Archives mensuelles : mai 2014

La Flandre n’a pas dit son dernier mot

Le Vif – samedi 31 mai 2014 à 12h25

Je me suis abstenu, au cours de la récente campagne électorale, de m’exprimer. J’en retiens une chose : la volonté affichée par les responsables politiques francophones de ne pas s’embarquer dans une coalition fédérale avec les nationalistes flamands. Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique.

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Jules Gheude, en 2009. © Belga

Par Jules Gheude, essayiste politique

Le succès électoral de ces derniers a dépassé les prévisions les plus optimistes, amenant aujourd’hui Bart De Wever à se voir confier par le roi une mission d’informateur.

En politique, il ne faut jamais dire jamais. On a vu ce qu’il a en été de ces francophones «demandeurs de rien» et qui s’étaient engagés à ne pas scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde sans élargissement de la Région bruxelloise. On ne toucherait jamais aux allocations familiales, avait affirmé haut et clair Joëlle Milquet – « Madame non »…

Nul ne peut dire, à ce stade, comment évolueront les négociations pour la formation du gouvernement fédéral et des gouvernements régionaux. On sait seulement que l’intention de Bart De Wever est de doter au plus vite la Flandre d’un gouvernement de centre-droit. Avec son ancien partenaire de cartel, le CD&V, il disposerait d’une majorité, que pourrait venir renforcer l’Open VLD.

Toute la question est de savoir comment réagiront les démocrates-chrétiens flamands. Leur président, Wouter Beke, a confessé dernièrement : « Oui, je suis flamingant. Mon biotope naturel, c’est la Flandre ». En 2007, il avait aussi déclaré : « Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Les Wallons ne tiennent à la Belgiqueque pour l’argent. » Qu’on se rappelle aussi les propos tenus par l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Une chose est sûre : la 6ème réforme de l’Etat, qui doit encore être appliquée, n’apporte pas cette véritable confédération qu’appelle Wouter Beke de ses vœux. L’encre de l’accord n’était pas encore sèche qu’il s’empressait d’ailleurs de souligner que d’autres réformes devraient voir le jour.

Certes, au cours de la prochaine législature, la Constitution, ne pourra être modifiée que dans des limites très strictes. Le fameux article 195, qui définit la procédure de révision de la Constitution et auquel la N-VA souhaitait toucher, ne figure pas dans la liste des articles révisables. Mais tout constitutionnaliste nous dira aussi que bien des choses peuvent être réalisées au départ des lois spéciales et que le pays n’est nullement à l’abri de gros chambardements, notamment au niveau de la sécurité sociale.

La Flandre est loin d’avoir dit son dernier mot. Souvenons-nous de cette déclaration de Karel De Gucht, en 2002, alors qu’il présidait les libéraux flamands : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. »

Il suffit d’avoir suivi le « duel » télévisé Magnette – De Wever du 13 mai pour réaliser le fossé infranchissable entre le Nord et le Sud. Ce sont bien deux mondes différents qui s’affrontent.
On ne peut, comme l’a fait récemment le président du FDF, Olivier Maingain, mettre en doute la légitimité démocratique dela N-VA. La façon dont un Flamand sur trois s’est exprimé ne peut être rejetée d’un revers de la main. Elle ne fait que rejoindre le préambule de la Charte que le Parlement flamand a adoptée à l’unanimité il y a deux ans et qui précise que la Flandre est bel et bien une nation.

On connaît la réflexion post-belge que je poursuis depuis 2008 et qui m’a amené à prôner, en cas de scission du pays, la formule de l’union-intégration à la France, via un statut de large autonomie pour la Wallonie (www.etatsgenerauxdewallonie.com etwww.gewif.net).

Il ne s’agit nullement d’une réflexion fantaisiste. Comme l’a écrit feu Xavier Mabille, président du Crisp, dans l’introduction à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Ed. Mols, 2007) : « Au cas où s’accomplirait l’hypothèse de la scission de l’Etat (hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure) »…

Il ne fait aucun doute que celles et ceux qui doutent de la pérennité de la Belgique et qui sont convaincus du bien-fondé de l’intégration à la France dépassent largement le faible score enregistré par le RWF depuis sa création en 1999. C’est la raison pour laquelle, j’ai dit, il y a quelques mois, que le moment me semblait venu de « repenser la stratégie réunioniste ». (www.gewif.net)

Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013. 

Wallonie : Le défi économique et social reste colossal, sur fond de croissance démographique

Eric Deffet, « Le Soir », 24 mai 2014

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A propos de la Wallonie et de l’élection régionale qui nous occupera ce dimanche, l’observateur risque de sombrer rapidement dans les poncifs. Mais les clichés éculés ont souvent une grosse part de vérité, c’est d’ailleurs leur principal intérêt.

A quelques heures de l’échéance, alignons donc les lieux communs : la Wallonie est au milieu du gué ou à la croisée des chemins, si vous nous suivez toujours. Soyons fous : à la question de savoir si le sud du pays est en bonne santé, il semble naturel de faire référence, en guise de réponse, à la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Les optimistes diront qu’un sacré bout de chemin a été parcouru. Les pessimistes répondront que la route est encore longue.

