na elkaar een begroting in evenwicht voor te leggen. Voor de gezinnen is de fiscaliteit er toch wat minder zwaar dan bij ons. Ik zie niettemin een paar probleempunten: de veroudering van de bevolking, veel meer uitgesproken dan in Wallonië en Brussel, en een negatieve handelsbalans in 2013. Vlaanderen voerde voor 207 miljard euro in, 13,4 miljard méér dan het exporteerde. Maar ik heb er vertrouwen in dat de Vlaamse regering die problemen wel zal weten aan te pakken.’

In de Waalse regering heeft u minder fiducie?

‘Daar maak ik me inderdaad zorgen over. Het meest recente rapport van de Union Wallonne des Entreprises (UWE, het Waalse VOKA) stelt aanhoudende stagnatie vast. Wallonië blijft het broodnodige begrotingsevenwicht maar voor zich uitschuiven en met 16,2% is de werkloosheid er onaanvaardbaar hoog. Bepaald zorgwekkend is ook die evaluatie door een internationale jury van de concurrentieclusters van het Marshallplan: dat elektrische schokje dat de werkgelegenheid had moeten aanwakkeren, blijft alsnog uit. Tekenend: de verklaring van Eliane Tillieux, Waals Minister van Arbeid en Beroepsopleiding. Die zei dat het Gewest ‘nog niet klaar is’ om deze nieuwe geregionaliseerde bevoegdheid op zich te nemen!’

‘Intussen schieten de socialisten wel met scherp op de Zweedse coalitie, terwijl de Waalse regering zelf de fiscale aftrekbaarheid van de dienstenchecks met twee derde vermindert en de energie- en woonpremies met 38 miljoen Euro terugdraait. En van de zopas heringevoerde taxatie van de nieuwe uitrustingsgoederen (zoals machines) worden de Waalse ondernemers ook niet bijzonder vrolijk.’

‘Een van de ziekten waarvan Wallonië dringend moet genezen is de politieke en administratieve wildgroei, het logisch gevolg van het diepgewortelde cliëntelisme. In ‘L’Echo’ las ik dat Pascale Delcominnette, sinds enige tijd chef van WBI (Wallonie-Bruxelles International) en Awex, de Waalse dienst voor buitenlandse handel, daar aan het hoofd staat van …750 mensen.  Dat lijkt me toch wat te veel van het goede, niet? Vlaanderen telt meer inwoners dan Wallonië. Wel, eind juni 2014 deed het Departement Internationaal Vlaanderen het met nauwelijks 170 personeelsleden, terwijl Flanders Investment & Trade (FIT) werkt met 370 mensen. Als Wallonië een eigen statuut binnen Frankrijk krijgt, zal het hoe dan ook meer bestuursdiscipline moeten opbrengen.’

En dan is er Brussel, de eeuwige struikelsteen. De meeste Vlamingen vinden het eigenlijk maar niets dat de hoofdstad, ook hun hoofdstad, nu een volwaardige regio is geworden.

‘Je kan toch niet om de specificiteit van Brussel heen? Kijk naar het onderzoek van Rudi Janssens (VUB) in 2013. Uit de antwoorden blijkt dat 73,9% van de Brusselaars voor een vorm van autonomie kiest. Formules waarbij Brussel aansluit bij een ander gewest zijn daarentegen allesbehalve populair: 4% wil bij Vlaanderen en 4,6% zou zijn lot aan dat van Wallonië  willen verbinden. Het klopt dat het alleen maar peilingen zijn, maar wat Brussel betreft stemmen de onderzoeksresultaten van Pascal Delwit (ULB) en van  Rudi Janssens (VUB) toch wonderwel overeen: de Brusselaars als een soort apart die zich niet aan anderen wil binden.’

Brussel als autonome enclave omringd door Vlaams grondgebied? Dat doet denken aan Danzig en de Poolse corridor van het interbellum!

‘Een Franse ambassadeur heeft mij ooit verklaard dat Frankrijk het eerste land zou zijn om een Vlaamse staat te erkennen. Maar Frankrijk zou misschien als voorwaarde tot die erkenning kunnen verlangen dat er een doorgang komt zodat Brussel inderdaad grenst aan het met Waals grondgebied uitgebreide Frankrijk.’

Denkt u bijvoorbeeld aan een corridor van Brussel naar Wallonië, doorheen Sint-Genesius-Rode?

‘Daar zou kunnen worden over nagedacht. Voor het overige denk ik dat Brussel als ‘stadstaat’ financieel best leefbaar kan zijn: als zetel van de Europese instellingen, van de NAVO en van zovele internationale organisaties en bedrijven  Een economist heeft zelfs het woord jackpot gebruikt! De stad zou immers voor eigen rekening de bedrijfsbelasting kunnen innen die nu in de federale kas terechtkomt. Dan hebben we het nog niet over de taxatie van wat de vele forenzen in Brussel komen verdienen.

