«L’Awex est un outil qui rapporte à la Wallonie», Pascale Delcomminette

François-Xavier Lefevre, « L’Echo », 30 juin 2014

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Changement de règne… C’est ce 1er juillet que Pascale Delcomminette succède à Philippe Suinen à la tête de l’Agence Wallonne à l’exportation (Awex).

Avec Wallonie Bruxelles international (WBI), elle dirigera plus de 750 personnes. Cette arrivée se fait dans un contexte budgétaire délicat. Pascale Delcomminette s’attend à devoir comprimer les dépenses de ses deux institutions. Si toucher au nombre d’attachés commerciaux à l’étranger ou faire appel au privé pour promouvoir des artistes n’est pas un tabou, elle avertit le prochain gouvernement: toucher à l’argent dépensé au niveau de l’exportation aura un impact en Wallonie.

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Le 1er juillet, vous succédez à Philippe Suinen à la tête de l’Awex. Dans quel état d’esprit est-on quand on est appelé à prendre la tête d’une institution qui emploie 750 personnes?

Je suis enthousiaste car, de par son territoire limité, la Wallonie et la Fédération ont besoin d’international comme de pain. Le développement socio-économique de la Wallonie ne peut passer que par l’international. On le voit, les entreprises font 70% de leur chiffre d’affaires à l’exportation. Je me retrouve donc au cœur d’une administration qui a toute son importance. Et puis, d’un point de vue personnel, c’est l’aboutissement d’un parcours professionnel qui converge vers cette fonction.

Passer de l’ombre à la lumière, du métier de technicienne au sein d’un cabinet ministériel à celui de responsable du commerce extérieur de la Wallonie, c’est quelque chose pour lequel on doit se préparer?

On se prépare à manager les gens. Mais mon parcours dans les cabinets a été une très bonne école. Je suis passée de fonctions de technicienne à des postes de manager comme chef de cabinet, où vous devez gérer 100 personnes. C’est là que j’ai commencé à développer des techniques de mobilisation des équipes. Cette préparation est faite. Ici, il y a plus de monde mais il y a différents niveaux de délégation. Quant à la visibilité, on s’y prépare petit à petit.

Qu’est ce qui vous motive à être au service de la Wallonie?

Je ne vais pas me positionner comme régionaliste mais mon cœur est en Wallonie depuis que j’ai débuté ma carrière à l’Awex. L’avenir est dans le développement des Régions. La Wallonie a des atouts culturels, je le vois avec WBI. Nous avons des entreprises qui marchent. C’est très motivant de travailler pour une région qui reçoit de plus en plus de compétences. C’est à ce niveau de pouvoir qu’on a le plus de leviers d’action pour faire bouger économiquement les choses et ce sera de plus en plus le cas à l’avenir.

Le Fédéral n’a-t-il plus grand intérêt car plus grand-chose à dire?

Tout ce qui est régalien reste au fédéral. Mais il est certain que la Wallonie a acquis beaucoup de compétences au niveau économique et nous les gérons bien.

En théorie, votre contrat s’arrête le 31 décembre. Vous êtes donc là pour 6 mois. N’est ce pas une position inconfortable?

J’avance comme si c’était un job à long terme. Les prochains mois vont me servir à montrer que j’ai de vrais projets à long terme.

Avec quel regard arrivez-vous à l’Awex?

Je connais le métier de l’Awex et son fonctionnement. Entre-temps, j’ai pu développer mes réseaux auprès des partenaires sociaux et des entreprises. J’arrive donc à la fois avec un regard interne mais aussi avec un regard nouveau qui permettra d’insuffler quelque chose de neuf et d’aller plus loin dans le processus qui est lancé à l’Awex. L’idée n’est pas de casser les choses. L’Awex et WBI sont des structures qui sont orientées sur les clients et le long terme. Il faut les consolider et aller un pas plus loin.

Est-ce un reproche à l’égard de votre prédécesseur Philippe Suinen?

Non, Philippe Suinen a contribué à faire des agences des institutions orientées clients. Il a été aussi loin qu’il pouvait. Il faut consolider ce mouvement et aller un pas plus loin. Ce n’est pas du tout un reproche.

Sur quel dossier allez-vous travailler en priorité?

Nous devons faciliter la vie des chefs d’entreprises. Les entreprises doivent pouvoir se concentrer sur le core business. C’est essentiel. Si la Wallonie a besoin d’international comme de pain, nous avons également besoin de relance industrielle. L’Awex doit être un facilitateur. Il y a un chantier de simplification au niveau des incitants financiers qui doit être entrepris. Il faut permettre aux entreprises d’avoir un accès plus facile aux incitants financiers. Je veux également proposer un monitoring permanent des différents aides et des différents outils. Ce qui est proposé correspond-il bien aux besoins des entreprises, aux évolutions technologiques et à l’environnement international? Je veux également connaître l’impact de toutes ces aides.

