Pourquoi je souhaite que Bart De Wever réussisse

Jules Gheude, essayiste politique (1)

2014-05-14_203047

En Wallonie, les partis de l’Olivier ont perdu des plumes. Plus de la moitié  pour Ecolo, 14.450 pour le CDH et 13.450 pour le PS. Le MR en a récolté 76.000 de plus.

En choisissant de laisser le parti réformateur sur la touche et de poursuivre avec le partenaire social-chrétien, Elio Di Rupo a beau dire ce qu’il veut : il n’a pas servi la démocratie. Et « les milliers d’heures qu’il a consacrées pour garder ce pays uni » risquent bien de s’avérer vaines.

Le fossé reste immense entre une Flandre qui, grâce à une politique de centre-droit, affiche l’équilibre budgétaire et de bonnes performances économiques, et une Wallonie marquée à gauche qui, après plusieurs plans de redressement, connaît un taux de chômage de 16% et un endettement de 11,2 milliards d’euros.

C’est ce fossé qui a contribué à alimenter le discours flamand selon lequel il convenait de mettre un terme aux transferts financiers et de prôner le modèle confédéral. Bart De Wever n’a fait que s’inscrire dans cette évolution que le Parlement flamand a recommandée, dès 1999, en  adoptant les fameuses résolutions.

Rien d’étonnant dès lors à ce que la N-VA, grand vainqueur du scrutin du 25 mai avec 32% des voix, décide aujourd’hui de s’allier avec le CD&V pour constituer le prochain gouvernement flamand. « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand », comme a tenu à le rappeler l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck.

Il est intéressant de rependre ici les propos tenus par l’ancien président du PS, Guy Spitaels, à propos de Bart De Wever, dans la dernière interview qu’il confia au « Soir », le 10 septembre 2011 : Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos. Il n’est pas toursiveux. Il dit clairement et brutalement ce qu’il veut. (…) Ce De Wever ne me déplaît pas du tout. »

Autre constat utile, celui de Carl Devos, le politologue de l’Université de Gand : « La N-VA est un parti de centre-droit qui se déclare par ailleurs ouvertement conservateur, mais l’on ne souligne peut-être pas assez que sur certains points, il est aussi très libéral et partage un certain nombre de visions sociétales avec l’Open VLD. » (« La Libre Belgique », 22 juin 2011).

Le président du FDF, Olivier Maingain, fait donc un bien mauvais procès à la N-VA lorsqu’il va jusqu’à mettre en doute son caractère démocratique.

Européen convaincu, Bart De Wever s’inspire du modèle de gestion qui a si bien réussi à l’Allemagne. Pragmatique, il sait qu’il n’y a qu’une voie pour assurer le redressement économique. C’est celle que le gouvernement français socialiste de Manuel Valls est d’ailleurs contraint d’emprunter aujourd’hui : réduction drastique des dépenses publiques, baisse des impôts, reconnaissance absolue du rôle joué par les PME pour relancer l’emploi et, par voie de conséquence, la croissance.

Au nom de quoi la Belgique, dont la dette va dépasser les 400 milliards d’euros (soit plus de 100% du PIB), devrait-elle être le seul pays au monde à octroyer des allocations de chômage illimitées dans le temps ?

Voilà pourquoi, je rejoins le politologue Carl Devos lorsqu’il déclare qu’ « il faut donner ses chances à la N-VA ».

 

En politique, il ne faut jamais dire jamais. Les déclarations sont une chose. La real-politik en est une autre.

Rien ne dure éternellement. Tout change.

Dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Fayard, 2009), José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, écrivait : Si les civilisations sont mortelles, pourquoi un pays de 10 millions d’habitants ne le serait-il pas ? Et d’ajouter, à l’adresse du Roi : Que pouvez-vous faire aujourd’hui ? Pas grand-chose, vos pouvoirs étant si limités. Et puis, comment lutter contre un nationalisme flamand qui gagne imperceptiblement du terrain, comme le sable qui pénètre dans une maison en dépit des fenêtres et des portes fermées.

Qu’on le veuille ou non, le processus de la scission de l’Etat est irréversible. Mais que les francophones ne s’alarment pas. Ce ne sera pas l’apocalypse. Le tout étant de pouvoir compter sur des responsables politiques dignes de ce nom. L’après-Belgique est inscrit dans les astres. Il suffit de bien s’y préparer. Sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée, comme avait déclaré le Roi Baudouin, en 1959, à propos de l’indépendance du Congo.

Bref,  comme l’a encore écrit José-Alain Fralon, se préparer à une issue qui pourrait s’avérer salutaire pour tout le monde, car elle nous délivrerait enfin de ces interminables chicaneries communautaires.

Rien n’est plus dramatique que de ne pas anticiper les choses et de  se retrouver, à un moment donné, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

C’est pourquoi, nous estimons avoir fait œuvre utile en mettant sur pied, le 9 mai 2009, cette initiative citoyenne des « Etats généraux de Wallonie », pour réfléchir, de manière approfondie et objective, aux diverses options d’avenir post-belge possibles. Des travaux sérieux ont été entrepris, que l’on peut toujours consulter sur le site www.etatsgenarauxdewallonie.org (2).

(1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

(2) Ils ont également été repris dans le livre  « Quand les Wallons s’éveilleront… », Mols, 2009.