Tussen twee haakjes: veel minder wenselijk en vrijwel kansloos is Brussel als een soort Washington D.C.(waarvan de bewoners bovendien geen parlementaire vertegenwoordiging hebben). Er zit immers niet zoiets als de Verenigde Staten van Europa aan te komen. Waarvan zou dit Brusselse D.C., dan wel de neutrale hoofdstad moeten zijn ?

Brussel  zou er ook wel eens baat bij kunnen hebben zelf de eerste stap te zetten naar een heuse secessie en zich zonder meer als stadstaat te organiseren. Het zou zo het gras wegmaaien voor de voeten van wie zich Brussel zou willen toe-eigenen. Daarvoor moet in het Brussels parlement zonder veel problemen een meerderheid te vinden zijn.‘

Een niet mis te verstane waarschuwing lijkt dat aan het adres van de Vlamingen!

‘Als Vlaanderen echt zijn onafhankelijkheid wil en hoopt op internationale erkenning, heeft het er geen belang bij over Brussel een krachtmeting aan te gaan, integendeel.’

Franstalige Brusselaars hebben het zo graag over een door de Vlamingen opgelegd carcan,  een keurslijf dat de ontplooiing van Brussel verhindert. En nu zou het zich als stadstaat losmaken van zijn economisch hinterland?

‘De staten die zouden ontstaan door de verdwijning van België zouden uiteraard hun onderlinge economische betrekkingen behouden. Die betrekkingen zouden zelfs beter zijn dan in het huidige Belgische kader, met zijn vele verdachtmakingen weg en weer en het eindeloze gekibbel.’

Lijkt dit scenario u plausibel?

‘Vlaanderen als soevereine staat, Wallonië als Franse regio met een speciaal statuut, Brussel als stadstaat: ja, dit alles lijkt mij haalbaar. Of het er snel van komt kan ik niet met zekerheid zeggen.  Ik zei al dat ik het wel waarschijnlijk acht.  Maar het zijn natuurlijk de Vlamingen, de Walen, de Brusselaars en de Fransen die zich hierover zullen moeten uitspreken. En laten we ook de Duitstalige gemeenschap niet vergeten!’

Er is wel een probleem. Ons land kent geen nationale referendums. De uitslag van het enige referendum ooit, dat over de terugkeer van Leopold III, werd genegeerd door de Franstalige minderheid. 

‘Technisch gesproken was dat een volksraadpleging, geen referendum. Wél bleek hieruit al de scheiding tussen de Vlaamse en Waalse geesten.  Maar het is juist dat de Waalse minderheid toen haar slag heeft thuisgehaald.

De afbouw van België zou wel anders verlopen. Wijlen Xavier Mabille, de befaamde directeur van het CRISP (politiek onderzoekscentrum) oordeelde dat het probleem onvermijdelijk in een Europese en internationale context diende te worden gezien, waaraan naar zijn smaak te weinig aandacht werd besteed. Anders gezegd: Vlaanderen, of tenminste toch de meerderheid van de personen en instellingen die in naam van Vlaanderen optreden, zou kunnen beslissen over zijn eigen zelfbeschikking. Maar dat wil niet zeggen dat het  tegelijk ook over de toekomst van Wallonië of Brussel zou kunnen beslissen (en vice versa).

De regionale parlementen danken hun legitimiteit aan hun democratische verkiezing. Niets verhindert het Vlaams parlement om de onafhankelijkheid van Vlaanderen uit te roepen, idem dito voor de regio’s Brussel en Wallonië, overeenkomstig de democratische volkswil.

Meer op  http://www.etatsgenerauxdewallonie.org/

Jeholet (MR) : «Quelqu’un a menti, et si c’est Eliane Tillieux elle devra en tirer les conséquences»

« La Libre Belgique », Belga, 27 novembre 2014

2014-11-27_200417Le chef de groupe MR au parlement wallon, Pierre-Yves Jeholet, s’est dit scandalisé et outré en apprenant que le budget du Forem, que son parti a réclamé en vain mardi lors des débats budgétaires en commission du parlement wallon, avait pourtant été rendu dans les temps par son administratrice générale Marie-Kristine Vanbockestal, comme cette dernière l’a affirmé ce jeudi matin sur La Première (RTBF). C’est très grave d’entretenir cette réelle opacité, cette nébuleuse traduit un déni de démocratie, a déclaré le chef de file des réformateurs wallons à l’agence Belga.

A ses yeux, quelqu’un a menti et si c’est la ministre de l’Emploi Eliane Tillieux (PS), elle devra en tirer les conséquences. Il demande au président du parlement wallon André Antoine de clarifier la situation et, à tout le moins, d’entendre vendredi la ministre et l’administratrice générale du Forem en commission du parlement.