Mais l’un et l’autre devront admettre une évidence : en cinq années, la Wallonie a changé. Beaucoup changé si l’on fait référence aux années noires des « affaires » en tous genres ou au temps des baronnies sous-régionales qui ont sclérosé toute l’action publique pendant des décennies.

Autre changement radical : un développement raisonné sur le plan économique à travers  les plans Marshall successifs et surtout la politique des pôles de compétitivité qui pointe les efforts vers des secteurs porteurs d’avenir et qui mobilise tous les acteurs (entreprises, universités, pouvoirs publics) autour de projets partagés. Une révolution qui va dans le bon sens, mais qui ne résout pas tout : 260.000 personnes restent sans travail en Wallonie.

Les entreprises veulent une rupture

La semaine dernière, l’Union wallonne des entreprises résumait assez bien la situation, quoique très sévèrement dans la formulation : La Wallonie ne va pas bien, même si elle va mieux. Le monde économique pointe ainsi un PIB par habitant qui reste inférieur de 20% à la moyenne de la Zone euro ou une production industrielle 20% sous le niveau de 2008 : Si la Wallonie veut s’en sortir, il faut un sursaut et une rupture, disent les patrons. Les plans Marshall ne sont pas suffisants, il faut aller plus vite et plus fort.

En écho à ces exigences, le gouvernement wallon a publié récemment des chiffres positifs : les exportations wallonnes et les investissements étrangers (flamands y compris) sur le sol du sud du pays sont repartis à la hausse et les perspectives sont encourageantes. Si la croissance épouse la même courbe positive, l’embellie pourrait marquer l’exercice 2014 dans son ensemble. A confirmer bien sûr.

En réalité, le prochain gouvernement wallon n’aura pas le choix : il faudra poursuivre voire augmenter les efforts consentis par l’OIivier.

En faveur du redéploiement économique, c’est une obligation, avec un accent très fort mis sur la qualité de l’enseignement, déjà consacré « deuxième pilier » de ce plan Marshall 2022, qui devra être rapidement engagé par l’exécutif. Plus que jamais, économie et enseignement seront au cœur du débat wallon au cours des cinq prochaines années, avec un seul objectif : l’emploi

Mais en parallèle, la question de l’équilibre des finances publiques demeurera essentielle. André Antoine (CDH), le ministre du Budget, estime à 359 millions d’euros l’effort à fournir dès 2015 pour répondre aux exigences des autorités fédérales et européennes. Des choix devront être réalisés, poursuit-il à l’intention de son successeur.

Le transfert de compétence colossales (6 milliards d’euros) donnera à la Wallonie l’occasion de mener des actions originales, en phase avec ses besoins réels. Mais ces politiques ne seront pas intégralement financées dans le cadre de la sixième réforme de l’Etat. La majorité devra gratter les fonds de tiroir, réaliser de nouvelles économies ou choisir ses priorités, on y revient.

Sans compter que la dette publique, qu’elle se situe à six ou douze milliards, aura l’allure d’un corset financier dont il est difficile de se débarrasser.

La question du territoire et du logement sera centrale

La question de la démographie galopante se trouvera en filigrane de toutes les politiques qu’aura à mener le futur gouvernement wallon : entre 2010 et 2020 en effet, la population de la Wallonie sera passée de 3,5 à 3,8 millions d’habitants. Les élus qui sortiront des urnes ce week-end exerceront leur mandat jusqu’en 2019, ils seront donc en première ligne pour gérer ce phénomène qui soulève des questions dans tous les secteurs de la vie en société : mobilité, vieillissement, santé, intégration, énergie, fiscalité, emploi…

Mais le logement dans des conditions dignes de ces populations nouvelles risque bien de mobiliser les autorités régionales, ainsi que des moyens colossaux si l’on veut répondre à la demande. Des formules nouvelles (logements sociaux en grand nombre, habitat partagé, appartements et maisons peu consommateurs d’énergie) devront être dégagées rapidement pour garder sous contrôle ce dossier qui a toutes les allures d’une « bombe » politique en devenir.

En outre, poser la question du logement, c’est aussi ouvrir le dossier très sensible du territoire régional qui est un formidable atout pour la Wallonie et pour son renouveau. Ville ou campagne ? Centre ou périphérie ? Agglomération ou village ? La législation qui s’ouvre trouvera-t-elle les bons équilibres ?

Financer le fédéral, le défi de la Wallonie: tout comprendre en 4 points

Martial Dumont, « Vers l’Avenir », 20 mai 2014

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Ce qui attend la Wallonie dans les deux décennies qui viennent: un défi budgétaire colossal dû aux transferts de compétences mais aussi aux règles imposées par l’Europe.

Les solutions ne sont pas multiples. La Wallonie doit prendre son destin en mains et redresser la barre économique dans les 10 ans.

Voici les quatre clés pour en comprendre les enjeux.

Transferts à financer

Les transferts de compétences coûteront 581 millions par an à la Wallonie. En 2015, le fédéral les lui versera. Entre 2015 et 2025, mécanisme transitoire: versement de 581 millions sans indexation. Mais comme tout augmente, il faudra compenser de plus en plus.

