Wallonie : Le défi économique et social reste colossal, sur fond de croissance démographique

Eric Deffet, « Le Soir », 24 mai 2014

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A propos de la Wallonie et de l’élection régionale qui nous occupera ce dimanche, l’observateur risque de sombrer rapidement dans les poncifs. Mais les clichés éculés ont souvent une grosse part de vérité, c’est d’ailleurs leur principal intérêt.

A quelques heures de l’échéance, alignons donc les lieux communs : la Wallonie est au milieu du gué ou à la croisée des chemins, si vous nous suivez toujours. Soyons fous : à la question de savoir si le sud du pays est en bonne santé, il semble naturel de faire référence, en guise de réponse, à la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Les optimistes diront qu’un sacré bout de chemin a été parcouru. Les pessimistes répondront que la route est encore longue.

Mais l’un et l’autre devront admettre une évidence : en cinq années, la Wallonie a changé. Beaucoup changé si l’on fait référence aux années noires des « affaires » en tous genres ou au temps des baronnies sous-régionales qui ont sclérosé toute l’action publique pendant des décennies.

Autre changement radical : un développement raisonné sur le plan économique à travers  les plans Marshall successifs et surtout la politique des pôles de compétitivité qui pointe les efforts vers des secteurs porteurs d’avenir et qui mobilise tous les acteurs (entreprises, universités, pouvoirs publics) autour de projets partagés. Une révolution qui va dans le bon sens, mais qui ne résout pas tout : 260.000 personnes restent sans travail en Wallonie.

Les entreprises veulent une rupture

La semaine dernière, l’Union wallonne des entreprises résumait assez bien la situation, quoique très sévèrement dans la formulation : La Wallonie ne va pas bien, même si elle va mieux. Le monde économique pointe ainsi un PIB par habitant qui reste inférieur de 20% à la moyenne de la Zone euro ou une production industrielle 20% sous le niveau de 2008 : Si la Wallonie veut s’en sortir, il faut un sursaut et une rupture, disent les patrons. Les plans Marshall ne sont pas suffisants, il faut aller plus vite et plus fort.

En écho à ces exigences, le gouvernement wallon a publié récemment des chiffres positifs : les exportations wallonnes et les investissements étrangers (flamands y compris) sur le sol du sud du pays sont repartis à la hausse et les perspectives sont encourageantes. Si la croissance épouse la même courbe positive, l’embellie pourrait marquer l’exercice 2014 dans son ensemble. A confirmer bien sûr.

En réalité, le prochain gouvernement wallon n’aura pas le choix : il faudra poursuivre voire augmenter les efforts consentis par l’OIivier.

En faveur du redéploiement économique, c’est une obligation, avec un accent très fort mis sur la qualité de l’enseignement, déjà consacré « deuxième pilier » de ce plan Marshall 2022, qui devra être rapidement engagé par l’exécutif. Plus que jamais, économie et enseignement seront au cœur du débat wallon au cours des cinq prochaines années, avec un seul objectif : l’emploi

Mais en parallèle, la question de l’équilibre des finances publiques demeurera essentielle. André Antoine (CDH), le ministre du Budget, estime à 359 millions d’euros l’effort à fournir dès 2015 pour répondre aux exigences des autorités fédérales et européennes. Des choix devront être réalisés, poursuit-il à l’intention de son successeur.

Le transfert de compétence colossales (6 milliards d’euros) donnera à la Wallonie l’occasion de mener des actions originales, en phase avec ses besoins réels. Mais ces politiques ne seront pas intégralement financées dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat. La majorité devra gratter les fonds de tiroir, réaliser de nouvelles économies ou choisir ses priorités, on y revient.

Sans compter que la dette publique, qu’elle se situe à six ou douze milliards, aura l’allure d’un corset financier dont il est difficile de se débarrasser.

La question du territoire et du logement sera centrale

La question de la démographie galopante se trouvera en filigrane de toutes les politiques qu’aura à mener le futur gouvernement wallon : entre 2010 et 2020 en effet, la population de la Wallonie sera passée de 3,5 à 3,8 millions d’habitants. Les élus qui sortiront des urnes ce week-end exerceront leur mandat jusqu’en 2019, ils seront donc en première ligne pour gérer ce phénomène qui soulève des questions dans tous les secteurs de la vie en société : mobilité, vieillissement, santé, intégration, énergie, fiscalité, emploi…

Mais le logement dans des conditions dignes de ces populations nouvelles risque bien de mobiliser les autorités régionales, ainsi que des moyens colossaux si l’on veut répondre à la demande. Des formules nouvelles (logements sociaux en grand nombre, habitat partagé, appartements et maisons peu consommateurs d’énergie) devront être dégagées rapidement pour garder sous contrôle ce dossier qui a toutes les allures d’une « bombe » politique en devenir.

En outre, poser la question du logement, c’est aussi ouvrir le dossier très sensible du territoire régional qui est un formidable atout pour la Wallonie et pour son renouveau. Ville ou campagne ? Centre ou périphérie ? Agglomération ou village ? La législation qui s’ouvre trouvera-t-elle les bons équilibres ?