Les documents nécessaires ont été présentés aux députés, selon Eliane Tillieux

Tous les documents nécessaires au bon déroulement des travaux budgétaires de la commission de l’Emploi du parlement wallon, mardi, avaient bien été déposés dans les temps, a affirmé jeudi la ministre Eliane Tillieux, ciblée par l’opposition MR dans une polémique qui n’a pas lieu d’être selon elle. Les documents déposés au greffe du parlement wallon il y a quinze jours sont le projet de budget du Forem (24 pages) et celui de l’IFAPME (21 pages), a indiqué la ministre socialiste dans un communiqué.

A aussi été transmis l’exposé particulier afférent aux compétences de la ministre, un document de 125 pages qui reprend et commente chacun des articles budgétaires et des programmes du Forem.

La Cour des Comptes elle-même a pu analyser et remettre ses considérations sur le budget du Forem dans son rapport présenté en commission, a fait observer Mme Tillieux, ajoutant que la Cour n’a pas épinglé la supposée indigence de ces documents.

Le Forem a, à mon sens, transmis les éléments utiles, avait déjà indiqué Mme Tillieux en commission mardi. Elle s’était à cette occasion étonnée de la polémique, puisque l’on sait quand même que les organismes d’intérêt public (OIP) présentent des prévisions budgétaires qui, ensuite, doivent de toute façon repasser par le comité de gestion des instances, après approbation du budget par le parlement.

L’opposition MR avait réclamé les budgets de plusieurs OIP ou au moins les auditions de leurs dirigeants avant le vote sur le budget le 10 décembre prochain. Elle juge que le transfert de compétences de la 6e réforme de l’Etat, qui renforce considérablement les moyens budgétaires de ces OIP, nécessite désormais que le parlement dispose de documents plus détaillés que ceux transmis.

L’interview accordée par Jules Gheude à Doorbraak (Partie 2)

Nous reproduisons ci-dessous la seconde partie de l’interview que Jules Gheude a accordée à Paul Muys de Doorbraak

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Door: Paul Muys

25 november 2014

WALLONIË, EEN REGIO BINNEN DE FRANSE REPUBLIEK?

Jules Gheude, een andere Waalse stem (deel 2) 

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Voor de auteur en organisator van de Waalse Staten-Generaal, Jules Gheude, ook bekend als politiek commentator voor het weekblad Knack, lijdt het geen twijfel: de dagen van België zijn geteld. Maar moet Wallonië dan verweesd achter blijven?

Doorbraak: Enkele jaren geleden was u medeorganisator van de Etats-Généraux de Wallonie, de Waalse Staten-Generaal, bijeengeroepen om zich te beraden over de toekomst van Wallonië wanneer België zou verdwijnen.

Gheude: ‘Dat is inmiddels al weer een tijd geleden, van in 2008-2009. Maar het debat over de toekomst van België en dus Wallonië is actueler dan ooit. Wat moet er worden van Wallonië  in het post-Belgisch tijdvak? Een jaar lang hebben drie werkgroepen zich toen gebogen over drie mogelijke scenario’s , met hun voor- én met hun nadelen. Het eerste scenario was dat van een onafhankelijk Wallonië. Het tweede dat van het samengaan van Wallonië en Brussel, zeg maar Wallobrux, in één staat. Het derde scenario was de vereniging, sommigen zullen zeggen: de hereniging, met Frankrijk. Uit dit vergelijkend onderzoek bleek dat de twee eerste opties niet realiseerbaar waren, vooral niet omwille van financiële of budgettaire redenen.’

Hoe zit dat precies ?

‘Wel, de Luikse economieprofessor Jules Gazon, een autoriteit op dit vlak én wallingant, heeft berekend dat indien Wallonië zich in 2010 zou hebben afgescheiden, het  een netto te financieren saldo (met inbegrip van de rente op de schuld) van 9,074  miljard euro zou moeten financieren. Een harde dobber, want dit bedrag vertegenwoordigt zowat 22% van de Waalse openbare uitgaven. Maar in werkelijkheid zou de prijs ongunstiger uitvallen. In de eerste berekening is de rentevoet die van de Belgische staat, dat wil zeggen  zowat 3,6 % voor het jaar 2010. Maar de interestvoet waarmee Griekenland moest leven voor de herfinanciering van zijn schuld was 2 tot 4 maal hoger. Wat zou dit betekenen voor het Waals Gewest ? Bij een rentevoet van 12%, die totaal realistisch is, zou het netto te financieren saldo neerkomen op 15,34 miljard euro, of zowat 37 % van wat de Waalse overheid kan besteden. Dat is niet haalbaar. Mensen die het kunnen weten zijn het er over eens dat een onafhankelijk Wallonië zijn sociale voorzieningen met 10 à 15 procent zou moeten verminderen.

En ‘Wallobrux’ dan, dat kleine België zonder Vlaanderen?