Entre 2025 et 2035, ça devient sérieux: le fédéral diminuera sa dotation annuelle de 10%. En clair: dans 20 ans, la Wallonie devra avoir trouvé les moyens de compenser le coût des transferts de compétence.

Equilibre budgétaire

L’Europe oblige les États à être en équilibre budgétaire. En 2015, la Belgique devra trouver entre 10 et 15 milliards. 65% seront à charge du Fédéral et 35% à charge des Régions. Cela représente 752 millions pour la Flandre et 400 millions pour la Wallonie. À l’horizon 2020, c’est pire: Région wallonne et Communauté devront trouver… 1 milliard d’euros qui, contrairement aux transferts, ne seront pas compensés, fût-ce partiellement.

Le scénario de l’austérité

La Wallonie va donc devoir compenser elle-même. Pour les transferts, pas trop de problèmes, l’autonomie fiscale wallonne fera rentrer l’argent presque automatiquement. Pour l’équilibre budgétaire annuel, c’est autre chose. Trois solutions. On doit doper l’emploi et la productivité pour que les Wallons gagnent plus… et donc paient plus d’impôts. Le Plan Marshall doit donc être renforcé. Si ce n’est pas suffisant, on passera l’augmentation des taxes et les coupes sombres dans les dépenses. C’est le scénario de l’austérité. Et du risque d’appauvrissement des Wallons.

Pas toutes les cartes

Créer de l’emploi, booster la productivité, c’est bien. Pour cela, une mesure nécessaire fait l’unanimité au sein des partis: il faut baisser les coûts salariaux (qui sont parmi les plus élevés d’Europe), notamment en abaissant les charges sociales.

Problème: la Wallonie n’a pas toutes les cartes en mains à cet égard… et dépend en partie du Fédéral.

Tout comme elle dépend encore en partie du Fédéral en ce qui concerne la gestion du coût de l’énergie, autre plaie à résoudre en matière de compétitivité. Le jour où tout cela sera régionalisé, cela dit, ce sera la fin virtuelle de la Belgique.

L’économie wallonne n’est plus à la traîne par rapport à la Flandre et Bruxelles

« Le Vif »/Belga, 17 mai 2014

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Le PIB (produit intérieur brut) wallon a progressé d’1,3% par an en moyenne entre 2002 et 2012, contre 1,4% en Flandre et 1,1% à Bruxelles, ressort-il d’une étude de l’Université de Namur réalisée à la demande de L’Echo, qui en fait état dans ses colonnes samedi.

Au cours de cette même période, c’est en Wallonie que l’emploi a proportionnellement le plus augmenté.

L’Université de Namur s’est penchée sur des indicateurs-clés qui permettent d’apprécier au mieux les écarts de performance économique entre les trois régions du pays, explique le quotidien économique.

Si la Flandre consacre plus de moyens que la Wallonie aux investissements par rapport à son PIB, l’investissement wallon progresse toutefois plus rapidement que dans le reste du pays, particulièrement dans le domaine de la recherche.

Le sud du pays reste néanmoins tributaire d’un secteur public important et traîne une dette publique dix fois plus importante que celle de la Flandre et quatre fois plus lourde qu’à Bruxelles.

L’analyse de l’évolution économique des trois Régions par le CERPE

(Centre de Recherche en Economie Régionale et Politique Economique – Université de Namur)

« L’Echo », 17 mai 20142014-05-20_191559

Trois chercheurs du CERPE – Isabelle Clerbois, Marcus Dejardin et Christophe Ernalsteen, ont étudié des indicateurs-clé qui permettent d’apprécier les écarts de performance économique entre les trois régions du pays. De cet exercice, il résulte une série de constats mais aussi des interrogations pour le futur.

1 – La croissance flamande a été meilleure ces 10 dernières années

En 2012, dernière année statistique disponible, le PIB belge s’est élevé à 376,9 milliards d’euros. Il a été généré pour 57,6% en Flandre, 23,5% en Wallonie et 18,9% à Bruxelles.

Le CERPE observe qu’au cours de la dernière décennie, cette ventilation régionale est restée relativement stable. Tout au plus relève-t-on une légère tendance à la hausse des parts flamande et wallonne et à la baisse de la part bruxelloise. Ce qui s’explique par une croissance économique plus soutenue en Flandre (1,4%) et en Wallonie (1,3%) qu’à Bruxelles (1,1%) sur la période 2002-2012.

L’écart entre la Flandre et la Wallonie n’a pas vraiment bougé. Les deux régions évoluent certes sur des courbes différentes, mais au moins cet écart ne grandit plus, ce qui est déjà un élément positif en soi, souligne Isabelle Clerbois.

2 – Le secteur public pèse plus lourd en Wallonie et à Bruxelles

Les écarts de croissance sont à mettre en rapport avec le structure économique des régions. Ainsi, le secteur public pèse plus lourd en Wallonie (19% du PIB) et à Bruxelles (18%) qu’en Flandre (12%). Or le secteur privé réagit plus fortement que le secteur public aux fluctuations de la conjoncture économique. C’est pourquoi la croissance flamande était plus élevée durant la période 2002-2007, tandis que les deux autres régions se sont montrées plus résilientes depuis le déclenchement de la crise en 2008.

