Archives mensuelles : septembre 2014

Coûteux parachutes dorés à la Fédération Wallonie-Bruxelles

  Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 23 septembre 2014
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Le bureau du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (l’ex-Communauté française) a validé il y a une semaine une augmentation de près de 1 million d’euros des frais de fonctionnement de l’assemblée pour 2015. En effet, sur un an, ce budget passe de 32 millions (pour 2014) à 33 millions d’euros (pour 2015).

D’où vient cette inflation de dépenses alors que les finances publiques sont partout soumises à des politiques d’austérité ? Selon le document examiné par le bureau, l’essentiel de cette augmentation est dû aux conséquences des récentes élections. En effet, le seul coût de ce turn-over démocratique est de 907 000 euros pour le budget 2015 de l’assemblée.

Parachutes dorés

Il y a tout d’abord les montants de toutes les primes de départ, de tous les « parachutes dorés » des parlementaires au terme de la dernière législature (2009-2014) : ils s’élèvent au total à 660 000 euros à inscrire dans les comptes de l’année prochaine.

Ce montant concerne les ex-ministres du gouvernement de la Fédération, les ex-députés qui siégeaient uniquement dans ce Parlement (qui à la base est composé, essentiellement, des députés régionaux wallons et bruxellois), du paiement d’indemnités spéciales pour les ex-membres du bureau de l’assemblée et pour l’ensemble des parlementaires qui y exerçaient des fonctions spéciales (présidents de commission, les chefs de groupe, etc.).

La fin des « doubles casquettes »

Autre enseignement « croustillant » du document financier présenté aux membres du bureau : la suppression de plusieurs postes ministériels à double casquette dans le nouvel exécutif coûte aussi au parlement de la Fédération. « Eu égard à la composition du nouveau gouvernement, il y a lieu d’adapter les indemnités dévolues aux ministres siégeant exclusivement au sein de notre entité (le Parlement, NdlR) : 5 au total intégralement à charge de notre parlement contre 2 auparavant.« 

Enfin, également un surcoût lié à la vie de la nouvelle assemblée : le nombre de commissions parlementaires passe de 7 à 8 et il faut également passer à la caisse. Oui, car qui dit nouvelle commission, dit désignation d’un président de commission supplémentaire et donc le paiement de plus d’indemnités pour fonctions spéciales.

Soyons de bon compte : le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, malgré ce million d’euros supplémentaire inscrit pour 2015, souffre aussi de manière globale des diminutions à répétition de la dotation allouée par le gouvernement de la Fédération à son pouvoir législatif.

En effet, le document examiné par le bureau met en évidence la réduction de près de 20 millions d’euros de 2012 à 2014 de la dotation octroyée au parlement. Conséquence de ces efforts financiers à charge de l’assemblée : en 2014, le Parlement accuse un déficit de 8,7 millions d’euros. « Pour la troisième fois et successivement, la dotation inscrite au budget général des dépenses de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne nous permet pas de financer l’ensemble des dépenses consenties. Le Parlement financera, sur fonds propres, le déficit budgétaire 2014.« 

Une question de souveraineté

Pour le budget 2015, le Parlement aurait besoin d’une dotation de près de 30 millions pour être à l’équilibre sans avoir à nouveau recours aux réserves financières de l’assemblée (qui passent à 7,6 millions d’après le budget 2014). La stabilisation de la trésorerie « nous semble nécessaire au maintien de l’autonomie et de la souveraineté de notre assemblée« , relève encore le document.

Les chiffres inquiétants de l’entreprenariat wallon

Belga, 22 septembre 2014

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L’entreprenariat stagne dans la capitale mais chute lourdement en Wallonie, avec -11,2% au premier semestre, selon la nouvelle enquête du cabinet d’études économiques Graydon, dont fait écho Le Soir lundi. Avec 5.531 entreprises créées au cours du premier semestre 2014, l’entreprenariat reste relativement stable à Bruxelles (+0,31%). Ces résultats contrastent avec ceux enregistrés en Flandre, où 20.248 PME ont démarré entre janvier et juin de cette année, soit +2,14% par rapport à la même période en 2013.

En Wallonie, les chiffres sont plus inquiétants. Le nombre d’entreprises y est en net recul: 9.859 start-up sont nées au cours des six premiers lois de l’année, soit 11,2% de moins qu’au même semestre de 2013. En province de Liège, le recul affiche même -20,6%.

A l’échelle du pays, 36.882 entreprises ont été créées au cours du semestre écoulé, ce qui constitue un recul de 2,91%.