Een combinatie van die twee levert geen natie op. Dat is een hersenschim! Allereerst omdat Brussel en Wallonië niet veel met elkaar te maken hebben: het ene – totaal verstedelijkte – bestanddeel is veel kleiner dan het andere en ze grenzen niet eens aan elkaar. Brussel is een enclave in Vlaanderen. Je hebt enerzijds een gebied van 100 km², en anderzijds een van 17.000 km², met een bevolking die driemaal groter is. Nee, de verschillen tussen Brussel en Wallonië zijn te groot, ook in sociologisch opzicht en ook, sterk veralgemenend, wat de mentaliteit betreft. De grootstedelijke mentaliteit tegenover de meer provinciale van de Walen. Ik kan u toevertrouwen dat nogal wat radicale Walen zo’n Wallobrux helemààl niet zien zitten. Zij hebben vaak zelfs de pest aan Brussel. Bovendien, hoe zou zo’n staat, zo’n geamputeerd België moeten heten? zo viel op de États-Généraux ook nog te horen.’

Het is nog maar de vraag of de meeste Brusselaars zelf met Wallonië een staat zouden willen vormen.

‘Het klopt dat de Brusselaars de jongste jaren ook een specifieke identiteit hebben ontwikkeld en een afzonderlijke regio willen blijven. Dat blijkt uit de peilingen. Bovendien blijft ook nog de vraag naar de financiële leefbaarheid van het Wallobrux-project. Wil Brussel solidair bijspringen en mee opdraaien voor de zware schuld waarmee Wallonië zit? Nee, en de financiële transfers uit Vlaanderen (die uiteraard zouden ophouden) zouden niet gecompenseerd worden door een heffing op de inkomens van de pakweg 250.000 Vlaamse forenzen die in Brussel hun brood verdienen. De Vlaamse administraties zouden zich trouwens uit Brussel terugtrekken. Dit Wallobrux zou dus te lijden hebben onder een chronisch deficit en zijn schuldenlast zou alleen maar toenemen. Dan blijft alleen nog de derde optie: Wallonië wordt een deel van Frankrijk.’

Maar tussen droom en daad …?

‘Dat zou wel eens kunnen meevallen. Wij hebben hieromtrent advies ingewonnen bij een hoge Franse ambtenaar, Jacques Lenain, nu gepensioneerd, die deze optie ten gronde heeft bestudeerd. Nee zegt hij, een simpele annexatie of inlijving van Wallonië is niet mogelijk en evenmin wenselijk. De Walen zijn sinds 1980 gewend aan een grote mate van politieke autonomie, die ze niet zomaar zullen willen prijsgeven en dat dient volgens hem – ook volgens mij trouwens – te worden gerespecteerd.  Daartegenover plaatst Lenain een vorm van integratie  (‘l’union-intégration’) die de eigenheid van Wallonië in stand houdt. ‘De Walen’, zo zegt hij, ‘hoeven niet naakt naar Marianne te komen om er vervolgens het Franse uniform aan te trekken’.

Het is dus wat kort door de bocht om aan te nemen dat Frankrijk Wallonië zonder boe of ba zou aanhechten en opdelen in drie of vier nieuwe departementen (Escaut, Sambre, Meuse en -voor mijn part – het Département de la Semois) ?

‘De Franse grondwet is soepel genoeg om in een bijzonder statuut voor Wallonië te kunnen voorzien. Dat is immers ook het geval voor bepaalde Franse overzeese gebieden en voor Corsica. En dichter bij huis voor de regio Alsace-Moselle (Elzas-Moezel), waar de overheid de priesters betaalt, wat in de rest van Frankrijk met zijn strenge scheiding van kerk en staat niet het geval is. Mutatis mutandis kan dit dus ook voor Wallonië, dat als autonome regio zijn eigen instellingen zou kunnen bewaren, versterkt met de bevoegdheden van de Franse Gemeenschap (van Walen en Franstalige Brusselaars), die geen bestaansreden meer zou hebben. De regio en haar bewoners vallen dan uiteraard wel onder het Franse recht. Aan de rol en bevoegdheden van provincies en gemeenten hoeft niets gewijzigd. Het Belgisch socialezekerheidsstelsel zou moeiteloos aan het Franse kunnen worden aangepast.

Allemaal goed en wel, maar zit Frankrijk nu echt op de integratie van de Waalse regio te wachten ?

‘Men kan de vraag anders stellen. Wat zou Frankrijk erbij te winnen hebben? Door de integratie van Wallonië zou de republiek op vreedzame manier zijn bevolking en grondgebied uitbreiden. Op die manier wordt het verschil met Duitsland al een stuk minder groot. Wallonië is strategisch gelegen, heeft goede wegen, spoorwegen  en waterwegen-infrastructuur. Het draagt ook cultureel bij en telt een aantal spitstechnologische bedrijven, goed opgeleide technici en hooggeschoolden. De bruid heeft dus best wel wat te bieden!

