Archives mensuelles : août 2014

Belgique : entre mythe et réalité

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Après avoir exercé l’intégralité d’une Présidence européenne avec un gouvernement en affaires courantes, voici que la Belgique est montrée du doigt pour être le seul Etat-membre à ne pas avoir encore désigné son (sa) candidat(e) au poste de Commissaire européen.

Ainsi, ce pays qui compte parmi les Etats-fondateurs de la construction européenne et dont la capitale abrite le siège des institutions, se retrouve aujourd’hui accusé par le président de la Commission, Jean-Claude Juncker,  de  « paralyser »  la machine !

Le constat est sans appel : depuis 2007, la Belgique se traîne, incapable, après chaque élection, de constituer un gouvernement dans un délai « raisonnable ». Faut-il rappeler le record mondial des 541 jours atteint en 2012 ?

Ceci révèle à suffisance l’état de déliquescence dans lequel se trouve ce Royaume, dont nombreux furent ceux, lors de sa constitution, à douter sérieusement de sa viabilité.

Union contre nature imposée par la diplomatie européenne pour se prémunir contre la France, la Belgique fut bel et bien un « accident de l’histoire », pour reprendre la formule utilisée par l’ancien Premier ministre Yves Leterme.

Les mariages de raison « historiques » tiennent rarement le coup : les exemples de l’Autriche-Hongrie, de la Tchécoslovaquie et, plus récemment, de la Serbie-Monténégro sont là pour nous le rappeler.

Dans « L’Oeuvre au noir », Marguerite Yourcenar a cette phrase sublime : « Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats ».

Mais il ne suffit pas de rassembler des populations au gré de guerres sanglantes et de mariages princiers pour engendrer ce sentiment d’appartenance collective qui caractérise une Nation.

En dépit de tous les efforts consentis pour tenter d’aboutir à la cohabitation paisible et harmonieuse des populations flamande et wallonne, force est de constater que l’écart entre celles-ci n’a cessé de se creuser pour former ce que Bart De Wever appelle « deux démocraties ».

Il faut avoir étudié avec soin l’histoire du Mouvement flamand (mais combien de francophones la connaissent-ils vraiment ?) pour saisir que le nationalisme flamand est un phénomène bien réel et irréversible.

« L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours », déclarait Ernest Renan. Cette définition a-t-elle jamais pu s’appliquer aux Belges ?

On sait comment des historiens tels que Henri Pirenne et Godefroid Kurth ont « interprété » l’histoire en accompagnant la relation des faits de commentaires destinés à dégager du passé le plus lointain le mirage patriotique de la Nation belge.

Alors que l’on commémore le centenaire de la Première Guerre mondiale, il n’est pas sans intérêt de relire l’ouvrage de Jacques Willequet, « Albert Ier, roi des Belges ». On y apprend que le roi ne partageait nullement la volonté radicale de Paris et de Londres d’écraser totalement l’Allemagne et de la réduire à merci.

Ce n’est que lorsque l’effondrement de l’Allemagne apparut inéluctable qu’il changea d’attitude dans le but d’être du côté des vainqueurs au premier rang et de donner l’impression de reconquérir les territoires à la tête de l’armée belge. En réalité, le maréchal Foch lui avait confié un corps d’armée hétérogène composé de l’armée belge, d’un corps d’armée britannique et deux corps d’armée français.

Après l’armistice, Albert demanda directement à Foch de dissoudre ce groupe anglo-franco-belge, pour paraître à la tête de la seule armée belge. La rentrée triomphale à Bruxelles devait avoir lieu avec le roi et l’armée belge seule, à l’exclusion des alliés.

Le roi vint jusqu’à regretter la date d’armistice du 11 novembre, qui lui arrachait la victoire des mains. Il aurait voulu entrer en combattant-vainqueur à Gand et à Bruxelles. Or, il n’entrait que sur les talons d’un ennemi qui avait mis bas les armes.

