Archives mensuelles : septembre 2014

La Wallonie encore dans le flou face aux risques de délestage électrique

« Le Vif » – Belga, 30 septembre 2014

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Soumis à une batterie de questions des parlementaires sur la prévention du risque de black-out, la mise en oeuvre effective du délestage si celui-ci devait être nécessaire, l’information prodiguée aux pouvoirs locaux, les potentielles conséquences économiques, ou encore les responsabilités qui pourront être dégagées en cas de préjudices, le ministre Furlan a admis la persistance de plusieurs points d’interrogation, tout en soulignant que la matière discutée était une « compétence exclusive du fédéral ».

Une autorité fédérale qui a d’ailleurs pris le « problème (du black-out électrique) à l’envers », a-t-il jugé, en « créant d’abord l’émoi auprès de la population avant de chercher les solutions ». Après avoir rappelé aux élus les grandes lignes du plan élaboré fin août par le gouvernement fédéral et Elia pour éviter toute panne électrique généralisée cet hiver, M. Furlan a indiqué que les trois Régions du pays réfléchissaient pour l’heure à l’élaboration d’un plan de sensibilisation de la population sur les moyens de réduire sa consommation. Cette action de sensibilisation devra toutefois être financée par le fédéral à hauteur de 3,5 millions d’euros, une somme qui semble toutefois ne pas être disponible pour le moment, a indiqué le ministre wallon. Interpellé par plusieurs députés-bourgmestres s’estimant très mal informés par les autorités, M. Furlan a reconnu que l’information qui leur était prodiguée était encore « très fragmentaire », soulignant la responsabilité des gouverneurs de province à cet égard. Tout le volet juridique du dossier n’est pas plus clair, notamment les responsabilités qui devront être supportées en cas de délestage électrique, qu’il s’agisse de dommages causés à des tiers ou de situations de chômage technique notamment.

Le ministre a indiqué aux députés avoir demandé à ses services une note juridique à ce sujet. Il a toutefois insisté sur le caractère relativement limité du délestage redouté. Si le réacteur de Doel 4 reste fermé et que l’hiver n’est pas trop rude, la durée totale de délestage sera de 49 heures pour l’ensemble du pays. Si l’hiver devait être particulièrement rigoureux, on atteindrait alors le 116 heures en cumulé.

Ces explications n’ont pas convaincu l’opposition, Jean-Luc Crucke (MR) reprochant au ministre socialiste de renvoyer la balle vers le fédéral. « Mais si cela se passe mal cet hiver, cela va retomber sur l’ensemble des responsables (politiques). On sera responsable de tout, tous ensemble! », a-t-il averti. « Quand le citoyen n’aura plus de lumière ou de chauffage électrique, il se moquera bien de savoir si c’est la Région ou le fédéral qui est compétent! », a renchéri Frédéric Gillot (PTB). Déplorant n’avoir reçu mardi « aucune réponse » du ministre, M. Crucke a d’ailleurs l’idée de convoquer les responsables d’Elia, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, devant la commission Energie du Parlement wallon. Une idée appuyée mardi par plusieurs élus de la majorité. Philippe Henry (Ecolo) a pour sa part estimé à l’issue du débat que celui-ci n’était pas de nature « à rassurer la population wallonne ».

La Fédération cherche bien 230 millions d’euros

A.C., « La Libre Belgique », 29 septembre 2014

2014-10-02_111408Les comptes budgétaires ne sont pas encore bons à la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB). Le montant à dégager pour l’exercice 2015 sera supérieur aux 140 millions d’euros initialement annoncés. Un ministre nous indiquait dimanche que l’on devrait se situer dans une fourchette approximative de 230 à 240 millions d’euros, même s’ « il s’agit d’un chiffre non avalisé par les négociateurs », comme le déclarait, samedi, le ministre-Président Rudy Demotte (PS). Selon « Le Soir » de samedi, cette forte augmentation s’explique par la révision à la baisse des perspectives de croissance et par des recettes moindres – la dotation liée à l’impôt des personnes physiques se contracte et le calcul du nombre d’élèves s’avère moins favorable que prévu.

