La Wallonie loupe sa rentrée

Eric Deffet, « Le Soir », 11 juin 2014

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Une question vient à l’esprit au soir de l’hallucinante séance de rentrée du parlement wallon, ce mardi à Namur: comment un tel fiasco est-il possible ?

Partout ailleurs, ce moment est solennel, bétonné par une procédure insubmersible et parfois même festif (à l’heure d’écrire ces lignes tardives, le pot de bienvenue attend toujours son heure). Mais entre Sambre et Meuse, voyez-vous, rien n’a tourné rond lors de cette journée orageuse. La Wallonie dans ce qu’elle a de pire : minée par les divisions, incapable de prendre de la hauteur. On a envie de dire : « petite ».

Une catastrophe pour l’image de marque du parlement et du monde politique régional : les télévisions locales s’étaient mobilisées pour diffuser en direct l’installation de l’assemblée et les prestations de serment des 75 nouveaux élus.

Un effort louable mais qui se retourne finalement contre les élus en proie à leurs pires tourments face à l’opinion publique.

Bien sûr, ce premier rendez-vous post-électoral était à hauts risques. Le Soir l’avait souligné à plusieurs reprises : vouloir créer le droit en direct sur des sujets aussi sensibles que le cumul des mandats et des recours électoraux bien argumentés semblait très téméraire. Limite suicidaire.

Les services du greffe n’en ont pas dormi durant des jours. Ils ont tenté de prévenir les mauvaises surprises et de prévoir tous les cas de figure. Mais après un quart d’heure, l’assemblée sortait déjà des clous, alors qu’il s’agissait à peine d’installer la commission chargée de vérifier les pouvoirs des nouveaux députés.

Un premier débat qui allait donner le ton de toute la journée : PS et CDH, futurs alliés de majorité, ont battu en brèche les arguments développés par Véronique Cornet, présidente de séance libérale, puis par le groupe MR dans son ensemble.

L’exploit doit relever du Livre des records : à Namur, c’est déjà (future) majorité contre (future) opposition alors que les députés n’ont pas encore prêté serment, que la coalition envisagée est dans les limbes et que le gouvernement n’est pas annoncé avant plusieurs semaines. Il faut le faire !

Sur un même laps de temps de quelques heures, le PTB a déjà réussi à créer la zizanie à Namur avec son recours carolo. Le MR tient déjà sa première revanche, lui qui semble voué à une opposition qui promet beaucoup… Et la majorité PS-CDH s’est pris les pieds dans le tapis alors qu’il semblait si simple de trouver un accord global sur les procédures à suivre, pour éviter de sombrer dans le ridicule.

Et dire qu’on n’a encore rien vu : l’application inédite du décret sur le décumul était le véritable défi de cette rentrée. Mardi soir, on attendait de voir et on craignait le pire, après le pire.