Le souci constant d’Albert Ier fut de garder le maximum d’indépendance à l’égard des Alliés et spécialement de la France. Comme l’écrit Jacques Willequet : « Paradoxalement, alors que les populations fraternisaient encore dans l’ivresse de la victoire, quai d’Orsay et rue de la Loi se trouvaient à couteaux tirés. »

Et François Perin de constater dans son « Histoire d’une nation introuvable », en 1988 : « Le roi Albert Ier n’aimait guère sa popularité ; il la jugeait fondée sur des mauvaises raisons et, en tout état de cause, fragile et aléatoire. Il servit cependant, à son corps défendant, d’image d’Epinal – le Roi-Chevalier ! – incarnant, en héros guerrier, la Nation et la Patrie. La Nation belge, née de la guerre et de la victoire des Alliés, avait inventé, pour s’exalter, un personnage de légende. »

Après la guerre, il ne fallut pas longtemps pour s’apercevoir que, toujours selon François Perin, « la Nation réelle (…), c’était les partis politiques. »

Albert Ier n’était pas dupe. Dans une lettre écrite à sa sœur, il avoue :

« Mon trône est serré entre les éléments conservateurs anti-étatistes, les éléments flamingants anti-dynastiques et anti-belges, les éléments démagogiques d’un certain catholicisme (…). Je n’ai plus pour me soutenir que le socialisme qui est national, donc partisan de l’unité belge et étatiste, trois conditions qui le rendent solidaires de la dynastie. »

Au cours des deux conflits mondiaux, il y eut collaboration en Wallonie comme en Flandre, mais pour des motifs totalement différents. La collaboration, si elle marqua le Mouvement flamand, épargna le Mouvement wallon.

En mai 1983, l’hebdomadaire « Knack » consacra, sous la plume d’Herman Todts, une série d’articles consacrés à la Flandre des années 1940-1980. Le premier paragraphe est tout à fait limpide :

« Au début, il y eut la guerre, la collaboration et la répression. Aucune chronique politique sur la Flandre contemporaine n’est possible sans un regard en arrière – ne serait-ce qu’à titre d’introduction – vers cette période troublée. Pratiquement toute la génération politique qui jouit du pouvoir et de la notoriété dans la Flandre actuelle, a dû confronter ses actes et ses idées aux événements d’il y a près d’un demi-siècle ».

Cette problématique constitue l’une des incompréhensions majeures entre la Flandre et la Wallonie.

On ne compte pas, au fil des années, le nombre de propositions flamandes visant à instaurer l’amnistie pour les anciens collaborateurs.

Aujourd’hui encore, Bruno De Wever, l’historien de l’Université de Gand et frère de Bart, déclare au « Standaard » :

« Si la N-VA monte au gouvernement fédéral, je n’exclus pas un geste de réhabilitation symbolique. Pas l’amnistie mais un geste symbolique »…

Jules GHEUDE

Le référendum écossais sur l’indépendance

2014-08-30_101009Le référendum écossais sur l’indépendance se tiendra le 18 septembre prochain.

Sur base des conversations qu’il a pu avoir avec d’autres pays de l’UE, Ruairi Quinn, homme politique irlandais, rapporte que l’Espagne et la Belgique mettraient leur veto à l’adhésion de l’Ecosse à l’Union européenne :

Un tel développement politique ne ferait qu’encourager la Catalogne et le Pays Basque à faire de l’agitation pour réclamer la sécession de l’Espagne.

La Belgique, un royaume fédéral qui a deux régions distinctes, la Flandre et la Wallonie, est extrêmement inquiète qu’un précédent écossais encourage la région désormais très riche de la Flandre à faire sécession du royaume. Cela appauvrirait la Belgique. 

Qui peut vraiment imaginer que l’Ecosse, cette véritable nation qui fut amenée à tenir, durant des siècles, un rôle majeur et qui jouerait bien mieux le jeu européen que Londres, se retrouverait marginalisée, alors que l’on a accepté l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Croatie ? Ce serait vraiment le monde à l’envers ! Mais dans le Loch Ness, Nessie a plus d’un tour dans son sac…

J. Gh.

Réduire à 200 les tués sur la route

« Le Soir » du 29 août 2014

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Le gouvernement wallon s’est fixé l’objectif de ne pas dépasser les nombre de 200 tués sur les routes wallonnes d’ici 2020, a déclaré  le ministre de la Sécurité routière, Maxime Prévot, lors de la présentation

D’une nouvelle campagne de sécurité routière.

Entre 2009 et 2013, le nombre de morts sur les routes wallonnes a diminué de 27%, passant de 434 à 316. Cette diminution est due notamment aux 1.012 radars installés, soit trois fois plus qu’il y a cinq ans.

