Archives mensuelles : juillet 2014

Des patrons wallons trop… socialistes

O.M., « Le Vif », 30 juillet 2014

2014-07-31_221154Vincent Reuter, administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises, le reconnaît sans peine : il ne connaît pas bien le président du MR, Charles Michel, actuel co-formateur du gouvernement fédéral.

Oui, il a eu l’occasion de le rencontrer lors de sa mission d’information, mais pour le reste… L’organisation patronale wallonne n’a pas les relais qu’on lui prête au sein du Mouvement réformateur. Les relations seraient même plutôt froides en raison d’une proximité perçue comme trop étroite des patrons sudistes… avec le PS. « Il est logique que nous ayons établi une relation de travail constructive », se défend Reuter. Les socialistes étant au pouvoir de façon ininterrompue en Wallonie, l’UWE se devait d’être un interlocuteur constructif dans l’application du plan Marshall, pour relancer la Région. Cela n’empêche pas l’administrateur délégué d’être « perplexe » face au manque d’ambition de la Déclaration de politique régionale présentée par le nouveau ministre-président, Paul Magnette. Une critique qui a étonné le MR. L’UWE, il est vrai, se dit aujourd’hui « intéressée » par la nouvelle dynamique que la coalition « suédoise » pourrait insuffler au fédéral.

La Wallonie devra affronter un déficit d’1,1 milliard en 2015

Vers l’Avenir – Belga 24 juillet 2014

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La Wallonie entend atteindre l’équilibre budgétaire à un rythme soutenable, a indiqué jeudi le nouveau ministre-président, Paul Magnette, en conclusion du débat sur la déclaration de politique régionale. En 2015, elle devra faire face à un déficit d’1,1 milliard d’euros.

Dans la trajectoire pluriannuelle qu’elle a définie, la Région devrait fournir un effort supplémentaire de 335 millions d’euros en 2015 (et de 660 millions en 2016) auxquels s’ajoutent les opérations de requalification imposées par les règles de comptabilité européennes. Au total, l’effort s’élève à 1,1 milliard d’euros qui iront en décroissant dans les années à venir.

Sur un budget total de 13,5 milliards d’euros, supporter un tel effort en une fois signifierait une «catastrophe sociale», selon Magnette. La Wallonie s’autorisera donc un déficit l’an prochain de 450 millions d’euros, destiné à se réduire pour arriver à l’équilibre budgétaire en 2018. Le lissage des investissements s’élèvera à 355 millions d’euros tandis que les «efforts réels», c’est-à-dire les économies, atteindront 390 millions réalisés pour la plupart par des mesures linéaires.

Dans le cadre de la confection du budget, le gouvernement verra avec chacun de ses ministres et des patrons des organismes pararégionaux comment ces économies seront réalisées. Magnette a énuméré quelques unes des mesures linéaires, dont le remplacement partiel des départs dans la fonction publiques. Elles impliqueront qu’à de rares exceptions, dont celle de l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées, il n’y aura pas de nouveaux engagements de dépenses possibles en 2015 et 2016.

Le ministre-président ira défendre sa trajectoire au comité de concertation qui réunit le fédéral et les entités fédérées, dans un rapport de force qui n’avantagera guère les entités francophones vu la similitude de coalitions en Flandre et au niveau fédéral.

«Nous irons négocier au comité de concertation. L’esprit de loyauté fédérale et de concertation sera plus important que jamais», a ajouté Magnette.

«Les Wallons vont être durement touchés. C’est l’austérité dure qui est annoncée», a averti, dans l’opposition, Willy Borsus (MR).

«La Déclaration de politique régionale s’appliquera pour l’essentiel à partir de 2017», a souligné Stéphane Hazée (Ecolo) qui redoute un «automne social».

Francophones, arrêtez votre combat d’arrière-garde

Une opinion de Jules Gheude, Essayiste politique. Son dernier livre paru: « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

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Pour la Flandre, le stade fédéral est dépassé depuis longtemps. Ceux qui réfléchissent à l’avenir « post-belge » ne méritent pas d’être systématiquement tournés en dérision.

