Des PME wallonnes trop petites et mal capitalisées

Jean-François Munster, « Le Soir », 29 avril 2014

2014-04-29_194056Jamais on n’a autant parlé des PME que durant cette campagne électorale. L’idée que le redressement de la Wallonie passera par celles-ci semble faire aujourd’hui l’objet d’un large consensus au sein des partis. A quelques semaines des élections, l’Union wallonne des entreprises a cherché à savoir quelles étaient les performances de ces PME et surtout pourquoi celles-ci étaient à la traîne par rapport à la Flandre. Elle a commandité à la société de consultance EY une étude qui porte sur les comptes de 10.000 PME wallonnes et 30.000 flamandes d’au moins trois personnes.

Le constat de départ est sévère et donne une idée du chemin à parcourir : les PME wallonnes ont produit une valeur ajoutée cumulée de 5.513 euros par habitant contre 10.215 euros du côté flamand, soit 85% de plus. Comment expliquer un tel écart ?

Philippe Pire, associé chez EY pointe une première explication : la taille. Les PME wallonnes sont plus petites que leurs homologues flamandes. Elles ont généré en 2012 en moyenne 1,4 million d’euros de valeur ajoutée contre 1,8 de l’autre côté de la frontière linguistique. Cet écart de taille s’explique en partie par la jeunesse relative des entreprises wallonnes. Alors que le tissu flamand de PME s’est développé dès les années 50, notamment grâce à la sous-traitance automobile, il a fallu attendre les années 70 pour assister à un mouvement similaire au sud du pays.

Les PME wallonnes résorbent-elles leur retard ? Oui, mais à petits pas. Leur taux de croissance est à peine plus élevé que celui des entreprises flamandes (5,15% contre 4,95%). Autre point positif, cette croissance se traduit dans une création d’emplois nettement plus forte : +15% sur la période 2006-2012 (28.000) contre +9% en Flandre. Les secteurs de la construction et des services aux entreprises et aux personnes ont connu la plus forte progression.

Deuxième explication : la densité du tissu de PME, beaucoup moins forte au sud du pays. Alors qu’en Flandre, on dénombre 487 PME par 100.000 habitants, on en est à 324 en Wallonie. Le Brabant wallon affiche la plus forte densité de PME.

Cette plus faible densité trouve son origine dans un taux de création de nouvelles entreprises plus faible et dans un taux de disparition plus élevé. La Wallonie a créé 69 PME par 100.000 habitants entre 2006 et 2012 contre 87 en Flandre, soit 24% de moins. Elle est néanmoins sur la bonne voie, note Philippe Pire, puisque ce fossé ne cesse de se réduire (53% en 1970, 31% en 1990).

Les PME wallonnes sont aussi plus fragiles. La part des entreprises en faillite, en réorganisation judiciaire ou en cessation de paiement était de 6,3% en 2013 contre 3,9% en Flandre. Cette fragilité n’est pas due à un problème de performances – PME wallonnes et flamandes affichent les mêmes marges opérationnelles – mais bien à leur structure financière. Elles ont moins de financement à long terme à leur disposition (fonds propres, prêts long terme) et doivent davantage aller chercher du financement alternatif, allonger les délais de paiement des fournisseurs… En moyenne, le financement long terme représentait 34,3% de la valeur ajoutée des PME wallonnes contre 52,6% en Flandre.

Cette structure financière plus faible pèse sur les investissements à réaliser et donc sur le futur de ces entreprises. L’étude d’EY montre que lors de la crise de 2009, le taux d’investissement des PME a décroché de façon plus prononcée au sud (-60%) alors que jusqu’ici les deux Régions se situaient à des niveaux voisins. Pour Philippe Pire, il est clair que la faiblesse de la capitalisation des PME wallonnes a rendu l’accès aux sources de financement (actionnaires, banques…) plus difficile.