Réunions techniques

Le montant précis de l’effort doit donc être « affiné »« On en est toujours aux réunions techniques et aux bilatérales. » Dimanche, sur RTL-TVI, Joëlle Milquet (CDH), ministre de l’Enseignement et de la Culture, soulignait qu’ « on est dans l’incertitude puisqu’on dépend aussi largement du fédéral ». Suivez son regard : si le futur gouvernement « suédois » décide d’un saut d’index, cela diminuera sensiblement la facture de la FWB puisque les salaires des fonctionnaires ne seront pas indexés. Selon une source, le gain est de 77 millions en année pleine. Soit environ 60 millions si le saut a lieu en avril. « Moi, je suis contre le saut d’index parce que c’est contraire au pouvoir d’achat des citoyens », a ajouté Mme Milquet sur RTL. « Mais s’il y en a un, on doit en tenir compte. »

Quant aux mesures qui seront prises, elle s’est voulue rassurante. Par rapport au fédéral ou à la Région wallonne, « on est dans des proportions très raisonnables » puisque le budget total de la Fédération est d’environ dix milliards d’euros. Et « sur une grande masse, vous pouvez faire des choses qui ne se ressentent pas beaucoup mais qui ont un certain rendement ».

Pistes d’économies

En matière d’Enseignement, elle dit vouloir « surtout travailler sur des mesures d’optimalisation, de mutualisation de coûts, de diminution de frais de fonctionnement (…) Un simple exemple – et je vais le faire. Si on crée une centrale d’achats – une seule – pour la négociation de tous les contrats énergétiques de toutes nos écoles, vous voyez la diminution sur les factures que l’on peut faire pour chaque école ! »

Jeudi passé, Rudy Demotte (PS) avait avancé trois autres pistes de réflexion en matière d’économies : diminution du nombre de fonctionnaires dans l’administration par le non-remplacement de départs naturels (gain : 15 millions), diminution des dépenses non obligatoires (15 millions aussi), et gain sur les taux d’intérêt des emprunts de la FWB (11 à 12 millions). Enfin, en matière de Culture, Joëlle Milquet évoquait, dans « La Libre », un effort de 3 % sur un budget total de 300 millions d’euros (soit 9 millions). Verdict pour la mi-octobre au plus tard.

Demotte promet une «rigueur budgétaire raisonnée»

« Le Vif », 27 septembre 20142014-10-02_110453

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), a promis samedi que son gouvernement ferait preuve d’équité et de priorités lors de l’élaboration de son budget 2015, contraint à de nouvelles mesures d’économies.

S’exprimant à l’occasion de la fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles devant un parterre de responsables politiques réunis à l’hôtel de ville de Bruxelles, M. Demotte a fustigé le dogmatisme budgétaire européen qui, selon lui, mène à la dépression sociale et la désespérance sociétale.

Face aux contraintes de la Fédération, son ministre-président francophone a au contraire promis samedi une rigueur budgétaire raisonnée qui ne détournera pas la Fédération de sa volonté de solidarité et de ses ambitions pour l’enseignement, notre première priorité.

Peut-être ne bénéficie-t-il pas des budgets que le coeur est enclin à leur accorder, mais l’équité présidera nos choix dans la recherche de l’efficience, a assuré M. Demotte, pour qui il conviendra demain de mieux affecter chaque centime d’euro dépensé.

L’exercice ne sera pas aisé mais il est inévitable. Non, nécessaire! », a-t-il encore lancé, promettant que celui-ci serait cependant mené dans une logique d’équité et de priorités.

Soulignant l’importance de l’école qui doit retrouver son rôle d’ascenseur social, M. Demotte a aussi insisté samedi sur la nécessité de continuer à soutenir demain la recherche.

Il a également promis que la culture en Fédération Wallonie-Bruxelles ne servira pas de variable d’ajustement budgétaire. Jeudi, devant le Parlement de la Fédération, la ministre de la Culture, Joëlle Milquet (CDH), avait affiché sa volonté de limiter les coupes budgétaires du secteur à moins de 3%.

100 millions en plus à trouver ?

Concernant l’information selon laquelle il allait falloir économiser quelque 240 millions d’euros en 2015, soit une centaine de millions de plus qu’initialement prévu, M. Demotte a indiqué qu’il s’agit d’un chiffre non avalisé par les négociateurs (budgétaires), à son arrivée à l’hôtel de ville de Bruxelles ce matin. Le ministre-président a qualifié le chiffre de 100 millions avancé samedi dans la presse de spéculation, précisant qu’il n’y avait pas encore d’ accord technique au sein de la majorité sur la hauteur de économies à réaliser.

Lors de son installation fin juillet, le nouveau gouvernement PS-CDH avait indiqué vouloir économiser 140 millions d’euros sur le budget 2015 de la Fédération.