Ik citeer voorts uit onverdachte bron, namelijk uit een toespraak van Elio Di Rupo in 2006: “Met zijn bruto binnenlands product zou Wallonië de achtste van de 22 Franse regio’s zijn, en de derde qua export, net na Ile-de-France en de regio Rhône-Alpes. Qua werkgelegenheid zijn Franse bedrijven in Wallonië goed voor 34.000 jobs, met 32 van de 100 grootste industriële ondernemingen hier. Frankrijk is veruit onze belangrijkste klant want het neemt 35 % van onze uitvoer voor zijn rekening. In economisch opzocht gaat onze integratie al heel ver. Dat wordt nog onvoldoende beseft”. Jacques Attali, de voormalige raadsman van president Mitterrand, heeft dat uitstekend samengevat : “De prijs voor Frankrijk zou kleiner zijn dan de winst die we eruit halen. Het is een mooi debat. Qu’il commence!”Wat ik er nog wilde aan toevoegen: van de zo vaak besproken transfers van Vlaams geld naar Wallonië zouden jullie dan wel verlost zijn.’

Maar de financiële toestand van Frankrijk is ook niet bepaald schitterend. Zou het de Waalse schuld op zich kunnen nemen?

‘Binnen Frankrijk zou de impact van deze schuld marginaal zijn. In afwachting en zolang Belgïe bestaat, moeten wij er wel alles aan doen om de schuldenlast jaar na jaar af te bouwen. Dat is ook de bedoeling van de Zweedse coalitie. Nu nog zien wat daar van in huis komt. Maar ondertussen vind ik niet dat de huidige Waalse regering in dit opzicht goed bezig is.’

Die overheidsschuld ziet u niet als een onoverkomelijke hinderpaal bij de eventuele divorce belge’?

‘Het moet toch mogelijk zijn daar op een beschaafde manier over te onderhandelen, eventueel met internationale arbitrage, om tot een eerlijke regeling te komen?

Quand l’Institut Emile Vandervelde défend l’austérité PS-CDH dans les Régions

Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 26 novembre 2014

2014-11-26_202038Nouvelle bataille dans la guerre des centres d’études des partis… Les options politiques du gouvernement Michel polarisent le débat et chaque formation a développé des argumentaires à destination de ses troupes. Soit pour défendre la majorité (dans le cas du MR) soit pour la casser (l’opposition PS, Ecolo…). « La Libre » a pu mettre la main sur ces documents.

Et cette fois, c’est encore le PS qui en remet une couche. En effet, l’Institut Emile Vandervelde, le célèbre et puissant IEV, a fait parvenir mardi matin aux mandataires socialistes un argumentaire destiné à leur permettre de s’expliquer sur ce qui semble être une schizophrénie politique : d’un côté, le PS dans l’opposition au fédéral dézingue la politique « d’ultradroite » de la « suédoise » mais, de l’autre, les mêmes socialistes prennent des mesures d’austérité dans les gouvernements des entités fédérées. Cette contradiction a été reprochée au PS à plusieurs reprises et elle peut encore faire mal « sur le terrain », là où le PS est notamment confronté à un PTB remonté à bloc.

Les Wallons bichonnés par le PS

Dans le nouvel argumentaire développé par l’IEV, on explique à quel point le PS au pouvoir fait mieux les choses que les autres dans les Régions… Morceaux choisis, en Wallonie par exemple : Le gouvernement wallon PS-CDH opère, certes, une gestion rigoureuse, pour ne pas reporter la dette sur les jeunes Wallons, mais en veillant à préserver autant que possible les citoyens. On entend beaucoup parler des économies sur les titres-services, les primes logement/énergie, le bonus logement ou encore le non-remplacement de fonctionnaires. Ce sont les mesures les plus difficiles, qu’il faut néanmoins relativiser. Mais 80 % de l’effort, ce sont des mesures qui n’ont pas d’impact pour les citoyens.

En effet, explique le centre d’études aux élus socialistes, cet effort budgétaire provient essentiellement d’un lissage des nouveaux investissements publics en cinq ans au lieu de deux; d’une diminution des frais de fonctionnement de l’administration; de la réduction des budgets d’études et de communication; de la suppression de missions à l’étranger; etc.

Pas d’impôt régional sur la fortune

Bon, il reste tout de même 20 % de mesures PS-CDH qui touchent les citoyens wallons alors ? Non, dit l’IEV : ici aussi le PS ferait bien les choses. Les 20 % restants sont des efforts répartis équitablement. 90 % des Wallons ne sont pas touchés par la diminution de la déductibilité des titres-services; les plus bas revenus gagneront de l’argent suite à la réforme du bonus logement; le budget des primes diminue, mais le budget des écopacks augmente en parallèle; davantage de personnes pourront faire des travaux dans leur maison sans devoir avancer d’argent.