Réagissant, sans la citer nommément – « Déjà, des essayistes annoncent les dernières heures de la Belgique » -, à ma tribune « La Belgique en voie d’évaporation » parue dans « L’Express » du 9 juillet, l’éditorialiste de « La Libre Belgique » écrit dans son édito du 11 juillet : « La Belgique n’est pas morte. Mais elle n’est peut-être pas éternelle. Elle exige respect et loyauté. » Et de prôner « un fédéralisme adulte et stabilisé ».

C’est pour aboutir à ce fédéralisme que je me suis engagé au Rassemblement wallon (RW), à une époque où le PSC voyait dans les fédéralistes de « dangereux fossoyeurs de l’Etat ». Le parti social-chrétien venait pourtant de se scinder en deux ailes linguistiques, après que le bouillant député CVP Jan Verroken eut fait chuter le gouvernement de Paul Vanden Boeynants sur le « Walen buiten ». Il ne fallut pas longtemps pour constater que « l’Etat unitaire était dépassé par les faits » et que « les Communautés et les Régions devaient prendre leur place dans des structures rénovées de l’Etat ».

Membre du cabinet de François Perin, ministre de la Réforme des Institutions de 1974 à 1976, j’ai vu avec quelle loyauté ce dernier a mis sur pied la régionalisation préparatoire, que le parti socialiste s’empressa de boycotter.

Il y eut alors le Pacte d’Egmont, en 1978, torpillé perfidement par le Premier ministre CVP Léo Tindemans, après que la Volksunie et le FDF, l’eau et le feu, se furent mis d’accord au départ de concessions réciproques importantes.

Vinrent ensuite les lois d’août 1980 instaurant la régionalisation définitive (sauf pour Bruxelles, qui dut attendre jusqu’en 1988). Mais le nouvel édifice institutionnel s’avéra vite fragile. Le 6 mars 1981, « Le Soir » titrait : « Les francophones à 70 % pour l’entraide que 55 % des Flamands refusent. » L’acier wallon était entré en crise et, pour le syndicat chrétien flamand, chaque Région devait « demeurer financièrement responsable de ses propres canards boîteux. Geen Vlaamse centen meer voor het Waalse staal ! » Et le député CVP Luc Van den Brande de déposer une proposition de loi visant à régionaliser les dernières branches de l’économie relevant encore de l’Etat central.

Cette évolution, ainsi que l’intransigeance communautaire affichée par les libéraux flamands « en surenchère du CVP et de la Volksunie », amena François Perin à démissionner du Sénat, le 26 mai 1980. Pour lui, la chose était entendue : le mal belge, causé en premier lieu par le nationalisme flamand, était « incurable et irréversible » : « Dans ce pays, il n’existe plus de nation. »

Devenu ministre-président flamand, le CVP Luc Van den Brande lança en 1993 l’idée d’une Belgique confédérale, précisant : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. »

Il est clair que dès cet instant, la Flandre avait enterré le schéma fédéral. Six ans plus tard, le Parlement flamand votera les fameuses résolutions d’inspiration nettement confédéraliste : un Etat central dépiauté, avec, en outre, la cogestion de Bruxelles. Nous sommes alors en 1999 et la N-VA n’existe pas !

En 2002, alors qu’il présidait les libéraux flamands, Karel De Gucht déclara : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. »

Dans son édito, l’éditorialiste de « La Libre Belgique » parle de « fédéralisme adulte et stabilisé ». Comment ne pas comprendre que pour la Flandre, le stade fédéral est dépassé depuis longtemps ? « Le fédéralisme a atteint ses limites », pour reprendre l’expression de l’ancien Premier ministre CD&V Yves Leterme, celui-là même qui portera le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux en 2004.

La « révolution copernicienne », que souhaite le ministre-président flamand CD&V Kris Peeters, c’est le schéma confédéral. En 2007, l’actuel président des démocrates-chrétiens flamands, Wouter Beke, déclarait : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. » L’encre de la sixième réforme de l’Etat n’était d’ailleurs pas encore sèche qu’il s’empressait de préciser qu’elle ne serait pas la dernière.