Interrogé jeudi soir sur le plateau de la RTBF, M. Demotte avait toutefois annoncé que l’effort serait plus important que celui-là en raison de récents paramètres macro-économiques moins favorables.

Dans son édition de samedi, le quotidien « Le Soir » indiquait que cet effort supplémentaire serait de 90 à 100 millions, portant ainsi les économies à réaliser à 230 ou 240 millions d’euros dès l’an prochain. Ce qui ne serait pas simple, quand on sait que la Fédération affecte 80% de ses dépenses en personnel. Et que trois quarts des moyens disponibles vont à l’enseignement, compétence prioritaire pour la législature, dans laquelle il serait éminemment délicat de sabrer.

Cette mauvaise nouvelle s’expliquerait toujours selon Le Soir par la révision à la baisse des perspectives de croissance, et par des recettes moindres – la dotation liée à l’impôt des personnes physiques se contracte, le calcul du nombre d’élèves s’avère moins favorable que prévu.

Enfin, dans son discours prononcé à l’occasion de ce 27 septembre, le président du Parlement de la Fédération, Jean-Charles Luperto (PS), est lui revenu sur la récente réforme de l’Etat, et la nécessité d’une loyauté fédérale réelle entre les différentes entités, où les majorités politiques seront différentes.

Devant le co-formateur de la majorité suédoise Charles Michel (MR), M. Luperto a notamment appelé le (futur) gouvernement fédéral à respecter pleinement le jeu de nos institutions et préserver un modèle de solidarité entre les entités, entre générations et entre citoyens de ce pays.

Le député-bourgmestre de Sambreville a profité de cette tribune pour décocher une flèche au futur gouvernement « suédois ». Je rappelle que ce beau pays (la Suède) vient de renouer avec ses bases historiques et politiques d’une social-démocratie éclairée (les sociaux démocrates viennent d’y remporter les élections, ndlr).

Et d’ajouter: Parce que moi, lorsque je dis « Suède », je pense à Olof Palme et j’entends les mots « ensemble, solidaires, responsables ». Loin des exclusions ou de la lutte des nantis pour la spéculation et les dérégulations fiscales qui rompent les liens de solidarité et les politiques de justice sociale…

Le président catalan convoque un référendum sur l’indépendance

« Le Soir », 27 septembre 2014

2014-10-02_110011Le président catalan Artur Mas a convoqué samedi pour le 9 novembre un référen-dum sur l’indépendance de cette riche région de l’Espagne, défiant le gouvernement de Madrid qui veut empêcher cette consultation.

Le gouvernement espagnol a prévu de se réunir lundi pour faire appel au Tribunal constitutionnel contre cette consultation qui selon lui viole la Constitution. Cet appel suspendra automatiquement le décret de convocation signé solennellement par Artur Mas au palais de la Generalitat, le gouvernement catalan.

Organiser quand même la consultation serait pour la Catalogne sortir de la légalité, ce qu’Artur Mas s’est engagé à ne pas faire.

« La Catalogne veut s’exprimer, elle veut être écoutée, elle veut voter », a déclaré le dirigeant qui n’a cessé de demander au gouvernement et au Parlement espagnols d’autoriser cette « consultation populaire », comme Londres a autorisé le référendum du 18 septembre au cours duquel l’Ecosse a dit non à l’indépendance.

« Nous voulons voter », a-t-il répété, faisant écho au slogan des indépendantistes qui ont une nouvelle fois manifesté par centaines de milliers à Barcelone le 11 septembre, jour de la Catalogne.

« La Constitution espagnole a un problème »

Sur fond de crise économique, les aspirations à l’indépendance montent en Catalogne, dont les 7,5 millions d’habitants produisent 20 % de la richesse de l’Espagne, depuis qu’elle a vu en 2010 son statut d’autonomie amendé par le Tribunal Constitutionnel, qui lui a notamment retiré la reconnaissance de « nation ».

Quand Madrid a refusé en 2012 d’accorder à la Catalogne plus d’autonomie dans la perception et la gestion des impôts, Artur Mas s’est engagé à organiser cette consultation.

« C’est comme ça que s’expriment les démocraties et que naissant les projets politiques, en votant. C’est la responsabilité de la démocratie de ne pas y faire obstacle », a-t-il proclamé dans la grande galerie du palais gothique de la Generalitat, le gouvernement catalan.

Pour le gouvernement conservateur espagnol comme pour l’opposition socialiste, cette« consultation sans effet contraignant » est un référendum déguisé. Or la Constitution ne permet pas à une région de se prononcer sur son avenir quand il concerne l’ensemble de l’Espagne.