Encore un point de l’argumentaire PS qui justifie pour l’IEV les mesures d’austérité là où les socialistes sont au pouvoir : l’impossibilité pour les Régions de taxer les grosses fortunes. « Le gouvernement MR/N-VA pourrait faire porter davantage l’effort sur les plus fortunés. Les Régions ne sont pas compétentes pour taxer le capital (hors immobilier et successions). Elles doivent donc faire des efforts d’assainissement autrement. »

Marcourt se dit « ouvert à la régionalisation de l’Isoc »

Antoine Clevers, « La Libre Belgique », 26 novembre 2014

2014-11-27_195853Quarante-huit entreprises wallonnes présentes en Malaisie. Six contrats planifiés, plus deux ou trois autres décrochés en plus ces deux derniers jours. Le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), tire un premier bilan positif de la mission princière en Asie du Sud-Est.

Avec Lhoist, par exemple, on a une chance inouïe, a-t-il commenté mardi dans une interview donnée à la presse francophone. C’est le premier producteur de chaux au niveau mondial, un savoir-faire originaire de la Wallonie ! Ça vient de la révolution industrielle : on fait de l’acier; et pour cela, on a besoin de chaux. La conjonction entre le besoin de matières premières et l’innovation a permis l’émergence de groupes comme Lhoist ou Solvay. Et l’innovation se poursuit. Prenez AMB Ecosteryl qui est présente dans le monde entier avec le traitement des déchets hospitaliers. Ou NMC qui construit des habitations (avec une mousse synthétique, NdlR) pour les victimes du typhon aux Philippines.

Lhoist n’extrait plus grand-chose en Belgique. AMB Ecosteryl ne vend ses machines qu’à l’étranger. Sont-elles encore vraiment wallonnes ?

Allez poser la question aux mille travailleurs de Lhoist… Et la valeur ajoutée est ramenée en Belgique, avec un pouvoir de décision belge.

Pensez-vous que ces entreprises vont rester chez nous ?

Elles sont profondément ancrées en Belgique. La famille Lhoist reste encore supporter du Standard, c’est une indication… (rires).

Mais on a entendu ces deux derniers jours que des sociétés sont heureuses de pouvoir payer moins d’impôts en Malaisie…

Je ne reproche pas aux entreprises d’appliquer des règles fiscales autorisées, de faire de l’optimisation fiscale. Je leur reproche d’éluder l’impôt par des moyens illégaux. Les Etats ont la responsabilité de mettre en place des régimes fiscaux qui permettent que l’impôt soit effectivement payé. C’est au niveau européen qu’il faut améliorer les choses.

Ça évolue ?

Il y a dix ans, tout le monde pensait que nous n’arriverions pas à faire de l’échange d’informations. C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui entre les 28 Etats membres. On s’est occupé des citoyens, je pense maintenant qu’on peut s’occuper des entreprises. Quand je vois les lois que les Etats-Unis ont adoptées pour forcer les entreprises à payer l’impôt chez eux… Il faut une vraie volonté politique pour entrer dans les dossiers fiscaux. La question est globale : savoir comment, macro-économiquement, on soutient nos entreprises. Et cela passe aussi par les exportations.

Quitte à perdre des rentrées fiscales ?

Quand Airbus impose à ses sous-traitants de produire en Chine, parce que les Chinois l’exigent, nous le faisons… L’économie, c’est un rapport de force. Il faut avoir la capacité, par l’innovation, de rester les meilleurs. En Wallonie, nous y arrivons dans certains secteurs. Mais l’Europe est malade. Elle s’est focalisée sur l’austérité budgétaire et nous en payons les conséquences en termes de croissance.

Fiscalement, qu’est-ce que ça rapporte à la Wallonie ces entreprises qui percent à l’étranger ?

Les retombées fiscales sont fédérales. Moi, l’impôt des sociétés, je n’en touche pas le moindre euro.

Mais bon, ça vous intéresse. La Wallonie en profite aussi.

Oui, ça m’intéresse. J’ai d’ailleurs toujours dit que j’étais ouvert à la régionalisation de l’impôt des sociétés. Je l’ai déjà dit dix fois ! On en parle toujours, mais, à la fin, on dit « non ».

La régionalisation de l’Isoc, avec des Régions dès lors concurrentes, favoriserait l’innovation ?

La Flandre s’est battue pour avoir une régionalisation partielle de l’impôt des personnes physiques. On aurait pu le faire pour l’Isoc. Mais c’est vrai que ça engendre une concurrence fiscale entre les trois Régions.

Et vous en feriez quoi de cette compétence ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. En tout cas, ce ne serait pas nécessairement défavorable à la Wallonie.