Il ne sert à rien de faire l’autruche. La vérité, c’est que la Flandre est devenue une nation, comme le confirme le préambule de la « Charte pour la Flandre », adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime. Et comme le constatait, avec sa lucidité coutumière, François Perin : « Il n’y a pas de place, dans ce petit pays, pour deux nations : la belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et la flamande. »

« Moribonde ? Non. Eternelle ? » L’emploi que l’éditorialiste de « La Libre Belgique » fait du point d’interrogation est judicieux. Souvenons-nous de cette interview accordée en 2006 par le CD&V Yves Leterme, alors ministre-président flamand, au journal « Libération » : « La Belgique est un accident de l’histoire. » L’Histoire, on le sait, répare souvent les erreurs qu’elle commet.

Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française ait jugé opportun, en 2011, de charger deux de ses membres, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, de se rendre en Belgique afin de s’informer sur la situation intérieure du pays, est tout à fait significatif. Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables – « deux démocraties », dit aujourd’hui Bart De Wever – rend son existence de moins en moins probable.

Voilà qui rejoint le constat porté en 2009 par José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du journal « Le Monde » à Bruxelles : « Le nationalisme flamand gagne imperceptiblement du terrain, comme le sable qui pénètre dans une maison en dépit des fenêtres et des portes fermées. […] Rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance. » Et d’ajouter que ce ne serait pas l’apocalypse. Au contraire : « Quel bonheur ! » Terminées les « chicaneries interminables, […] cette obligation paralysante et coûteuse de peser au trébuchet et équilibrer tous les investissements ». (1)

Diaboliser la N-VA ne sert à rien. Comme l’a bien formulé l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck, « la relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est inscrite dans l’ADN flamand ». Dans un tel contexte, les combats d’arrière-garde francophones apparaissent proprement illusoires.

Ceux qui réfléchissent à l’avenir « post-belge » ne méritent pas d’être systématiquement tournés en dérision. Rien n’est pire, en politique, que de se retrouver, à un moment donné, contraint de réagir dans l’urgence et la précipitation. Feu Xavier Mabille, le président du CRISP, dont personne, je pense, ne songerait à nier la sagesse du jugement, avait écrit en 2007 à propos de l’hypothèse de la scission de la Belgique :« Hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure. »

(1) José-Alain Fralon, « La Belgique est morte. Vive la Belgique ! », Fayard, 2009.

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Magnette appelle les Wallons à l’audace, dans un cadre budgétaire serré

« Le Vif »  Belga, 23 juillet 2014

Le nouveau ministre-président wallon Paul Magnette a appelé mercredi les Wallons à faire preuve d’audace et de détermination durant les prochaines années, tout en reconnaissant que les deux ans à venir seront marqués par un gel des dépenses et des économies partout où ce sera possible.

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Dans un discours d’environ une demi-heure, il a rappelé le passé industriel glorieux de la Wallonie, moteur de l’économie belge jusque dans les années soixante. Il a souligné aussi les défis auxquels est confrontée la Wallonie, à l’heure du transfert de compétences prévu par la sixième réforme de l’Etat.

Le programme du gouvernement wallon s’articule autour de trois axes: l’innovation, la simplification et le rassemblement. « Nous le savons, la Wallonie ne retrouvera sa vitalité économique et sa place dans le monde qu’en positionnant ses activités au sommet de l’échelle des valeurs », a-t-il souligné.

Le redressement de la Wallonie passera aussi par la simplification des structures partout où c’est possible. « Il s’agit de dépasser les singularismes locaux et les intérêts sectoriels », a prévenu M. Magnette. Le gouvernement propose de rationaliser la représentation de la Wallonie dans le monde, d’élaborer un Small Business Act pour simplifier la vie des PME ou de réduire le nombre des organes consultatifs.

Le ministre-président a enfin appelé au rassemblement de toutes les forces wallonnes, patronales, sociales, politiques ou associatives. « Pour relever ce fabuleux défi et irriguer la Wallonie de cet esprit de réussite, avoir confiance en nous est essentiel », a-t-il commenté.

