Tarifs aux TEC: double peine ou pas?

Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 30 octobre 2014

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Oui, la Wallonne du Transport (la SRWT, qui chapeaute les TEC) a fait des propositions pour coller à l’effort budgétaire qui lui est demandé par le gouvernement wallon. Oui, le plan est sur le bureau du ministre des Transports. Non, rien n’est encore décidé. Les chiffres ne sont donc pas officiels.

Mais en matière de réduction des coûts et d’augmentation des recettes, la marge de manœuvre est limitée. Pour rappel, une dotation supplémentaire de 7 millions a été garantie pour 2015.

  1. Ce qui est sur la table

Le 22 octobre dernier, le conseil d’administration de la SRWT a passé en revue les pistes permettant de répondre à un effort budgétaire de 6 millions€ pour 2015. «On peut jouer sur trois curseurs: les coûts internes, le coût du réseau (à revoir à la baisse) et la tarification (à revoir à la hausse)», résume Stéphane Thiéry, porte-parole du Groupe TEC. Sur papier, une hausse des tarifs à la hausse permettrait de réaliser la moitié de l’effort budgétaire: 3 millions€.

  1. Et ça donne…

2% de plus en moyenne pour les abonnés du TEC et aussi + 3,39% pour les tarifs multiparcours. Le billet simple passerait de 1,90€ à 2,10€. «C’est ce qui nous paraît à peu près équitable par rapport au reste de l’Europe, mais aussi par rapport à De Lijn et à la STIB (lire ci-dessous)», fait remarquer Stéphane Thiéry. On augmente aussi l’abonnement des plus de 65 ans: gratuit il y a quelques mois encore, il est ensuite passé à 36€ et il sera peut-être majoré à 60€. «Mais en valeur absolue, c’est 5€ par mois pour un libre parcours complet. Et ça reste gratuit pour les plus faibles revenus, les statuts BIM et Omnio», plaide Stéphane Thiéry. On transforme aussi l’opération Noctambus: on se concentre non plus sur les circuits festifs pour clients en goguette mais sur les usagers qui font leurs courses le 31 décembre (gratuit) et sur ceux qui rentrent très tard ou très tôt de la Saint-Sylvestre (gratuit à l’aube). « Ça, c’est dans le lot des mesures internes, ponctuelles. »

  1. Et l’offre? «À la marge!»Le réseau doit aussi contribuer à l’effort budgétaire.

«Mais à la marge, seulement sur les lignes où il y a peu de clients, de moins en moins, ou plus du tout. Ce sera imperceptible pour l’usager. Tout comme la réduction des coûts internes sera imperceptible pour le personnel », promet la SRWT.

  1. Côté syndical

On grogne évidemment. Bruno Belluz, permanent CSC, s’énerve. «C’est la douche froide. Depuis 2008, c’est sans arrêt qu’on restructure, qu’on détricote l’offre tout en augmentant les tarifs. Tous les deux ans, il y a un plan d’économie à réaliser. Mais ce qui nous met le plus en rogne, c’est qu’on va subir une dégradation des conditions de travail du personnel. Si on réduit l’offre, on surcharge d’autres bus. Et ça crée de la tension. Et qui est en première ligne? Les chauffeurs! »

  1. «La majorité mange sa parole»

L’opposition Écolo rirait bien si la situation ne concernait pas le pouvoir d’achat des usagers. « La coalition PS-cdH semblait entrer dans l’austérité quasi en chantant. Au fur et à mesure que se dissipe le brouillard et que se précisent les options du gouvernement wallon, il faut pourtant déchanter», ironise Stéphane Hazée, député wallon Écolo. Le pouvoir d’achat des Wallons est touché. Comme au fédéral. D’où la formule de «double peine», adoptée assez largement ici et là depuis quelques semaines.

6.Le tweet de Carlo 

La balle est dans le camp du gouvernement wallon, qui peut avaliser les pistes de la SRWT ou opter pour d’autres hypothèses. Le gouvernement wallon aura le dernier mot. Sur Twitter, le ministre compétent Carlo Di Antonio (CDH) a assuré que les chiffres publiés n’étaient pas exacts. Rien n’est encore décidé. Or, il ne communiquera que «quand les décisions seront prises. Décider d’abord, communiquer ensuite », tweete-t-il doctement.