Les Fêtes de Wallonie sous le signe de la loyauté fédérale

Eric Deffet, « Le Soir », 20 septembre 2014

2014-09-21_144331Le président du parlement André Antoine et le ministre-président Paul Magnette ont prononcé leurs discours à Namur.

Les deux orateurs ont chacun à leur manière souligné l’importance le sixième Réforme de l’État pour la Wallonie en plaidant pour l’indispensable loyauté fédérale entre toutes les entités fédérées et entre celles-ci et le gouvernement fédéral.

Pour André Antoine, « c’est lorsque des partenaires approfondissent leur autonomie, prennent des orientations différentes que la notion de loyauté fédérale trouve tout son sens. Raison pour laquelle nous devons amplifier la coopération entre les entités fédérées mais aussi entre ces dernières et l’État fédéral. Notre parlement prendra différentes initiatives en vue de renforcer le dialogue permanent avec les autres entités du pays. »

Paul Magnette enchaîne alors : « Dans 2014-09-21_144311un État fédéral comme le nôtre, qui ne connaît de hiérarchie ni entre les différents niveaux de pouvoir ni entre les normes, la loyauté est une vertu cardinale. La Wallonie n’a jamais été prise en défaut de loyauté, elle restera fidèle à cette ligne de conduite et elle attend des autres gouvernements le même engagement. »

En achevant son discours, le nouveau ministre-président a clairement évoqué les enjeux qui s’imposent désormais à la Wallonie : « Il n’y a qu’une réponse : nous devons rappeler que la Wallonie sera amenée, au cours des deux prochaines décennies, à compter toujours plus sur ses propres ressources. Nous devons parler le langage de la vérité. Nous devons dire aux citoyens de Wallonie que la transition économique que nous vivons est loin d’être terminée et qu’elle appellera un effort de chacun. »

La séance officielle s’est déroulée en présence des principales autorités politiques du pays dont le ministre-président flamand Geert Bourgeois. A noter cependant l’absence de représentants du gouvernement bruxellois.

Le jour des discours politiques aux Fêtes de Wallonie

Eric Deffet, « Le Soir », 20 septembre 2014

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Le temps est à l’orage à Namur où se déroulent les Fêtes de Wallonie, comme dans plusieurs grandes villes d’ailleurs : Liège, Charleroi ou Mons, ce qui oblige les personnalités politiques en vue à jongler avec les horaires afin d’être partout à la fois.

Mais c’est bien sûr dans la capitale régionale que l’ambiance atteint des sommets. Là aussi que toutes les forces vives wallonnes ont rendez-vous en fin d’après-midi afin d’entendre les discours d’André Antoine (CDH), président du parlement, et surtout Paul Magnette (PS), ministre-président, pour leur premier exercice de ce niveau depuis la naissance de la coalition PS-CDH. Le chef de l’exécutif devrait centrer son discours sur la jeunesse et l’emploi.

En matinée et dans la plus pure des traditions, les Namurois ont assisté au discours de leur bourgmestre en titre, Maxime Prévot (CDH), par ailleurs numéro deux du gouvernement régional. L’orateur n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que sa situation respectait parfaitement le prescrit légal : « Je suis empêché de signer des documents qui engagent juridiquement la Ville, de participer aux décisions du Collège, d’être rémunéré par la ville, mais pas empêché de participer aux réunions et travaux avec mes collègues échevins. Ni empêché d’avoir des opinions et encore moins de rester passionné par ma ville et d’avoir une vision forte pour le développement de celle-ci. »

Voilà qui est dit. Mais le bourgmestre s’est surtout dit très heureux de voir sa ville bénéficier par ricochet de la sixième Réforme de l’État et des transferts de compétences vers les Régions et donc vers la capitale de la Wallonie, qui devrait tirer parti de cette évolution dans de nombreux domaines : emploi, formation, immobilier…

Un gros mécontentement toutefois exprimé à l’adresse de l’ambassadeur de France qui assistait à la réception de ce samedi matin : le projet de la SNCF de faire transiter sa future ligne TGV Luxembourg-Bruxelles par Lille, ce qui ne peut évidemment pas satisfaire les Namurois.

Tous les Écossais gagnants

Gérald Papy, « Le Vif », 19 septembre 2014

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La victoire du « non » au référendum sur l’indépendance de l’Écosse, plus large que les dernières prévisions ne le laissaient entrevoir, démontre qu’une majorité d’Écossais ont, au moment fatidique, rejeté ce qui leur apparaissait encore comme une « aventure périlleuse » avec, en germe, plus de préjudices que de gains. Elle souligne aussi que l’argumentation du camp du « oui », fondée sur l’opposition à la politique des gouvernements de droite à Londres, est sans doute apparue plus conjoncturelle (et donc réversible) que structurelle.