Le poids limité du secteur public en Flandre découle en partie du fait qu’une partie de l’administration flamande est localisée à Bruxelles ; sa production est par conséquent comptabilisée dans le PIB bruxellois. Ceci étant, le poids du secteur public en Wallonie et à Bruxelles pose question. Le secteur public offre des emplois stables et attractifs. Du point de vue individuel, ce sont des choix de carrière qui sont parfaitement rationnels, souligne Marcus Dejardin. Du point de vue collectif en revanche, c’est du détournement de talent qu’il aurait été préférable de voir se développer dans le secteur privé.

3 – Le revenu régional brut illustre le poids des navetteurs vers Bruxelles

Contrairement au PIB qui mesure la richesse créée sur le lieu de l’activité, le revenu régional brut (RRB) mesure l’activité économique des Flamands, Wallons et Bruxellois, quel que soit le lieu de production. Les parts wallonne et flamande du RRB sont plus élevées que celles du PIB en raison du flux des navetteurs vers Bruxelles. D’après les estimations du CERPE, 11,6% du revenu national serait généré par les Bruxellois, 27% par les Wallons et 61,4% par les Flamands. On observe que c’est en Wallonie que le RRB par habitant a le plus progressé au cours de la période 2202-2012, soit +1,2% par an en moyenne en Wallonie, contre +1,1% en Flandre et +0,5 à Bruxelles.

4 – La croissance de l’emploi a été la plus forte en Wallonie

L’emploi reste le gros point noir en Wallonie et à Bruxelles, même si l’écart par rapport à la Flandre s’est quelque peu résorbé avec la crise. Entre 2002 et 2012, la Flandre a créé 227.838 emplois supplémentaires, la Wallonie 115.770 et Bruxelles 47.993. En termes relatifs cependant, c’est en Wallonie que la croissance de l’emploi a été la plus forte, soit 1% par an en moyenne, contre 0,9% en Flandre et 0,7% à Bruxelles.

5 – Le chômage à Bruxelles reste très préoccupant

Entre 2002 et 2012, le nombre de chômeurs a diminué de 28.851 unités en Flandre et augmenté de 22.354 unités à Bruxelles. En Wallonie, on a assisté à une quasi-stabilisation (+139 chômeurs). Ces évolutions ont entraîné une diminution du taux de chômage en Flandre (-1,6% par an en moyenne) et en Wallonie (-1,2%). A Bruxelles, par contre, le chômage a progressé de 0,8% par an en moyenne.

A cela s’ajoute un niveau de décrochage scolaire de 20% dans la capitale, le double de la Flandre (9%). Cet élément pour le moins préoccupant explique et renforce l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail bruxellois.

6 – La Wallonie ne lésine pas sur l’investissement

Les investissements permettent, comme on le sait, de bâtir la croissance de demain. A ce jeu-là, la Wallonie fait mieux que se défendre. C’est en Wallonie en effet que la croissance des investissements a été la plus forte de 2003 à 2011, soit 2,9% par an en moyenne, contre 2,4% pour la Flandre et 1,1% seulement à Bruxelles. La position en retrait de Bruxelles s’explique par la faible présence de l’industrie dans la capitale, secteur qui attire la plus grande part des investissements.

La Wallonie est aussi la région qui, en pourcentage de son PIB, investit le plus dans la recherche et développement, soit 2,5%, contre 2,4% pour la Flandre et 1,4% pour Bruxelles. La Wallonie a par ailleurs parfaitement su tirer son épingle du jeu ces dernières années dans la chasse aux investissements étrangers, un  terrain où la Flandre a longtemps excellé mais où elle semble plafonner depuis quelque temps.

Quelques bémols tout de même : les dépenses de recherche et développement en Wallonie sont concentrées dans quelques grandes entreprises issues de branches d’activité de haute technologie (GSK dans la pharmacie par exemple). Ce qui implique une forte dépendance du système d’innovation wallon par rapport à ces entreprises.

Autre bémol : les dépenses en R & D sont proportionnellement moins importantes en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Faute de moyens suffisants ? C’est d’abord une question de choix, rétorque Marcus Dejardin. L’importance de la recherche financée par le secteur public en Flandre répond à une politique délibérée. La Flandre a pris la mesure du fait que c’est la recherche qui dynamisera la croissance de demain.

Dernier bémol enfin : les derniers chiffres d’IBM pour 2013 montrent un tassement des investissements en Wallonie par rapport aux deux autres régions. A confirmer ou pas en 2014.

7 – La dette wallonne pèse dix fois celle de la Flandre

Alors que la Flandre dégage depuis plus de dix ans des excédents budgétaires (sauf eb 2008-2009), la Wallonie n’a jamais pu présenter un budget en équilibre. Cette accumulation de déficits a poussé la dette wallonne à 18 milliards d’euros fin 2013, si l’on y inclut la dette de la Communauté Wallonie Bruxelles. Ce qui représente 20% du PIB wallon. Pour une région en quête de redéploiement économique, c’est un handicap sérieux. D’autant que la dette fédérale continuera dans le futur de peser sur les contribuables de l’ensemble du pays, y compris wallons. La Flandre, elle, est endettée à hauteur de 2,6% de son PIB. C’ »est dix fois moins que la Wallonie. A Bruxelles, la situation budgétaire est assez bien maîtrisée également. La Région bruxelloise affichait un excédent de 138 millions d’euros pour son budget 2013. Quant à la dette bruxelloise, elle reste raisonnable par rapport à son PIB (5,4%).