L’interview accordée par Jules Gheude à Doorbraak

On trouvera ici la première partie de la longue interview que Jules Gheude a accordée à Paul Muys de « Doorbraak »

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Door: Paul Muys

25 november 2014

‘OPHEFFING VAN BELGIË WORDT GEEN APOCALYPS’

Jules Gheude, een andere Waalse stem (deel 1)

Foto (c) RTBF

Foto (c) RTBF

Volgens Jules Gheude wordt de toekomst van belgië steeds onzekerder. De toekomst van Wallonië ziet hij in Frankrijk. Paul Muys interviewde deze opmerkelijke Franstalige stem. Dit is het eerste deel van het interview.

‘De opheffing van België wordt geen apocalyps’, voorspelt Jules Gheude, schrijver, wallingant, veeltalig francofiel en initiatiefnemer van de Etats-Généraux de Wallonie. Gheude die ook in Vlaanderen geen onbekende is (zie zijn columns in Knack bijvoorbeeld), is bovendien zowat de geestelijk erfgenaam van de vorig jaar overleden politicus en denker François Perin, met wie hij trouwens nauw bevriend was. Net als Perin gelooft Gheude stellig in de toekomst van Wallonië als volwaardige regio binnen de Franse republiek. In een periode waarin zelfs de N-VA de communautaire problematiek voor vijf jaar in de koelkast stopt roept dat geloof vragen op.

Gheude: ‘Die opname van Wallonië in Frankrijk, dat was voor Perin op het einde van zijn leven de uitweg uit de impasse die België heet. In zijn laatste interview met Le Soir verklaarde hij « dat hij graag zou zien dat Vlaanderen zijn onafhankelijkheid zou uitroepen, dat Brussel een stadstaat zou worden met een internationale roeping en dat Wallonië zich bij Frankrijk zou aansluiten. »’

Doorbraak: Die evolutie lijkt nu wel ernstige vertraging op te lopen nu de meerderheids-partijen het erover eens zijn dat de communautaire discussies voor 5 jaar in de koelkast blijven, vindt u ook niet ?

‘Dat is juist, maar wat als de regering Michel valt? Je merkt dat er nu al serieuze spanningen zijn. De bonden mobiliseren. Onwillekeurig denkt een mens hierbij terug aan de periode van de grote staking van 1960-61 tegen de Eenheidswet van Gaston Eyskens. Zoveel is zeker, een nieuwe regeringscrisis van 541 dagen kan dit land zich niet meer veroorloven. Dan zou er een situatie kunnen ontstaan waarin een confederatie (nog los van de precieze inhoud die men aan dit begrip wil geven) al snel een gepasseerd station zou zijn en dan gaan we voor een Bye Bye Belgium-scenario zoals de RTBF dat enkele jaren geleden al borstelde.’

Is de federale weg die België heeft gekozen voor u dan een vergissing gebleken?

‘Ook ikzelf heb mee geijverd voor het federalisme, maar we zagen al vrij snel dat dit voor Vlaanderen geen eindstation was, maar slechts een middel om de onafhankelijkheid te verwerven. Je kan er niet omheen dat we er ondanks al onze staatshervormingen maar niet in slagen van België een hecht en harmonieus geheel te maken. Vlaanderen is een ‘natie’, zo staat het ook uitdrukkelijk in de preambule van het 2 jaar geleden door het Vlaamse parlement eenparig goedgekeurde Handvest voor Vlaanderen. In 1973 gaf Manu Ruys zijn boek De Vlamingen al als motto mee: Een volk in beweging. Een natie in wording. Welnu, die natie is er nu. En om het nog eens met François Perin te zeggen: « In dit kleine koninkrijk is er geen plaats voor twee naties: een Belgische, voor zover die ooit al bestaan heeft!, én een Vlaamse »’.

Maar de aansluiting bij Frankrijk krijgt dus alleen maar een kans als Vlaanderen België de rug toekeert? Als de Vlaamse meerderheid genoegen neemt met een ver doorgedreven federalisme, dan is van die aanhechting van Franstalig België bij Frankrijk dus geen sprake meer?

‘De Vlamingen gaan stapsgewijs te werk, van federalisme, over confederalisme naar onafhankelijkheid … zoals blijkt uit de statuten van de N-VA. Als de regering Michel voortijdig valt, dan gaan we zelfs direct van federalisme naar separatisme. En ook als Michel stand houdt kan je niet voorbij aan het feit dat alvast N-VA, CD&V en Open VLD gewonnen zijn voor confederalisme, ook al zijn ze niet allemaal even duidelijk over de inhoud van dat begrip. Maar die drie partijen samen, dat is een forse meerderheid in Vlaanderen. Yves Leterme beschouwt Belgïe als un accident de l’histoire. In 2002, toen hij voorzitter van de Vlaamse liberalen was, voorspelde Karel De Gucht overigens dat België op termijn zou verdwijnen, dat het zou verdampen en dat het voor Vlaanderen inmiddels geen enkele meerwaarde had.  Oud-minister Stefaan De Clerck van CD&V zei onlangs dat christendemocratie en nationalisme onverbrekelijk verbonden zijn in het Vlaamse DNA. Dacht u dat we dat in Wallonië niet gehoord hadden? Dit confederalisme lijkt me dan ook de wachtkamer naar het separatisme, het einde van België.’