Le résultat de la consultation livre à première vue une population écossaise divisée en camps antagonistes et écartelée entre deux projets de société. Plusieurs constats inclinent pourtant à affirmer que tous les Écossais sortent gagnants de cette confrontation. Ils ont d’abord montré au monde la vigueur de leur démocratie par la qualité et l’ardeur de leurs débats, en se gardant d’user de basses polémiques pour faire triompher leurs visions. Débat riche sur une question fondamentale: cela change des batailles d’égo ou clochemerlesques dans lesquels sombrent encore souvent les dirigeants européens.

S’ils n’ont pas vu leurs efforts couronnés de succès cette fois-ci, les nationalistes écossais n’en ont pas moins engrangé, à la faveur de la campagne référendaire, des avancées autonomistes, celles promises par les dirigeants des trois principaux partis britanniques (conservateurs, travaillistes, libéraux) dans une déclaration solennelle, le Serment, à la veille du scrutin. Si elle a pu infléchir l’opinion des derniers indécis, elle les engage surtout à une « dévolution » plus approfondie de pouvoirs en faveur du Parlement et du gouvernement écossais.

Enfin, au-delà du succès ponctuel de jeudi, les partisans du maintien de l’Écosse au sein du Royaume-Uni auront ouvert les yeux sur les aspirations, ni illégitimes ni fantasques, d’une forte minorité de leurs concitoyens. Une prise de conscience de nature à favoriser le nécessaire dialogue à venir et à éventuellement préparer demain une nouvelle campagne référendaire.

La victoire du « non » ne sera pas non plus sans conséquence pour l’avenir de l’Union européenne. Au Royaume-Uni d’abord, où le Premier ministre conservateur David Cameron, décidé à soumettre l’appartenance à l’Union à une consultation populaire, ne pourra pas ignorer les 46 % d’électeurs nationalistes écossais favorables à plus d’Europe que ne l’est le gouvernement de Londres.

Enfin, si la montée du nationalisme écossais résonne comme un avertissement pour les Etats centralisateurs d’Europe, l’échec du Scottish national Party dessert davantage les nationalistes catalans que les nationalistes flamands. Les premiers ont bâti leur dessein indépendantiste sur un référendum que Madrid leur dénie tandis que les seconds, qui avaient insisté sur leurs différences avec la voie écossaise, parient sur un délitement, sans révolution, de l’Etat belge pour faire triompher leurs idéaux. À vrai dire, s’il y a une comparaison à faire, l’aspiration des nationalistes de centre-gauche d’Edimbourg renvoie davantage à un indépendantisme… wallon qui, demain, serait lassé de la politique de droite que plusieurs gouvernements fédéraux lui auraient imposée. On en reparle après cinq ans de suédoise…

« Non écossais »: les Catalans pas découragés

Paco Audije, « La Libre Belgique », 19 septembre 2014

2014-09-21_143533« La Catalogne est-elle moins que l’Ecosse? Est-elle moins une nation ? A-t-elle moins de droits ? »,  s’est interrogé le président catalan, Artur Mas, au lendemain du référendum écossais. « D’une façon ou d’une autre, les Catalans voteront », avait anticipé un autre dirigeant de Convergencia i Unió, le parti de Mas.

On n’attend maintenant plus, de ce dernier, que la signature de la convocation du référendum annoncé pour le 9 novembre.

Cet appel aux urnes est possible, selon Mas, dans le cadre de la loi « des consultations »,  approuvée ce vendredi au Parlement de Barcelone. Sa promulgation par Mas entraîne sa publication dans le « Diari oficial de la Generalitat » (Moniteur catalan), qui déclenchera l’appel immédiat du gouvernement espagnol à la Cour constitutionnelle, en vue de sa très probable annulation, peut-être dès mardi prochain. Pour les nationalistes, c’est un obstacle majeur, auquel il faut ajouter le « non » écossais, plus clair que prévu.

Les médias de Barcelone ont déployé un énorme dispositif en Ecosse et des milliers de Catalans s’y sont rendus pour expliquer leur propre projet indépendantiste et suivre le référendum écossais. Ce tourisme politique, qui incluait des délégations des institutions de Catalogne, a été tellement massif que le journaliste Javier Pascual ironisait sur son compte Twitter : « Je viens de sortir d’un pub du centre d’Edimbourg. J’ai plus entendu parler catalan qu’anglais et, dans les rues, c’était 50/50. »

Artur Mas a souligné « la normalité du vote » en Ecosse, le « non » étant pour lui, secondaire.