8 – Le Plan Marshall est-il un succès ?

Pour les chercheurs du CERPE, le grand mérité du Plan Marshall wallon, lancé voici dix ans, est d’avoir ciblé un certain nombre de secteurs porteurs (aéronautique, biotechnologie, etc.). mettant fin à la dispersion des efforts qui prévalait dans les années antérieures. Ce ciblage a permis de créer des pôles de compétitivité qui ont, à leur tour, engendré des effets de débordement vers d’autres secteurs.

La question à présent sera de voir comment ces premiers résultats pourront se traduire en nouveaux projets industriels ou en royalties par exemple. Dispose-t-on de suffisamment de capital risque pour cela ? A-t-on dans les entreprises les développeurs nécessaires ? s’interroge Marcus Dejardin.

Autre question que pose l’économiste namurois : en mettant l’accent sur certains secteurs-clé, a-t-on suffisamment envisagé le nécessaire renouvellement du reste du tissu productif ?

9 – Les nouveaux transferts de compétences seront-ils bénéfiques ou préjudiciables à la Wallonie ?

Avec la sixième réforme de l’Etat, les Régions disposeront de paquets de compétences plus homogènes. C’est une bonne chose, estime Christophe Ernalsteen. Les Régions seront entièrement responsables de la stimulation de leur économie, puisqu’elles auront l’emploi, l’enseignement, la formation, la recherche ou encore la mobilité dans leurs attributions. Mais ces responsabilités vont de pair avec des devoirs. Autrement dit, un mauvais résultat ne pourra plus être imputé au fédéral. D’autre part, il faudra que les Régions coopèrent entre elles. En matière d’emploi par exemple, une région doit être en mesure de répondre aux appels de main-d’œuvre en provenance d’une autre région. Il serait malvenu que chaque région se focalise uniquement sur sa propre économie.

10 – Avec la réduction des transferts financiers, la Wallonie sera-t-elle en mesure de s’assumer ?

La récente réforme de l’Etat prévoit le maintien pendant dix ans de « socles compensatoires » garantissant aux régions les plus faibles le statu quo actuel en termes de financement. S’ensuivra un scénario d’extinction sur dix ans. Au total, la Wallonie dispose donc de vingt ans pour « se retourner ».

Mais ce scénario ne tient pas compte de l’assainissement budgétaire. Car dans l’immédiat, les entités fédérées devront contribuer au retour à l’équilibre budgétaire exigé par les instances européennes. C’est pour cette raison que les transferts de compétences n’ont pas été accompagnés de l’entièreté des moyens financiers correspondants.

Christophe Ernalsteen : Il y aura des efforts d’assainissement à faire, mais ils sont à la portée de la Wallonie. Et il devrait y avoir des marges budgétaires à partir de 2018 sir le retour de la croissance se confirme. Plus vite l’ajustement sera fait, plus vite nous retrouverons de la marge de manœuvre. Le tout sera d’opérer les bons choix dans l’affectation des moyens budgétaires. Il faudra les concentrer sur les leviers de la croissance. La Wallonie ne peut plus se permettre de dépenser plus. Par contre, elle devra dépenser mieux les moyens dont elle dispose.

La Flandre est loin d’avoir dit son dernier mot !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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Bart De Wever, dont le parti est crédité de plus de 32%, vient de préciser comment il envisage les choses au lendemain du scrutin du 25 mai : les régions s’empressent de former leurs gouvernements, à charge pour ceux-ci de se prononcer ensuite sur la manière dont ils envisagent la constitution du gouvernement fédéral.

Sur l’échiquier économique, la Flandre se situe clairement à droite, option partagée par le CD&V, l’Open VLD et la N-VA. On imagine dès lors difficilement que cette dernière puisse être reléguée dans l’opposition, d’autant qu’elle a pu démontrer ses capacités de gestion.

Par ailleurs, la Flandre n’a nullement l’intention de prolonger sa condition minoritaire au sein du gouvernement fédéral, même si le ministre bruxellois Open VLD Guy Vanhengel laisse entendre qu’il s’agit là d’un problème mineur.

En ayant clairement manifesté  leur volonté de ne pas s’allier à la N-VA, les partis francophones ont créé eux-mêmes les conditions du blocage qui peut survenir dès le 26 mai. Le président du FDF, Olivier Maingain, a carrément parlé de « cordon sanitaire », allant même jusqu’à mettre en doute le caractère démocratique du parti de De Wever. Une attitude proprement irresponsable, que je ne peux en aucun cas cautionner.

Lors de l’émission télévisée « Schild en Vriend », Wouter Beke, le président du CD&V, s’est présenté sous son vrai visage : Oui, je suis un flamingant. La Flandre est mon biotope naturel. La réforme de l’Etat connaîtra d’autres épisodes.