Le déficit budgétaire d’1,3 milliard au cœur de la rentrée du gouvernement wallon

Belga, 28 août 2014

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La première séance du gouvernement wallon a réuni les huit nouveaux ministres jeudi matin dans un  « climat cordial, constructif mais très sérieux », a souligné le ministre-président Paul Magnette.

Le conclave budgétaire a été fixé les 2 et 3 octobre. Le gouvernement wallon devra affronter un déficit d’environ 1,3 milliard, soit 10% du budget total de 13,5 milliards. « Il n’a jamais été question d’austérité, mais de rigueur et de qualité budgétaire, c’est-à-dire d’efforts de rationalisation de certaines dépenses. Comme indiqué dans la déclaration de politique régionale, le plan Marshall et les pôles de compétitivité seront protégés », a précisé le ministre wallon du Budget, Christophe Lacroix.

Un retour à l’équilibre est prévu d’ici 2017. « Il revient à chaque niveau de pouvoir de déterminer son rythme en fonction de ses moyens et de ses responsabilités pour ne pas casser le pouvoir d’achat, ni la cadence économique. Il s’agit de lisser dans le temps les efforts sans créer d’austérité », a déclaré Paul Magnette, ajoutant que le gouvernement devra rendre sa copie au comité de concertation et à l’Europe le 15 octobre.

Le dossier urgent des producteurs de pommes et de poires, victimes de l’embargo russe, était également sur la table du gouvernement qui a annoncé sa volonté de relayer les inquiétudes du secteur auprès de l’Union européenne.

Les pluies torrentielles du 29 juillet dernier dans le Brabant wallon et en province du Luxembourg ont été reconnues comme calamités.

Francis Delpérée, Anne Demelenne et les autres…

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Ce 25 août, il y aura trois mois que les électeurs belges se sont rendus aux urnes pour indiquer comment ils concevaient la gestion de l’Etat central et des entités fédérées au cours des cinq prochaines années.

PS et CDH se sont aussitôt engagés pour assurer la gouvernance de la Wallonie, écartant ainsi, sans la moindre négociation, le partenaire réformateur, qui était pourtant le seul à avoir progressé.

La décision ne calque donc ici pas la volonté populaire, mais découle directement des effets pervers de l’oligarchie partisane.

En Flandre, le fait que la N-VA et le CD&V aient choisi de s’allier avec l’Open VLD reflète parfaitement le souhait émis par l’électorat : celui d’une gestion de centre-droit.

Cela étant, le fait que les Régions soient déjà en état de fonctionner, a de quoi rassurer En effet, si, dans un avenir plus ou moins proche, la formation d’un gouvernement fédéral devait s’avérer impossible, l’implosion du pays ne se ferait pas dans le chaos.

Au moment où nous écrivons ces lignes, les coformateurs Charles Michel (MR) et Kris Peeters (CD&V) tentent de mettre sur pied une coalition « suédoise » de centre-droit. Et le sénateur Francis Delpérée de stigmatiser une telle formule qui n’intègre, du côté francophone, que le seul MR.

Lui qui se plaît à souligner ce déséquilibre, s’est-il offusqué de ce que la Flandre se trouvait minorisée au sein du gouvernement Di Rupo ? N’a-t-il pas également utilisé un qualificatif inconvenant pour désigner la N-VA, dont tous les politologues flamands reconnaissent pourtant qu’elle s’inscrit dans un processus tout à fait démocratique ? N’a-t-il pas enfin applaudi lorsque son président de parti, Benoît Lutgen, s’est empressé de décliner l’invitation de l’informateur Bart De Wever, sans même prendre la peine de discuter la note de ce dernier, qui ne comportait pourtant aucun élément de nature communautaire ?

M. Delpérée est aussi celui qui qualifia un jour le confédéralisme de « fédéralisme des cons ». Le parfait démocrate qu’il se prétend être, refuse donc de prendre en considération l’évolution qui se dessine au Nord du pays depuis le début des années 90, lorsque le ministre-président flamand  de l’époque, le CVP Luc Van den Brande, lança son idée confédéraliste. Idée qui fut adoptée, en 1999, par le Parlement flamand sous la forme des résolutions que l’on sait : création de deux Etats, Flandre et Wallonie, et cogestion de Bruxelles.

M. Delpérée a-t-il oublié que « sa » famille politique fut la première formation dite traditionnelle à se scinder au lendemain de l’affaire de Louvain, en 1968 ? Ignore-t-il ces propos tenus en 2007 par Wouter Beke, l’actuel président du CD&V : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend ? (…) Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, ils n’auront d’autre choix que l’indépendance. » ?