Si le référendum du 9 novembre était déclaré illégal, l’ERC (républicains indépendantistes), qui soutient la majorité parlementaire catalane, prône «  la désobéissance civile ». Oriol Junqueras (ERC) insiste pour que les urnes soient déployées le 9 novembre coûte que coûte, avec ou sans l’approbation de la Cour constitutionnelle.

Conséquences imprévisibles

Mais les chrétiens-démocrates nationalistes, alliés historiques du parti Convergence démocratique de Catalogne (le parti de Mas, libéraux nationalistes) sont opposés à cette voie aux conséquences imprévisibles. « La désobéissance civile ne nous mènerait nulle part », a déclaré jeudi Artur Mas.

Son plan à lui passe par une mobilisation des communes catalanes, dont les conseils municipaux approuveraient « la consultation’, c’est-à-dire le référendum du 9 novembre. Quelque 95 % des 946 communes de Catalogne appartiennent à l’Association catalane des  communes, qui demande des motions municipales en faveur du référendum.

Dans la rue, les groupes les plus indépendantistes veulent mobiliser cent mille activistes pour s’assurer du vote.

De son côté, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy (conservateur) a souligné que le vote en Ecosse a eu lieu « dans le respect le plus scrupuleux de la légalité du pays ». Utilisant des termes qui semblaient adressés aux Catalans, M. Rajoy a remarqué que « de graves conséquences ont été évitées ». Il a félicité les Ecossais pour avoir choisi, « de manière claire et sans équivoque, de rester dans le Royaume-Uni et dans l’Union européenne ».

Le suspense se prolonge sur certains détails des plans respectifs de MM. Rajoy et Mas. Celui-ci a aimé le référendum, mais pas le résultat et les nationalistes catalans manœuvrent maintenant pour atténuer l’impact populaire de ce « non » venu du Nord.

Ecosse: quitter Londres, est-ce quitter Bruxelles

« Coulisses de Bruxelles » ; Jean Quatremer, 18 septembre 2014

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Une Écosse indépendante devra-t-elle négocier, en tant que nouvel État, son adhésion à l’Union européenne ? La réponse n’est rien moins qu’évident tout simplement parce qu’il n’y a aucun précédent : la Tchécoslovaquie tout comme l’ex-Yougoslavie ont explosé avant de rejoindre l’Union. Ce n’est pas un hasard si rien n’est prévu dans les traités européens: « pourquoi aurait-on traité cette question ? Il n’y avait aucune raison puisque la question de la scission d’un État membre ne s’est jamais posée », estime Alain Lamassoure, député européen (UMP). Cet ancien membre de la Convention rappelle néanmoins sa tentative de donner un statut aux régions de l’Union dans le projet de traité constitutionnel européen afin de leur donner des droits propres qui s’est heurté au véto de l’Espagne, soucieuse de ne pas encourager le sécessionnisme basque et catalan. Autant dire que ce sont les États, seuls négociateurs et signataires des traités, qui ont refusé d’envisager leur éventuelle scission…

Les institutions communautaires, pourtant conscientes de la montée des revendications indépendantistes en Flandre, en Catalogne et en Écosse, ont donc soigneusement évité de prendre position officiellement sur un sujet qui fâche. Il y a quinze jours, la porte-parole de la Commission, Pia Ahrenkilde Hansen, s’est contenté d’un laconique : « nous ne voulons en aucun cas commenter une affaire qui relève de la politique intérieure d’un Etat et interférer dans le cours d’une campagne démocratique ». Cependant les responsables européens ne cachent guère leur opposition à une indépendance écossaise, de peur que celle-ci ouvre la boite de Pandore des revendications régionales. Ainsi, le président sortant de la Commission, José Manuel Durao Barroso, n’a pas hésité à se faire menaçant en février dernier : « il sera extrêmement difficile, voire impossible » pour l’Écosse indépendante de rejoindre l’Union, car « il sera bien sûr très difficile d’obtenir l’accord de tous les autres États membres de l’UE pour accepter un nouveau pays venant d’un autre État membre ». Il en voulait pour preuve le Kosovo que l’Espagne refuse toujours de reconnaître.

Le conseiller d’État, Jean-Luc Sauron, spécialiste des questions européennes, se montre particulièrement critique de la sortie de Barroso et de la réticente prudence de l’Union : « comment peut-on dire que l’exercice d’un droit démocratique, l’autodétermination, entrainera l’exclusion définitive d’un nouvel État dont le territoire était jusque-là une part constitutive de l’Union et alors qu’il ne veut pas en sortir ? A quoi sert le référendum dans ce cas ? » Et Sauron de rappeler que l’Union a intégré les 17 millions d’Allemands de l’Est qui, eux, n’ont jamais appartenu à l’Union sans exiger une nouvelle procédure d’adhésion « d’une Allemagne unifiée qui était autre chose que celle qui avait adhéré en 1957 »… En clair, ce qui vaut pour l’élargissement pas absorption ne vaudrait pas pour une séparation d’une partie du territoire européen.