Les deux premières années de la législature seront cependant marquées par de lourdes économies. « Cet effort, dès l’entame de la législature, est indispensable, non seulement pour répondre à nos obligations européennes mais aussi pour dégager les marges qui permettront, durant la deuxième moitié de la législature, de lancer des initiatives nouvelles », a-t-il précisé.

L’effort devrait peser essentiellement sur l’autorité publique et ses dépenses et sur une « optimalisation des primes et subsides ». On a évité « toute nouvelle taxe pour les particuliers ou les entreprises », a assuré Paul Magnette.

Cette déclaration de politique régionale a été longuement applaudie par les bancs de la majorité et a reçu quelques applaudissements polis de la part des élus MR.

Parcours d’intégration en Wallonie: l’apprentissage du français bientôt obligatoire

Belga, 21 juillet 2014

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C’est une nouveauté passée inaperçue qui ressort de la lecture de la déclaration de politique régionale (DPR) signée vendredi par le PS et le CDH: l’apprentissage du français sera rendu obligatoire en Wallonie tant en ce qui concerne le parcours d’intégration des primo-arrivants que pour l’octroi du permis de travail B aux travailleurs étrangers. Dans le chapitre traitant du parcours d’intégration des personnes d’origine étrangère primo-arrivantes, le gouvernement wallon s’engage notamment à rendre l’apprentissage du français obligatoire, cette obligation étant toutefois graduellement mise en œuvre en fonction des moyens budgétaires disponibles.

Une obligation similaire se retrouve dans un autre chapitre de la DPR: celui traitant d’un meilleur encadrement de la migration économique. Le gouvernement entend prévoir une obligation d’apprentissage de la langue de la commune de résidence pour les candidats au permis B, laquelle obligation constituera un critère de renouvellement du permis. Là encore, les considérations budgétaires modèrent l’ambition, puisque la mise en œuvre ne pourra pas avoir d’impact budgétaire pour la Région.

On notera que l’obligation porte bien sur l’apprentissage et non la connaissance, reflétant une obligation de moyen plutôt que de résultat. Elle s’accompagne aussi d’une série de mesures facilitant l’octroi du permis B dans certains cas ou envisageant un plan d’actions pour inciter les publics les moins favorisés à entrer dans une démarche d’alphabétisation ou d’apprentissage du français.

Le gouvernement Olivier avait adopté sous la précédente législature un décret instaurant un parcours d’intégration dont le caractère obligatoire se limitait au module d’accueil (information sur les droits et devoirs, bilan social).

On va engager des profs en Communauté française

Pierre Bouillon, « Le Soir », 18 juillet 2014

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PS et CDH ont ficelé l’accord de majorité pour la Communauté française. A l’heure d’écrire ces lignes, les deux partenaires jouent aux mystérieux sur le contenu de leur accord. De ce que l’on sait, l’accord est aride (très…) pour les années 2014 et 2015 et il n’y aura pas de politiques nouvelles avant 2016/2017. Au rayon économies, on va «toucher» aux prépensions des enseignants (comment ? dans quelle mesure ? les négociateurs refusent pour l’heure d’en parler). La RTBF sera également mise à contribution (en compensation, on «assouplira» les règles en matière de publicité).

Autre coup de vis : dans la Fonction publique de la Communauté, on ne remplacera plus qu’un départ sur 5. Ceci ne touche évidemment pas ce qu’on appelle les « services continus. » (comme l’Aide à la Jeunesse) ni l’enseignement. Actuellement, on en est déjà à un remplacement pour 3 départs. On passerait donc à 1 remplacement pour 5 départs. Avant de revenir d’ici 2017, à deux remplacements pour 3 départs.