M. Delpérée ne se rappelle-t-il pas le cartel CD&V/N-VA, porté sur les fonts baptismaux par l’ancien Premier ministre démocrate-chrétien Yves Leterme, en 2004 ? Un cartel que l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck n’exclut pas de voir renaître un jour, car, précise-t-il, « la relation entre le nationalisme et la démocratie-chrétienne fait partie de l’ADN flamand ».

Le fait que son parti apparaisse comme « scotché » au PS ne semble pas perturber M. Delpérée. N’a-t-il vraiment pas conscience que toutes ces années de ministre-présidence socialiste ininterrompue ont mené la Région wallonne à la situation extrêmement précaire qu’elle connaît aujourd’hui : une hypertrophie politico-administrative, un taux de chômage de 16% et une dette de plus de 11 milliards d’euros ?  Il devrait savoir qu’en démocratie, le principe de l’alternance ne peut être que sain et salutaire. Car c’est bien la manière de gérer la Wallonie depuis des décennies qui a amené la Flandre à se montrer méfiante et à remettre en cause le principe de la solidarité !

Le CDH dit tenir par-dessus tout à la Belgique. S’il avait accepté la proposition de Bart De Wever, il aurait permis la mise sur pied rapide d’un gouvernement soucieux d’engager le pays dans une politique rigoureuse de redressement. Une politique s’attelant enfin à réduire une dette de 400 milliards d’euros, qui excède le PIB.

Comment peut-on espérer retrouver la croissance sans réduction drastique des dépenses publiques et sans prendre les mesures appropriées qui redonneront confiance aux petites et moyennes entreprises pour investir et, partant, créer de l’emploi ?

La thérapie ne sera certes pas indolore. Il en va ainsi chaque fois que l’on tarde à s’attaquer à un mal profond.

Il est vrai que pour la gauche, « patron » rimera toujours avec « poltron ». L’avertissement que vient d’adresser Anne Demelenne aux négociateurs de la « suédoise » est clair : « On sera dans un enfer social et comme d’habitude, la FGTB jouera son rôle de contre-pouvoir. »  En 1980, à l’occasion de sa démission de la fonction sénatoriale, François Perin avait pointé du doigt ces « groupes syndicaux de toutes natures, intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs finalement de toute capacité de l’Etat de réformer quoi que ce soir en profondeur ».Certes, chacun est libre d’adopter l’attitude du serpent qui se mord la queue. Mais de là à brandir la menace de la rue quand on ne tire pas sa légitimité du suffrage universel et qu’on ne dispose pas de la responsabilité juridique ! Et le CDH ne pourra que se montrer solidaire de ce mouvement suicidaire.

Mais il est un autre mal belge, lui aussi incurable et irréversible : la Flandre est devenue une Nation. Une majorité démocratique finira bien par l’amener à larguer les amarres pour s’ériger en Etat souverain. Ce jour-là, le docteur Delpérée ne pourra que reconnaître son impuissance. Et que représentera encore alors le CDH sur l’échiquier politique ?

(1) Dernier livre paru « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon petit Editeur, 2013.

Carlo Di Antonio (CDH): «Une consigne de 10 centimes par canette, c’est suffisant»

T.J., « Le Soir », 19 août 2014

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Carlo Di Antonio, ministre wallon de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal, était l’invité politique de Bel-RTL ce matin. D’emblée il a reconnu que c’était « vrai » que la Wallonie était une des régions les plus sales d’Europe.

Il s’est attardé sur « son » plan propreté. Il s’agit de mesures concrètes qui devraient être prises dès septembre. « Je me donne deux ans », a-t-il précisé. Il a lancé quelques idées. « Consigner les canettes, les bouteilles PMC, agir sur les emballages plastiques… ».

Puis il a détaillé son propos concernant la consigne des canettes. « L’idée de la cannette est simple. Elle est d’ailleurs en place dans d’autres pays en Europe ou dans le monde. C’est une consigne de quelques centimes, je pense que 10 centimes est suffisant, et on récupère ces 10 centimes lorsque la canette retourne dans le circuit. Il faut étudier avec le secteur la manière de faire. Le plus souvent ce sont des machines qui collectent ces canettes, les compactent, les broient et les remettent dans le circuit. »

La nouvelle tarification de l’électricité, une priorité pour Paul Furlan

Le Vif / Belga, 18 août 2014

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Le nouveau ministre wallon de l’Énergie Paul Furlan a annoncé lundi sur La Première (RTBF) qu’il ferait de la simplification de la tarification progressive de l’électricité son chantier prioritaire de la rentrée politique.

