Ces Français qui inventent la médecine du futur

Marion Guérin, Estelle Saget, Valérie Lion, « L’Express », 30 octobre 2014

La France n’est pas seulement riche de son passé et de ses musées, elle regorge de talents qui rayonnent au-delà de nos frontières. Confirmés ou prometteurs, ces nouveaux génies dessinent l’avenir avec brio, à l’instar de ces talents qui font la médecine de demain.

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Bertin Nahum peut sourire : à 44 ans, cet ingénieur a été jugé quatrième entrepreneur le plus révolutionnaire de la planète par Discoveries Series… Juste derrière Steve Jobs, Mark Zuckerberg et James Cameron. Son aventure commence à Montpellier lorsqu’il fonde, avec trois amis d’école, la société Medtech, spécialisée dans la robotique chirurgicale. Repéré par le géant américain Zimmer, il lui cède, pour 3 millions d’euros, les brevets de ses robots. Il développe alors Rosa, sorte de GPS capable de guider la main des neurochirurgiens. De Pékin à Riyad, une trentaine d’hôpitaux en sont déjà équipés. Malgré la Légion d’honneur venue couronner son parcours, en septembre, Bertin Nahum a le succès modeste. Et il abhorre le French bashing. « Les Français sont des précurseurs. On sous-estime trop leur capacité créative », assure-t-il. Son credo : « Soyons fiers et conscients de nos forces ! »

Hugues Duffau, neurochirurgien As du bistouri

Hugues Duffau, neurochirurgien
As du bistouri

Ses collègues du monde entier défilent au bloc du CHU de Montpellier pour le voir opérer. Voilà dix-sept ans, Hugues Duffau a osé l’impensable : enlever des tumeurs du cerveau sur des patients éveillés. Pas pour le spectacle. Pour vérifier, avant de creuser au bistouri dans l’organe de la pensée, qu’il ne touchait à aucune fonction essentielle, le langage, la motricité et même la sociabilité. A 47 ans, il a formé à cette technique des praticiens venus de 40 pays différents. Lors d’une opération récente en Allemagne, les images étaient retransmises sur un écran géant pour un public de confrères et d’étudiants. « J’ai reçu des propositions pour partir à l’étranger, confiet- il. Mais notre pays n’a rien à envier aux autres en matière de neurosciences. »

Laurent Levy, fondateur de Nanobiotix Fan de nano

Laurent Levy, fondateur de Nanobiotix
Fan de nano

Avec ses faux airs de Vincent Lindon, ce physicien-chimiste est en passe, à 42 ans, de gagner le pari lancé voilà dix ans : utiliser les nanoparticules dans le traitement des cancers. Sa société, Nanobiotix, a démontré que ces particules ultrafines, activées à distance par la radiothérapie, pouvaient dé truire les tumeurs. Après sa thèse, voyant son projet retoqué en France, Laurent Levy part effectuer ses recherches aux Etats- Unis, au sein de la prestigieuse université de Buffalo. Décidé à créer sa société, il rentre au pays pour se frotter au business – il travaille trois ans chez Altran avant de se jeter à l’eau.

Devenu patron de start-up, il s’engage pour promouvoir la nanomédecine à Bruxelles. Les investisseurs, eux, sont déjà convaincus : Nanobiotix a levé pas moins de 28 millions d’euros en début d’année.

MARIE MEYNADIER, DG D'EOS IMAGING FÉE DES RAYONS

MARIE MEYNADIER, DG D’EOS IMAGING
FÉE DES RAYONS

« Sacrée bécane! » : Marie Meynadier n’est pas peu fière de sa machine, qui ressemble… à une cabine de douche. La « bécane » permet de visualiser le squelette des patients, debout et en 3D, en émettant une dose très faible de radiations. A 500000 euros l’unité, les meilleurs hôpitaux américains et asiatiques se l’arrachent. La technologie est signée Georges Charpak, Nobel de physique. Mais elle était à l’origine destinée au nucléaire. Ingénieur venue de la Direction générale de l’armement, Marie Meynadier en décèle le potentiel médical et lance, en 2005, EOS Imaging. A 52 ans, cette surdouée défie Samsung, General Electric et Siemens sur le marché de l’imagerie médicale. Avec succès : depuis 2008, le chiffre d’affaires d’EOS a été multiplié… par sept !