Croire que la prochaine législature pourra faire l’impasse sur le communautaire relève d’une épaisse naïveté. Il suffit de voir l’ampleur prise par le dossier du survol de Bruxelles, ainsi que l’envoi, par la commune à facilités de Linkebeek, des convocations électorales dans la langue des administrés, en dépit de l’annulation de la décision du conseil communal par le ministre flamand des Affaires intérieures, Geert Bourgeois. Quand on sait que le bourgmestre (non nommé) Damien Thiéry est passé au MR, parti qui est convaincu de l’établissement de la paix communautaire dans la périphérie après avoir voté la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde…

Pour en revenir à Wouter Beke, dont le président du MR, Charles Michel, mise sur la bonne foi, il rejoint tout à fait Bart Somers, l’ancien président de l’Open VLD, qui, dans une interview accordée au « Soir », le 2 septembre 2006, déclarait : Dans ma génération politique, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (…) Nous n’accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes.

Non, le fil nationaliste ne traverse pas que la seule N-VA, comme l’a d’ailleurs bien souligné l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

C’est cette réalité que les responsables francophones se refusent à admettre. Pour eux, il est hors de question de mettre le doigt dans le schéma confédéraliste, revendiqué pourtant par une majorité du Parlement flamand en… 1999 ! C’est la révolution copernicienne dont parlait le ministre-président Kris Peeters. C’est également le sens des propos tenus par Wouter Beke au journal québécois « Le Devoir », le 22 septembre 2007 : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

La 6ème réforme de l’Etat, qui doit encore entrer en application, est loin d’avoir répondu aux attentes du Nord. Certes, au cours de la prochaine législature, la Constitution ne pourra être modifiée que dans des limites très strictes. Le fameux article 195, qui définit la procédure de révision de la Constitution et auquel la N-VA souhaitait toucher, ne figure en effet pas dans la liste des articles révisables.

Mais tout constitutionnaliste nous dira aussi que bien des choses peuvent être réalisées au départ des lois spéciales et que le pays n’est nullement à l’abri de gros chambardements, notamment au niveau de la sécurité sociale.

La Flandre est loin d’avoir dit son dernier mot. Rappelons-nous cette déclaration de Karel De Gucht, en 2002, alors qu’il présidait les libéraux flamands : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.

Il suffit d’avoir suivi le « duel » télévisé Magnette – De Wever de ce 13 mai pour réaliser le fossé infranchissable entre le Nord et le Sud. Ce sont bien deux mondes différents qui s’affrontent.

En France, le président François Hollande a compris, après deux années de tâtonnements infructueux, qu’il importait d’adopter une stratégie différente. Celle qui a permis à l’Allemagne, notamment, de se redresser de manière significative et qui rejoint les options prônées par Bart De Wever. Pourquoi Paul Magnette ne s’engage-t-il pas, lui aussi, dans cette voie sociale-démocrate qui a fait ses preuves ? Ce n’est pas l’Etat qui crée de l’emploi, mais bien les petites et moyennes entreprises, qu’il convient d’encourager au maximum, en allégeant notamment les charges qui pèsent sur elles. Le Premier ministre français Manuel Valls vient lui-même de l’avouer : Trop d’impôt tue l’impôt. Et sans réduction drastique des dépenses publiques, point de salut ! Il n’y a pas trente-six solutions pour retrouver la croissance. Le courage politique, aujourd’hui, impose de faire preuve de rigueur.

Comme vient de la révéler un sondage de l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique), le Wallon reste attaché à la démocratie et au système parlementaire. Mais il se dit insatisfait par les partis politiques. On peut le comprendre. Rarement une campagne électorale n’aura été aussi déplorable !

(1) Dernier ouvrage paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

Liège, moteur du cinéma en Wallonie

« Vers l’Avenir », P.P., 12 mai 2014

2014-05-14_202621Sur l’ensemble des provinces de Liège, Namur et Luxembourg, le bureau « Clap! » a accueilli quelque 51 films, dont 34 longs métrages. Et 21, rien qu’à Liège. Comment expliquer pareil effet aimant de la Cité ardente? Jean-François Tefnin, directeur de « Clap! » pour la province de Liège, soulève quelques pistes.

Ses infrastructures

Avec la gare des Guillemins, l’aéroport de Bierset ou encore son port autonome, Liège offre des décors urbains de l’acabit d’une grande ville. Ces endroits donnent le change, indique Jean-François Tefnin. « De plus, tourner à Bierset par exemple est souvent plus simple pour les réalisateurs qu’à l’aéroport de Charleroi.

Son tissu professionnel

Liège est capable d’offrir tous les services dont les cinéastes ont besoin, ajoute Jean-François Tefnin. De l’accueil à l’étalonnage des films. En effet, Liège dispose d’abord d’un pôle image, fédérant une trentaine de sociétés actives dans l’audiovisuel: des loueurs de matériels, des studios, des sociétés d’animation, des labos pour les effets spéciaux, des lieux de mixage, etc.

Des producteurs reconnus sont également ancrés à Liège: Versus (société de Joachim Lafosse et Bouli Lanners), Srakas, Tarantula, Les films du fleuve (société des frères Dardenne), Les films de la passerelle et autres. Par conséquent, explique Jean-François Tefnin, les réalisateurs sont intéressés de tourner au plus près des sociétés de production.