Au volet des « mesures positives », retenons ceci :

– l’accord de majorité prévoit de nouvelles créations de places dans les écoles (primaires et secondaires) et on va refinancer le Plan prioritaire de travaux (le PPT, qui finance des rénovations urgentes) ;

– on compte recruter des enseignants (on parle de 750), notamment pour garantir une heure de remédiation, gratuite, dans le cadre de l’étude dirigée, au sein de chaque établissement primaire ;

– l’accord prévoit un refinancement « progressif » de l’enseignement supérieur (dans quelle mesure ? les négociateurs restent assez brumeux sur l’affaire) ;

– on compte organiser en fin de secondaire un test analogue au CEB de fin de primaire et au CE1D de fin de 2e secondaire ;

– on compte mieux épauler les directions du primaire en leur accordant une aide pour 500 élèves (au lieu de 1.000 aujourd’hui) ;

– la formation initiale des enseignants passera à terme à 5 ans – à 4 ans, certainement, sous cette législature et l’allongement se matérialisera surtout par un renforcement des stages;

– on compte créer 7.300 nouvelles places dans les crèches.

Importante baisse du nombre de création d’entreprises en Wallonie

Belga, 14 juillet 2014

2014-07-17_130049Le nombre de nouvelles entreprises a baissé de 5,37% au cours des cinq premiers mois de 2014 par rapport à la même période en 2013, à 29.705 créations d’entreprises, selon des chiffres du bureau d’informations commerciales Graydon, relayés par l’organisation flamande d’indépendants Unizo. En 2011, 33.824 nouvelles entreprises avaient été créées en Belgique entre janvier et mai. Depuis lors, le nombre de créations d’entreprises n’a cessé de baisser sur ce laps de temps.

Si le recul a été limité en Flandre (-1,09%), avec 16.559 créations d’entreprises entre janvier et mai 2014, la chute atteint 12,5% en Wallonie, le nombre de nouvelles entreprises passant de 9.066 en 2013 à 7.933 en 2014. La diminution à Bruxelles est de 2,53% avec 4.238 créations d’entreprises sur les cinq premiers mois.

Les chiffres qui compliquent la tâche du futur ministre de l’Enseignement

Soraya Ghali, « Le Vif », 11 juillet 2014

2014-07-12_105759Ministre de l’Enseignement, un rêve?Alors que d’ici quelques jours ou quelques semaines, on devrait découvrir le nom de l’heureux élu, dix chiffres-clés de la future législature, auxquels le ministre de l’Enseigement sera confronté, situent l’ampleur de la tâche. En voici un aperçu;

Côté inquiétant

11% Selon les derniers indicateurs, les effectifs scolaires devraient augmenter de 11% d’ici à 2027, par rapport à 2011 (8% en maternelle, 12% au primaire, 11% au secondaire). Dans le primaire, un choc est prévu pour 2016 après une accélération en 2015. L’arrivée massive au secondaire est prévue six ans plus tard. Ce n’est qu’à partir de 2026 que la tendance s’inversera : les chiffres se mettront à baisser en maternelle, amorçant une diminution globale des effectifs.

Côté encourageant

0,7% Depuis trois ans maintenant, le taux de redoublement est en recul à l’école primaire, où le pourcentage d’enfants qui ratent leur année et la redoublent diminue, passant de 4,4% par an en 2009, à 3,9% en 2012. Idem au niveau secondaire : de 15,3% en 2009, il baisse à 14,6% en 2012. Mais ce taux masque un autre chiffre qui, lui, reste préoccupant: celui du retard scolaire. Dans le secondaire, un élève sur deux a au moins redoublé une fois. Mais ce n’est là qu’une moyenne. Ainsi, en fin de 5e secondaire, par exemple, 6 élèves sur 10 ont redoublé au moins à une reprise.

Enseignement: l’indispensable décloisonnement

Eric Burgraff, journaliste, « Le Soir », 9 juillet 2014

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Quatre écoles fondamentales concurrentes pour 2.000 habitants : une libre, deux communales – qui se font elles-mêmes concurrence – et une officielle. L’exemple est rural, wallon, mais bien réel. C’est parce qu’il a des grands frères à Bruxelles et aux quatre coins de la Belgique francophone qu’il n’a rien d’une caricature. C’est pour la même raison qu’il nourrit désormais la réflexion de gens qui veulent du bien à l’école. Robert Deschamps, professeur à l’université de Namur, est de ceux-là. « Si les performances de notre enseignement ne sont pas à la hauteur des moyens consentis, ce n’est pas une question d’argent mais d’organisation », estime-t-il. Prudent, il ne charge pas le personnel, il met en cause le système.