Auprès du gouvernement de Madrid, on explique que la suspension du décret par le Tribunal constitutionnel empêchera les fonctionnaires en Catalogne de participer à l’organisation du scrutin et ôterait toute validité à une consultation qui se tiendrait sans eux.

Dans l’entourage d’Artur Mas, on évoque la convocation de nouvelles élections avec un programme ouvertement indépendantiste au cas où il faudrait renoncer au référendum.

100 millions en plus à trouver pour la Fédération Wallonie-Bruxelles

Belga, 27 septembre 2014

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Le gouvernement de la Communauté française doit trouver de 230 à 240 millions, presque 100 millions de plus que prévu, peut-on lire samedi dans plusieurs journaux. Comme toutes les entités du Royaume, l’institution francophone doit faire ceinture. A la sortie de l’été, on évoquait, pour l’exercice 2015, un effort de 140 millions. Mais selon « Le Soir », les ministres francophones doivent en réalité trouver 90 à 100 millions supplémentaires. Soit, au total, 230 à 240 millions, à dégager sur un budget global de 9,8 milliards.

Pas simple, quand on sait que la Fédération affecte 80% de ses dépenses en personnel. Et que trois quarts des moyens disponibles vont à l’enseignement, compétence prioritaire pour la législature, dans laquelle il serait éminemment délicat de sabrer.

Cette mauvaise nouvelle s’explique par la révision à la baisse des perspectives de croissance, et par des recettes moindres – la dotation liée à l’impôt des personnes physiques se contracte, le calcul du nombre d’élèves s’avère moins favorable que prévu.

Interrogé par le journal « L’Echo » sur les économies à réaliser pour l’exercice 2015, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, n’a pas confirmé le montant des efforts à fournir. Selon lui, les 230 millions évoqués sont « de la spéculation pure ».

La Fédération Wallonie-Bruxelles devra faire plus d’économies que prévu

Véronique Lamquin, « Le Soir », 25 septembre 2014

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Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a démarré son exercice budgétaire. Jusqu’ici, l’effort était évalué à 140 millions mais, jeudi soir, sur le plateau de la RTBF, Rudy Demotte a annoncé que ce chiffre avait dû être revu à la hausse, vu la mauvaise conjoncture. Faut-il dès lors s’attendre à des coupes claires, comme en Flandre ? Le ministre-président a précisé qu’« aucun domaine ne serait épargné ». Pas de secteur immunisé, donc, comme peut l’être le plan Marshall en Wallonie.

Pas question de toucher à l’enseignement

 

Mais, en coulisses, on assure : pas question de toucher aux enseignants, ou aux élèves. Le ministre-président évoque quelques pistes. A commencer par le non-remplacement de fonctionnaires (seul un sur cinq sera remplacé les deux premières années de la législature), ce qui permet d’économiser 3 millions en 2015 (jusqu’à 16 millions en 2019). Ou encore « une gestion plus dynamique de la dette », qui rapporterait 12 millions.

Ainsi que des réductions au niveau de l’enveloppe dite des financements non obligatoires (15 millions sont attendus). Reste, quand même à trouver plus de 100 millions. Les ministres passent, chacun à leur tour, chez André Flahaut, ministre du Budget, pour dégager des pistes d’économies dans leurs départements. L’épure finale doit être rendue le 10 octobre au gouvernement fédéral.

Le gouvernement wallon réclame à ses communes l’équilibre budgétaire dès 2015

« Le Vif » – Belga, 25 septembre 2014

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Le gouvernement wallon a validé jeudi une circulaire du ministre des Pouvoirs locaux, Paul Furlan (PS), réclamant des communes l’équilibre budgétaire à l’exercice propre dès 2015, dans la perspective de leur budget définitif à rendre au 31 décembre.

La circulaire budgétaire présente la même mouture que celle de l’an dernier – qui imposait pour la première fois un nouveau calendrier de confection des budgets communaux afin de respecter le Pacte de stabilité et de croissance conclu entre les Etats membres de l’Union européenne – à une exception près.

Elle impose désormais aux communes d’atteindre l’équilibre budgétaire dès 2015, sans quoi elles doivent présenter un « plan de convergence » détaillant au gouvernement les mesures pour y parvenir au plus tôt, et au maximum pour 2017.

