Archives mensuelles : avril 2014

Plan Marshall : l’amateurisme du PS

Catherine Ernens, « Vers l’Avenir », 7 avril 2014

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Jeudi dernier, Rudy Demotte avait sorti son clairon. Jean-Claude Marcourt tapait sur son tambour. Grande célébration du Plan Marshall «qui a créé 50 000 emplois». L’un se targuait d’en être le pilote (le ministre-président Demotte), l’autre le papa (le ministre de l’Économie).

Main dans la main, ou en tout cas sans se faire de croche-pied, les deux candidats ministres-présidents wallons du PS ont sorti des chiffres impressionnants sur la réussite du Plan Marshall.

Tellement impressionnants qu’en coulisses, vendredi, l’opposition libérale commençait à vitupérer et promettait une cinglante réplique. Un politologue de l’UCL, Vincent Laborderie, a pris sa calculette de son côté et dénonce.

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Vincent Laborderie, vous écrivez sur votre blog un billet assez salé intitulé «PIB: les chiffres fantaisistes du gouvernement wallon ». Pourquoi?

J’ai lu les interviews données par Messieurs Demotte et Marcourt la semaine passée et cela m’a mis la puce à l’oreille. La base de leur discours repose sur cet argument: entre 2003 et 2007 le PIB wallon ne pesait que pour 20,6% dans le PIB total belge, il a grimpé à 27,5% depuis que le Plan Marshall existe. Il ne faut pas être un grand économiste pour voir qu’il s’agit d’une augmentation d’un tiers. C’est beaucoup trop pour être réaliste. Cela voudrait dire qu’on assiste à une augmentation de 46% du niveau wallon en six ans! C’est un taux de croissance à la chinoise! Je ne sais pas d’où ils ont tiré leurs chiffres mais l’IWEPS (l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) donne sur son site internet un PIB wallon représentant 23,4% du PIB belge et non à 27,5%.

Pourquoi des chiffres aussi mirifiques? Par électoralisme?

C’est assez clair, oui. On est en début de campagne. On sent l’exploitation politique des chiffres. Or ce n’est pas une divergence de quelques pour cent. Cet amateurisme est étonnant et préoccupant. Mais ce n’est pas une première dans cette campagne. Il y a quelques jours, c’était le MR qui se faisait reprendre sur sa réforme fiscale. Ici, cela me semble plus grave encore parce que ce n’est pas sur un projet qui aurait de toute façon été revu mais carrément sur le bilan d’un gouvernement.

Le Plan Marshall est un échec, selon vous?

Non. Le Plan Marshal est, semble-t-il, une réussite en soi. Mais c’est mentir que de dire qu’il a permis un changement économique énorme et structurel. Et si le plan Marshall a apporté du positif, cela reste à la marge en terme d’emplois. Entre la Flandre et la Wallonie, il n’y a pas de renversement de la situation.

La Wallonie reste à la traîne de la Flandre?

Oui. Mais la Flandre est l’une des régions les plus riches d’Europe. Doit-on passer son temps à se positionner par rapport à elle? Je ne pense pas. Le débat autour du Plan Marshall est un débat entre la majorité et l’opposition sur le bilan du gouvernement wallon. Et on voit qu’on nous sert un optimisme béat, une méthode Coué.

Ceux qui critiqueraient le plan Marshall seraient des esprits chagrins, nous dit le PS. C’est inquiétant si c’est le seul argument. Car au-delà des chiffres, on n’est pas dans des conditions objectives pour savoir ce que le Plan Marshall a apporté ou non.

L’énergie verte coûtera 7 milliards d’euros aux Wallons d’ici 2020

« Le Vif » / Belga, 5 avril 2014 

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Le soutien aux énergies renouvelables, principalement aux panneaux solaires photovoltaïques, coûterait un total de 6,9 milliards d’euros d’ici 2020 en raison de la politique actuelle des autorités wallonnes, annonce samedi L’Echo sur base d’une analyse de l’ancien patron d’Electrabel, Jean-Pierre Hansen.

Ce dernier a présenté son analyse lors d’un colloque organisé aux HEC-ULg à Liège. Il en ressort que les acteurs de la production et de la fourniture d’électricité ont facturé aux consommateurs wallons un total de 514 millions d’euros en matière de certificats verts (CV) en 2013.

Ce montant correspond au nombre de CV -6,6 millions- émis en 2013 par le régulateur wallon, la CWAPE. Les fournisseurs d’électricité ont l’obligation d’en acheter un certain nombre. En 2013, ils auraient acheté un total de 3,5 millions de CV à 65 euros l’unité qu’ils ont ensuite refacturé aux clients pour un total de 267 millions d’euros. Le gestionnaire du réseau Elia en a lui acquis 2,8 millions pour un total de 182 millions d’euros, un montant auquel il faut rajouter une enveloppe de 65 millions d’euros correspondant à la cotisation spéciale pour le soutien à l’éolien en mer.

Pour l’année 2020, Jean-Pierre Hansen évalue à 10,7 millions le nombre de CV qui seront émis par le régulateur wallon. Il a en outre estimé la cotisation spéciale pour l’éolien offshore à 255 millions d’euros. En prenant en compte un coût du certificat vert de 65 euros, il obtient un total d’1,1 milliard d’euros qui seront facturés aux consommateurs wallons.

« Je ne fais pas de commentaires, je regarde juste les chiffres et je me demande si on a les moyens d’une telle politique. On a payé trop et trop tôt. Les autorités wallonnes ont voulu être exemplaires sur le renouvelable alors qu’elles n’en ont sans doute pas les moyens », estime l’ancien patron d’Electrabel, cité dans L’Echo.

Toujours d’après les calculs de Jean-Pierre Hansen, la réalisation de l’objectif européen à l’horizon 2020 en matière d’énergies renouvelables devrait coûter environ 2,9 milliards d’euros. Mais, selon lui, en raison de la politique wallonne de soutien aux énergies vertes, principalement aux panneaux photovoltaïques, l’ardoise atteindrait 6,9 milliards d’euros, soit un surcoût de 4 milliards d’euros.