Pourtant, les juristes de droit international estiment, comme le reconnaît Sauron, que « juridiquement, ça paraît bordé ». « Au nom de la continuité de l’État, le Royaume-Uni d’Angleterre, du pays de Galles et d’Irlande du nord conserverait les attributs de l’État et donc resterait seul membre de l’Union », admet Claude Blumann, professeur émérite à l’Université de Paris II. « L’Écosse, qui a abandonné sa qualité d’État dans le traité d’Union de 1707 sans possibilité de reprise, serait un nouvel État au sens du droit international et devrait donc se soumettre à un processus d’adhésion aux organisations internationales, comme l’ONU ou l’Union européenne ». En clair, l’Écosse ne pourrait pas bénéficier d’une adhésion de plein droit bien qu’elle ait totalement intégré l’acquis communautaire : en choisissant l’indépendance, ses citoyens voteraient en même temps pour la sortie de l’Union… Pour Claude Blumann, la comparaison avec l’ex-RDA ne tient pas : « il ne s’agissait pas du démembrement d’un État, mais d’une intégration dans la RFA qui a continué d’exister ». Et même si Londres convenait dans le traité de séparation qu’Édimbourg resterait membre de l’Union, « l’effet relatif des traités empêcherait que cette disposition soit opposable aux autres États membres ».

Mais ça, c’est la théorie : le droit international est un droit mou qui s’adapte à la réalité politique : « le droit, c’est un rapport de force », rappelle Jean-Luc Sauron. « Il ne faut pas laisser cette question aux juristes », s’amuse Frédéric Mérand, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal. « S’il y a une volonté politique des États membres de maintenir l’Écosse dans l’Union, on pourra le faire », reconnaît un éminent juriste qui préfère ne pas être cité. « D’autant que l’Écosse est un cas particulier », insiste Sauron, « Londres ayant donné son accord au référendum d’autodétermination ». « Il s’agit d’une scission de velours et je n’imagine pas un pays poser son véto à une solution amiable et pour permettre à l’Écosse de rester dans l’Union ou moins de la rejoindre rapidement », ajoute Frédéric Mérand : « d’autant que si la Grande-Bretagne quitte l’Union en 2017, Bruxelles sera très contente d’en garder un bout ».

Une telle solution amiable dépendra au final de l’Espagne, celle-ci étant peu désireuse de créer un précédent avec l’Écosse dont la Catalogne pourrait se prévaloir : en 2012 : José Manuel García-Margallo, le ministre des Affaires étrangères espagnol, n’a-t-il pas prévenu qu’une Écosse indépendante devrait « retourner au bout de la file d’attente » pour pouvoir rejoindre l’Union ? « Je ne crois pas à ce véto, car Madrid ne peut pas défendre Londres contre son gré. Après tout, elle a accepté la tenue d’un référendum. La Catalogne, elle, si elle fait sécession, le fera contre la volonté de Madrid », estime Frédéric Mérand. Et en cas de véto, s’amuse Claude Blumann, l’Écosse pourra toujours, pour le contourner, fusionner avec un État membre comme la France en se prévalant du précédent allemand…

N.B.: article paru dans Libération du 18 septembre.

Demesmaeker (N-VA): « Le non Écossais ne signifie pas la fin du combat autonomiste »

Belga, 18 septembre 2014

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Le non à l’indépendance (55,3% contre 44,7%) prononcé par les Écossais au référendum de dimanche ne signifie pas la fin du combat autonomiste, qui provoque un effet-levier dans tout le Royaume-Uni, a affirmé vendredi le député européen Mark Demesmaeker (N-VA). « Cette génération d’Écossais ne devra probablement plus se prononcer à nouveau sur l’indépendance, mais ça ne signifie certainement pas la fin du combat pour l’autonomie », a commenté M. Demesmaeker.

Le député européen y voit un effet-levier pour davantage de « gestion sur mesure », « plus proche de la population », dont pourront bénéficier non seulement les Écossais, mais aussi les Gallois, les Nord-Irlandais et les Anglais.

Il se réjouit à ce titre de l’engagement du Premier ministre britannique David Cameron de présenter pour janvier prochain des propositions de transfert de compétences vers le parlement écossais.

Mark Demesmaeker, qui a suivi le référendum sur place à Édimbourg, s’est dit envieux du processus ayant mené au référendum écossais, de par son caractère de « révolution démocratique inclusive ». Il souligne l’importance du taux de participation (86%) et la nécessité de respecter le choix des votants, sans toutefois cacher une certaine déception.