Et aux niveaux des investissements étrangers?

Le repérage systématique des investisseurs potentiels pratiqué par l’Awex doit être plus scientifique afin de nous permettre de ne rater aucune occasion. Il faut également capitaliser sur l’innovation. Plus de 58% de nos exportations concernent des secteurs à haut potentiel technologique, dont les pôles de compétitivité. Il faut capitaliser là-dessus.

Vous évoquiez une évaluation des incitants auprès des entreprises. Estimez-vous qu’il y a trop d’incitants?

On prépare un dossier pour le prochain gouvernement. Il faut regrouper et simplifier les incitants. Il faut également mettre en place des packages avec des plafonds sans être trop restrictif. Je propose de mettre trois ou quatre types d’aides (comme des aides à la mobilité pour les entreprises qui souhaitent participer à un salon ou une foire) que les entreprises géreront dans une enveloppe déterminée. Ce sera plus simple.

Au niveau de toutes les aides qui existent sur le sol wallon, ne faudrait-il pas également plus de clarté en les regroupant dans un grand pot commun?

Peu importe le back-office si l’information est claire. Pour une entreprise, peu importe que les aides soient regroupées dans une ou vingt structures tant qu’elles sont disponibles.

La principale mission de l’Awex est d’aider les PME à grandir via l’international. Avez-vous le sentiment que les choses bougent? Cela fait 10 ans qu’on dit qu’il faut faire grandir les PME wallonnes!

On doit inscrire nos actions et orienter nos incitants vers les entreprises en croissance. On doit pouvoir se poser cette question. Au niveau des outils économiques, tout le panel de soutien existe et il permet de compenser la frilosité bancaire. Ces outils sont contra-cycliques. Maintenant, le plus compliqué est de persuader les entreprises de passer dans une phase de croissance qui est parfois dangereuse

Le tissu économique wallon s’est-il amélioré en 10 ans?

Je vois énormément de sociétés briller à l’international et une reconversion industrielle qui fonctionne pas si mal que cela.

C’est cependant insuffisant pour infléchir la courbe du chômage…

Oui car nous avons des situations comme Arcelor. Si l’emploi est une faiblesse, les exportations progressent. Cela ne peut être que profitable.

La prochaine législature va certainement vous imposer des économies. Quelles sont les pistes à l’Awex et WBI pour participer à l’effort commun?

On a déjà beaucoup contribué. Sur trois personnes qui s’en allaient de l’Awex ou WBI, une seule était engagée. Depuis 2009, nous avons diminué de 8% notre nombre d’équivalents temps plein à l’Awex et de 11% à WBI. En frais de fonctionnement, WBI a diminué son budget de 22%. Les maisons ont fait un effort. Pour 2015, on a réduit le programme d’actions de l’Awex et on va réfléchir à un resserrement au niveau des coopérations bilatérales à WBI. Mais 2015 est une année particulière car on a des grands événements comme Milan 2015, Waterloo, le Forum de la langue française, la présidence du Conseil de l’Europe, Mons 2015. Ce sont des one shots qui nécessitent des budgets particuliers.

Des économies sont-elles envisagées dans vos réseaux à l’étranger?

Nos réseaux à l’étranger doivent faire partie de la réflexion. Il faut une remise à plat. Nous avons 17 délégués, 80 attachés et 7 agents de liaison scientifiques. On doit réfléchir à des synergies entre ces réseaux. Est-ce vraiment utile d’être à trois sur un même poste? L’Awex et WBI doivent optimiser leur réseau.

Entendez-vous diminuer le nombre d’attachés commerciaux à l’étranger?

Ce n’est pas un tabou pour moi. On doit analyser la situation. Il y aura des économies mais l’analyse doit se faire en réfléchissant à la position de l’ensemble de nos réseaux et en fonction des réseaux bruxellois et flamand. On pourrait déplacer certains attachés et confier à un délégué une fonction plus économique. Cette analyse doit se faire en fonction des besoins des entreprises. Rien n’est exclu.

La Wallonie ne peut pas couvrir la planète entière…

Non et on doit avoir le courage de cibler nos priorités. On réfléchit également à des partenariats entre le public et le privé ou des sponsorings pour des actions spécifiques au niveau de la valorisation de nos artistes à l’international. Faire venir des privés est certainement une piste à étudier pour certains événements.

Le gouvernement doit-il toucher au budget de l’Awex?

Il ne faut pas faire d’économies sur le développement économique. On doit même certainement mettre davantage de ressources à disposition du développement socio-économique. Tout argent dépensé au niveau de l’exportation offre un retour. Cet élément doit être pris en compte par le gouvernement au niveau de ses plans de restrictions budgétaires. L’Awex est un outil qui rapporte à la Wallonie.