Il rencontrera dès la semaine prochaine les opérateurs, pour venir « très vite » sur la table du gouvernement et du parlement avec un nouveau système.

La tarification progressive de l’électricité devait inverser à partir du 1er janvier prochain le principe actuel faisant bénéficier les plus gros consommateurs d’un tarif dégressif.

Sa mise en œuvre avait été jugée impraticable par les opérateurs et le régulateur wallon (CWaPE), après que le projet d’arrêté initial du précédent ministre Jean-Marc Nollet (Ecolo) eut été considérablement compliqué afin de prendre en compte les sensibilités des trois partenaires de l’Olivier (PS, Ecolo, cdH), reflétées dans son appellation: tarification « progressive, solidaire et familiale » (TPSF).

« Avec Ecolo, il y a eu un divorce entre le citoyen et l’énergie renouvelable », a jugé Paul Furlan, qui assure avoir attiré l’attention à plusieurs reprises sur cette impossible mise en œuvre de la TPSF.

Quant aux objectifs wallons de production d’énergie renouvelable, « trop ambitieux et dogmatiques » selon M. Furlan, ils devront refléter un juste équilibre entre les coûts et les droits du citoyen et ceux des pouvoirs publics. Il compte donc les revoir à la baisse pour les aligner sur les objectifs européens.

Pas de stop éolien toutefois: « il ne serait pas raisonnable de dire que demain, on ne produira pas d’énergie renouvelable ».

Concernant le soutien à l’installation de panneaux photovoltaïques, le ministre juge que le système Qualiwatt mis en place par précédent gouvernement laisse une rentabilité raisonnable, mais n’exclut pas des modifications « à la marge », après consultation du secteur.

Celui qui est aussi devenu le nouveau ministre wallon du Logement compte préserver le bonus logement des contrats déjà signés, comme le prévoit la Déclaration de politique régionale (DPR). « Ce n’est pas comme dans le photovoltaïque: on ne touche pas aux droits acquis », a-t-il lancé.

Le bonus logement, avantage fiscal sur certains emprunts hypothécaires hérité du fédéral via la 6e réforme de l’État, coûte un peu plus de 540 millions au budget wallon pour près de 24.000 ménages concernés aujourd’hui, selon Paul Furlan.

Dès lors, dans une Région wallonne confrontée aux difficultés budgétaires, pour les contrats futurs, « on orientera à la marge le système pour permettre l’accès à la propriété là où c’est le plus nécessaire », c’est-à-dire au bénéfice « des plus fragilisés et des jeunes ménages ». « Mais pour certaines tranches de revenus, il y a un effet d’aubaine difficilement contestable », estime le ministre, sous-entendant que ces tranches n’en bénéficieront plus.

Dans ses compétences de Pouvoirs locaux, Paul Furlan prédit des débats agités au parlement concernant la possibilité offerte dans la DPR aux communes et CPAS de fusionner sur base volontaire. Il estime que les communes plus rurales seront davantage tentées de le faire que les grandes communes, en cette période de « vaches maigres ».

Un rattachement en douceur de la Wallonie à la France

Nous reproduisons ici la tribune de Jules Gheude, parue dans « L’Echo » du 12 août 2014.  Il répond aux principales questions  qui lui ont été adressées suite à la publication de son article « Belgique : chronique d’une mort annoncée » sur le site du « Figaro ».

http://www.lecho.be/debats/analyse/Un_rattachement_en_douceur_de_la_Wallonie_a_la_France.9533083-2338.art

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Jules Gheude, essayiste politique (1)

Ma tribune dans «Le Figaro»: Belgique: chronique d’une mort annoncée, dont «L’Echo» et «Le Soir» se sont fait l’écho, a suscité de nombreuses réactions.

Plusieurs lecteurs se demandent pourquoi la France, dont la situation économique et financière est loin d’être brillante, « s’encombrerait » d’une Wallonie qui peine à se redresser.

En 2008, l’économiste français Jacques Attali écrivait sur son blog : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait (…) C’est un beau débat. Qu’il commence !