A ses yeux, les mouvements indépendantistes dans plusieurs régions d’Europe se fondent certes tous sur le constat d’un déficit démocratique, « mais on ne peut dresser d’autres parallèles entre l’Écosse, la Catalogne et la Flandre ».

« Chaque région a sa propre dynamique. Chez nous, par exemple, il ne pourrait y avoir de référendum. Nous avançons donc autrement, pas à pas. »

«L’entrée de la N-VA au gouvernement pourrait affaiblir le nationalisme flamand»

Dans « Le Vif » du 18 septembre 2014, François Brabant interroge Peter Loughlin, professeur de sciences politiques à Cambridge et spécialiste des mouvements indépendantistes en Europe. Selon lui, le Royaume-Uni est bien plus proche de l’éclatement que la Belgique.

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Peter Loughlin n’a pas toujours été l’un des plus éminents politologues du continent européen. En 1968, alors que Paris explose de révolte et que des bataillons d’étudiants cèdent aux sirènes du maoïsme, cet Irlandais embrasse un autre engagement radical : celui d’une vie totalement dédiée à Dieu. Entré dans les ordres à peine sorti de l’adolescence, il passera six ans dans un monastère trappiste de Belfast. « On ne produisait pas de bière, mais du lait », raconte-t-il aujourd’hui.

Mais la vie monacale n’était pas faite pour cet esprit voyageur. A 25 ans, Peter Loughlin brise ses voeux et entreprend de parcourir le monde. Il découvre le Québec, alors en pleine fièvre autonomiste. Il devient professeur d’anglais dans un lycée de Bastia, en Corse. « Venu d’Irlande du Nord, j’étais intrigué par cette île où existait un mouvement indépendantiste très actif, y compris par la voie de la lutte armée », explique-t-il.

L’ex-moine entreprend ensuite une carrière académique, se spécialise dans la question des nationalismes, passe trois ans à Rotterdam, défend sa thèse de doctorat à Florence, enseigne à Paris, à Bordeaux, à Cardiff, mais aussi à l’Université libre de Bruxelles, ce qui lui permet de bien comprendre le contexte belge. Il est à présent professeur à la prestigieuse université de Cambridge, en Angleterre.

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Le Vif/L’Express : Jan Jambon, l’un des principaux dirigeants de la N-VA, a un jour déclaré que la Flandre, l’Ecosse et la Catalogne étaient engagées dans une sorte de course, pour déterminer qui obtiendrait en premier l’indépendance. Selon vous, qui va gagner la compétition ?

Peter Loughlin : L’Ecosse me paraît être la plus proche de l’indépendance, mais je ne pense pas que ça va arriver cette fois-ci. Même si ce n’est pas l’hypothèse la plus vraisemblable, il n’est pas exclu que le « yes »’ l’emporte, car les intentions de vote sont très serrées, de l’ordre de 49-51. Cela dit, à mon avis, ni l’Ecosse, ni la Catalogne, ni la Flandre ne seront indépendantes dans un proche avenir.

Si jamais le « oui » l’emporte en Ecosse, cela peut-il renforcer de façon durable le mouvement indépendantiste en Flandre ?

Tant en Ecosse qu’en Catalogne et en Flandre, on constate que malgré des mesures de décentralisation et d’autonomie accordées à ces régions, le projet nationaliste reste présent. Il subsiste une forme de frustration vis-à-vis des gouvernements nationaux. Du coup, chacune de ces trois régions observe les deux autres. Le dynamisme de la mobilisation catalane et écossaise peut rejaillir sur la Flandre. Mais je me pose une question : ça veut dire quoi, l’indépendance, aujourd’hui ? Pour l’Ecosse, c’est assez clair. Dans la tradition constitutionnelle britannique, l’Ecosse est reconnue comme une nation à part entière, indépendante à une autre époque, liée par un acte d’union avec le Royaume-Uni. Il est possible de défaire cet acte d’union. En Espagne, c’est moins clair, parce que la Constitution est modelée sur la Constitution française : la nation espagnole est une et indivisible. Donc les mécanismes de séparation sont plus compliqués en Catalogne. Je ne pense pas que le gouvernement espagnol va être aussi complaisant que ne l’a été le gouvernement anglais vis-à-vis de l’Ecosse. En Belgique, la situation est encore différente. Et l’indépendance de la Flandre me semble encore moins plausible.

Pourquoi ne croyez-vous dans le scénario d’une Flandre indépendante ?