Confronté à une situation budgétaire difficile, le gouvernement wallon s’était engagé, dans sa Déclaration de politique régionale (DPR), à ne pas faire porter la charge de ses propres choix sur les villes et communes, en contrepartie de quoi ces dernières devaient à leur tour s’engager à atteindre l’équilibre budgétaire.

Geert Bourgeois versus Paul Magnette

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Paul Magnette, on le sait, ne veut pas entendre parler de la N-VA. Pourtant, sous la conduite du ministre-président Geert Bourgeois (N-VA), le gouvernement flamand a pris les mesures nécessaires de façon à atteindre, pour la cinquième année consécutive, l’équilibre budgétaire. Le gouvernement wallon, lui, a repoussé 2014-09-23_213249l’échéance à… 2017 !

Dans le même temps, le cabinet d’études économiques Graydon révèle que 20.248 PME ont démarré en Flandre au cours du premier semestre 2014, soit une hausse de 2,14% par rapport à la même période en 2013.  La Wallonie, quant à elle, affiche un recul de 11,2%, avec la création de 9.859 entreprises.

Chaque fois que de mauvais chiffres touchent la Wallonie, le commentaire de la ministre-présidence (socialiste depuis tant d’années !) est identique : il faut nuancer…

On ne compte plus les plans de redressement  wallons qui ont été adoptés en une dizaine d’années. Tout cela pour connaître aujourd’hui un taux de chômage de 16% et une dette que la Cour des comptes estime à 11,2 milliards d’euros (certains experts avancent en privé un chiffre bien plus élevé).

Geert Bourgeois reconnaît que la voie empruntée par son gouvernement n’est pas la plus facile. Mais, comme il le précise, le choix de ne pas générer de nouvelles dettes, mais bien d’investir, est le seul à être juste. C’est un choix pour l’avenir.

Qu’attend donc Paul Magnette pour suivre l’exemple et s’attaquer à l’hypertrophie politico-administrative dont souffre la Wallonie ? (1) Ce n’est qu’en réduisant significativement la dépense publique et en misant  sur un réseau dense de PME dynamiques et innovantes que la croissance pourra renaître.

La Flandre a bien compris cela, elle qui enregistre 80% des exportations belges !

Il est bien difficile, pour la gauche, d’admettre que « patron » ne rime pas forcément avec « fripon » (entendez profiteur). On le constate en France, avec la contestation que rencontre le Premier ministre socialiste Manuel Valls depuis qu’il s’est écrié j’aime l’entreprise !

Le courage politique et le sens des responsabilités  n’imposent-ils pas aujourd’hui de rompre avec les vieux tabous idéologiques qui n’engendrent que la chamaille stérile et paralysante ?

(1) Dernièrement, « L’Echo » proposait une interview de Pascale Delcomminette, la nouvelle patronne de WBI (Wallonie-Bruxelles International) et de l’Awex (Agence wallonne à l’Exportation), précisant que l’intéressée disposait de plus de 750 agents !

Jules Gheude

De l’Ecosse à la Flandre

Nous reproduisons ici la version intégrale de la tribune de Jules Gheude, que «L’Echo» du 23 septembre 2014 a publiée sous une forme quelque peu raccourcie.

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

 (http://www.lecho.be/agora/analyse/De_l_Ecosse_a_la_Flandre.9547859-2338.art)

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L’organisation du référendum écossais sur l’indépendance a donné lieu à des comparaisons avec ce qui se passe en Catalogne et en Flandre.

Les situations, d’une région à l’autre, sont cependant bien différentes. De même, le système fédéral présente de multiples variantes et est appliqué dans des pays présentant, chacun, des évolutions historiques distinctes.

Au 16ème siècle, la population flamande est répartie sur le comté de Flandre et le duché de Brabant, tous deux placés sous la couronne lointaine de Philippe II d’Espagne.

Celui-ci entend ramener dans le giron de l’Eglise catholique ses territoires « d’en haut » (non seulement la Flandre et le Brabant, mais aussi la Zélande, la Hollande, …), largement acquis à la réforme calviniste et qui se sont soulevés contre son autorité. La répression sera cruelle. On connaît ces mots du duc d’Albe : Il vaut infiniment mieux conserver par la guerre pour Dieu et pour le Roi un royaume appauvri et même ruiné que, sans la guerre, l’avoir entier pour le démon et les hérétiques, ses sectateurs.

