Belgique : chronique d’une implosion annoncée

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FIGAROVOX/ANALYSE – Dans une Belgique en voie de balkanisation, les partisans d’une Flandre souveraine et indépendante sont de plus en plus nombreux. L’essayiste Jules Gheude explique pourquoi la scission du pays est inéluctable.

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Jules Gheude est essayiste politique. Dernier ouvrage paru: «Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique», préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.


Si elle n’ignore pas que la coexistence entre Flamands et Wallons est malaisée, l’opinion française n’a pas conscience de la balkanisation qui se développe à sa frontière nord.

Pour elle, qui a tendance à considérer l’Etat-Nation, comme un phénomène universel, il est impensable que la Belgique puisse disparaître. Elle est un Etat, et donc forcément une Nation.

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La réalité est toutefois bien différente.

Depuis la démission du gouver-nement Leterme en 2010, la Belgique détient le record mondial du pays resté le plus longtemps (541 jours!) sans gouvernement de plein exercice.

Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française ait jugé opportun, en 2011, de charger deux de ses membres de se rendre en Belgique afin de s’informer sur la situation intérieure du pays, est tout à fait significatif. Le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Au traditionnel clivage politique, qui distingue nettement la Flandre (à droite) de la Wallonie (à gauche), s’ajoute le désir majoritairement exprimé en Flandre depuis 1999 d’aller vers un système confédéral, dont les francophones ne veulent pas entendre parler, y voyant l’antichambre du séparatisme.

Constituer, dans ces conditions, un gouvernement relève de la quadrature du cercle.

Le scrutin législatif, qui s’est tenu le 25 mai dernier, a confirmé la poussée du parti nationaliste flamand, la N-VA, devenue le premier parti du pays avec plus de 32% des voix. Ses statuts sont clairs: l’émergence, à terme, d’un Etat flamand souverain.

Mais Bart De Wever, son leader, agit toutefois en parfait pragmatique. Il ne veut pas brusquer les choses via un processus révolutionnaire qui risquerait d’être mal perçu sur la scène internationale. Il opte donc pour la stratégie prudente du pas à pas, convaincu que le tissu belge finira par tomber en lambeaux.

Des négociations sont actuellement en cours pour former une coalition de centre-droit, associant, du côté flamand, les nationalistes, les démocrates-chrétiens et les libéraux, et, du côté francophone, les seuls libéraux. Il faut savoir qu’en Belgique, les partis sont divisés en ailes linguistiques.

Cette coalition devrait accorder la priorité au redressement économique, tout en mettant en œuvre la 6ème réforme fédérale de l’Etat, adoptée sous le gouvernement précédent mais dont on sait déjà que la Flandre ne se satisfera pas.

Au cours des dernières décennies, la Flandre a tout fait pour assurer son homogénéité territoriale et linguistique. Il y a deux ans, son Parlement a adopté unanimement une Charte dont le préambule reprend expressément le terme «nation».

Ancien constitutionnaliste de l’Université de Liège et l’une des grandes figures du Mouvement wallon durant la seconde moitié du XXe siècle, François Perin comprit très vite que l’évolution des choses mènerait, à terme, au blocage et à l’implosion du Royaume. Et d’imaginer, vingt-trois ans avant le fameux docu-fiction «Bye-bye Belgium» de la RTBF (2006), la manière dont la Flandre, forte désormais de sa légitimité démocratique, pourrait proclamer unilatéralement son indépendance.

Aujourd’hui, force est de constater que la fiction a largement rejoint la réalité.

La scission apparaît de plus en plus inéluctable, mais les responsables francophones se refusent à l’admettre. Ils s’accrochent avec l’énergie du désespoir à cette Belgique que l’ancien Premier ministre démocrate-flamand Yves Leterme a lui-même qualifiée d’accident de l’histoire et qui, selon l’ancien président des libéraux flamands, Karel De Gucht, est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer.

Ne souhaitant pas que les Wallons se retrouvent, le moment donné, contraints de réagir dans la précipitation et l’urgence, j’ai mis sur pied, en 2009, l’initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Parmi les trois scénarios post-belges qui ont été analysés (un Etat wallon indépendant ; une Belgique résiduelle Wallonie-Bruxelles ; l’union-intégration à la France), seul le dernier s’est avéré réaliste et crédible. .

Plusieurs personnalités françaises (de Jean-Pierre Chevènement à Jacques Attali, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Myard, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) se sont d’ailleurs prononcées dans ce sens, rejoignant ainsi le général de Gaulle, qui avait déclaré au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain: «Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité».

Il sera, en tout cas, intéressant de suivre le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui se tiendra en septembre prochain. S’il s’avérait positif, nul doute qu’il pourrait accélérer le tempo flamand.