La Belgique est marquée par un sentiment de consensus, par une tradition de compromis, qui fait que les différentes parties du pays vont continuer ensemble. J’observe très peu de passion pour l’indépendance parmi la majorité de la population flamande. La Belgique, c’est avant tout le pragmatisme. C’est ça l’élément différent par rapport à la Catalogne et à l’Ecosse : là-bas, on sent chez les gens une véritable passion pour ce débat.

La N-VA s’apprête à monter dans le prochain gouvernement fédéral belge. Avec cette particularité, a priori incongrue pour un parti nationaliste : elle a annoncé qu’elle voulait un gouvernement axé sur le socio-économique, sans nouvelle réforme de l’Etat, sans avancées institutionnelles, sans approfondissement de l’autonomie.

Cette stratégie peut-elle renforcer, à terme, les indépendantistes flamands ?

J’ai de gros doutes. Il est vrai que des partis nationalistes comme le SNP en Ecosse, comme CiU et ERC en Catalogne, ont participé au pouvoir, dans des coalitions comprenant des formations non-nationalistes. Cela leur a donné une plus grande assise populaire, cela a sans doute renforcé leur légitimité aux yeux des citoyens. Mais il s’agissait toujours du gouvernement écossais ou du gouvernement catalan, jamais du gouvernement national ! La décision de la N-VA d’intégrer le gouvernement belge est très différente. On peut la voir comme une stratégie : promouvoir des questions socio-économiques, pour mobiliser des gens, et sur cette base-là, dans un second temps, aller plus loin sur la voie de l’indépendance. Mais je suis sceptique quant à l’efficacité de cette stratégie. Jamais le SNP n’entrerait dans le gouvernement de Westminster ! On ne verra pas non plus CiU ou ERC intégrer le gouvernement de Madrid. Pas plus qu’on ne pourrait imaginer un commissaire européen issu d’un parti eurosceptique comme l’UKIP. Cela n’arrivera jamais. On peut aussi épingler la stratégie du Sinn Fein, le parti de la gauche républicaine irlandaise, qui contraste avec le choix de la N-VA : le Sinn Fein se présente aux élections du Royaume-Uni, ils ont régulièrement obtenu des députés, mais ceux-ci ont toujours refusé de siéger au Parlement de Westminster. Parce que, pour eux, le gouvernement britannique n’est pas légitime en Irlande du Nord.

Deux hypothèses circulent à propos de la stratégie « socio-économique » de la N-VA. La première : comme dans l’histoire du cheval de Troie, les nationalistes flamands vont utiliser leur participation au gouvernement fédéral pour pénétrer au coeur de l’Etat belge, et à partir de là, saboter la Belgique de l’intérieur. La seconde : à force de se frotter aux réalités complexes du pouvoir, la N-VA va petit à petit adoucir sa ligne, pour renoncer en fin de compte à l’indépendance. Laquelle vous paraît la plus crédible ?

C’est la deuxième hypothèse. Si on étudie l’histoire de ces mouvements qui participent aux institutions d’un Etat qu’ils combattent, on voit qu’ils finissent toujours par se modérer, par assouplir leurs revendications. C’est presque inéluctable, à partir du moment où vous jouez le jeu des institutions. C’est très difficile d’être le responsable du ministère de l’Agriculture, par exemple, et d’essayer en même temps de saboter cette institution-là. Je ne connais pas de cas où c’est arrivé. Je n’affirme pas que le schéma va se reproduire dans le cas de la N-VA, je dis juste que la tendance est celle-là dans l’histoire des mouvements nationalistes et régionalistes.

Vous avez beaucoup étudié le nationalisme corse. Peut-on en tirer des enseignements susceptibles d’éclairer le cas belge ?

Quand il était président, François Mitterrand a fait entrer les nationalistes corses dans le système politique, il leur a confié des responsabilités. Que s’est-il passé alors ? Cela a divisé ces mouvements, et ça les a affaiblis. Cela a aussi mené vers des formes d’extrémisme. C’est peut-être là que se situe le danger en Belgique. Si la N-VA fait le choix de renoncer pendant cinq ans à des avancées institutionnelles, les groupes les plus extrémistes au sein du mouvement indépendantiste flamand vont être encore plus frustrés. Ils seront tentés d’utiliser d’autres moyens que la voie gouvernementale. Je ne parle pas d’une dérive violente : dans le contexte belge, je n’y crois pas du tout. Mais ce qui est possible, en tout cas, c’est que l’entrée de la N-VA au gouvernement fédéral finisse par affaiblir le mouvement nationaliste flamand. En général, c’est comme ça que ça se passe. Les mouvements régionalistes qui assument des responsabilités, qui participent au système, ont tendance à en ressortir divisés et affaiblis. Notamment parce que les factions les plus radicales sont frustrées de ne pas obtenir davantage. Il y a certes des contre-exemples : le mouvement républicain irlandais, par exemple, a pu compter sur sa très grande unité. Tant le Sinn Fein que l’IRA et toutes leurs organisations satellites ont accepté les accords du Vendredi saint, établissant un compromis avec Londres. En Corse, le scénario a été très différent, et quand des compromis avec Paris ont été conclus, dans les années 1980, les nationalistes se sont entredéchirés. Résultat : les violences ont continué, mais les nationalistes étaient très affaiblis, et ils n’ont pas pu, ensuite, bénéficier d’une grande assise parmi la population. Or en Flandre aussi, le mouvement nationaliste me paraît très éclaté.