Avec la Wallonie, en effet,  la France gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui  lui permettrait de réduire sensiblement son différentiel avec l’Allemagne et d’augmenter ses droits de vote dans les institutions européennes. La Wallonie occupe, en outre, en Europe, une position géographique stratégique. Ses ressources naturelles, ses voies navigables, ainsi que ses infrastructures autoroutières, ferroviaires et aéroportuaires constituent des atouts importants. Sans oublier la richesse de sa création culturelle et artistique, ses entreprises de pointe, sa main d’œuvre qualifiée, ses chercheurs, ses universités et hautes écoles… La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides !

D’autres lecteurs me rétorquent : Encore faut-il que les Français soient d’accord !

Il est exact que cela devrait faire l’objet d’un double référendum, en France et en Wallonie

Un sondage Ifop, réalisé pour « France Soir » en juin 2010 indiquait que 66% des Français étaient favorables à un rattachement de la Wallonie en cas d’éclatement du Royaume. Le taux atteignait même 75% pour les habitants des régions frontalières (Nord, Pas-de-Calais, Ardennes et Meuse).

Pur ce qui est de la Wallonie, je renvoie à ce sondage du « Soir » qui révélait, en 2009, qu’un Wallon sur deux opterait pour le scénario réunioniste si la Belgique venait à se scinder.

D’autres lecteurs s’interrogent quant au partage de la dette belge, y voyant un obstacle fondamental.

En prenant le PIB comme critère du partage de la dette, hypothèse optimiste, Jules Gazon, professeur d’économie émérite de l’Université de Liège, a fait les calculs pour 2010. La dette de l’Etat belge s’élevait alors à quelque 342 milliards d’euros. Pour rappel, on se dirige aujourd’hui vers les 400 milliards. En 2010 donc, Jules Gazon obtenait, pour la Wallonie, un solde net à financer de 9,074 milliards, soit environ 22% des dépenses publiques wallonnes. Ceci en considérant implicitement  que le taux d’intérêt appliqué à la dette wallonne était celui appliqué à la dette belge, soit en moyenne 3,6% en 2010. Mais on sait que le taux d’intérêt appliqué à la Grèce pour le refinancement de sa dette était nettement plus élevé. En prenant, par exemple, un taux à 12%, le solde net à financer de la Wallonie grimperait à 15,34 milliards, soit 37% des dépenses publiques. Une Wallonie indépendante connaîtrait donc une situation intenable. Il est évident que le contexte serait tout autre si la Wallonie intégrait la France. Non seulement, elle ne devrait pas affronter le scénario infernal du refinancement de la dette à des taux usuraires, mais son déficit se marginaliserait à l’échelle de la France. Et l’impact sur la dette et les besoins de financement de la République serait mineur et tout à fait tolérable.

Il y a aussi cette crainte qu’éprouvent certains à l’idée de perdre leur identité en se retrouvant « assimilés » à la France.

On ignore souvent, chez nous, que la Constitution française est extrêmement souple. Elle permet, par exemple, d’octroyer des statuts particuliers à certaines collectivités territoriales, comme l’Alsace-Moselle, la Corse ou des territoires d’outre-mer. Une union-intégration de la Wallonie – et de Bruxelles, si elle en émettait le souhait – à la France pourrait très bien se faire via un tel statut, qui garantirait le maintien de nos organes d’auto-administration et de nos compétences actuels. C’est pour approfondir cette question que nous avons créé, en 2010, le Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France, le Gewif (www.gewif.net). A cet égard, Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, nous a fourni une aide précieuse. Comme il aime à le souligner : « Il n’est nullement nécessaire que les Wallons bazardent tout ce qui fait l’identité de la Wallonie et se présentent tout nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français. »

Une objection qui m’est faite à cet égard : la Wallonie, intégrée à la France via un statut particulier, ne sera guère motivée pour adopter une meilleure gouvernance.