Et que fait-on quand un système est en panne ? On lui offre une bonne révision, on change les pièces qui font défaut, on prépare au besoin un nouveau moteur. Un nouveau moteur pour l’enseignement, c’est précisément ce sur quoi travaillent les éminences du PS et du CDH en négociant le gouvernement de la Communauté française. Avec ceci comme contrainte supplémentaire : la belle mécanique devra consommer moins, coûter moins cher à la collectivité. On devra donc évacuer les impayables promesses de la campagne : des repas gratos pour tous, l’école libre financée au même niveau que l’école officielle.

Et si, dans les propositions des chercheurs, il y avait un début de solution ? Passons sur l’iconoclaste fin des prépensions qui, on le voit d’ici, fera hurler les syndicats. Passons sur la sécheresse des chiffres qui masquent mal la grande misère de certaines écoles. Par contre, attardons-nous un instant sur la relation de confiance à reconstruire entre la Communauté française et les institutions : la responsabilisation des acteurs de terrain, l’autonomie accrue dans l’affectation des moyens serait un pas vers une école de réussite.

Attardons-nous aussi sur le fonctionnement en piliers. Les professionnels le savent, l’organisation actuelle arrive tout doucement – contraintes budgétaires obligent – au bout de sa logique. Si un réseau unique à la française est politiquement impensable et impayable, un décloisonnement est, lui, budgétairement indispensable. Au-delà d’un rapprochement – donc de la suppression des doubles emplois flagrants – entre institutions publiques, le prochain gouvernement serait bien inspiré d’inviter écoles libres et officielles à se parler, à échanger, à collaborer. Pourquoi ce qui est désormais la ligne – la contrainte d’ailleurs – dans l’enseignement supérieur ne pourrait-il pas s’appliquer dans l’obligatoire ? Se poser la question, c’est intégrer ceci : la concurrence exacerbée sert peut-être la gloriole de quelques-uns mais, au final, elle ne crée pas d’emplois. Et ne rend certainement pas les élèves plus performants.

La Belgique en voie d’évaporation

Par , publié par l’express : http://www.lexpress.fr/actualite/la-belgique-en-voie-d-evaporation_1557879.html

La Belgique parviendra-t-elle à se sortir de la grave crise politique qu’elle traverse depuis des mois? Pour Jules Gheude, essayiste politique belge, elle va déboucher sur la dislocation prochaine de son pays entre Flandre et Wallonie. Récit d’une mort annoncée.

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Etrange Belgique, qui vibre d’enthousiasme pour ses Diables rouges mais qui peine de plus en plus à se trouver un gouvernement pour la gérer. Le sentiment collectif engendré par le football se heurte ainsi au fossé qui, depuis 2007, ne cesse de s’élargir entre la Flandre et la Wallonie.

Un observateur étranger pourrait donc légitimement penser que nos problèmes communautaires ne concernent pas la population, mais qu’ils sont engendrés artificiellement par les politiques. C’est oublier un peu vite que ces derniers sont le produit des urnes, donc de la volonté populaire.

Ce serait faire injure au système démocratique d’affirmer que la plupart des électeurs ne votent pas en connaissance de cause. Derrière le traditionnel clivage gauche-droite, qui distingue nettement la Flandre (à droite) de la Wallonie (à gauche), s’ajoute le désir majoritairement exprimé en Flandre d’aller vers un système confédéral que la Wallonie rejette. Pas question pour celle-ci de réduire la Belgique à l’état de coquille vide et d’envisager en outre une cogestion de Bruxelles.

Constituer, dans ces conditions, un gouvernement fédéral relève de la quadrature du cercle. Il aura fallu, la dernière fois, 541 jours!

Aujourd’hui première force du pays avec 32% des suffrages exprimés, la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie), le parti nationaliste de Bart De Wever, poursuit un objectif clair: l’émergence d’un Etat flamand souverain. Ce qui fait dire aux responsables politiques francophones que le confédéralisme serait l’antichambre du séparatisme.