Bizutage au Parlement wallon

Stéphane Tassin, « La Libre Belgique », 18 septembre 2014

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L’ambiance était studieuse et scolaire, mercredi matin, au Parlement wallon. Une quarantaine de personnes (de nouveaux députés et des collaborateurs) avaient répondu à l’invitation du nouveau président de l’Assemblée wallonne, André Antoine, et du greffier, Frédéric Janssens. L’objectif de cette journée : informer ces nouveaux venus du rôle qui sera le leur pour les cinq années à venir.

Le discours inaugural d’André Antoine rappelait aux observateurs combien l’ancien ministre CDH était un brillant orateur lorsque sous la législature arc-en-ciel (1999-2004) il dirigeait avec un certain talent l’opposition d’alors.

Et s’il a tenu à se livrer à cet exercice qui ne restera pas le seul – « Je vous proposerai des séminaires », a-t-il précisé – c’est parce qu’il se remémore avec une émotion amusée, sans doute, son arrivée sur les bancs d’un Parlement où il avait compris qu’il fallait mettre une cravate et la fermer pendant six mois. Celui que l’on appelait à cette époque « bébé Antoine » a donc bien grandi et après deux rounds ministériels en Wallonie dont il n’est pas forcément sorti avec une image aussi bonne que lors de son passage parlementaire dans les travées du Saint-Gilles, le revoilà dans un rôle nouveau. Et l’on pressent déjà qu’il va beaucoup l’aimer. Sans doute moins scolaire que son prédécesseur Ecolo (Patrick Dupriez), André Antoine imprimera indéniablement son style à l’institution.

Il a d’ailleurs invité ses nouveaux collègues à en faire de même en les encourageant à « trouver le bon ton pour ranimer cette flamme de respect dans l’opinion publique » mais également à ne pas battre le record détenu par la précédente assemblée de questions écrites déposées au cours d’une législature : « Certaines n’ont guère d’intérêt, sinon celui de s’afficher au hit-parade de certains médias » . Il espère aussi que certains députés wallons, plutôt MR et plutôt concernés par un éventuel poste de ministre au fédéral, n’abandonneront pas leur rôle de parlementaires. « Nous avons besoin de ce regard critique de l’opposition. »

Après sa conclusion où il a précisé que le Parlement wallon devait s’ouvrir sur le monde, rappelant au passage les quelques excès de certaines missions parlementaires du passé, André Antoine a annoncé que samedi, lors des traditionnels discours des Fêtes de Wallonie, les députés auront encore « l’inconvénient de m’entendre ».

Le « formalisme » parlementaire

La suite fut sans doute moins folichonne pour les personnes présentes puisqu’il leur fut expliqué par les spécialistes du Parlement, les règles en vigueur au sein de l’Assemblée : questions en commission, questions d’actualité, etc. Lors de la pause-café, ce député MR venant en droite ligne des médias s’indignait presque du « formalisme » attaché aux différentes procédures. Espérons pour lui et pour la démocratie du sud du pays que sa motivation récente d’entrer en politique n’en a pas été trop refroidie.

Côté PTB, on regrettait aussi de ne pas pouvoir poser de questions d’actualité lors des séances plénières, deux députés élus ne suffisant pas pour constituer un groupe politique.

Mesdames et messieurs les nouveaux député(e)s, bienvenue chez vous. La rentrée est fixée au 24 septembre.

Plus de 5 000 € nets par mois

Salaire. Quel est le traitement mensuel d’un député wallon ? Le Centre de recherche et d’information socio-politiques (Crisp) a publié ces chiffres en 2011 :

Le parlementaire qui siège à Namur touche chaque mois 5 729 € nets.

Si ce dernier occupe en plus une fonction de vice-président, il touchera 6 245 €.

S’il est chef de groupe, la somme atteint 6 457 €.

Enfin, s’il est autorisé à cumuler sa fonction de député avec celle de bourgmestre, il gagnera alors 7 588 € par mois.