Réponse de Jacques Lenain : Il faudrait bien rendre des comptes à l’Etat français, qui s’arroge en particulier le pilotage et le contrôle des dépenses sociales et qui veille à un traitement équitable des populations tant en matière des prestations reçues que d’impôts et cotisations prélevés. On peut donc présager que la République poserait comme  préalable à l’application de ce statut particulier l’engagement des responsables wallons sur des réformes de fond susceptibles d’aboutir à une diminution progressive ou à tout le moins à une stabilisation des concours financiers en cause (régulation des effectifs d’agents publics, réforme et activation des prestations de chômage, etc.). Pour autant, cette exigence légitime de rigueur, qui devrait satisfaire les Wallons qui attendent plus d’efficacité de la part de leurs institutions, ne remettrait jamais en cause l’existence même des services publics et des prises en charge sociales en Wallonie, ainsi que leur équivalence en niveau avec les services et prestations homologues assurés pour la France entière.

On me fait aussi remarquer le Rassemblement Wallonie, créé en 1999, n’est jamais parvenu à percer et qu’il a réalisé son plus mauvais score (0,48%) aux dernières élections.

François Perin avait raison de dire qu’un parti se présentant avec la seule option réunioniste n’avait guère de sens. Aussi longtemps que l’Etat belge subsistera, les Wallons se positionneront par rapport aux partis traditionnels avec des motivations sociales, économiques, fiscales ou autres. Le score du RWF laisse penser que 99% des Wallons ne seraient pas favorables à la réunion à la France. Or, ce n’est pas le cas, comme l’indique le sondage du « Soir » cité plus haut. C’est pourquoi, en ce qui me concerne, je préfère poursuivre le travail de réflexion et d’analyse dans ce sens.

Certains lecteurs font encore observer que la France de François Hollande n’a rien de séduisant.

La France reste néanmoins la 5ème puissance économique mondiale et elle ne court pas, elle, le risque d’un démantèlement. En outre, elle connaît le principe de l’alternance politique. En Wallonie, le PS occupe la ministre-présidence de façon discontinue.

Enfin, on me demande pourquoi je ne déménage pas en France.

Les hasards de l’Histoire ont voulu que je naisse Français de langue et de culture en dehors de l’Hexagone. C’est à Namur que se trouve toute ma famille. Et ce critère l’emportera toujours sur toute considération d’ordre politique.

(1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur.

Embargo russe sur les produits agroalimentraires; impact de 25 millions d’euros en Wallonie

« Vers l’Avenir », 7 août 201

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La facture pourrait s’élever à 25 millions d’euros, a-t-on appris jeudi auprès de l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (AWEX).

«Dans un premier temps, l’embargo semblait concerner le bœuf, le porc, la volaille, le poisson, le fromage, le lait, les légumes et les fruits. En année complète, cela représente un manque à gagner de 10 à 12 millions d’euros pour les exportations de la Wallonie», explique Christian Verdin, directeur général commerce extérieur à l’Awex. «Mais il semble que l’embargo russe concerne également les produits alimentaires manufacturés. Si on ajoute la liste complète des préparations alimentaires, on pourrait alors arriver à un impact de 24 à 25 millions d’euros sur les exportations wallonnes».

«Ce sont des chiffres interpellant, l’impact n’est pas négligeable, mais la Russie n’est pas, et de loin, notre premier marché à l’exportation», nuance toutefois Christian Verdin. Concrètement, la Russie représentait en 2013 0,84% de l’ensemble des exportations wallonnes, soit un montant de 337,35 millions d’euros. «Et les produits alimentaires ne représentent que 7% de ces 0,84% ».

Les produits laitiers au premier plan

Parmi les produits alimentaires, la rubrique la plus importante des exportations wallonnes vers la Russie est celle du lait et des produits dérivés (yaourt, fromage, etc.). Viennent ensuite la viande, les produits de la minoterie (farines), les préparations alimentaires et puis seulement les fruits et légumes.

S’agissant des exportations wallonnes en général vers la Russie, ce sont les produits des industries chimiques qui composent la plus grosse part (35%), suivis des machines et équipements mécaniques (18%), des métaux et ouvrages métalliques (17%), des matières plastiques et des caoutchoucs (8%).

Au total, en 2013, le montant des exportations wallonnes s’élevait à 40,3 milliards d’euros (excluant le gaz naturel), un résultat en hausse de 2% par rapport à 2012.

Belgique : chronique d’une implosion annoncée

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FIGAROVOX/ANALYSE – Dans une Belgique en voie de balkanisation, les partisans d’une Flandre souveraine et indépendante sont de plus en plus nombreux. L’essayiste Jules Gheude explique pourquoi la scission du pays est inéluctable.

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Jules Gheude est essayiste politique. Dernier ouvrage paru: «Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique», préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.