La Flandre en quête d’indépendance

Au cours des dernières décennies, la Flandre a tout fait pour assurer son homogénéité territoriale et linguistique. Il y a deux ans, son Parlement a adopté unanimement une Charte dont le préambule reprend expressément le terme « nation ». Se trouve ainsi concrétisé le sous-titre que Manu Ruys, l’éditorialiste très influent du  » Standaard  » (de tendance démocrate-chrétienne) avait donné en 1973 à son ouvrage « Les Flamands »: « Un peuple en mouvement, une nation en devenir ».

Ancien constitutionnaliste de l’Université de Liège et l’une des grandes figures du Mouvement wallon durant la seconde moitié du XXe siècle, François Perin comprit très vite que l’évolution des choses mènerait, à terme, au blocage et à l’implosion du Royaume: « Il n’y a pas place dans ce petit pays pour deux nations, une belge, si tant est qu’elle ait jamais existé, et une flamande ».

Le 26 mai 1980, il démissionnait spectaculairement du Sénat: « Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation (…) qui n’existe plus ». Pour lui, les choses étaient claires: « les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver assez bêtement belges tout seuls. » Et d’imaginer, vingt-trois ans avant le fameux docu-fiction Bye-bye Belgium de la RTBF (2006), la manière dont la Flandre, forte désormais de sa légitimité démocratique, pourrait proclamer unilatéralement son indépendance.

Aujourd’hui, force est de constater que la fiction a largement rejoint la réalité. Bart De Wever, le leader nationaliste flamand triomphant, devenu entre-temps bourgmestre de la métropole anversoise, agit toutefois en parfait pragmatique. Il ne veut pas brusquer les choses via un processus révolutionnaire qui risquerait d’être mal perçu sur la scène internationale. Il adopte donc la stratégie prudente du pas à pas, convaincu que le tissu belge finira par tomber en lambeaux et avec l’espoir que le morceau bruxellois tombera dans l’escarcelle flamande.

Ce scénario post-belge, qui semble de plus en plus inéluctable, les responsables francophones ne parviennent pas à le concevoir. Tout se passe pour eux comme si le Royaume de Belgique, que l’ancien Premier ministre démocrate-chrétien flamand Yves Leterme a qualifié d’ « accident de l’histoire » dans une interview accordée à « Libération », était voué à l’immortalité

Cependant, les faits sont là. Même l’ancien président des libéraux flamands, Karel De Gucht, actuel Commissaire européen au Commerce, a affirmé en 2002 que la Belgique était « condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer ».

Le citoyen français réalise difficilement cette balkanisation qui se développe à sa frontière nord. La République française étant animée par un esprit national commun -le fameux « plébiscite de tous les jours », dont parlait Ernest Renan-, son opinion est donc tentée de considérer l’Etat-Nation comme un phénomène universel.

Chronique d’une balkanisation annoncée

Mais les responsables français ne sont pas dupes. Le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée natiuonale ait jugé opportun, en juillet 2011, de charger deux de ses membres, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, de se rendre en Belgique afin de s’informer sur la situation intérieure du pays, est tout à fait significatif. Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Ne souhaitant pas que les Wallons se retrouvent, le moment donné, contraints de réagir dans la précipitation et l’urgence, j’ai entrepris de mettre sur pied, en 2009, l’initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Parmi les trois scénarios post-belges possibles qui ont été analysés à charge et à décharge (un Etat wallon indépendant; une Belgique résiduelle Wallonie-Bruxelles; l’union-intégration à la France), seul le dernier s’est avéré réaliste et crédible.

Plusieurs personnalités françaises (de Jean-Pierre Chevènement à Jacques Attali, en passant par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Myard, Marinne Le Pen ou Jean-Pierre Mélenchon) n’ont d’ailleurs pas hésité à se prononcer dans ce sens, rejoignant ainsi le général de Gaulle, qui, avec une étonnante lucidité, avait déclaré au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain: « Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand coeur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. »

Il sera, en tout cas, intéressant, de suivre le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qui se tiendra en septembre prochain. S’il s’avérait positif, nul doute qu’il pourrait accélérer le tempo flamand.

Le dernier ouvrage de Jules Gheude est Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique (préface de François Perin) aux éditions Mon Petit Editeur, 2013