Siège des Etats généraux des révoltés, Anvers tombera en 1582. Ruiné par le désastre de l’Invincible Armada, expédition dirigée contre Elisabeth Ire d’Angleterre, Philippe II dut finalement renoncer à la reconquête de ses provinces au nord d’Anvers, lesquelles purent s’ériger en « Provinces-Unies », préfiguration des Pays-Bas actuels.

Les persécutions religieuses auront donc arraché les Flamands à leur destin naturel. Anvers aurait pu devenir la capitale des Pays-Bas. Tandis que la langue néerlandaise va pouvoir s’épanouir dans les Provinces-Unies, grâce à la traduction de la Bible, la Flandre, poursuivie par la redoutable Inquisition, se morcelle en patois locaux.

La formation des Etats n’a rien de glorieux. Elle n’émane pas de la volonté des populations mais résulte de conflits sanglants et de mariages princiers. Dans « L’Oeuvre au noir », Marguerite Yourcenar a cette phrase magnifique : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.

On peut parler de « Nations » lorsqu’au fil du temps, un sentiment d’appartenance collective finit par souder les populations concernées. C’est le fameux plébiscite de tous les jours, dont parlait Ernest Renan et qui, dans certains pays de l’Union européenne, est aujourd’hui écorné par l’affirmation du sentiment identitaire de diverses régions. Il y a deux ans, le Parlement flamand a adopté, à l’unanimité de ses membres, cette « Charte pour la Flandre », dont le préambule parle expressément de « nation ». On est ici clairement vlaamsvoelend, avant d’être démocrate-chrétien, libéral ou socialiste.

Dans une récente tribune de l’hebdomadaire « Knack », Ludo Abicht, philosophe flamand et membre du Gravensteengroep, explique que l’on peut tout à fait être de gauche et flamingant.

La « nation flamande » est née d’une longue lutte d’émancipation à tous les niveaux : linguistique, culturel, social et politique.  Rien de régressif ni de conservateur dans tous ces efforts visant à s’affranchir d’un cadre étatique mal ficelé, à rectifier les bévues de ce que l’ancien Premier ministre Yves Leterme a qualifié d’accident de l’histoire.

Lors de sa dernière conférence de presse, le président français François Hollande n’a pas été bien inspiré en suggérant qu’avec la N-VA, premier parti de Flandre avec plus de 32%, l’extrême droite était également présente en Belgique, d’une autre façon.

Si la formation de Bart De Wever n’était pas démocratique, respectueuse des institutions, Yves Leterme ne l’aurait pas associée en cartel au CD&V en 2004 et les démocrates-chrétiens n’auraient pas choisi de gérer avec elle la Flandre pour la seconde fois consécutive ni de s’embarquer avec elle dans les négociations pour la constitution d’une coalition fédérale « suédoise ».

La vérité, c’est que, comme l’a souligné récemment l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck, la relation entre le nationalisme et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Le président Hollande a-t-il oublié qu’en 2011, la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé deux de ses membres, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, de se rendre en Belgique afin de s’informer de la situation intérieure du pays ? Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend sa viabilité de moins en moins probable. La France n’ignore donc pas qu’un phénomène de balkanisation est en train de se dessiner à sa frontière nord.

A l’occasion des Fêtes de Wallonie, André Antoine, le nouveau président du Parlement wallon, a insisté sur le respect de la loyauté fédérale.

Mais, pour la Flandre, le fédéralisme a depuis longtemps atteint ses limites, pour reprendre une autre expression d’Yves Leterme. Dès le début des années 1990, le ministre-président flamand CD&V Luc Van den Brande prônait ce confédéralisme en faveur duquel le Parlement flamand s’est nettement prononcé en 1999 (les fameuses résolutions snobées à l’époque par les responsables francophones !).

La stratégie de la Flandre, nous l’avons souvent écrit, n’est pas celle de la révolution violente. Il s’agit d’atteindre l’objectif final – l’indépendance –  stap voor stap, pas à pas.2014-09-23_215003

Le jour où le Parlement flamand sera constitué d’une majorité absolue de représentants nationalistes, qui pourrait l’empêcher, fort de sa légitimité démocratique, de proclamer l’indépendance de la Flandre ?

Une Flandre qui serait prospère – création de 20.248 PME au cours du premier semestre 2014 (+ 2,14%) contre 9.859 en 2013-06-14_192313Wallonie (- 11,2%) -, ouverte sur le monde, et n’aurait aucune peine à se faire reconnaître sur le plan européen et international. Nous sommes prêts à en faire le pari.

 (1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013. A sortir prochainement : « François Perin – L’œuvre écrite ».