Si elle n’ignore pas que la coexistence entre Flamands et Wallons est malaisée, l’opinion française n’a pas conscience de la balkanisation qui se développe à sa frontière nord.

Pour elle, qui a tendance à considérer l’Etat-Nation, comme un phénomène universel, il est impensable que la Belgique puisse disparaître. Elle est un Etat, et donc forcément une Nation.

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La réalité est toutefois bien différente.

Depuis la démission du gouver-nement Leterme en 2010, la Belgique détient le record mondial du pays resté le plus longtemps (541 jours!) sans gouvernement de plein exercice.

Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française ait jugé opportun, en 2011, de charger deux de ses membres de se rendre en Belgique afin de s’informer sur la situation intérieure du pays, est tout à fait significatif. Le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Au traditionnel clivage politique, qui distingue nettement la Flandre (à droite) de la Wallonie (à gauche), s’ajoute le désir majoritairement exprimé en Flandre depuis 1999 d’aller vers un système confédéral, dont les francophones ne veulent pas entendre parler, y voyant l’antichambre du séparatisme.

Constituer, dans ces conditions, un gouvernement relève de la quadrature du cercle.

Le scrutin législatif, qui s’est tenu le 25 mai dernier, a confirmé la poussée du parti nationaliste flamand, la N-VA, devenue le premier parti du pays avec plus de 32% des voix. Ses statuts sont clairs: l’émergence, à terme, d’un Etat flamand souverain.

Mais Bart De Wever, son leader, agit toutefois en parfait pragmatique. Il ne veut pas brusquer les choses via un processus révolutionnaire qui risquerait d’être mal perçu sur la scène internationale. Il opte donc pour la stratégie prudente du pas à pas, convaincu que le tissu belge finira par tomber en lambeaux.

Des négociations sont actuellement en cours pour former une coalition de centre-droit, associant, du côté flamand, les nationalistes, les démocrates-chrétiens et les libéraux, et, du côté francophone, les seuls libéraux. Il faut savoir qu’en Belgique, les partis sont divisés en ailes linguistiques.

Cette coalition devrait accorder la priorité au redressement économique, tout en mettant en œuvre la 6ème réforme fédérale de l’Etat, adoptée sous le gouvernement précédent mais dont on sait déjà que la Flandre ne se satisfera pas.

Au cours des dernières décennies, la Flandre a tout fait pour assurer son homogénéité territoriale et linguistique. Il y a deux ans, son Parlement a adopté unanimement une Charte dont le préambule reprend expressément le terme «nation».

Ancien constitutionnaliste de l’Université de Liège et l’une des grandes figures du Mouvement wallon durant la seconde moitié du XXe siècle, François Perin comprit très vite que l’évolution des choses mènerait, à terme, au blocage et à l’implosion du Royaume. Et d’imaginer, vingt-trois ans avant le fameux docu-fiction «Bye-bye Belgium» de la RTBF (2006), la manière dont la Flandre, forte désormais de sa légitimité démocratique, pourrait proclamer unilatéralement son indépendance.

Aujourd’hui, force est de constater que la fiction a largement rejoint la réalité.

La scission apparaît de plus en plus inéluctable, mais les responsables francophones se refusent à l’admettre. Ils s’accrochent avec l’énergie du désespoir à cette Belgique que l’ancien Premier ministre démocrate-flamand Yves Leterme a lui-même qualifiée d’accident de l’histoire et qui, selon l’ancien président des libéraux flamands, Karel De Gucht, est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer.

Ne souhaitant pas que les Wallons se retrouvent, le moment donné, contraints de réagir dans la précipitation et l’urgence, j’ai mis sur pied, en 2009, l’initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Parmi les trois scénarios post-belges qui ont été analysés (un Etat wallon indépendant ; une Belgique résiduelle Wallonie-Bruxelles ; l’union-intégration à la France), seul le dernier s’est avéré réaliste et crédible. .

Plusieurs personnalités françaises (de Jean-Pierre Chevènement à Jacques Attali, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Myard, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon) se sont d’ailleurs prononcées dans ce sens, rejoignant ainsi le général de Gaulle, qui avait déclaré au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain: «Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité».

Il sera, en tout cas, intéressant de suivre le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui se tiendra en septembre prochain. S’il s’avérait positif, nul doute qu’il pourrait accélérer le tempo flamand.