Toegegeven dat er rond het begrip ‘confederalisme’ nogal veel mist is gespoten. Maar in de voorbije maanden, vooral rond de parlementsverkiezingen van 25 mei, is toch wel gebleken dat voor de Vlaamse meerderheidspartijen het begrip confederalisme min of meer hetzelfde betekent. Ze bedoelen er een ‘uitgeklede’ centrale staat mee (met zeggenschap over het leger en enkele restbevoegdheden) en maximale beslissingsmacht voor de deelstaten.

‘In het internationaal recht slaat ‘confederalisme’ op de samenwerking waartoe soevereine staten besluiten. In ons geval zou dat betekenen dat België eerst moet ophouden te bestaan!  Dit dient niet verward met een ver doorgedreven federalisering.’

Laten we het eerst over Wallonië hebben. Daar haalde het Rassemblement  Wallonie-France (RWF) niet eens 1% van de stemmen in de jongste parlementsverkiezingen!

‘Ikzelf was nooit lid van het RWF. Perin evenmin trouwens. Hij heeft Paul-Henry Gendebien de oprichting van dat partijtje uit het hoofd willen praten, maar dat is niet gelukt. Ik citeer wat Perin daarover in 2006 aan een Luiks lid van die partij schreef (haalt een document uit een knipselmap): « Per definitie kon de partij (het RWF) geen programma voorleggen en was hierdoor tot mislukking gedoemd. Ze bereikte precies het tegendeel van wat ze beoogde: ze toonde met cijfers aan dat 99% van de Walen die aanhechting bij Frankrijk niet zagen zitten. Dat is toch te gek voor woorden! De mensen stemmen om allerlei redenen voor de traditionele partijen, bijvoorbeeld omwille van hun sociaaleconomisch beleid, om fiscale, en zelfs uit familiale overwegingen. Maar bij al die kiezers zijn er ook zeer velen die betwijfelen of België voor eeuwig blijft bestaan en die uw uiteindelijke doelstelling bepaald niet afwijzen. »’

Dat mag dan waar zijn, maar het is toch afwachten geblazen of er wel degelijk een meerderheid is voor de afscheiding.

‘Aan zo’n opname van Wallonië als regio in Frankrijk, het mag hoe dan ook geen annexatie zijn, zou zeker een referendum moeten voorafgaan, zowel in Frankrijk als hier in Wallonië. In 2008 heeft Le Soir, samen met La Voix du Nord, gepeild naar wat hun lezers vonden wat er moest gebeuren als België zou verdwijnen, welnu: 49% van de Walen zagen hun landsdeel liefst opgaan in Frankrijk. En volgens een peiling van Ifop/France-Soir in 2010, zouden 66% van de Fransen (75% in de grensstreken) de aanhechting van Wallonië verwelkomen. Er is nauwelijks reden om aan te nemen dat een nieuwe peiling gunstiger voor België zou uitvallen.’

U ziet dus de ontmanteling van België als een onafwendbaar proces?

‘Absoluut. In 2010 heeft de commissie Buitenlandse Zaken van de Franse Nationale Vergadering twee van zijn leden (één van de meerderheid, een andere van de oppositie) met een studie over de Belgische situatie belast. De conclusie van het rapport is duidelijk: de toekomst van België wordt steeds onzekerder.’

Dit is het eerste deel van het interview. het tweede deel kan u hier morgen lezen. 

Le budget wallon en panne de documents crédibles

Eric Deffet, « Le Soir », 25 novembre 2014

2014-11-26_200916Forem, Société wallonne du logement ou Awiph : aucun de ces organismes essentiels à l’action publique wallonne ne respecte les règles prévues pour l’adoption de leurs budgets. Au mieux le gouvernement, qui finance toutes ces structures, dispose de bribes d’information. Dans le cas de l’Awiph, le ministre ne dispose pas du budget, tout simplement.

Dans ces conditions, comment débattre sérieusement de l’avenir de la Wallonie ? L’opposition MR et Ecolo s’est engouffrée dans la brèche ce mardi en s’insurgeant contre des manquements qui flirtent avec l’illégalité. Une bataille de procédure qui débouchera sur des auditions des responsables des institutions concernées.

Ce laisser-aller est une tradition wallonne. Mais Christophe Lacroix, le ministre du Budget, compte bien faire changer les choses : l’intégration de tous ces organismes dans le périmètre régional les obligera à respecter les objectifs fixes par les politiques.