En outre, des écoles de formation cinématographique sont présentes à Liège. Qu’il s’agisse de l’Université ou de l’école provinciale. Sans oublier le conservatoire de Liège.

Le sens de l’accueil

Hé oui, indécrotable atout des Belges: le sens de l’accueil. Cela ressort souvent lorsque des productions étrangères foulent le sol belge », appuye Jean-François Tefnin. L’accueil des autorités et des citoyens est, le plus souvent, positif et ouvert. Contrairement à certaines grosses villes de France. C’est pourquoi, les réalisateurs n’hésitent pas à venir tourner chez nous.

La Wallonie séduit les investisseurs

« Le Soir », 4 mai 2014

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Selon les chiffres de l’Agence wallonne à l’exportation (Awex) que Jean-Claude Marcourt présente au Soir, les investissements étrangers (flamands compris) en Wallonie ont retrouvé et même dépassé, au cours du premier trimestre 2014, leur niveau d’avant la crise économique. Les emplois créés (545) évoluent à 207 % de la moyenne des cinq dernières années, les montants investis culminent à 156 % de cette même moyenne.

L’année 2013 avait déjà été excellente en la matière. Et tout indique que l’exercice en cours sera remarquable jusqu’au bout : les prévisions évoquent en effet 2.787 emplois créés en fin d’année et une somme de 1,1 milliard investie au sud du pays en 2014.

Pour le ministre wallon, pas de doute possible : ces chiffres encourageants témoignent d’une reprise économique internationale qui commence à prendre forme et surtout de l’attractivité retrouvée de la Wallonie par la grâce notamment du plan Marshall, des pôles de compétitivité et du maintien des aides aux entreprises dans le cadre des fonds européens.

« La constitution de réseaux et les liens avec les universités ont fait de notre région un écosystème idéal pour le développement des entreprises, explique Jean-Claude Marcourt. Un investisseur ne vient pas chez nous pour déposer une boîte à chaussures coupée de tout, au milieu des champs. »

Vous avez dit «unité de la famille libérale» ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

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La présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten, et la ministre Maggie De Block étaient présentes à Jodoigne pour la traditionnelle journée du 1er mai du MR. Question de souligner, à la veille des élections du 25 mai, «l’unité de la famille libérale ».

Un rappel historique me paraît ici indispensable.

Le 7 février 1968, le gouvernement social-chrétien/libéral de Paul Vanden Boeynants tombe sur l’affaire de Louvain, suite à l’interpellation du démocrate-chrétien flamand Jan Verroken. Dans « La Wallonie », Joseph Coppée écrit : Dans les circonstances actuelles, la Belgique est ingouvernable. Nous le répétons depuis des années : tout démontre qu’un fossé sépare les deux Communautés du pays.

Conçu, comme les autres partis, sur une base unitaire, le parti catholique ne résistera pas au « Walen buiten ». Il se scindera en deux ailes linguistiques. Le parti libéral et le parti socialiste connaîtront la même évolution, respectivement en 1972 et 1978.

Les divergences communautaires l’ont ainsi emporté sur les convergences économiques et sociales. On est bien loin aujourd’hui du « Mon parti, c’est mon pays », qui figurait sur les affiches du parti libéral pour les élections du 31 mars 1968.

Dans le lent processus de transformation de la Belgique unitaire en un Etat fédéral, force est de constater que les libéraux flamands n’ont pas été en reste pour ce qui concerne la défense ferme des intérêts du Nord.

En 1978, le Premier ministre CVP Léo Tindemans saborde le Pacte d’Egmont sur lequel la Volksunie et le FDF – l’eau et le feu – avaient apposé leur signature au départ de concessions réciproques appréciables. Stratégie d’une implacable perfidie, visant à discréditer les deux partenaires aux yeux de leurs électorats respectifs.

Alors sénateur PRL, François Perin va s’efforcer de rassembler libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. La lecture de ses notes personnelles est éclairante :

Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…)Le 14 novembre, la veille de la dissolution des Chambres, j’avais demandé à Vanderpoorten de me revoir sur un premier schéma de solution pour Bruxelles et les arrondissements de Hal-Vilvorde-Bruxelles-Nivelles que je lui avais soumis à la rentrée des Chambres. Il ne me donna aucun signe de vie. Un rendez-vous fixé le 5 décembre avec De Clercq et Vanderpoorten fut annulé au dernier moment par eux. Je revins à la charge en vain après les élections du 17 décembre 1978.

Me souvenant du désir exprimé par le Roi, je demandai à voir VdB par lettre du 19 décembre 1978. Il me reçut quelques jours après et parut convaincu, mais courant par la suite après le FDF, il ne put évidemment rien en faire. J’expédiai ma note au chef de Cabinet du Roi le 22 décembre. Je l’expédiai aussi à Willy De Clercq. Il fallut une interview que je donnai le 15 février 1979 à « Het Laatste Nieuws » et à « La Meuse » pour qu’il se décidât à m’écrire le 16 février.

Il y eut deux réunions, le 28 février et le 8 mars 1979. J’étais délégué officiellement par le bureau du PRLW avec Michel Toussaint et Louis Olivier. Vanderpoorten n’y fit qu’une brève apparition sans vraiment participer aux travaux. Seule Madame Herman-Michielsens, accompagnée d’une fonctionnaire, Madame Neyts, membre du Cabinet du vice-gouverneur du Brabant, participa aux travaux. Je me fis accompagner la deuxième fois par Philippe Monfils. Une rédaction complète d’un éventuel accord fut expédiée à Madame Herman-Michielsens le 20 mars.

Henrion m’apprit au comité permanent du PRLW du 22 mars que De Clercq ne rêvait que d’un gouvernement PSC-CVP-PVV-PRL en connivence avec Tindemans. Avec colère, je lâchai, devant le comité permanent, tout sur mes tentatives vaines avec le PVV.

François Perin relate également ce dîner qui eut lieu, le 18 décembre 1978, chez le comte Boël : Ni De Clercq ni Vanderporten ne firent le moindre signe de concession quelconque.

Ceci encore :

Rencontre avec Omer Vanaudenhove, à l’initiative de Charles Poswick, chez la tante de ce dernier dans le Limbourg (j’ai oublié le lieu et la date). Jean Gol est présent. Même chanson : il faut un projet commun des libéraux. Nous lui conseillons de voir les dirigeants du PVV. Nous connaissons la réponse d’avance : des paroles aimables, un oui de principe et puis aucune suite !

Pendant ce temps, Vanderpoorten et Waltniel continuent à faire de la surenchère flamingante à la Commission du Sénat sur le projet 261 !

Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte !

On connaît la suite : le 26 mars 1980, François Perin démissionne spectaculairement du Sénat : Il est difficile de rester (…) représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus.

Jean Gol lui-même finira par constater les avancées du nationalisme flamand chez les libéraux flamands, surtout après que l’une des ailes marchantes de la Volksunie les eût rejoints. Lors d’une rencontre à Paris avec Paul-Henry Gendebien, alors Délégué général de la Communauté française de Belgique dans la capitale française, il manifesta clairement son scepticisme quant à l’avenir de la Belgique :

C’est alors qu’il ajouta (…) qu’il pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois, serait français. (…) nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna quand nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore, et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, j’appris de bonne source que Jean Gol avait eu – ce jour-là et le lendemain – des rencontres qui n’étaient pas rien dans la politique française. (2)

La suite des événements n’a cessé de confirmer le radicalisme communautaire des libéraux flamands.

Le 6 novembre 2002, dans le cadre d’une émission politique sur VTM, Karel De Gucht, le président du VLD, déclare : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.

Dans une interview accordée au « Soir », le 2 septembre 2006, Bart Somers, le nouveau président des libéraux flamands, se montrera tout aussi incisif : Dans ma génération, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (…) Les francophones doivent savoir que les Flamands sont résolus. (…) Nous n’accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes.

Lors des négociations de Val-Duchesse en 2007, on entendra encore Karel De Gucht menacer de couper les robinets financiers aux francophones pour les contraindre à faire des avancées en matière communautaire. Et il tiendra aussi à rappeler que la frontière linguistique est une frontière d’Etat.

Significatif est en tout cas l’éditorial que Jan Segers a écrit dans « Het Laatste Nieuws » (de tendance libérale !) du 29 avril dernier, suite à l’annonce du MR de refuser toute alliance avec la N-VA. Selon lui, cette position revient à considérer comme quantité négligeable (en français dans le texte) un tiers des Flamands. C’est comme si on les traitait de sales Flamands ! (toujours en français dans le texte). Bref, un comportement stupide (dom, dom, dom), qui ne fait que renforcer le parti de Bart De Wever.

Quelques jours plus tôt, toujours dans « Het Laatste Nieuws », Luc Van der Kelen estimait, lui, stupide de vouloir bloquer une réforme de l’Etat plus poussée : Une telle attitude donnerait vraiment le rôle de victime à la N-VA. Comparez-la au procès contre le Vlaams Blok en 2004. Le parti n’a jamais eu autant de succès.

A bon entendeur, salut ! En politique, la naïveté n’a jamais été payante !

(1) Dernier ouvrage paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

(2) Paul-Henry Gendebien, « Splendeur de la liberté », Ed. Quorum, 1999.

La Wallonie investit 77 millions pour les écoles numériques

« Le Vif », Belga, 2 mai 2014 

2014-05-04_155519Le gouvernement wallon a validé mercredi un programme d’investissement de 77 millions d’euros pour la période 2014-2022 afin de doter les écoles maternelles, primaires et secondaires d’outils pédagogiques numériques.

Selon le plan « école numérique », toutes les écoles de Wallonie disposeront de tablettes, d’ordinateurs ou encore de tableaux interactifs d’ici 2022.

Ces investissements se répartissent en trois grands pôles: 64 millions d’euros pour l’équipement de l’ensemble des établissements, 10 millions dédiés à la connectivité des écoles, notamment pour que les élèves aient accès aux informations en dehors de l’enceinte scolaire, et 3,5 millions consacrés à un appel à projets pour financer des « projets créatifs et novateurs » au sein des établissements utilisant le matériel numérique.

Les professeurs seront par ailleurs formés à l’utilisation et à l’intégration de ces technologies dans leur programme de cours.